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  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 20:28
Ici un communiqué de l'association Kokopelli, spécialisée dans la distribution des semences de plantes traditionnelles non-hybrides et qui vient de ce fait d'être condamnée par la justice française. Car, oui Mesdames, Messieurs, ces légumes de toujours qui poussaient jadis dans les jardins de nos grands-parents, ces fleurs des champs que vous avez toujours connues, sont interdits à la vente et bientôt INTERDITS tout court ! J'en avais déjà dit un mot ici : La guerre des semences a commencé

logo.jpg

Biodiversité, la fin des illusions

Les verdicts sont tombés. L'Association Kokopelli est lourdement condamnée :

       - 12.000 € pour le grainetier Baumaux

       - 23.000 € pour l’état et la fédération des industriels de la semence (FNPSPF).

Il faut être réaliste : les semences que défend l’association Kokopelli, étant maintenues dans l’illégalité par une volonté politique, nous ne pouvions pas gagner ces procès.

Malgré les directives européennes, les avis de l’ONU, du Sénat, de scientifiques, d’agronomes affirmant l’urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, l’état français refuse de libérer l’accès aux semences anciennes pour tout un chacun.

C’est ce qui permet aujourd’hui aux magistrats d’infliger ces lourdes peines à l’association Kokopelli.

Dans le cas du procès de la SAS Baumaux pour concurrence déloyale, M. Baumaux verra donc son bénéfice de 800.000 € augmenté de 10.000 € et recevra 2.000 € pour ses frais.

L’état français recevra 17.500 € au motif que KOKOPELLI vend des semences illégales, 5.000 € seront consacrés aux frais et à l’information du bon peuple sur les pratiques dangereuses de l’association KOKOPELLI. Les semences qui ont nourri nos grands-parents et qui servent à nous nourrir aujourd’hui par le jeu des croisements, sont donc devenues illégales et dangereuses.

Nous avons eu droit au grenelle de l’environnement : il faut sauver la biodiversité ! alors pourquoi condamner une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de disparition ? Pourquoi condamner ces semences dont la FAO reconnaît qu’elles sont une des solutions pour assurer la souveraineté alimentaire, face aux dérèglements climatiques et à l’augmentation de la population mondiale ? Pourquoi les mêmes variétés, selon qu’elles sont vendues par KOKOPELLI ou d’autres opérateurs entraînent condamnation ou mansuétude ? Pourquoi les grandes surfaces vendent des fruits et légumes issus des variétés interdites à KOKOPELLI, en toute impunité (en tout cas à notre connaissance).

Les condamnations infligées à KOKOPELLI ne sont donc pas à chercher dans la nature des semences que protège l’association, mais dans ses actions.

L’association propose aux jardiniers, aux paysans, d’être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, c’est intolérable. Le plus grand grief (sous jacent) fait aux semences anciennes ou de pays, est d’être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l’agro chimie. Voilà la faute de KOKOPELLI : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. A l’heure où l’on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d’assurer notre alimentation, propager l’autonomie semencière par l’exemple est devenu répréhensible. Ce qu’il faut retenir de ces condamnations, c’est la volonté affichée d ‘éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes.

Depuis 15 ans, KOKOPELLI protège la diversité de nos jardins, de nos champs, de nos assiettes, tout en essayant de faire évoluer le cadre juridique vers une reconnaissance de la valeur agronomique et culturelle des variétés reproductibles : L’ETAT FRANÇAIS NOUS A FAIT ECHOUER. Aujourd’hui, la disparition potentielle de KOKOPELLI ouvre un boulevard à l’uniformisation culturelle et productiviste agricole. La disparition de la « vraie » biodiversité basée sur la variabilité génétique d’une multitude de variétés locales ne sera jamais, et de très loin, compensée par la multiplicité de quelques variétés clonées.

Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la répression envers les faucheurs volontaires, les amis de l’ortie, les défenseurs de l’herboristerie et KOKOPELLI : chacun cherche à sa façon, à protéger et promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre gouvernement, tout cela est devenu répréhensible ! Face à ses contradictions, entre ses déclarations enflammées du Grenelle de l’Environnement et les condamnations qu’il obtient contre les défenseurs de la biodiversité, gageons que l’état français mettra un point d’honneur à prendre en réelle considération le devenir des générations futures.

L’association KOKOPELLI a toujours proposé la résistance fertile  non violente et le dialogue, peut-être étions-nous trop en avance ? Mais maintenant, sauver la biodiversité est d’une extrême urgence. Si l’agriculture productiviste que protége le gouvernement se trompe, vous trompe, nous trompe, quelle stratégie de repli aurons-nous ? Si nos élus ont contribué à éradiquer notre patrimoine semencier alimentaire ?

La solution est dans votre camp, mesdames et messieurs nos gouvernants. Une fois, vous avez pu revendiquer « responsables, mais pas coupables ». Devant la faim du peuple, cet argument ne tient pas.

N’obscurcissez pas l’avenir, il l’est déjà suffisamment.
Mais peut-être faut-il lancer un appel : aux semences, citoyens !

Raoul Jacquin
Association Kokopelli
http://www.kokopelli.asso.fr/index.html
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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 22:05
D'aucuns jugeront sans doute qu'un pauvre petit pays de seulement 15.000 km2 n'est pas vraiment viable. De fait, le Timor oriental est très pauvre avec un revenu par habitant de moins d'un euro par jour, dépourvu d'infrastructures et d'industrie, et dévasté par la guerre. Sa population, rurale à 75%, vit d'une agriculture vivrière, ce qui au demeurant devrait être considéré comme une fort bonne chose puisqu'il ne s'agit ni plus ni moins que de "développement durable". Et pourtant les Timorais, étant assis sur un tas d'or ou plus exactement de pétrole, pourraient être riches et prospères. Mais ça, c'est de l'utopie ! Car il leur faut compter avec d'encombrants voisins aux dents très, très, très longues...

A partir du XVIe siècle et quatre-cents ans durant, Timor Est fut portugais et ne s'en porta pas trop mal. Dans les années 1960-1970, apparurent, comme un peu partout dans les vieux empires coloniaux, des mouvements autonomistes, voire indépendantistes. Mais les choses n'allèrent sans doute pas comme il aurait fallu, non pas par mauvaise volonté des Portugais, mais au contraire, par leur retrait à la suite de la Révolution des œillets de 1974. L'année suivante, les Timorais se retrouvaient subitement indépendants et tout aussi subitement ...envahis par l'armée indonésienne depuis l'ouest de l'île de Timor, qui de son côté est une ancienne colonie hollandaise et fait partie de la République d'Indonésie.

Les premières années d'occupation indonésienne vont faire 200.000 morts, le tiers de la population du Timor oriental... dans l'indifférence générale. Et pour cause : dès 1972 (!), l'Indonésie et l'Australie avaient passé un accord sur la frontière maritime au large de Timor sans se soucier le moins du monde de l'avis des Portugais ou de celui des Timorais. Il se trouve que les côtes de l'Australie sont à 500km de Timor et il se trouve aussi que la Fosse marine de Timor qui s'étend entre les deux regorge de pétrole et de gaz. Mais voilà, ce pétrole est en quasi totalité côté timorais. Qu'à celà ne tienne, l'Australie déplaçait donc sa frontière au plus près du rivage de Timor, faisant tomber les champs pétrolifères dans son escarcelle, au mépris du droit international qui fixe la zone économique exclusive d'un pays à 200 miles nautiques depuis ses côtes...

Vieille histoire ? Non pas, car depuis l'indépendance du Timor oriental en 2002, les Australiens se cramponnent au traité de 1972 et tentent d'imposer un accord bancal, au besoin par le chantage à l'aide humanitaire. Ils avaient d'abord été accueillis en libérateurs, lorsqu'après de nouveaux massacres commis sur la population par les milices indonésiennes en 1999, l'armée australienne a assuré la mission onusienne d'interposition. Les troubles survenus à Timor en 2006 justifient qu'elle y demeure au titre du maintien de la paix. Mais l'humanitarisme des Australiens se révèle pour le moins intéressé.

Pour résoudre leur différend maritime, les autorités timoraises avaient dans un premier temps envisagé d’en appeler à la Cour Internationale de Justice de La Haye, comme le font les pays sages, mais ont finalement dû renoncer face aux menaces de rétorsions économiques... Le jour même de la proclamation d'indépendance, les Australiens faisaient signer au président tout juste élu, Xanana Gusmão un petit traité qui leur accordait 80% du champ principal. Les négociations ultérieures ont ramené ce partage à 50/50 fin 2005 et il s'est bientôt avéré que le gouvernement du premier ministre Mari Bim Amude Alkatiri entendait attribuer les concessions de champs pétrolifères à des compagnies européennes plutôt qu'à la ConocoPhillips (US), à la Philipps Petroleum (US) et à la Woodside Australian Energy.

Comme par hasard, le printemps suivant a été agité : aussitôt diffusé le résultat de la mise en concurrence des pétroliers, une révolte armée éclate dans la capitale, Dili, pendant que l'Australie fait manœuvrer sa marine de guerre dans les eaux de Timor, le tout forçant Alkatiri à la démission. En apparence, la rebellion du commandant Alfredo Reinaldo et de 600 soldats à sa suite en avril 2006 n'a pas de rapport direct avec l'affaire. Dans la réalité, il semblerait que lui et ses hommes aient un point commun : ils ont tous été entraînés en Australie... Et voilà Timor doté d'un nouveau mouvement de guérilla, ce qui justifie le maintien sur place des troupes australiennes. CQFD.

Cependant, la résolution des questions territoriales étant remise à plus tard, reste à exploiter au mieux cette obscure richesse enfouie au large de Timor, ce pour quoi a été créée en 2003 par traité bilatéral une autorité de régulation basée à Dili, la Timor Sea Designated Authority, cf. www.timorseada.org/index.html. On en attend donc les retombées pour la population de ce petit pays (je ne parle pas de marées noires !). Et, ma foi, connaissant les qualités de certains de ses dirigeants, il se pourrait que, malgré les obstacles et les convoitises, la TSDA fasse du bon travail.

Praia-do-One-Dollar-01.jpg
Timor oriental : plage du dollar

Mais pour finir, un extrait d'un entretien avec Eric Toussaint, président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (sic), trouvé ici : http://www.cadtm.org, qui éclaire le rôle douteux du FMI et de la Banque Mondiale :

"Quelle est l’attitude du gouvernement par rapport à la problématique de la dette ?

Le nouvel Etat est né sans dettes et le gouvernement a pris la sage décision de refuser d’emprunter. Pour la reconstruction du pays, il n’accepte de la communauté internationale que des dons. La Banque mondiale qui avait débarqué avec un plan d’endettement, a dû adopter une nouvelle stratégie pour arriver à convaincre les autorités d’appliquer le Consensus de Washington. Elle a réussi à s’imposer comme l’institution qui coordonne la majeure partie des dons provenant de la communauté internationale. Elle signe des contrats avec les autorités locales et à travers ces contrats, elle distille la politique néo-libérale : abandon des barrières douanières (au détriment des agriculteurs locaux notamment dans la production du riz), imposition d’une politique de recouvrement des coûts (droit d’inscription élevé dans l’enseignement supérieur et universitaire, soins de santé payants), privatisation de la gestion du secteur électricité et installation de compteurs électriques à pré-paiement…

J’ai pu me rendre compte par ailleurs d’un phénomène très grave : une partie marginale de chaque don (de 10 à 20% seulement) atteint réellement l’économie locale. La majeure partie des sommes représentées par les dons est dépensée à l’extérieur du Timor, soit sous la forme de rémunérations des experts étrangers, soit en achats de biens et de services sur les marchés internationaux. La Banque mondiale réussit à imposer le recours à des consultants internationaux (certains provenant directement de la Banque mondiale) dont les honoraires représentent 15 à 30% des dons. La Banque mondiale prélève elle-même 2% sur chaque don qu’elle gère. L’inégalité des rémunérations est particulièrement frappante. Un expert international reçoit une rémunération de 500 dollars par jour (à quoi il faut ajouter la prise en charge de tous ses frais sur place) tandis que le travailleur timorais moyen perçoit de 3 à 5 dollars par jour. La représentante de la Banque mondiale, quant à elle, gagne environ 15.000 dollars par mois. Et son collègue du FMI qui en gagne autant, s’oppose activement à l’adoption par le parlement d’une loi fixant un salaire minimum légal. Il n’a pas hésité à me déclarer lors d’une entrevue qu’un salaire de 3 à 5 dollars par jour était beaucoup trop élevé.

[...] Au Timor, beaucoup de personnes sincèrement engagées dans la reconstruction du pays sont très inquiètes de l’influence prise par la Banque mondiale. Ils ont l’impression que leur gouvernement lui-même commence à se laisser influencer par le credo néolibéral et ils se demandent comment redresser la barre."

Voir aussi :
http://www.waynemadsenreport.com
http://www.timor-online.blogspot.com
http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Analysesterrorisme/guerre-petrole.html
http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Documentsterrorisme/timor-oriental-australie.html
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Published by Mélusine - dans Extrême-Orient
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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 17:04
La petite république russe de Tchétchénie est en pleine reconstruction. L'aéroport de Grozny a rouvert en 2006 et en centre ville les traces du dernier conflit peu à peu s'effacent. Bref, c'est au moment où l'émigration ne se justifie plus que les Tchétchènes arrivent chez nous par avion...

Grozny.jpgIl fait beau sur Grozny
Cet hiver, la ville a même l'air toute proprette sous son blanc manteau de neige
qu'aplanissent d'énergiques babouchkas avec leurs balais de brindilles de bouleau
...comme un bataillon de sorcières !
(Russie, Grozny, 7 janvier 2008 - Stringer/Reuters)
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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 23:14
Depuis plusieurs mois, l'annonce du prêt de plusieurs œuvres des collections nationales du Bangladesh pour une exposition au Musée Guimet à Paris plongeait dans les affres les médias locaux. Les rumeurs les plus folles ont courru et mis en émoi la population : pour les uns nous voulions voler leurs chefs-d'œuvre, pour d'autres les vendre à notre profit, pour d'autres encore en faire des copies, les falsifier sous prétexte de restauration, les abîmer, ou que sais-je encore. Certains en étaient aux larmes, d'autres très en colère. Du principe du prêt au montant de l'assurance, des restaurations prévues aux conditions de transport, tout a été scruté, décortiqué, discuté, et le soupçon s'est insinué à toutes les étapes de ce processus assez banal de nos jours qui consiste à emprunter des œuvres d'art pour une exposition de quelques mois. Banal chez nous, certes, mais manifestement tout-à-fait inédit au Bangladesh, d'où les réactions passionnelles.

S'ils savaient, les pauvres ! Leurs œuvres eussent été plus en sûreté que les nôtres, aujourd'hui menacées par le projet de loi d'un député semi-analphabète qui veut mettre le patrimoine à l'encan et vendre les collections jusqu'ici inaliénables de nos musées nationaux*, sans doute pour renflouer le trou sans fond de la "Sécu" ou quelque autre déficit gouvernemental... Toujours est-il que les intentions de Guimet étaient innocentes et louables, mais les autorités ont sans doute sous-estimé l'émotion populaire suscitée par cette initiative dans un pays où, comme en beaucoup d'autres, sévissent les trafiquants d'œuvres volées. Le catalogue était paru, les affiches attiraient déjà l'œil dans tout Paris, mais après un dernier épisode rocambolesque de disparition sur le tarmac de l'aéroport de Dacca à la veille de l'embarquement des œuvres, l'exposition "Chefs-d'œuvre du delta du Gange : collections des musées du Bangladesh" vient donc d'être annulée.
*www.latribunedelart.com/Editoriaux/Editoriaux_2007/Editorial_Inalienabilite_Raphael_515.htm

Les absurdités de l'affaire auront malheureusement coûté la vie de l'ambassadeur du Bangladesh en France, Ruhul Amin, un francophile, qui avait joué les médiateurs et s'était beaucoup investi pour dénouer la crise. Il est mort d'une hémorragie cérébrale à seulement 47 ans le 3 janvier dernier, une dizaine de jours après l'annulation officielle de l'exposition. Précédemment en poste dans l'émirat de Bahrein jusqu'en juin 2007, Ruhul Amin s'y était acquis une réputation d'homme droit, juste et intègre. Rare diplomate de son espèce, il avait en effet dénoncé publiquement les conditions faites aux ouvriers de son pays sur les chantiers des Emirats : coups et travail pénible sept jours sur sept, jusqu'à épuisement. La mortalité des ressortissants du Bangladesh est en effet effrayante aux EUA, dans l'indifférence générale. Ruhul Amin avait créé dans sa propre ambassade un hôpital pour leur venir en aide. Il méritait mieux que ce triste épilogue.
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5 janvier 2008 6 05 /01 /janvier /2008 22:29
J'attends confirmation des services ouzbeks, mais si c'est vraiment vrai, ça mérite d'être dit ! En tout cas, c'est ce qu'affirmait incidemment à la mi-octobre sur la chaîne Al Jazeera, avec beaucoup de naturel, comme d'une vieille histoire déjà connue de par chez elle - même pas un "scoop" en somme, - l'ancien premier primistre du Pakistan Benazir Bhutto elle-même. La femme qui en savait trop a été assassinée le 27 décembre 2007. Paix à son âme.

L'icône démocratique toute fraîche de Benazir Bhutto avait quelques défauts. Dirigeante du PPP (Parti du peuple pakistanais) hérité de son père, nommée par deux fois premier primistre du Pakistan, la première fois en 1988 à seulement 35 ans, puis de 1993 à 1999, elle avait chaque fois dû renoncer à son poste pour cause de soupçons de corruption aggravée. Ces accusations n'étaient pas sans fondement comme a pu le démontrer une enquête de la justice suisse. Certaines mauvaises langues, et néanmoins proches de sa propre famille, l'accusent aussi d'avoir commandité l'assassinat de ses deux frères, Shalnawaz Bhutto, tué en France en 1985, et surtout Murtaza Bhutto, tué à Karachi en 1996 par la police pakistanaise, Benazira regnante... Il est vrai que Murtaza avait quelque temps plus tôt rasé une moitié de moustache à Asif Ali Zardari, le mari de la dame. Un affront pareil, ça ne se pardonne pas !

En outre, lors de son second mandat, Benazir Bhutto s'était alliée aux islamistes du Jamiat-Ulema-e-Islami, dont les écoles coraniques serviront de vivier aux talibans afghans. Sous la direction de son ministre de l'Intérieur de l'époque, le général Babar, l'Inter Services Intelligence (ISI, services secrets pakistanais) va fournir le matériel et la logistique qui conduiront les talibans à la prise de Kaboul en 1996. Mais elle était précisément une redoutable politicienne, femme forte dans un pays qui en apparence ne leur est guère favorable, véritable seigneur de guerre au besoin, d'une impassibilité toute orientale, et surtout fort bien informée de la situation locale...

Il se dit donc au Pakistan que Bin Bin (Oussama Ben Laden pour les intimes) a été exécuté par un proche du pouvoir qui se trouve être simultanément un haut dirigeant du mouvement Al Qaïda..., j'ai nommé Omar Cheikh. Mais des Ben Laden, il y en a tout plein ! Après Oussama, on parle de son fils Hamza qui pratiquerait le même métier : terroriste de montagne. Quant au Pakistan, c'est paraît-il un équilibre improbable entre trois A : Allah, Armée, Amérique... On va voir comment ça retombe sur ses pattes.

Sources :
http://fr.altermedia.info/general/pakistan-la-marraine-des-talibans-assassinee_12428.html
L'entretien accodé par B. Bhutto à David Frost vers le 20 octobre 2007 ici :
www.yanndarc.com/article-7336162.html (extrait)
http://www.prisonplanet.com/articles/december2007/281207_said.htm (en intégral)
Et aussi, Le chaudron pakistanais
et Le Pakistan est-il un pays sûr ?

Petites précisions :

Omar Cheikh, né en Angleterre en 1973, de son nom complet Ahmed Omar Saeed Sheikh, est en prison au Pakistan depuis février 2002 pour son implication dans l'enlèvement et l'exécution du journaliste américain Daniel Pearl. Alors, quand Benazir Bhutto dit de l'un des individus qu'elle soupçonne d'être derrière le premier attentat fomenté contre elle à Karachi le 18 octobre 2007 (probablement le général Mahmoud Ahmad, ancien directeur de l'ISI) que :
  • c'est "un personnage très important dans la sécurité... un ancien officier militaire... quelqu'un qui... a aussi été impliqué avec Omar Sheikh, l'homme qui a assassiné Oussama Ben Laden",
de deux choses l'une. Ou elle voulait dire "l'homme qui a assassiné Daniel Pearl" et c'est un lapsus, ce qui reste assez plausible vu que Omar Cheikh est connu pour être celui qui a tué Pearl ; ou... c'est bien de Ben Laden qu'il s'agit, compte-tenu que 1) ce sont ses propres mots, elle s'exprime plutôt clairement et semble maîtriser ce qu'elle dit, et 2) elle vient d'évoquer quelques instants auparavant parmi les exécutants possibles de l'attentat plusieurs chefs et mouvements terroristes :
  • "un gang de guerre afghan... ou Hamza ben Laden, le fils d'Oussama ben Laden, ou des talibans pakistanais...".
On se serait attendu à entendre citer Oussama lui-même, mais visiblement, mort ou vif, il est hors jeu. Alors s'il est mort, depuis quand ?

Eh bien, soit Omar Cheikh l'aura assassiné directement, donc avant le 12 février 2002, et, en bonne logique, toutes les vidéos mettant en scène le supposé Oussama Ben Laden revendiquant, menaçant, tonnant... sont des faux. Mais voilà, la rumeur court que les forces spéciales françaises en Afghanistan l'auraient vu de leurs yeux vu, en chair et en os, en 2004... Soit ledit Omar a commandité l'assassinat depuis sa prison (ou peut-être même que ses geôliers ne sont pas très regardants et le laissent sortir), et cela a pu se produire n'importe quand avant octobre dernier.

Toujours est-il qu'Omar Cheikh serait aussi... un agent du MI6 ! C'est du moins ce que soutient le président pakistanais Pervez Musharraf dans son livre Sur la ligne de feu, publié en 2006 (In the Line of Fire : A Memoir, chez Free Press). Recruté lors de ses études à la London School of Economics, il aurait été envoyé dans les Balkans par les services secrets britanniques pour mener des opérations de jihad... (contre les Serbes, je suppose). Il passe pour un agent double et travaillerait pour l'ISI depuis 1993. Lorsqu'il a été assassiné, Daniel Pearl menait précisément l'enquête sur les liens de l'ISI avec les groupes islamistes, et c'est aussi du côté de l'ISI qu'il faut chercher les assassins de Benazir Bhutto.

Omar Cheikh a été condamné à mort pour l'affaire Pearl le 15 juillet 2002. Le jugement en appel n'est toujours pas intervenu, ce qui, pour une justice expéditive comme celle du Pakistan, est signe qu'il est protégé. Par l'ISI et le président Musharraf, bien sûr, mais encore ? Par la CIA, d'après le Pittsburgh Tribune :
Qui trompe qui ?
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29 décembre 2007 6 29 /12 /décembre /2007 20:04
Retour d'Alsace.
Brume4.JPGBrume3.JPGBrume10-copie-1.JPG27 décembre 2007, six heures du soir
Le fog avale la ville
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Published by Mélusine - dans France
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22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 23:58
Curieux, cette propension des hommes politiques à tout réduire à leur petit entendement. Voilà des lustres que les vrais écologistes (je ne parle pas des Verts) sonnent l'alarme sans émouvoir grand monde, et tout d'un coup, par la lubie d'un certain Albert Gore, on ne parle plus que de réchauffement climatique, au point que c'en devient caricatural. Comme s'il n'y avait que cela. Mais peut-être est-ce le but ? Focaliser sur un seul danger, celui précisément sur lequel le simple particulier a très peu prise, et lui faire oublier tous les autres ? Il vient pourtant d'y avoir deux catastrophes écologiques majeures en moins d'un mois, sans rapport direct avec l'histoire du réchauffement climatique, et dont on a assez peu parlé.

Kertch.jpgPauvre oiseau de la mer Noire

Le 11 novembre dernier, une violente tempête en mer Noire et en mer d'Azov a provoqué le naufrage de plusieurs bateaux dont deux pétroliers et trois cargots transportant du soufre. Les jours suivants, dans le détroit de Kertch, qui sépare les deux mers, 30.000 oiseaux avaient déjà trouvé la mort, englués dans le fioul lourd, et 10.000 poissons également, probablement tués par l'acidification des eaux par le soufre. La côte, où se posent les oiseaux migrateurs en provenance de Sibérie, est polluée sur 50 km. Le fragile écosystème de la mer d'Azov est menacé et on évoque le risque de pluies acides. La catastrophe écologique - l'expression n'est pas de moi mais du gouverneur de la région russe de Krasnodar - a fait d'autres victimes encore puisque plusieurs dauphins de la mer Noire ont péri. Ces dauphins tursiops sont une espèce rare aujourd'hui menacée d'extinction, mais célèbre du temps de la marine soviétique, qui avait constitué un corps d'élite de 70 dauphins formés à dénicher les mines sous-marines ou à en poser, à détecter les hommes-grenouilles ennemis, voire, selon certains, à les mettre à mort sans sommation.

Mar--eNoire2.jpgVagues noires sur les plages de Mallipo (Corée du Sud)

Le 7 décembre en Corée du Sud, ce sont quelque 10.500 tonnes de fioul lourd échappées d'un pétrolier entré en collision avec une barge qui sont venues souiller 50 km d'une fort jolie côte, y compris une réserve naturelle qui sert d'étape sur la route des oiseaux migrateurs. Les pêcheurs et les ostréiculteurs sont directement affectés et il s'agit à nouveau d'une catastrophe considérable à tous points de vue. En 1989, celle provoquée par l'Exxon Valdez en Alaska, la plus grande survenue jusqu'ici et qui faisait 3 fois celle-ci par les quantités de pétrole déversées, avait tué 250.000 à 500.000 oiseaux... Etrange gaspillage d'un pétrole dont on dit tant manquer et que l'on promène pourtant sur les mers du globe dans des bateaux qui ne tiennent pas la mer ! Les marées noires se succèdent et se ressemblent. (Que fait Al Gore ?)

Mar--eNoire.jpg
Eaux de pêche irisées d'hydrocarbures

Cor--eNoire.jpgPauvre oiseau de Corée
Vous avez vu ce qu'ils lui ont fait ! Salauds !
Photos : Reuters
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Published by Mélusine - dans Ecologie
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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 19:55
Pour compléter l'article précédent, voici la représentation française dans la capitale kirghize : drapeau tricolore et tour Eiffel en fil de fer !
Kirghizie.jpgLe consulat de France à Bishkek
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Published by Mélusine - dans Asie centrale
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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 21:53
Où l'on reparle des services secrets ouzbeks...

Baignée par le Syr Daria, la fertile vallée de Ferghana, au cœur de l'Asie centrale, est depuis quelques années le théâtre de grandes manœuvres, comme le rappelle l'article du Monde, qui suit. Mais c'est surtout la photo qui m'a plu. Située pour l'essentiel en Ouzbékistan, la vallée déborde sur le Tadjikistan et la Kirghizie, d'où l'entrée en scène de la cavalerie kirghize.
Ferghana.jpgLa chevauchée fantastique :
Cavaliers kirghizes et forces russes antiterroristes
lors de manœuvres communes dans la vallée du Ferghana (octobre 2006)
 

Dans la vallée du Ferghana, les islamistes du Hizb ut-Tahir rêvent d'un califat mondial

OCH (sud du Kirghizstan), de notre envoyé spécial

On dit qu'ils seraient des milliers dans la vallée du Ferghana à agir en petites cellules autonomes, au fonctionnement quasi militaire, cherchant à attirer de nouveaux adeptes par la distribution sous le manteau de textes de propagande. On raconte beaucoup de choses sur le Hizb ut-Tahir (Parti de la libération). On en sait peu. Se concevant comme un parti politique, cette organisation islamiste clandestine, également présente au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, est honnie par le régime ouzbek d'Islam Karimov. Elle est entourée d'un halo de mystère, entretenu par ses membres, d'autant plus nécessaire que, depuis les massacres d'Andijan, en mai 2005, dans la partie ouzbèke de la vallée du Ferghana, les répressions se sont intensifiées contre les activistes islamistes, réels ou supposés.

Pour trouver la piste de cette organisation, il faut quitter Och, la grande ville du sud du Kirghizstan, doubler les ânes et les charrettes le long des routes cahoteuses, rouler une vingtaine de kilomètres et entrer dans Kara-Sou. Le poste-frontière avec l'Ouzbékistan est visible. Il faut alors s'engager dans une petite ruelle et sonner à la porte d'une maison sans prétention.

Des pieds en chaussons traînent sur le béton de la cour intérieure. Ayoub Khan Machrapov, 33 ans, d'origine ouzbèke, apparaît dans l'encadrement de la porte. Fines lunettes et casquette en cuir comme un révolutionnaire bolchevique, il est en fait l'un des membres éminents du Hizb ut-Tahir dans la région. Assis sur les tapis de son salon non chauffé, il répond sur un ton tantôt jovial, tantôt agressif.

L'objectif de l'organisation, selon lui, se résume en un mot : le califat, soit l'Etat islamique des origines, où doit régner la charia (loi islamique). " C'est un système idéologique mondial, récite-t-il. On ne veut rien construire dans le seul Kirghizstan, ou en Asie centrale, mais au-delà. Le problème de la démocratie, qui ne parvient pas à assurer la paix dans le monde, n'est pas le nôtre, c'est le vôtre. Nous n'aurons même pas à prendre le pouvoir, on nous le donnera. Ne croyez pas que la mer est calme. Il y a de puissants courants sous-marins. "

Membre du Hizb ut-Tahir " depuis une douzaine d'années ", vendeur sur le marché, Ayoub Khan Machrapov rejette les accusations de terrorisme formulées contre l'organisation par les régimes kirghiz et ouzbek. " Depuis plus de cinquante ans, personne n'a jamais pu démontrer que nous utilisions la violence, car nous n'en avons pas besoin, lance-t-il. Seul l'homme faible y recourt car il ne sait rien faire d'autre, dépourvu d'une idéologie saine. "

L'avocat Salidjan Maïtov, qui dirige une association d'aide aux réfugiés ouzbeks à Och, ne partage pas cette opinion. " Ces radicaux ont une grande influence dans la région, dit-il. On peut les qualifier de terroristes car ils refusent toute voie démocratique et prônent un califat imposé à tous. Les imams considèrent ici que c'est s'écarter de l'islam traditionnel. "

Sous le toit ondulé d'une autre maison de Kara-Sou se trouve un imam faisant preuve d'une plus grande mansuétude à l'égard du Hizb ut-Tahir. Depuis l'an passé, Rachatkhan, 29 ans, est la principale autorité spirituelle de la ville. Le 6 août 2006, son père et prédécesseur Rafic Kori Kamoloudine a été tué avec deux autres hommes au cours d'un raid conjoint des services ouzbeks et kirghizes. Il accueillait à la mosquée des activistes du Hizb ut-Tahir. Pour les autorités, il appartenait donc à l'organisation " terroriste ".

Coran sur la table, portable en main, survêtement Adidas sous un vêtement traditionnel, Rachatkhan réfute appartenir au mouvement. " Je ne peux pas suivre quelqu'un, puisque c'est moi qui conduis les croyants. Et puis les membres du Hizb ut-Tahir ne nient jamais leur engagement, même lorsqu'ils sont interrogés par les services ouzbeks. " Pour lui aussi, l'objectif politique majeur n'est pas le simple renversement d'Islam Karimov en Ouzbékistan, mais " l'instauration d'un califat dans toute la région, comme tous les vrais musulmans ", clame-t-il.

Ouzbékistan, Kirghizstan : deux voisins à la trajectoire politique très dissemblable, mais étroitement liés dans la lutte contre les organisations islamistes. Au sud du Kirghizstan, les services ouzbeks se sentent chez eux depuis longtemps. Si besoin, leurs homologues locaux leur fournissent parfois les adresses des activistes. " La frontière est totalement inexistante. Il suffit aux Ouzbeks d'obtenir une autorisation du procureur kirghize, quand ils s'en donnent la peine, explique Toursounbai Bakiruulou, médiateur pour les droits de l'homme. Lorsque j'étais député, de 1995 à 2002, dit-il, j'avais dénoncé en vain les accords qui permettaient aux services ouzbeks de conduire leurs opérations antiterroristes sur notre territoire. " Selon lui, entre 15 et 20 personnes sont enlevées chaque année par les Ouzbeks, qui les condamnent ensuite à des lourdes peines pour agissements contre l'Etat ou terrorisme.

*
On se demande bien de quel côté sont les Américains...

Qui n'a pas de cheval n'a pas de pieds, dit un proverbe kirghize.
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16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 18:27
Donc voici la suite du tract (la première partie ici : http://geopolis.over-blog.net/article-14641411.html).

*

Il est donc peu surprenant que la période d'exercice de la CNIL ait coïncidé avec un développement accéléré du gouvernement numérique, comme l'illustre cet inventaire de procédures officiellement déclarées "compatibles avec la liberté" par la CNIL :
- le passe Navigo [qui va remplacer la carte orange dans le métro parisien] (décembre 2004),
- les spams "dans le cadre professionnel" (mars 2005),
- Microsoft et Vivendi autorisés à utiliser des logiciels espions pour dénoncer les internautes usagers du peer-to-peer (avril 2005),
- la carte de fidélité biométrique (avril 2005),
- les assureurs médicaux autorisés à constituer des fichiers de prescription de leurs assurés (AXA en 2004, Groupama et SwissLife en 2005),
- la biométrie dans les cantines scolaires (janvier 2006),
- les entreprises de location de voitures autorisées à ficher les conducteurs auteurs d'infractions (juillet 2006),
- le passeport biométrique,
- la biométrie faciale (reconnaissance automatique des visages par les caméras) autorisée "à des fins de recherche" (février 2007),
- le dossier médical personnalisé, c'est-à-dire informatisé (mai 2007),
- les compagnies d'assurances autorisées à mettre des mouchards électroniques dans les véhicules de leurs assurés (septembre 2007).
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[...] La CNIL est donc directement impliquée dans la mise en place de la société numérique, qu'elle a pour tâche de rendre à lafois potentiellement menaçante et objectivement acceptable. C'est pourquoi la CNIL relève moins de la simple fumisterie que d'une excellente agence de développement du monde numérique.

En somme, le travail de l'institution se résume à trois choses :
1° Mettre en place de façon provisoire, là où de nouvelles formes de surveillance numérique sont créées, des contrepoids aussi futiles qu'elle-même.
2° Piloter en amont des projets industriels indéfendables, de façon à les rendre compatibles avec le niveau de servitude médiatiquement annoncé comme acceptable*.
3° Enfermer la question de la liberté dans une expertise incompréhensible, de façon à désarmer toute opposition aux technologies informatiques.

*Un exemple parmi d'autres : Après avoir recalé le projet de la MAAF consistant à placer des mouchards électroniques dans les voitures de ses assurés, la CNIL a publié une norme simplifiée pour aider les assureurs à placer leurs mouchards sans être dans l'illégalité (mars 2006). Elle a en outre travaillé en partenariat avec la société AXA sur le même projet d'"adaptation de la prime d'assurance à l'usage réel du véhicule", aidant ainsi la compagnie d'assurance à contourner la loi (septembre 2007).

Votre liberté, les experts s'en chargent (c'est trop compliqué pour vous)

Des écrans partout. Des ondes électromagnétiques dont on ne sait rien, sinon qu'elles sont nocives. Des métiers qui se transforment ; certains qui disparaissent. Des publicités qui surgissent de nulle part et s'individualisent. Des machines qu'il faut acheter pour travailler et "être à jour", et ensuite jeter, sans avoir jamais compris comment elles marchaient... Qui l'a vraiment choisi ? Qui l'a vraiment voulu ?

Au nom de quoi et de qui la CNIL décide-t-elle que ces transformations de nos modes de vie sont compatibles avec la liberté ?

L'existence d'une Commission informatique et libertés a pour principale fonction de faire en sorte que la population apprenne à ne plus juger. Car les experts ès libertés qui la composent sont devenus les seuls dépositaires de la bonne critique. La biométrie, c'est bien ou c'est pas bien ? Ça va, la CNIL l'a autorisée.

Bien évidemment, la "bonne critique" selon la CNIL - c'est-à-dire selon l'Etat - est une critique ouverte sur l'avenir, constructive, responsable. Une critique qui ne refuse pas en bloc les innovations, mais qui les accepte en posant des garde-fous dont il est pourtant évident qu'ils tomberont d'eux-mêmes une fois le système mis en place. Vous connaissez beaucoup de gens qui portent plainte quand ils reçoivent des spams non désirés ? Vous pensez vraiment que les patrons ne se serviront pas de la biométrie et du GPS pour fliquer les employés, maintenant qu'ils sont autorisés "sous conditions" ?

Et si, s'apercevant que ces technologies servent uniquement les intérêts des pouvoirs, on ne voulait pas de biométrie du tout ? Pas de RFID du tout ? Pas de tests ADN du tout ? Allons... ce n'est pas responsable.

L'expertise en matière de liberté sert tout simplement à adapter nos critères de jugement et nos valeurs à la société voulue par les dirigeants. Evacuant tout questionnement d'ensemble, toute révolte sensible, les experts ès libertés élaborent purement et simplement une éthique de robots. La transformation des modes de vie de toute la population est ainsi soumise à des questionnements purement techniques, d'une complexité digne des controverses théologiques. La CNIL ne demande pas, à propos des RFID : "Pourquoi gérer les personnes comme des produits de supermarché ?". Elle considère que "le stockage des données dans le système informatique relié au dispositif doit être à durée limitée". Elle ne dit pas, à propos de la biométrie : "Les gens ne sont pas des codes-barre", mais : "Le degré d'intrusion du système biométrique en vigueur doit être proportionné à la finalité poursuivie".

La CNIL ne se préoccupe pas de dignité, parce qu'elle considère a priori normal que nous soyons gérés comme des marchandises. Peu à peu, tout le monde s'habitue à penser dans la novlangue "Informatique et libertés", et la liberté en vient à signifier le contrôle des flux informatiques émis par le troupeau humain.

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[...] Les illusions de la CNIL (comment s'en débarrasser)

Illusion 1 : La CNIL est indépendante
La CNIL est si proche des pouvoirs qu'elle est presque complètement indépendante de la société française. [Voir plus haut les cas de Alex Türk, son président, et de Philippe Lemoine, commissaire à la CNIL et directeur d'une société informatique spécialisée dans le RFID (paiement sans contact)]

Illusion 2 : La CNIL permet de faire respecter ses droits
La CNIL, en théorie, permet de faire valoir le peu de droits qu'il nous reste vis-à-vis du déferlement numérique, la dérisoire "connaissance et rectification après coup de nos données personnelles". Un journaliste du Monde a calculé qu'au rythme actuel, il faudrait 7.000 ans pour que les personnes figurant sur le STIC* aient accès à leur fiche et puissent la corriger... C’est en effet à la CNIL qu’il faut s’adresser pour savoir si l’on figure dans tel fichier, et rectifier, le cas échéant, les informations qui s’y trouvent. Largesse policière qui permet aux espionnés de concourir à leur espionnage.

Illusion 3 : La CNIL protège nos libertés
Selon la CNIL, le seul problème que pose l'informatique pour la liberté est celui des conditions de gestion des données personnelles, chose sur laquelle elle n'a concrètement aucun pouvoir. Les conséquences néfastes de la "révolution numérique" qui nous a été imposée n'ont jamais posé problème à la CNIL : fichage systématique, dépendance au quotidien, perte d'autonomie et de savoir-faire techniques dans les métiers, désastre écologique, restructurations perpétuelles.

* Le STIC (Système de traitement des infractions constatées) est un gigantesque fichier devant recenser toutes les informations concernant les personnes mises en cause dans des procédures judiciaires, ainsi que leurs victimes. Le traitement vise les enquêtes ouvertes pour les crimes, les délits et les six catégories de contraventions de classe 5 :
- destruction ou dégradation volontaire d'un bien appartenant à autrui avec dommage léger,
- port ou exhibition d'uniformes, d'insignes ou d'emblèmes rappelant ceux d'organisations ou de personnes responsables de crimes contre l'humanité,
- provocation non publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale,
- intrusion dans les établissements scolaires,
- violences volontaires avec incapacité totale de travail inférieure ou égale à 8 jours,
- racolage.

Outre l'identité (nom, adresse, filiation, nationalité) le signalement et la photographie, les faits et les modes opératoires observés pendant la procédure seront enregistrés.

[Il apparaît donc que ce système fiche autant les victimes que les criminels, autant les crimes que les délits d'opinion.]

En pratique, le travail de la CNIL a consisté, d'une part, à donner une légitimité à des projets industriels manifestement hostiles aux libertés ; et d'autre part, à construire à notre place, de toutes pièces, une définition restrictive de la liberté, pour complaire aux industriels et aux dirigeants.

Et le plus incroyable, c’est de voir les tenanciers de la conscience civique (journalistes, avocats, universitaires) faire mine de prendre au sérieux la fonction protectrice de la CNIL, déplorer la faiblesse de son budget, de ses effectifs, de ses pouvoirs. Comme si cet organe administratif, avec ses 17 membres choisis parmi les grands commis de l’Etat, placé sous l’autorité du gouvernement, n’était pas celui-là même qui préfigure le mieux la société de surveillance.

A nous de protéger notre liberté.
 
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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 23:34
Les activistes d'extrême-gauche sont rarement bien inspirés (litote !). N'ont-ils pas amplement contribué à l'élection d'un certain Nicolas Sarközy, qu'ils n'ont eu de cesse de faire passer pour un homme de la droite dure - ce qu'évidemment il ne saurait être - aux yeux d'un électorat qui aspirait au retour à l'ordre ? Si le but n'était autre que de le faire élire, ils ont finement joué... Les opérations d'agit-prop', telles qu'occupations d'universités avec vols d'ordinateurs et livres jetés par les fenêtres, laissent aussi plus que dubitatif sur l'intelligence politique de ces énergumènes.

Mais il arrive, une fois n'est pas coutume, qu'ils visent juste. Pas plus tard qu'hier, quelques dizaines d'entre eux s'étaient donné rendez-vous devant les bureaux de la Commission Nationale Informatique et Libertés (CNIL), 8 rue Vivienne à Paris. Leur but : occuper les locaux jusqu'à la suppression de ladite CNIL. En apercevant l'une des deux banderoles déployées sur la façade, je crus d'abord à une heureuse nouvelle : "La CNIL 1978 - 2007 : dissolution", et pensai assister à une grève du personnel malheureux d'être viré après quelque saine décision gouvernementale de se passer d'un organisme inutile. Las ! Il n'en était rien, et la manifestation anti-CNIL fut rapidement dispersée avec l'arrivée de cinq cars de CRS sur les lieux (c'est peut-être un peu beaucoup cinq cars, non ?).

Cependant, un de mes informateurs (dont je ne donnerai pas le nom à la DST), me fit passer le tract de 4 pages portant les revendications du groupe sous le titre "Dissolution de la CNIL : le temps des marchands de sable est passé". En voici le texte, du moins les passages auxquels je souscris plus ou moins, le reliquat étant passé à la trappe pour cause de censure mélusinienne.

Dernière chose, le tract est signé par six mouvements, aux noms quelque peu folkloriques : "Groupe Oblomoff" (vu qu'Oblomov, dans le roman éponyme d'Ivan Gontcharov, est le type même de l'inaction, les actions d'Oblomov, c'est tout un programme !), "Pièces et main d'œuvre", "Mouvement pour l'abolition de la carte d'identité (MACI)", "Halte aux puces !", "Coordination contre la biométrie", "Souriez, vous êtes filmés", et compagnie, dit le tract. Ah, ces gauchistes ! Chacun est un mouvement politique à lui tout seul ! Bref, ces mouvements qui n'en sont qu'un seul, sont en fait les avatars du tout nouveau "Collectif George Orwell", cf. http://1984.over-blog.com/. Et puis ils ne sont peut-être pas si extrême-gauche que ça, malgré le référencement sur Bellaciao, car ça fait plutôt situationniste tout ça. L'intervention du Groupe Oblomoff contre Jean-Pierre Changeux au Collège de France en 2006 ne manquait d'ailleurs pas de sel :
http://groupededecroisseursberrichons.hautetfort.com/archive/2006/11/30/le-fascisme-applaudi-au-college-de-france.html

*

Depuis sa création en 1978, la Commission Nationale Informatique et Libertés n'a jamais cessé de justifier et de faciliter l'exploitation politique de nos vies. Main dans la main avec les gouvernements et les industriels, elle a concrètement travaillé à ce que l'inacceptable semble acceptable, en réduisant la liberté (par ?) le contrôle des flux informatiques.

Sa mission a consisté à endormir toute critique et toute révolte, en jugeant à notre place et en notre nom de ce qui pouvait porter le nom de liberté. Le marchand de sable a bien travaillé : en vingt ans, les pires anticipations de la science-fiction se sont matérialisées [pas encore, pas encore] dans l'impuissance générale [ça c'est un peu grandiloquent].

C'est pourquoi nous proclamons aujourd'hui la dissolution officielle de la CNIL

Ainsi la "révolution numérique" cessera-t-elle d'apparaître comme une nécessité inéluctable porteuse de dérives, mais bel et bien comme une pathétique contre-révolution imposée par les industriels et les gouvernants. C'est désormais à nous tous qu'il revient de juger de ce qui est, ou non, compatible avec la liberté.

Aujourd'hui, vendredi 14 septembre, nous sommes venus de toute la France [et surtout de Grenoble] occuper les locaux de l'institution défunte. Nous pensons nous y établir quelque temps [ce fut bref] afin de concrétiser les objectifs suivants, conditions minimales de notre remise en liberté :
- Le banissement de la biométrie et des puces RFID (Radio Frequency Identification Device)
- L'abolition de la vidéosurveillance sous toutes ses formes
[la suite on va censurer]

Expliquons-nous

Contrôle, surveillance et traçabilité sont désormais un mode de vie. C'est le fichage systématique : STIC (Système de traitement des infractions constatées), VELIB' ou NAVIGO. C'est l'accompagnement permanent : téléphone portable ou GPS. C'est le regard perpétuel : vidéosurveillance ou cookies. Ces nouvelles technologies, en pénétrant toutes les activités humaines, ont rendu l'anonymat obsolète.

[...] Bien peu réalisent que cette sécurité totale - et totalement fantasmée - contre le temps perdu et les événements fortement improbables, se paie d'une vulnérabilité inédite à l'égard de l'Etat et des entreprises.

La France d'aujourd'hui, c'est pour certains une grande prison, pour d'autres une vaste garderie ; c'est en tout cas un traitement continu de la population, tantôt bien traitée, tantôt maltraitée, mais toujours "gérée". Nous ne sommes plus que des chiffres dans des graphiques dressés par des imbéciles.

Les industriels et l'Etat ont fait de nous les jouets de la marchandise numérique, devenue un mode de vie incontournable. Incontournables ainsi, ses effets dévastateurs sur la santé et l'environnement, depuis les ondes électromagnétiques jusqu'à la pollution inédite générée par ces milliards de gadgets. Inévitables, ses effets délétères sur les relations humaines, disloquées par les sollicitations permanentes des machines, et prisonnières d'une tyrannie de la nouveauté qui rend nos grands-parents, et parfois nos parents, complètement hors du coup.

De 1978 à nos jours, la CNIL a été l'instrument privilégié de cette progressive réduction en esclavage, qu'elle facilita considérablement, en la présentant comme "nécessaire" et "conforme à la liberté".

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Brève histoire de la CNIL

La CNIL fut créée en janvier 1978 par des bureaucrates, et dissoute en décembre 2007 par une partie du peuple [20 personnes ? On aimerait y croire, mais il m'est avis qu'elle sera encore là en 2008...].

Sa création coïncide avec le scandale provoqué par le premier grand projet de fichage informatique par l'Etat, le projet Safari (Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus) de 1974 qui prévoyait l'interconnexion du numéro de sécurité sociale avec les autres fichiers administratifs. Il devint clair à ce moment-là que l'informatique donnait à l'Etat des moyens de contrôle sans commune mesure avec ceux du passé, l'interconnexion des fichiers facilitant l'organisation de rafles et de persécutions diverses. La CNIL servit donc d'emblée à endormir les citoyens : vous aurez le fichage informatique, mais vous pourrez connaître et rectifier ces données grâce à la CNIL. Ce qui s'est rapidement révélé aussi absurde qu'impraticable.

En tant qu'émanation de l'Etat, il allait de soi que la CNIL ne s'opposerait pas au développement croissant des pouvoirs de l'Etat grâce à l'informatique. Il allait aussi de soi qu'elle ne voudrait pas brider le formidable développement industriel offert par la gadgetterie électronique, vecteur d'une croissance [prétendue] illimitée.

Les 17 commissaires de la CNIL, tous grands commis de l'Etat, se sont presque toujours distingués par leur complaisance à l'égard des diktats du marché et des gouvernements. Plus encore, certains ont joué un rôle remarquable dans la mise en place de la surveillance automatisée et des gadgets numériques.

Philippe Lemoine, en cumulant illégalement les fonctions de commissaire à la CNIL et de vice-président de la chaîne de distribution Galeries Lafayette et PDG de sa filiale informatique Laser (filiale de Cételem-BNP-Paribas), ainsi que PDG de Cofinoga, est en bonne position pour arbitrer équitablement le brûlant conflit d'intérêts qui oppose les industriels aux défenseurs des libertés ! Dès 2005, à Caen, la société Laser, qu'il dirige, teste le paiement automatisé par le téléphone portable. Fin 2006, Laser met en place aux Galeries Lafayette le paiement à distance grâce à la technologie RFID des puces sans contact... qui, en matières de licenciements, ouvre des perspectives très alléchantes.

Alex Türk, président de la CNIL à partir de 2004 et sénateur du Nord [non-inscrit], se décrédibilise en rendant la CNIL juridiquement impuissante face aux fichiers concernant la sûreté de l'Etat (Défense, sécurité publique), ce pour quoi elle avait été initialement créée. Il est en effet rapporteur au Sénat de la refonte de la loi informatique et libertés de 2004, qui ôte à la CNIL ses pouvoirs contraignants et légalise tous les fichiers de police jusque-là hors la loi.

En 1995, la CNIL avalise la généralisation de la vidéosurveillance. Le 9 juillet 2007, Alex Türk déclare publiquement que la CNIL "n'est pas contre la mise en place de réseaux de vidéosurveillance par principe". En 2005, la CNIL déclare que "les Français devront accepter un affaiblissement des libertés individuelles afin de renforcer la sécurité collective" et approuve de nouvelles mesures sécuritaires au nom de la lutte anti-terroriste.

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[Je vous avais dit que c'était long. La suite plus tard.]
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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 22:13
Sous-marin-copie-1.jpgQu'est-ce que c'est que ce gros animal ?

1. Une baleine
2. Une île flottante
3. Un sous-marin nucléaire russe de classe Delta III

Moi, je sais pas.
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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 20:46
Le journaliste d'investigation Guillaume Dasquié, par aileurs directeur de recherches à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), a été inculpé hier 6 décembre 2007 pour détention et divulgation de renseignements classés "secret défense". Au-delà du secret nécessaire au travail des services de renseignement et à la préservation des intérêts vitaux de l'Etat, on peut souvent s'interroger sur la tentation des dirigeants ou des services d'étendre la chape de secret à la défense d'intérêts particuliers, voire de pratiques délictueuses qui, loin de garantir la sécurité de la France et des Français, risquent plutôt de la compromettre ; quand il n'est pas tout simplement question de rendre service à des personnalités un tantinet corrompues. J'ai moi-même souvenir d'avoir assisté il y a quelques années du côté de Toulon à une réunion "secret défense" assez surréaliste : cette classification, comme la cautèle et les mines de comploteurs qui allaient avec, étaient pourtant ridicules et déplacées. Mais avec les vacances des Chirac...

On sait que le "secret défense" a jusqu'ici empêché l'élucidation de l'assassinat du juge Bernard Borrel, tué à Djibouti le 19 octobre 1995, ainsi qu'une autre affaire qui lui est liée, l'attentat commis le 27 septembre 1990 contre un café de Djibouti fréquenté par des ressortissants français, attentat qui avait coûté la vie à un enfant de 6 ans et blessé 17 personnes. Les autorités politiques et militaires ont tout fait pour éloigner les soupçons qui pèsent sur le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh. Et les autorités judiciaires n'ont pas brillé davantage dans la recherche de la vérité, cf. http://geopolis.over-blog.net/article-13866315.html. Or, c'est précisément pour avoir mis au jour des notes du parquet de Paris relatives à cet attentat que M. Dasquié a été interrogé ces derniers jours par ses amis de la DST (40 heures de garde à vue tout de même).

Dilemme : Les affaires de Djibouti relèvent-elles du secret défense à juste titre, ou non ? Eh bien, malheureusement pour les familles endeuillées, la réponse est plutôt oui. L'ancienne Côte française des Somalis, indépendante depuis 1977, occupe une position stratégique au débouché de la mer Rouge sur l'océan Indien. Elle permet de contrôler tout le trafic maritime qui descend ou remonte vers le canal de Suez, et passe nécessairement par le détroit de Bab el Mandeb, où la côte de Djibouti n'est plus qu'à une 30aine de km de celle du Yémen. Les USA y ont donc pris position et la France y conserve plusieurs bases militaires (Légion étrangère, commandos de marine, Régiment inter-armes d'outre-mer, escadron de chasse et base de Mirages 2000). Mais faut-il pour autant fermer les yeux sur les turpitudes du président Guelleh et faire passer la vie de Français par pertes et profits ?

On reproche aussi à M. Dasquié d'avoir publié le 18 avril 2007 une note de la DGSE du 5 janvier 2001 intitulée "Projet de détournement d'avion par des islamistes radicaux", alors transmise au chef de poste de la CIA à Paris, Bill Murray. La note révélait que des membres de l'organisation d'Oussama Ben Laden, associés aux talibans et à des groupes tchétchènes avaient depuis le début de l'année 2000 un projet de détournement d'avion qui s'est finalement réalisé sous une forme un peu différente le 11 septembre (2001). Il est toujours désagréable de retrouver ses notes confidentielles sur la place publique et le Ministère de la Défense a donc porté plainte. Cependant, on ne peut pas dire qu'en soi cette révélation constitue une franche nouveauté, pas même un scoop, puisque le fait que les services français aient informé leurs homologues américains d'un projet terroriste de détournement d'avion avant l'attentat du World Trade Center a été connu peu après, dès la fin 2001 si je me souviens bien. Il me semble même que les autorités françaises s'en étaient vantées, à l'heure où les services US étaient taxés d'incompétence pour n'avoir pas vu venir le coup... Bref, tout ceci me semble un peu abusif. En revanche, mentionner que les renseignements provenaient des services ouzbeks n'était sans doute pas très judicieux. Tiens, tiens, je me demande ce qu'en pense le général Dostom...

http://www.geopolitique.com/accueil/
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 21:21
Le gouvernement américain a relancé récemment sa campagne internationale de "gestion des perceptions".  La nouvelle phase de cette opération de propagande politique et d'intoxication à grande échelle s'intitule "The most frightening leaders". Plusieurs médias français, dont le fournisseur internet MSN, l'ont déjà rélayée sous le titre "Les dirigeants qui font peur". En quoi consiste-t-elle ? Tout simplement dans la diffusion d'une liste de 14 tyrans qui, selon George W. Bush and co., constitueraient une effrayante menace. Pour qui ? ou pour quoi ?, cela n'est pas dit et on peut sous-entendre à peu près ce qu'on veut : une menace pour "la paix dans le monde", pour l'USI ou pour nous tous, malheureux occidentaux effarouchés...

Les médias ont donc diffusé la liste que voici tel quel, sans aucun recul critique et sans même citer leur source :

1. Than Shwe (Birmanie)
2. Pervez Musharraf (Pakistan)
3. Kim Jong-Il (Corée du Nord)
4. Vladimir Poutine (Russie)
5. Robert Mugabe (Zimbabwé)
6. Mswati III (Swaziland)
7. Islam Karimov (Ouzbékistan)
8. Abdul Rachid Dostom
9. Mouammar Kadhafi (Libye)
10. Alexandre Loukachenko (Biélorussie)
11. Fidel Castro (Cuba)
12. François Bozizé (Centrafrique)
13. Omar Bongo (Gabon)
14. Mahmoud Ahmadinejab (Iran)

Le choix des méchants, leur ordre d'apparition dans la liste - qu'on suppose être rangée par ordre de méchanceté décroissante, - les photos et les quelques mots d'explication qui les accompagnent, enfin les grands absents qu'on s'étonne de ne pas y voir, tout ici appelle commentaire, mais je m'en tiendrai à quelques remarques.

Nos bons Américains de la cellule Gestion des perceptions ont cru habile de ne faire figurer Ahmadinejab qu'en fin de liste, alors que tout le monde sait leurs missiles braqués sur l'Iran, et d'omettre le syrien Bachar el-Assad ou le soudanais Omar el-Béchir, qui ne sont pas plus démocrates et tout autant dans le collimateur de Washington. En réalité, pour ceux-là, point n'est besoin de crier au loup et il ne faut pas abattre toutes les cartes en même temps. Ce n'est pas vraiment eux qui sont visés, d'ailleurs.

Les photos de ces Messieurs nous les montrent vêtus, en costume cravate, uniforme militaire (les généraux Than Shwe et Musharraf), simple chemise (Mswati III) ou polo (Castro), à une exception près, mais significative : Poutine, montré à l'entraînement, torse nu dans la campagne, arme au poing, parce que ça fait beaucoup plus méchant ! On se demande d'ailleurs ce que vient faire le président russe parmi les tyrans, après Kim Jong-Il, mais devant Mugabe (!!!). N'oublions pas toutefois que la liste a été publiée une quinzaine de jours avant les élections législatives en Russie, ce qui n'est certes pas innocent, histoire sans doute de préparer le terrain pour la contestation des résultats qui a commencé avant même le jour J (2 décembre)... C'est en fait tout ce que le public en retiendra : Poutine parmi les pires dirigeants qui font peur, Poutine méchant.

C'est bien à juste titre en revanche que Kim Jong-Il et Robert Mugabe y figurent. Ils méritaient même d'être en tête de liste. K. Jong-Il, digne successeur de son père Kim Il-Sung, dictateur communiste qui a instauré à partir de 1948 le régime le plus totalitaire de la planète, est déjà responsable à son propre titre de la mort de 2 millions de Nord-Coréens par la famine de 1995-1999. Quant au maoïste Mugabe, au pouvoir depuis 1987, il a provoqué l'exode de 3 millions de citoyens du Zimbabwé, blancs et noirs, et son pays, ce grenier à blé qu'était l'ancienne Rhodésie du Sud, est lui-aussi menacé de famine. En 2005, estimant que les bidonvilles de Harare, la capitale, n'avaient pas assez voté pour lui, Mugabe a fait expulser de chez elles 700.000 personnes. Opération "Chasser la saleté" que ça s'appelait...

Que vient faire à ses côtés le jeune roi Mswati III du Swaziland, ce minuscule Etat grand comme deux départements français coincé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique ? En quoi menace-t-il le monde ? Ah oui, mais c'est que, nous dit le texte, le méchant Mswati aurait au moins 10 épouses et 30 enfants... Bouh que c'est vilain ! Sûr que ça doit choquer les protestants puritains auteurs de la liste. Dans le même genre, les émirs et le roi d'Arabie ne sont pas mal non plus, leur armement autrement plus dangereux que les modestes moyens du Swaziland et leurs régimes pas particulièrement démocratiques, mais il est vrai qu'ils sont alliés des Américains, alors...

Que vient faire là aussi le général Dostom ? Abdul Rachid Dostom, ouzbek d'Afghanistan, n'est pas un chef d'Etat, mais un chef de guerre afghan comme il y en a tant d'autres. A ce compte là, on pourrait en citer des noms, en Asie comme en Afrique, et ajouter quelques dirigeants de sociétés de mercenaires comme Halliburton, qui ne passent pas pour des enfants de chœur. Il doit les enquiquiner les Américains, Dostom, pour figurer au palmarès ! Il faut dire qu'il a été l'allié des Russes et qu'il mène depuis 2006 une grande coalition d'opposition à la politique de leur protégé le président Hamid Karzaï. Ceci étant, cela doit bien l'amuser d'être promu de la sorte. Qui sait ?

Kadhafi, Castro et la junte birmane ne sont pas là pour rien, non plus que le dictateur gabonais Omar Bongo, grand spécialiste en assassinats politiques et mentor de... Nicolas Sarközy ! Rappelons que NS l'a rencontré à l'occasion de la campagne française des présidentielles pour, selon ses propres termes, "recueillir les bons conseils d'un homme d'expérience" (c'est sûr, 40 ans de dictature...), et l'a ensuite appelé à peine élu pour le remercier desdits conseils, on aimerait savoir lesquels.

Et puis il y a tous les autres dont les noms, très curieusement, ne se trouvent pas dans la liste : Hu Jintao (Chine), Mikheil Saakachvili (Géorgie), cf. http://geopolis.over-blog.net/article-13213421.html, Théodore Obiang Nguema (Guinée équatoriale), cf. http://geopolis.over-blog.net/article-1887701.html, Abdelaziz Bouteflika (Algérie), etc., etc., et bientôt Hashim Thaci (Kosovo) ; sans oublier les grands fauteurs de guerre Ehud Olmert (Israël) et les Clinton-Bush (USA) qui, de tous les dirigeants du monde, sont, de l'avis général, ceux qui font le plus peur. Un sondage européen publié en 2003 jugeait en effet Israël comme la menace la plus sérieuse pour la paix dans le monde, devant les USA, l'Iran et la Corée du Nord ex-aequo.

Si, enfin, on voulait faire un classement sérieux, il faudrait sans doute distinguer entre dictatures personnelles (Mugabe, par exemple) et régimes installés (Chine, Birmanie), même si les deux se confondent souvent. Il faudrait ne pas être dupe des proclamations, ni des brevets de démocratie que d'aucuns décernent, ni de la démocratie elle-même. Il faudrait surtout juger régimes et dirigeants selon le nombre de morts dont ils sont responsables, l'oppression des populations autochtones et le caractère plus ou moins envahissant du contrôle exercé sur les consciences. Il y a des pays où dire ce qu'on pense peut conduire en prison ou au cercueil. Il y a aussi de mauvais régimes où le contrôle peut être plus faible pour cause de situation bordélique, mais où la corruption, le pillage des ressources et une gestion économique désastreuse maintiennent la population dans la misère. Et nous-mêmes, sommes-nous exemplaires ?

Tremblez, braves gens, Mswati III attaque !
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 21:00
GolfeMex.jpgPuits de pétrole en feu dans le Golfe du Mexique
(Photo Reuters)

Une plateforme pétrolière off-shore appartenant à la Pemex (Petroleos Mexicanos) a pris feu à la suite d'une explosion de gaz le 20 novembre. Le 23 octobre, la chute d'une foreuse sous l'effet de la tempête avait déjà provoqué une explosion faisant 21 morts sur cette même plateforme, qui était depuis en réparation. La baisse de production consécutive ne serait pas très significative (422 barils / jour, soit 0,01% de la production de la Pemex). Reste que cette compagnie, qui est l'un des trois principaux fournisseurs de pétrole des USA, a connu cette année plusieurs ruptures de production du fait de conditions météorologiques en mer particulièrement difficiles et des opérations de sabotage menées contre ses oléoducs par un groupe de rebelles mexicains apparu en 1996, l'Armée populaire révolutionnaire (Ejercito Popular Revolucionario).
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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 20:42
Depuis une dizaine d'années, nous sommes, paraît-il, devenus les plus grands consommateurs au monde de drogues psychotropes : selon les statistiques, un quart des Français serait sous antidépresseurs (10%) ou sous calmants (17%) et abuserait des somnifères. Un quart, c'est énorme. A se demander si nous ne faisons pas une dépression collective.

Mais ne voilà-t-il pas que nos pouvoirs publics viennent de lancer, à renfort d'affiches et de messages radiodiffusés (télé aussi, sans doute, mais je n'ai pas c'te chose) une grande campagne promotionnelle en faveur de la dépression ! Vous manquez d'énergie ? Vous êtes mélancolique ? Soucieux ? La dépression, on vous dit ! Manque d'appétit ? Troubles digestifs ? Dépression, bien sûr ! La vie n'est pas rose ? Mais c'est que vous êtes un dépressif qui s'ignore ! Il est urgent de consulter !!! De quoi réveiller le malade imaginaire qui dort en chacun de nous. Je n'invente pas, c'est ici : http://www.info-depression.fr/

En l'an 2000, les Français engloutissaient déjà 150 millions de boîtes de ces petites pilules. Cela n'a cessé d'augmenter depuis, et on voudrait nous en faire avaler davantage encore ?! Sûr que les multinationales pharmaceutiques y trouvent leur compte. Il faut dire que tout ça est remboursé par la Sécu, alors... 932 millions d'euros de remboursements en antidépresseurs, anxiolytiques, hypnotiques et autres neuroleptiques (chiffres de 2002). Un déficit, dites-vous ? Non, pas possible ! Dans les pays nordiques, l'hiver venu, quand il fait froid et sombre, quand le vent mauvais souffle et l'ennui guette, on se contente de noyer ses états d'âmes dans un verre de gnôle. Au moins, ne se raconte-t-on pas d'histoires sur la qualité de la médecine.

Mais les gélules, les pilules, les cachets, ce sont des médicaments, ça. Des vrais. Pas de la camelote, de la gnognote, pas pour rire, hein ? Jugez un peu de leurs effets collatéraux : somnolence, perte d'appétit, troubles digestifs, vertiges, agressivité, attaques de panique, hallucinations, j'en passe et des meilleures. Alors, bien sûr, il y a de vrais dépressifs parmi les consommateurs (moins de la moitié, nous dit-on, et cela semble encore généreux), mais les autres ? Sauf cas de dépression avérée, mieux vaudrait s'abstenir, ne croyez-vous pas ? Avant de vous mettre au Prozac®, Deroxat® (antidépresseurs), Xanax® ou Temesta® (anxiolytiques), avant de vous faire prescrire de l'Imovane®, du Lexomil® ou du Stilnox® (somnifères), et tutti quanti, bref avant de vous assommer de médicaments violents qui causent autant de troubles qu'ils en soignent, dérèglent le fonctionnement cérébral et créent une addiction dont vous serez bien en peine de vous défaire, commencez donc par combler vos carences en vitamines C, B6, B9 et B12 et en magnésium. Ajoutez du ginseng et une bonne bière au houblon. Ça ne peut pas faire de mal, et ça peut même faire du bien !

Il faut que la France d'aujourd'hui soit bien malade, que la démocratie tant vantée récèle de sourdes violences,  que la société de consommation festiviste soit décidément une triste farce, pour que tant d'entre nous n'y puissent survivre sans béquilles chimiques. Alors quand les autorités donnent dans la surenchère, on peut se poser quelques questions. Voyons un peu : vous êtes payé des clopinettes, votre entreprise délocalise en Chine, vous risquez le chômage, vous subissez des violences au travail ou dans la rue, la police vous a mis à l'amende pour rien, le gouvernement vous em... ? Vous choisissez le Prozac ou la révolte ?

Au fond, la grande erreur de Louis XVI en 1789, c'est de ne pas avoir fait distribuer des antidépresseurs à la population. Vous reprendrez bien une petite pilule ?

Et avec ça, adieu Verlaine, adieu le Spleen et la Mélancolie, fini les poètes !
(Dans la même veine : http://geopolis.over-blog.net/article-6687584.html)
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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 21:25
Al-Awsat.jpgSoldats US, village de al-Awsat, Irak, novembre 2007 (AFP)

Al-Awsat2.jpgPerquisition chez l'habitant par des soldats du 3e bataillon de la 101e division aéroportée de l'US Army

Ça n'a pas l'air, mais c'est la nouvelle façon US de patrouiller chez les Sunnites : on évite d'arriver en pleine nuit, on se fait annoncer par le cheikh du coin, on toque à la porte avant d'entrer, on dit boujour, on est poli, on demande la permission et on a un interprète. Voilà, ça change de enfoncer la porte à coups de rangers, etc. Et ça passe mieux, en tous cas devant les caméras !

Et si vous voulez tout savoir, le lieutenant qui dirige l'opération se nomme Ted Janis et c'est un géant d'1,98 m.
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 16:14
Je vais dire du bien de Rachida Dati. Visiblement, le nouveau Garde des sceaux méprise les magistrats et le système judiciaire français. Moi aussi. Cela fait longtemps que je me promets d'écrire là-dessus, en fait depuis que j'ai vu les deux vidéos que je citerai plus loin. J'avais donc annoncé ce texte un peu trop tôt :
http://geopolis.over-blog.net/article-12417022.html
, puis le temps qui passe, l'écœurement...

De quoi s'agit-il ? De réfugiés. Non, pas du Darfour, des réfugiés français. Des Français contraints de trouver refuge à l'étranger, et en particulier des enfants français réfugiés à l'étranger parce que leur vie ici en France est menacée. Incroyable ? Et pourtant, il y a depuis une dizaine d'années plusieurs enfants français et leurs proches auxquels des pays réputés civilisés comme les USA ou la Suisse ont accordé l'asile politique, parce que s'ils restent en France ils n'échapperont pas aux viols, aux tortures et à la mort...

Le premier cas dont je me souviens est celui de la petite Lauriane Kamal, 4 ans lorsque l'affaire débute à Nice en 1993. Lauriane se plaint à son père des sévices qu'on lui fait subir lors de soirées très particulières dans les back-rooms des clubs échangistes où la traîne sa mère divorcée. Parmi les bourreaux qui abusent d'elle et d'autres enfants, elle cite des magistrats dont un certain "juge Renard"... Les expertises médicales accréditent ses propos. Le père porte plainte. Et c'est là que tout se complique. Un juge ne saurait instruire un dossier dans lequel son nom risque d’apparaître, nous dit-on.  C'est pourtant le juge Jean-Paul Renard, doyen de l'instruction au tribunal de Nice, qui va instruire celui-ci et mettre tout en œuvre pour que l'enquête n'aboutisse jamais, avec la complicité de plusieurs de ses collègues. Menacé, harcelé et privé de son avocat, Karim Kamal emmène sa fille aux USA en avril 1994 et demande l'asile politique, qu'il obtiendra de la justice fédérale américaine en 2001. Mais entretemps, Lauriane a été ramenée de force par la diplomatie française, qui s'est démenée comme s'il s'agissait d'une affaire d'Etat, et on ne sait pas trop ce que la fillette - jeune fille aujourd'hui - est devenue. "Je reste fasciné par la débauche de moyens et d’énergie qui ont été utilisés pour étouffer l’affaire Kamal", disait son avocat, Me Grattirola, que les magistrats niçois étaient parvenus à faire suspendre.

En 2001 toujours, le procureur Eric de Montgolfier soulevait un pan de la chape qui recouvre cette affaire : "Je n’ai pas de conviction sur le fait qu’il y ait ou non des magistrats pédophiles. Mais les anomalies de procédure ont mis de l’eau au moulin de ceux qui voulaient répandre ce genre de rumeurs. Un avocat s’est vu intimer l’ordre de se dessaisir d’un dossier parce qu’il impliquait un magistrat. Un plaignant a été désigné comme suspect. Des accusés ont été traités comme des victimes. Une déchéance d’autorité parentale [celle du père] a été décidée dans des conditions étonnantes. Ce dossier est ce qu’il y a de plus exemplaire dans ce qu’on a pu appeler les dysfonctionnements au sein du tribunal de Nice". Et d'ajouter : "Il faut que nous sachions : y a-t-il oui ou non des pédophiles au sein du tribunal de Nice ?", mais il en est resté là. Depuis, rien.

Le juge Renard a bien été jugé et condamné par la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris en 2006, mais juste pour violation du secret professionnel dans une autre affaire impliquant sa loge maçonnique, la GLNF. Une mise à la retraite anticipée en 2004, suivie de 5.000 euros d'amende, ce n'est pas cher payé pour une pareille raclure, impliquée dans moult affaires du milieu niçois. Et une retraite de doyen des juges, ça lui permet de passer ses vacances en Thaïlande peinard.

DaumierLaCourDAppel.jpgHonoré Daumier, Les gens de justice
Lithographies parues dans Le Charivari entre 1845 et 1848
 
L'affaire Kamal n'est pas la seule de ce genre que la magistrature aura tout fait pour étouffer. En août 1994, de retour d'un week-end chez leur père, le petit P., 5 ans, et sa sœur M., 8 ans, présentent un comportement étrange qui, pour tout observateur un peu averti en psychologie, ne laisse pas de doute sur ce qu'ils viennent de subir. Le garçonnet involue et se met à ramper comme un bébé. Sa sœur court s'enfermer dans la salle de bain et passe des heures à se laver et se relaver... Suivront cauchemars, crises de larmes et autres troubles. La fillette refuse dès lors catégoriquement de retourner chez son père. Son frère, trop jeune, n'a pas encore cette force. Mais chaque fois qu'il rentre de ces "week-ends diaboliques", comme les appelle un de leurs bourreaux, son corps est couvert de bleus. Peu à peu, les enfants parviennent à parler. Leurs témoignages font froid dans le dos, à défaut d'émouvoir la justice qui, comme on verra, n'en a cure. Un reportage a été consacré à l'affaire sur France 3, en vain pour l'instant, "Viols d'enfants : la fin du silence ?" (Envoyé spécial, mars 1999), que l'on peut revoir ici :
http://www.dailymotion.com/video/xxhsj_reportage-complet
.

Les enfants décrivent des viols collectifs, des simulations de mutilation et d'exécution (sur eux-mêmes) et des meurtres effectifs (sur de petits maghrébins), des mains coupées dans des bocaux, des têtes décapitées plantées sur des piques servant de torchères, et tout un cérémonial costumé mélangeant ésotérisme, soucoupisme et inversion des symboles chrétiens, autrement dit satanisme... qui n'est pas sans rappeler le salmigondis de doctrines des francs-maçons. Le père, un ostéopathe parisien, et son avocate, Me Monique Smadja-Epstein, que je préfère ne pas qualifier, prétendent que tout ça c'est la lecture de Tintin ! On entend tout de même le parâtre avouer à mots à peine couverts : "Je pense avoir une personnalité complexe..., fascinée par le sordide..., par la puissance de ça... Je deviens échauffé quand je parle de ça... Ce qu'il est possible de faire avec un enfant, j'en sais quelque chose." Et plus loin : "L'inceste est une pulsion qui remue chacun de nous-mêmes". (sic)

Et que fait la justice ? Eh bien la commissaire divisionnaire Nicole Tricard, qui dirige la Brigade de protection des mineurs de Paris, a mieux à faire que d'ordonner des filatures. Le parâtre est opportunément informé de sa mise sur écoute. Et la juge d'instruction... Ah, la juge d'instruction ! Son nom n'est pas donné dans le reportage, mais ce doit être Marie-Paule Moracchini, 1ère juge d'instruction au tribunal de Paris, déjà célèbre pour sa prestation dans l'affaire de l'assassinat du juge Borrel et pour avoir fait durer 17 (dix-sept) ans l'instruction d'une plainte pour escroquerie et exercice illégal de la médecine visant la Scientologie. Dans cette dernière, elle a perdu, dit-elle, plusieurs liasses du dossier que la chambre d'accusation lui demandait de transmettre et, au mépris du code de procédure pénale, prétend n'en avoir conservé aucun double...

L'instruction qui nous occupe ici aura été du même acabit. Sous prétexte d'une reconstitution des faits, la jugesse convoque la petite M.  dans son bureau, sans avocat. Là, elle force la fillette à s'agenouiller devant son parâtre et à mimer une fellation... Sans commentaire. Ce ne sont pas les aberrations de procédure qui ont manqué. Ainsi en mars 1997, le père est inculpé de viol sur mineurs, mais un mois plus tard la justice l'autorise à reprendre ses enfants. En avril 1998, nouvelle confrontation devant la juge. L'avocate qui défend les enfants n'est pas conviée, mais à sa place entre en scène Me Patricia Guertzon-Blimbaum, du barreau de Paris, qui, pour tout conseil, va suggérer à M. de la boucler !

Daumier9.jpgMaître Chapotard lisant dans un journal judiciaire l'éloge de lui-même par lui-même

Une autre affaire, qui a surgi en 1997, concerne une petite alsacienne de 4 ans, S., que ses père, grand-père et grand-mère indignes conduisaient régulièrement à Paris pour des soirées du même genre que celles évoquées ci-dessus, et non seulement du même genre, mais sans doute les mêmes qu'ont vécu P. et M. puisque les lieux décrits se sont révélés identiques et que les enfants ont depuis reconnu sur photos leurs abuseurs respectifs. S. dessine elle-aussi des meurtres d'enfants ("Ils ont tué Marguerite") et a une peur panique de tout ce qui ressemble à un homme... 6 mai 1999 : Le palais de justice de Paris refuse de lier les deux affaires.

Pire. La garde de ses deux fillettes est retirée à la mère de S. Elles se sont depuis réfugiées à l'étranger. Même chose pour la mère de P. et M. : contrainte par la justice de confier à nouveau ses enfants pour des week-ends pédophiles, elle a préféré quitter la France. Cela, c'était il y a sept ans. Et depuis, rien.

Daumier10.jpgVous avez perdu votre Procès...

On peut rapprocher l'inertie, pour ne pas dire la forfaiture, dont la justice a fait montre dans ces affaires, d'autres faits. Par exemple, le maintien dans ses fonctions du juge Philippe Zamour, pourtant surpris à se masturber en pleine audience au tribunal d'Angoulême. Ou encore le juge d'application des peines de Colmar Alain Hahn qui, en 2003 et 2004 successivement, malgré l’avis formel des experts psychiatres, avait fait libérer les violeurs et tueurs multi-récidivistes Patrick Gateau et Pierre Bodein, pour leur permettre de violer et éventrer à leur guise. Sarközy avait promis des sanctions. On attend toujours.

Cas isolés ? Que dire pourtant du témoignage des enfants du juge Pierre Roche, dont le père, une parfaite crapule, entre autres crimes et dépravations, se plaisait à brûler à la cigarette une prostituée qui s'avère être le principal témoin de l'affaire Alègre à Toulouse ? Avant d'être assassiné, ledit juge n'avait-il pas évoqué sa propre participation à des viols et sacrifices d'enfants... Cf.  http://www.dailymotion.com/video/xoxv6_magistrat-assassine.
C'est tellement énorme qu'on préfère ne pas y croire. Mais, dira-t-on, le risque d'erreur judiciaire... Outreau, tout ça.

Outreau, parlons-en. Voici un juge, Fabrice Burgaud, qui s'acoquine avec une incestueuse mythomane pour l'inciter à mouiller le plus de monde possible. Voici un juge qui, dans le cadre de cette affaire de pédophilie d'Outreau, fait arrêter et incarcérer des personnes qui n'habitent pas Outreau, n'y ont jamais mis les pieds, n'ont pas été nommées par les enfants, ni même par la mythomane en question et ont tous les alibis du monde, comme l'huissier de Samer en Pas-de-Calais et son épouse. Pourquoi ? Excès de zèle ? Certainement pas. Pour qu'il y ait du zèle, il faudrait au moins un soupçon de début de commencement de preuve à charge. Ce n'était pas le cas. Alors ? Souvenez-vous. En 2001, on est en pleine affaire Dutroux en Belgique et la question de réseaux pédophiles est sur la place publique. C'est ce qu'on dit pour excuser le juge. Cela n'excuse rien ; ça l'accable. Pourquoi mettre en prison sous l'accusation de pédophilie des gens que l'on sait innocents ? Pourquoi après ce premier scandale médiatique, les innocenter avec fracas, tambours, trompettes, grands discours et séances cathartiques télévisées, quand on sait la justice d'ordinaire si peu encline à avouer ses fautes les plus criantes ? Pourquoi, sinon pour paralyser et terrifier le simple quidam à l'idée qu'il aurait pu être l'un de ces innocents salis, jetés au cachot... Mais après tout cela, a-t-on réformé la justice ? L'a-t-on purgée de tous ses juges véreux ? Non. Alors, de quelle souris a finalement accouché cette montagne ? Je n'ai même pas vu de souris, juste la réaffirmation que les juges, quoiqu'ils fassent, sont au-dessus des lois.

Si la Rachida veut faire tomber des têtes, qu'elle ne s'en prive pas !

Daumier11.jpgGrand escalier du Palais de justice
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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 20:17
Des sept émirats qui composent les Emirats arabes unis, Dubaï est sans doute celui qui fait le plus de réclame pour attirer les Occidentaux. Les réserves de pétrole à l'origine de leur fortune arrivant à épuisement (seulement 5% du PIB aujourd'hui), les Emiratis ont en effet décidé d'investir massivement dans le tourisme. Après tout, ils ont le soleil (50°C à l'ombre en été), les plages (mais il est plus que recommandé d'éviter le dénudé...) et la mer (avec requins). De quoi transformer tout ça en vrai paradis à touristes, en paradis du consumérisme surtout, puisque le but est de vous délester un maximum de vos sous-sous. Alors, comme ils ont les moyens, ils ne lésinent pas. C'est ainsi qu'en quelques années, on a vu surgir des sables aéroports, autoroutes, métro, centre commerciaux, parcs d'attractions et parcs aquatiques, pistes de ski (!), marinas, hôtels et palaces, pour transporter, distraire et loger les futurs hôtes, et tant pis pour le développement durable ! Mais il faut croire que ça marche : 5 millions de touristes l'an en 2003, près de 10 aujourd'hui et 15 millions attendus en 2010... Dubaï est donc bien parti pour devenir le premier centre mondial du luxe et une des premières destinations au monde pour le tourisme familial, selon l'ambition affichée.

Le gigantisme et le futurisme des grands travaux de l'émirat ont eu tôt fait d'attirer l'attention et d'asseoir sa réputation toute nouvelle de lieu de vacances désirable. Pensez donc : des gratte-ciel en plein désert ! Seulement voilà, comme tous les émirats du Golfe persique, Dubaï connaît un système de discrimination totale : les Emiratis jouissent de tous les privilèges, les étrangers... n'ont aucun droit ! Cela vaut pour les ouvriers pakistanais, indiens, chinois, philippins… employés à construire ce nouvel Eldorado dans des conditions inhumaines, main d'œuvre esclave souvent renvoyée chez elle sans salaire..., mais aussi, on le sait moins, pour le nigaud d'Occidental. Exemple : Vous êtes dans un taxi. Un fils de Chioukh (le nom que l'on donne aux Emiratis de bonne famille à qui tout est permis) passe par là. Tout d'un coup, le Chioukh décide qu'il est pressé, ou peut-être ne l'est-il pas, mais cela n'y change rien. Il hèle le taxi qui aussitôt obtempère, s'arrête, vous fait descendre, et lui de prendre votre place. L'expérience vous tente ? Allez à Dubaï !
Dub.jpgLes zizis flottants ou Dubaï Towers™
Projet de complexe commercial, résidentiel, hôtelier et de bureaux
dont l'achèvement est prévu pour 2010

Mais si ce n'était que ça... En 2003, une Marocaine de nationalité française de 39 ans, Touria Tiouli, en voyage d'affaires à Dubaï, était kidnappée par trois Chioukh en voiture, conduite dans le désert et violée. Voulant porter plainte, elle se rend au commissariat... et est incarcérée pour adultère ! (source : www.maroc-hebdo.press.ma). La presse française ne semble pas en avoir parlé. Il faut dire que les relations officielles avec les Emirats sont excellentes et fructueuses, dixit le Quai d'Orsay, et que le gouvernement français entend apporter une large contribution au développement du tourisme chez l'un de nos principaux concurrents en cette matière... Une nouvelle façon de délocaliser, je suppose. Cf. http://geopolis.over-blog.net/article-6450580.html. Pourtant le cas de Touria T. n'est pas isolé, loin de là. La même mésaventure sordide est arrivée à une hôtesse de l'air française, cf.  son témoignage ici : http://club-acacia.over-blog.com/article-13645637.html. Extraits :

"Ce qui m'est arrivé, est arrivé à beaucoup de femmes, mais les hommes ne sont pas épargnés. La loi ne protège pas les étrangers qui viennent en vacances ou qui habitent là-bas. Ces crimes sont commis par des locaux. Ils ont tous les droits et ils en abusent... Je sais de source sûre que les victimes sont de plus en plus nombreuses à Dubaï... Les ressortissants étrangers se taisent de peur des représailles... On peut être victime d'un viol ou d'un crime n'importe où. La différence c'est qu'il y a des pays qui condamnent ces crimes et d'autres non."

La jeune femme ajoute : "J'ai porté plainte et je me suis battue pendant quatre longs mois pour que les deux coupables soient jugés. Au lieu de cela, c'est moi qu'on a jugée, et eux s'en sont sortis comme si de rien n'était. Le consulat français n'a rien fait pour moi. Je n'ai eu droit à aucun soin médical, ni psychologique, la police m'a traitée comme un vulgaire déchet. Le consul m'a dit lui-même que je n'étais pas la première ni dernière, comme si c'était quelque chose de banal."

Mais le dernier cas signalé n'a pas pu être passé sous silence. Il s'agit de l'agression dont a été victime un jeune franco-suisse de 15 ans, Alexandre R., dont les parents vivaient expatriés à Dubaï. Le 14 juillet dernier, attiré par un de ses camarades de lycée dans un guet-apens, le malheureux a été conduit dans le désert (toujours la même méthode), violé par deux Emiratis et abandonné sur le bord d'une route. Depuis, ses parents se battent pour obtenir justice. Mais cela se passe à Dubaï, n'est-ce pas ? A Dubaï, où le crime de viol sur un individu de sexe masculin n’existe pas dans la loi. Dites, vous êtes sûrs de vouloir passer vos vacances dans les Emirats ?
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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 21:39
Je ne sais ce qui se passe, mais, depuis environ le mois de mai, on voit passer des avions dans le ciel de Paris et surtout on les entend, des avions qui traversent la ville de part en part et à faible altitude, notamment en plein nuit. Je croyais pourtant que le survol de la capitale était interdit aux avions de ligne. Et 2h du matin, cela ne semble pas une heure de circulation habituelle vers Roissy ou Orly... Alors, qu'est-ce ? Des avions militaires ? Des avions de ligne retardés attendant l'autorisation d'atterrir ? Des jets privés ? Ou Monsieur 206% qui s'agite (oui, son augmentation a encore augmenté) ? Non, pas des OVNI ! Je serai bien curieuse de le savoir. Et tant qu'à faire, vous, les coupables, ça vous ennuierait d'arrêter de faire trembler mes fenêtres et me réveiller à des heures pareilles ? Le lance-croquettes n'est pas loin !
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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 00:08
Géopolis ne colle pas à l'actualité ; Géopolis précède l'actualité ! Ici :
http://geopolis.over-blog.net/article-5254281.html

Ce que nous réserve le chaudron pakistanais, on préfère ne pas trop savoir, mais ça mijote : 160 millions d'habitants, sans compter ceux qui s'installent à Londres, la bombe atomique, l'Islam virulent, des attentats toutes les semaines et une dictature sympa comme les aiment nos dirigeants. On ne va quand même pas demander à George W. Bush et consorts de dire du mal d'un pays auquel ils ont peu ou prou fourni la bombe, un "pays ami" engagé dans "la lutte contre le terrorisme"... En attendant, la tentative des USA pour réconcilier le général-président Pervez Musharraf avec l'ancien premier ministre Benazir Bhutto, beaucoup plus avenante, n'aura pas fait long feu. L'état d'urgence décrété le 3 novembre 2007 a été l'occasion de faire arrêter des milliers de sympathisants du PPP (Parti du peuple pakistanais), le parti que Madame Bhutto a hérité de son père, le nationaliste Zulfikar Ali Bhutto, exécuté en 1979 à la suite d'un coup d'Etat militaire... Pour faire bonne mesure, quelques islamistes ont aussi été mis sous les verrous, mais pas ceux des services secrets pakistanais qui opèrent sur la frontière afghane pour soutenir les Talibans. Il ne faut quand même pas exagérer ! Bref, tout va bien. Le général tient encore le pays, sa réélection douteuse n'est plus remise en cause et les USA, même s'ils ne savent plus sur quel pied danser, sont obligés d'applaudir.
Pak.jpgLe général Musharraf annonçant l'état d'urgence
Il n'a pas l'air d'aller bien : il est tout vert !
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Published by Mélusine - dans Asie centrale
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4 novembre 2007 7 04 /11 /novembre /2007 14:34
Après cet intermède géorgique, revenons aux nouvelles géorgiennes. Comme déjà dit ici :
http://geopolis.over-blog.net/article-13213421.html et là :
http://geopolis.over-blog.net/article-4255629.html
,
tout n'est pas rose chez les amis de Sarközy. Le mouvement de protestation contre la dictature démocratique prend de l'ampleur. Vendredi 2 et samedi 3 novembre, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés devant le parlement de Tbilissi pour exiger la démission du président Mikheïl Saakachvili.

Georg1.jpg
"Saakachvili s’est comporté d’une telle façon que nous exigeons désormais une Géorgie sans Saakachvili. Démissionne !", déclare Davit Berdzenichvili, un opposant jusqu'ici considéré comme modéré. S'inspirant à rebours de la "révolution douce" qui, avec l'aide des USA, avait porté l'impétrant au pouvoir il y a 4 ans (novembre 2003), une partie des manifestants tient la place du parlement jour et nuit (mais cette fois, pas de tentes US...) et il est question d'une grève générale. Devant ce nouveau raté de leur politique, Daniel Fried, secrétaire d'Etat américain adjoint, et Marc Perrin de Brichambaut, secrétaire général de l'OSCE, ont soudain senti le besoin urgent de rencontrer des chefs de file du mouvement...

L’opposition dénonce la bonne réputation internationale du président qui dissimule la situation réelle du pays : répression, instrumentalisation de la justice et fossé grandissant entre riches et pauvres. "Saakachvili est un menteur. Il a trahi les attentes du peuple. Nous n’avons pas de libertés", remarque une jeune manifestante.

Georg2.jpg
Outre Berdzenichvili, du Parti républicain, les manifestations ont réuni des membres du nouveau Mouvement pour une Géorgie unie d'Irakli Okrouachvili et plusieurs figures de l'opposition comme le député Levan Gatchetchiladzé, Salomé Zourabichvili, ancienne ministre des Affaires étrangères, et Konstantine Gamsakhourdia - ces deux derniers partisans d'une restauration de la monarchie, dont l'idée fait son chemin, - ainsi que le milliardaire géorgien Badri Patarkatsichvili.

Ecœurés par leur président, les Georgiens n'en veulent plus du tout : "Nous n’avons qu’une requête. Que la Géorgie soit sans président !", avait lancé au début du rassemblement Koka Gounsadzé, de Géorgie unie. "Nous, la plupart des partis d’oppositions, croyons que nous devrions avoir une forme de gouvernement parlementaire, et sa forme parfaite est la monarchie constitutionnelle", déclarait déjà le 8 octobre un député du Parti Conservateur, Zviad Dzidzigouri.

Georg3.jpgLe drapeau blanc aux cinq croix, repris de la Géorgie médiévale
Photos armenews

Avis aux présidents qui se croient tout permis : le peuple qui les a élu peut un jour sans crier gare les foutre dehors, et pas besoin d'attendre les prochaines élections pour ça. N'est-ce pas Monsieur 140% ?
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Published by Mélusine - dans Caucase
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3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 21:43
La Moldavie, c'est bien joli !Moldavie-copie-1.jpgLa campagne moldave (Roumanie)

Bucovine.jpgMaison peinte de Bucovine
(Je ne sais plus d'où viennent les photos !)
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Published by Mélusine - dans Europe
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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 00:08
L'ONG française Arche de Zoé, récemment mise en cause dans une tentative d'enlèvement et de trafic d'enfants tchadiens, invoque pour justifier ses agissements la situation du Darfour. Un article du journaliste belge Tony Busselen de septembre 2007 sur le site du journal alternatif Le Grand Soir (tout un programme !) éclaire les dessous de l'opération Darfour dans laquelle le gouvernement français veut nous lancer. Son titre : "Force d’intervention au Darfour : les Etats-Unis et la France se disputent la direction des opérations au détriment de l’Union africaine". En voici de larges extraits un peu remaniés.
Cf. http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=5436

CarteTchad.jpg
Depuis pas mal de temps, le Darfour, la partie occidentale du Soudan, est à feu et à sang. Le 17 juin 2007, le gouvernement soudanais a accepté l’intervention de troupes de l’Onu et de l’Union africaine afin de protéger la population locale. Que se passe-t-il exactement et quel est l’enjeu du conflit ? Y a-t-il un génocide en cours ?

Le Soudan divisé

La guerre civile déchire le Soudan depuis l’indépendance. Le pays est divisé en trois parties : Nord, Sud et Ouest, une division élaborée par le colonisateur britannique. A la fin du 19e siècle, les Britanniques ont mené au Soudan la politique du « diviser pour mieux régner ». Le Nord du pays a été séparé du Sud. Les deux parties ont été soumises à des types de gestion très différents.

Le Nord a été dirigé à partir du Caire, la capitale de l’Egypte. L’islam et la langue arabe ont été autorisés et de nombreux jeunes Soudanais qui ont étudié dans les universités égyptiennes ont reçu des responsabilités au sein d’un appareil d’État fortement centralisé, avec Khartoum comme capitale.

Le Sud a été dirigé à partir de Nairobi, au Kenya. Ici, l’islam et la langue arabe ont été interdits et le pays a été soumis à une domination typiquement coloniale. Des fonctionnaires britanniques avaient tout à dire dans des petites provinces autonomes.

L’Ouest, la région du Darfour, forme depuis le 12e siècle un État séparé et ce n’est qu’en 1916 que les Britanniques l’ont définitivement rattaché au Soudan. Depuis lors, le Darfour fournit nombre de cadres à l’appareil d’État central de Khartoum.

Dans les années qui ont précédé l’indépendance (1956), les Britanniques a voulu empêcher que le Nord adhère à la politique anticoloniale du président égyptien Nasser (venu au pouvoir en 1953). C’est pourquoi l’élite du Sud a été mobilisée contre le Nord, qui « opprime le Sud et le maintient dans l’arriération ». C’est ainsi que la guerre civile a éclaté dès 1955, un an avant l’indépendance. Dans les années 80 et 90, les rebelles du Sud ont reçu le soutien des États-Unis. En dehors d’une brève période de paix relative dans les années 80, cette guerre civile s’est poursuivie jusqu’en... janvier 2005. Son bilan : 2 millions de morts. L’accord de paix entre le Nord et le Sud prévoit une période de transition dans laquelle le Nord et le Sud constitueront une fédération. En 2011, par la voie d’un référendum, le Sud pourra s’exprimer à propos d’une éventuelle scission avec le Nord.

En 2003, une nouvelle guerre civile a éclaté dans le Darfour occidental.

A l'origine du conflit

Le Darfour fournit des hauts fonctionnaires et des officiers supérieurs à l’État central, à Khartoum. Mais la région en soi stagne depuis des années dans le sous-développement. Au grand dam de la bourgeoisie locale.

En 2001, Hussein al Turabi, natif du Darfour mais idéologue principal du régime de Khartoum, est jeté en prison pour avoir critiqué le régime. Dans les pourparlers de paix entre le Nord et le Sud, on ne tient absolument aucun compte du Darfour. Ce fait provoque au sein de l’élite originaire de la région deux mouvements rebelles : le SLM (Mouvement de Libération du Soudan) et le JEM (Mouvement pour la Justice et l’Egalité). Le SLM est un mouvement non religieux qui a reçu le soutien des mécontents de la SPLA (Sudanese People’s Liberation Army), l’organisation qui, depuis 1982, menait une guerre de guérilla dans le Sud avec le soutien des États-Unis. Le JEM est un mouvement islamiste sous l’influence du fondamentaliste Hassan Al-Turabi, un ancien idéologue du gouvernement central de Khartoum, tombé en disgrâce. En février et avril 2003, ils lancent leurs premières opérations militaires sanglantes.

Mais il y a une autre cause à la guerre au Darfour : le changement des conditions climatiques. « Selon des statistiques des Nations unies, les pluies y ont diminué de 40 % depuis le début des années 80 », déclare le secrétaire général de l’Onu, Ban-Ki-Moon. « Auparavant, les nomades vivaient en paix avec les paysans. Mais, à mesure que les pluies ont diminué, les paysans ont protégé leurs terres en ne permettant plus leur destruction par les troupeaux des nomades. En 2003, c’est ce qui a déclenché la tragédie d’aujourd’hui. » (The Washington Post, 17 juin 2007)

Au lieu de s’attaquer aux causes des problèmes, le gouvernement central de Khartoum a armé le groupe de population le plus faible, à savoir les nomades et les a opposés aux mouvements rebelles SLM et JEM. Ces groupes constituent les tristement célèbres Janjaweed qui, fréquemment soutenus par l’armée soudanaise, attaquent et terrorisent les villages rattachés au SLM ou au JEM. De la sorte, toute la région n’a pas tardé à être plongée dans une spirale de violence.

Depuis le début de la guerre au Darfour en 2003, 200.000 personnes ont perdu la vie et 2,5 millions d’autres cherchent à survivre dans des camps de réfugiés.

Le génocide en question

Le Collectif Urgence Darfour en France et Save Darfur aux USA demandent que l’Occident mette un terme à ce qu’ils appellent le génocide du Darfour. Tout le monde est loin d’être d’accord.

Le Collectif Urgence Darfour (dont l’actuel ministre des Affaires étrangères du gouvernement Sarkozy, Kouchner, a été l’un des pionniers) et Save Darfur disent également que la Chine, en tant qu’important partenaire commercial de Khartoum, est co-responsable du génocide.

Durant la campagne électorale française, Urgence Darfour est même parvenu à faire signer à des candidats à la présidence - dont Bayrou et Ségolène Royal - une déclaration dans laquelle ils promettaient, une fois à la présidence, de boycotter les jeux olympiques de Pékin en 2008, si la Chine « continuait à refuser de forcer le gouvernement soudanais à mettre un terme au génocide ».

Mais les organisations humanitaires qui sont actives au Darfour même ne sont absolument pas d’accord avec ce point de vue. Ronnie Brauman, ancien président de la grande organisation humanitaire Médecins du monde (fondée par Kouchner) a donné le 10 juin 2007 une interview au journal français Le Journal du Dimanche. Brauman insiste sur le fait que la guerre civile a dépassé son point culminant depuis 2005. « Depuis 2005, nous connaissons un régime de violence absolument différent, avec un chiffre de mortalité qui est passé de 10.000 morts par mois à 200. Dans ces 200, il y a un très grand nombre d’hommes armés, mais guère de civils non armés, comme on le prétend trop souvent. » Et d’ajouter : « Les groupes religieux de la droite chrétienne ainsi que des mouvements évangélistes américains constituent un lobby puissant qui exigent que les États-Unis mènent une politique plus volontariste. Ils étaient d’ailleurs derrière le gouvernement américain aussi lorsque celui-ci défendait le Sud du Soudan (chrétien et animiste). Ils continuent. C’est une idéologie de l’ingérence qui estime que les grandes puissances occidentales ont pour tâche de faire régner l’ordre dans le monde entier. Tous ceux qui voudraient que la France intervienne au Soudan étaient en leur temps partisans également d’une invasion de l’Irak. Visiblement, ça les laisse totalement froids que cette invasion ait provoqué depuis des milliers de morts. » Et de conclure : « Boycotter les jeux de 2008 à Pékin ? Politiquement, cette menace est ridicule et très discutable moralement. Ici, ce sont des Soudanais qui tuent d’autres Soudanais et les Chinois n’y sont strictement pour rien. Quand on entend aujourd’hui des gens comme Bernard Kouchner s’en prendre aux Chinois en Afrique comme étant des gens qui ne pensent qu’au commerce et au profit... »

Aucune organisation humanitaire sur le terrain ne soutient le Collectif Urgence Darfour. Bradol, le président de Médecins Sans Frontières France (MSF, la principale organisation humanitaire active dans les camps de réfugiés) proteste contre la campagne d’Urgence Darfour : « Le collectif défend une cause politique : il veut mettre le gouvernement soudanais au pas en le menaçant de guerre. Les responsables d’Urgence Darfour jouent un jeu hypocrite, ils prétendent parler au nom des organisations humanitaires, alors que pas une seule de ces organisations sur le terrain ne les soutient. » Le président de MSF souligne le fait qu’une intervention militaire compromettrait l’approvisionnement en nourriture, eau potable et soins médicaux de plus d’un million de personnes. MSF y participe aussi. Après les interventions militaires en Irak et en Afghanistan, ce scénario pourrait « déclencher un bain de sang, vu la situation géostratégique du Soudan. » (AFP, 23 mars 2007)

Conclusion : aujourd’hui, en 2007, nous ne pouvons pas parler au Darfour de génocide (c’est-à-dire de liquidation systématique d’un peuple bien défini à partir de convictions racistes), mais bien d’une guerre civile qui est atroce, soit, mais dont la violence et l’intensité ont fortement régressé depuis 2005. L’entêtement avec lequel les responsables d’Urgence Darfour et de Save Darfur manipulent le terme de génocide a trait au fait que le Conseil de sécurité de l’Onu est obligé d’intervenir militairement en cas de génocide. Et, manifestement, une telle intervention aurait de tout autres buts que la protection du peuple du Darfour.

Buts de guerre

Les USA sont plus attirés par le sous-sol que par la surface. Le saviez-vous ? Le Soudan produit du pétrole. Et les meilleures réserves se situent... à la frontière du Darfour et dans le Sud, précisément là où sévit la guerre civile.

Pour les USA, l’Afrique représente de plus en plus une source alternative d’importation de pétrole. D’après la revue américaine The New Statesman, d’ici 10 ans, les importations américaines depuis l’Afrique dépasseront celles de tout le Moyen-Orient et entre 25 et 35% des importations pétrolières viendront de ce continent. Des sociétés pétrolières occidentales comme Exxon Mobil, Chevron, Total y prévoient des investissements pour des dizaines de milliards de dollars (The New Statesman, 20 juin 2007). Et, en Afrique, le Soudan joue un rôle important, sur ce plan.

En 1989, en raison de la guerre alors sans perspective, la société pétrolière américaine Chevron a vendu ses énormes concessions dans le Sud du Soudan. Dix ans plus tard, en 1999, le gouvernement soudanais a refilé ces concessions à une société chinoise. Avec une demande en pétrole qui grimpe chaque année de 30%, la Chine est devenue en 2006 le second importateur de pétrole soudanais après les USA.

Ces 8 dernières années, la Chine a investi plus de 15 milliards de dollars dans le pays et elle prend à son compte aujourd’hui jusque 85% de l’exportation de pétrole du Soudan. D’autres pays aussi, comme l’Inde, la Malaisie et des pays arabes sont actifs dans le pétrole soudanais.

L’idée que l’économie chinoise ne s’approvisionnerait plus auprès des grandes compagnies pétrolières occidentales, mais aurait directement accès au pétrole soudanais, est inacceptable aux yeux des USA et de la France. Patrick Smith, correspondant de la revue britannique Africa Confidential, dit : « C’est comme si nous retournions à l’époque de la guerre froide, au cours de laquelle les USA soutenaient une fraction politique contre une autre parce que son profil politique concordait avec leurs intérêts. » Aussi, en permettant la sécession du Sud-Soudan et en installant un protectorat occidental au Darfour, les USA veulent-ils bloquer la montée des importateurs de pétrole asiatiques. Et remettre eux-mêmes le grappin sur les principales réserves pétrolières du pays.

Une force d'intervention

Pour pacifier la région du Darfour, l’Onu et l’Union africaine veulent une force d’intervention mixte, dirigée par un général africain. Les Etats-Unis et la France veulent la diriger eux-mêmes. Le 12 juin [2007], une délégation du Conseil de sécurité de l’Onu a obtenu l’accord du gouvernement soudanais pour déployer au Darfour une force mixte d’intervention de 20 000 hommes de l’Union africaine (UA) et des Nations unies.

Cette force d’intervention remplace celle de l’UA. Le Darfour est grand comme la France. Les 7.000 hommes de l’UA n’étaient pas en mesure d’assurer la stabilité et le calme et le gouvernement de Khartoum refusait toute extension en disant que les USA ne se sont jamais cachés de vouloir mettre une grande partie du Soudan sous tutelle internationale. Après l’accord, l’ambassadeur de l’Afrique du Sud aux Nations unies, qui dirigeait les négociations, a fait savoir que la Chine, le Pakistan et l’Inde étaient disposés à fournir des troupes et que cette troupe mixte d’intervention serait placée sous les ordres d’un général africain.

Mais, aux Etats-Unis, le secrétaire d’État adjoint pour l’Afrique, Jendayi Frazer, n’est pas content. Depuis février 2006, tant le Congrès américain que le président Bush répètent qu’ils veulent une force d’intervention sous la direction de l’Otan. Frazer a dès lors immédiatement déclaré qu’il n’envisage aucunement de lever les sanctions américaines contre le Soudan. Entre-temps, le nouveau gouvernement français du président Sarkozy a fait savoir qu’il a l’intention de jouer un rôle prépondérant dans la région. Le 25 juin, Kouchner, le nouveau ministre français des Affaires étrangères, a organisé une conférence internationale sur le Darfour à Paris. Une vingtaine de pays y étaient invités, mais aucun pays africain, pas plus que l’Union africaine, n’ont répondu à l’invitation. La presse a surtout retenu le langage musclé de la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice et de Sarkozy contre Khartoum...
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31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 12:40
Vous comprenez, il faut absolument les aider ces noirs.

- Et pourquoi, s'il vous plaît ?

Mais parce qu'ils sont tout noirs, les pauvres.


La tradition, la solidarité nationale et la plus élémentaire prudence auraient voulu que les autorités françaises évitent de débiner des concitoyens en difficulté à l'étranger. Cela s'était même appliqué à un certain Zacarias Moussaoui, terroriste raté du 11 septembre, qui n'a de français que les papiers, et a pourtant bénéficié de toute la sollicitude de nos gouvernants. Mais puisque le président Sarközy lui-même s'est empressé de lacher les zozos de l'Arche comme des pommes de terre chaudes... je ne vais pas me gêner !

L'ONG Arche de Zoé se proposait donc de faire venir en France "les enfants du Darfour", estimés à 2 millions nous dit-on, parce que ces malheureux orphelins vont mourir dans les mois qui viennent (pensez, c'est horrible, dans quelques mois ils seront morts, disait leur réclame !), si les gentils bobos blancs n'interviennent pas pour les sauver. En matière d'enfants du Darfour, les imbéciles généreux qui n'ont jamais mis les pieds dans cette province soudanaise, sont allés chercher des petits tchadiens en bonne santé, qui ont père et mère et n'ont rien demandé. Personne d'ailleurs ne leur a rien demandé à ces zozos, sauf peut-être la CIA, puisque cet intérêt subit pour le Darfour est exactement dans la ligne de la politique US... On trouve d'ailleurs sur leur site (http://www.archedezoe.fr/) une tirade contre les méchants Chinois qui s'approvisionnent en pétrole du Soudan. Quelle honte ! Ce ne sont pas nos amis américains qui feraient ça !

"La Chine, premier partenaire officiel du régime de Khartoum, joue de son droit de veto pour protéger le Soudan des sanctions internationales et ainsi protéger ses propres approvisionnements en pétrole soudanais et vendre en retour (légalement ou non) autant d’armes que possible à son partenaire sanguinaire. La Chine est dans les faits un véritable complice des crimes contre l’humanité commis au Darfour." (ce n'est pas moi qui souligne !)

Les bons sentiments dont dégouline Eric Breteau, pompier volontaire et fondateur de l'Arche en 2005, sont surtout dans la droite ligne des alarmes compassionnelles de la presse et des Kouchner and co. qui, au lieu de s'inquiéter de la situation du delta du Niger (http://geopolis.over-blog.net/article-7064660.html), de la dictature en Guinée équatoriale (http://geopolis.over-blog.net/article-1887701.html) ou des persécutions contre les blancs et les Ndébélés du Zimbabwe, pour s'en tenir à quelques exemples en Afrique, se sont entichés du conflit interethnique entre musulmans du Darfour, alors même que 20 années de guerre, d'esclavage et de persécution des chrétiens du Sud Soudan les avaient laissés assez indifférents.

Ecoutons plutôt Rony Brauman, co-fondateur et ancien président de Médecins sans frontières, hier 30 octobre sur RTL : "Des personnalités comme Bernard Kouchner et Bernard-Henri Levy, fortes de leur statut […], ont installé l’idée que les gens qui étaient là-bas étaient en sursis, et que ce qui les attendait immanquablement, c’était la mort". Et Brauman d'ajouter que, contrairement à leurs dires, il n'y a pas aujourd'hui au Soudan de guerre génocidaire en cours.

Il n'en demeure pas moins que, pour commencer, cette ONG particulièrement brouillonne avait entrepris d'importer en France quelque 10.000 enfants musulmans de moins de 5 ans pour les faire adopter, au mépris du fait que ce mode d'adoption est formellement proscrit par la Charia en vigueur dans la région. Et il s'est trouvé 200 familles de bobos français et belges pour se payer 4.500 euros le négrillon malheureux, qui sera tellement mieux chez nous que chez les sauvages.

Mais comme le trafic d'enfants, c'est un peu compliqué pour des amateurs, l'Arche de Zoé n'a finalement réussi à récolter qu'une centaine de petits noirs entre 1 et 10 ans, malgré les facilités données par les autorités françaises et la corruption des intermédiaires tchadiens, puisque plutôt que de débarquer au Soudan, ils avaient jugé plus prudent de s'installer au Tchad. Oubliés les millions d'enfants du Darfour menacés de mort imminente. Certes, il y a des camps de réfugiés soudanais au Tchad, mais la majeure partie pour ne pas dire la totalité des enfants kidnappés sont bel et bien tchadiens, ce qui tombe à pic pour le président Idriss Déby. Kidnappés ? Je ne crois pas que le mot soit trop fort quand on apprend que plusieurs ont été enlevés de leurs foyers alors que les parents étaient aux travaux des champs... "Ma mère est morte et mon père était aux champs, raconte Miriam, la plus âgée du groupe. J’étais avec ma petite sœur. Des Blancs nous ont proposé des sucreries pour les accompagner". Le président tchadien n'a pas tort : des pédophiles ne procèderaient pas autrement.

Bien sûr, il en rajoute une couche, Idriss Déby, mais il a un bon modèle : son voisin Kadhafi. La complète réussite de la prise d'otage des infirmières bulgares et du chantage à l'exécution orchestré par le président lybien (geopolis.over-blog.net/article-13150703.html) n'est certainement pas passée inaperçue dans la région. Il se trouve qu'Idriss Déby n'est pas favorable au déploiement de soldats français prévu dans son pays à partir de novembre prochain au prétexte de "sécuriser les réfugiés du Darfour". Voilà une bonne carte à jouer.

Finalement, c'est assez savoureux de voir une ONG minable planter la politique étrangère de Sarközy, alors même qu'ils partagent le même tropisme du Darfour. En attendant, les zozos de l'Arche de Zoé, arrêtés lundi sur le point d'embarquer le coke à l'aéroport d'Abéché, risquent 20 ans de travaux forcés.
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