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  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 22:49
La jeune femme est charmante. Pourtant, à lire son curriculum, on comprend qu'elle ait mis les turbans en ébullition ! Fille d'un ingénieur nucléaire, Rémi Reiss, qui serait cadre à Areva*, à 24 ans elle a déjà effectué des stages chez Framatome et/ou au CEA (Commissariat à l'Energie Atomique) et rédigé un mémoire intitulé "Comprendre la politique iranienne dans la crise nucléaire". Avec cela, diplômée de Sciences Po Lille. Par ailleurs, elle a appris le persan très jeune avec sa nounou, le parle parfaitement et se passionne pour l'Iran... Joli profil d'espionne !

Arrêtée le 1er juillet 2009 à l'aéroport de Téhéran alors qu'elle s'apprêtait à quitter le territoire, libérée sous caution le 16 août avec assignation à résidence à l'ambassade de France dans l'attente du verdict de la justice iranienne, elle est sous le coup d'une accusation d'espionnage**. Dans un entretien accordé au Parisien d'aujourd'hui 25 août 2009, l'ambassadeur de la République islamique d’Iran en France, Seyed Medhi Miraboutalebi, expose la position officielle de son pays sur cette affaire. Avec l'intelligence diplomatique qui le caractérise, Bernard Kouchner a encore raté une occasion de se taire, cf. Kouchner et les Yoghourts , qualifiant incontinent les propos de l'ambassadeur de fariboles et l'accusant ouvertement de mensonge : "Ce monsieur a parlé, il a tort de le faire d'ailleurs, parce que ce qu'il dit est faux". Pourtant ce que dit Monsieur Miraboutalebi, que ce soit fondé ou pas, n'est pas dénué d'intérêt, et la moindre des choses diplomatiques serait de rester courtois.

Si Monsieur l'ambassadeur veut bien transmettre, nous avons une proposition à faire à nos amis les mollahs. On vous échange notre apprentie espionne contre le nommé Bernard Kouchner. Gardez-le tant que vous voudrez !


Nouvelles précisions, de sources bien informées :
* Monsieur Reiss, employé par cette filiale du CEA, aurait rejoint en 2008 la structure européenne (EFDA-JET) qui travaille sur la fusion nucléaire magnétique (ITER).
** Il est possible que le parcours et les qualités de Clotilde Reiss aient attiré l'attention du VEVAK (Ministère iranien des renseignements et de la sécurité nationale) avant même son séjour en Iran et qu'elle ait fait l'objet d'une surveillance de la part des agents de renseignement du VEVAK postés en France...

*

 

Le Parisien : Qu’est-ce que l’Iran reproche à Clotilde Reiss ?
Medhi Miraboutalebi.
Mme Reiss a fait des études de géopolitique, elle s’intéresse à l’Iran, elle parle persan, mais elle n’est pas professeur de français. A partir de là, trois questions se posent. Pourquoi envoie-t-on une étudiante en géopolitique enseigner le français à la place d’un professeur de langue ? Pourquoi va-t-elle à Ispahan, la région où sont précisément installés nos centres d’enrichissement d’uranium ? Et enfin, pourquoi choisit-elle une université technologique où l’on n’étudie pas les sciences sociales, qui sont pourtant sa spécialité ?
 
Vous ne croyez donc pas qu’il s’agisse d’une simple étudiante ?
Cette jeune femme a effectué entre juin et septembre 2007 un stage sur les technologies nucléaires à la direction des applications militaires du CEA (Commissariat à l’énergie atomique). Elle a rédigé un mémoire intitulé : « Comprendre la politique iranienne dans la crise nucléaire ». Ce document justifie nos doutes à son égard.
 
Faites-vous une relation avec le fait que son père travaille au CEA ?
Nous étions au courant, mais nous ne prenons pas en compte cet élément.
 
Pour autant, vous ne disposez que de soupçons, vous n’avez rien de concret contre Clotilde Reiss…
Son dossier compte huit chefs d’accusation. Elle les a tous reconnus lors de son procès. Cette dame est partie en Iran avec un visa de trente jours pour enseigner le français. Sur place, elle a fait une demande de prolongation. Lorsque son visa a expiré une deuxième fois, elle aurait dû quitter le pays, mais elle a continué à séjourner illégalement. En apparence, elle est partie pour donner des cours de français à Ispahan. Alors pourquoi s’est-elle retrouvée pendant quinze jours dans les manifestations de Téhéran ?
 
Etait-elle surveillée en Iran ?
Oui, nous la surveillions dès lors qu’elle était sur le territoire iranien. Sinon, comment aurions-nous pu l’arrêter ?
 
Selon vous, c’est donc une espionne ?
C’est l’un des chefs d’accusation, mais personne ne peut se prononcer à la place du magistrat.
 
Vous affirmez qu’elle a tout avoué. En France, on pense qu’elle y a été forcée…
Ces pratiques n’existent pas en Iran pour une raison simple : nos croyances religieuses nous interdisent de mentir et de faire avouer sous la contrainte. L’ambassadeur de France a rendu visite à Mme Reiss et a pu constater que ses conditions de détention étaient tout à fait confortables.
 
Sait-on quand le jugement sera rendu ?
L’accusée a été interrogée et a pu être libérée sous caution (NDLR : 300 000 $, soit 213 000 €) en attendant le verdict, comme l’autorisent les lois iraniennes. A présent, c’est au juge de décider entre la prison, la liberté ou l’amende. Pour la date, je vous invite à lui poser vous-même la question. Ce qui est certain, c’est que ce sera moins long qu’en France.
 
Les relations entre la France et l’Iran sont extrêmement tendues…
Le ministre français des Affaires étrangères dit que la France n’a pas de relations avec les autorités iraniennes. Cela veut dire quoi ? N’est-ce pas justement de sa responsabilité ? Que fait la France pour améliorer les liens ? Depuis deux mois, je fais tout mon possible pour que le climat s’apaise et éviter que les choses ne dégénèrent. La France a choisi de s’ingérer dans les affaires iraniennes immédiatement après l’élection et diffuser ses messages de propagande à l’opinion publique.
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Published by Mélusine - dans Golfe persique
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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 22:47
Deux points de vue opposés sur l'Iran aujourd'hui.

Pour moi, il ne fait pas de doute que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad - Nejad pour les intimes - ait été réélu ce dimanche tout à fait démocratiquement. Parce que s'il s'avérait, comme le disent des personnes aussi désintéressées que nos bons amis américains, qu'il y ait eu dans les élections de ce dimanche quelques fraudes, votes achetés ou sous influence, et matraquage médiatique, il n'y aurait là-encore rien que de très démocratique. Il suffit pour s'en convaincre de voir comment nos médias ont fait les dernières élections européennes, passant sous silence des listes sérieuses pour mieux promouvoir celles de l'Omniprésident et des faux écologistes de Cohn-Bendit et compagnie, aussi financés par l'Elysée. Nos Messieurs des gouvernements occidentaux sont vraiment mal placés pour donner des leçons de morale.

La réalité, c'est qu'en dehors de Téhéran, Nejad reste très apprécié dans son pays, en particulier auprès des couches populaires qui constituent tout de même la très large majorité des 70 millions d'habitants et plus que compte l'Iran. Sa politique ouvertement populiste, ici au meilleur sens du terme c'est-à-dire favorisant les plus modestes, y est sans doute pour beaucoup. La participation a atteint les 85%, ce qui là aussi contraste avec les élections prétendument représentatives de chez nous. Quoi qu'il en soit des vertus du système, Nejad est donc réélu avec 62,6% des voix contre 33,7% à Mir Hossein Moussavi, le candidat préféré des beaux quartiers de la capitale. Au demeurant, le vrai dirigeant du régime, l'ayatollah Ali Khamenei, vient de saluer la victoire de Nejad. La messe est dite, du moins pour l'instant. Parce que dans les rues de Téhéran, ça commence à chauffer.

C'est mon point de vue, et je le partage ! Je vous renvoie à ce sujet au blog du journaliste Georges Malbrunot : Iran : Pourquoi une telle surprise ?. Ah, mais que c'est malheureux me direz-vous. Peut-être. Il n'en demeure pas moins que l'Iran tel qu'il est, ses mollahs et son Nejad dont les médias occidentaux nous ont fait un épouvantail, l'Iran donc est un des rares pays à ne pas se plier aux diktats du Nouvel Ordre Mondial, et ça c'est plutôt sympathique. Cependant, les opposants iraniens au régime ont une toute autre idée de la situation présente, notamment le Conseil national de la Résistance iranienne de Madame Maryam Radjavi.

Sources : http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/ ; http://www.ncr-iran.org/fr/index.php

Car tout n'est pas rose au pays des roses. Et la France joue un vilain petit rôle dans l'affaire. C'est en tout cas ce que nous rapporte notre envoyé spécial au Sénat, Sam Fonta, qui nous présente ici les derniers épisodes d'une sombre affaire façon Irlandais de Vincennes où notre gouvernement a encore trempouillé.

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La France et les mollahs ou la danse du serpent
par Sam Fonta

Le 11 février 2009 (30 ans, jour pour jour, après la prise de pouvoir de Khomeiny à Téhéran), une réunion publique s’est tenue au Sénat, sous l’égide du « Comité Français pour un Iran Démocratique » qui rassemble députés, sénateurs et anciens ministres de tous bords. À cette occasion, des élus, des avocats et des responsables d’associations ont, sous la présidence de Jean-Pierre Michel, sénateur de la Haute-Saône, éclairé les divers aspects du lourd contentieux qui oppose, depuis plus de cinq ans, la justice française et l’opposition iranienne résidant dans notre pays. Intervenant juste après une décision historique de l’Union européenne vis-à-vis de la résistance iranienne, la réunion des parlementaires fut l’occasion de dresser un bilan dont il convient d’exposer les aspects essentiels.

En juin 2003, après avoir assuré pendant vingt ans leur protection, les autorités françaises orchestrèrent contre les militants de l’opposition iranienne, en exil à Auvers-sur-Oise (Conseil National de la Résistance Iranienne et Organisation des Moudjahidins du Peuple Iranien), une mise en scène médiatique autour de 1300 gendarmes et policiers convoqués pour appréhender une centaine d’opposants à la dictature théocratique et islamiste de Téhéran. Certains d’entre eux furent inculpés sur le champ « d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Ce revirement radical était consécutif au ballet diplomatique franco-iranien qui, entre le voyage de Dominique de Villepin en avril 2003 et celui du ministre du Commerce extérieur le mois suivant, permit à la France d’obtenir de juteux contrats pour de puissantes entreprises hexagonales, Total en tout premier lieu.

Près de six ans plus tard, ce choix de sacrifier les résistants iraniens en leur imputant ce contre quoi ils luttent – un terrorisme sanglant – apparaît désormais aussi pervers qu’intenable. Les supposés « terroristes » attendent toujours un procès sans cesse repoussé car il ne pourrait qu’aboutir à leur relaxe et ils ont, entre temps, entrepris et gagné 21 actions en justice contre les autorités françaises. Il apparaît aujourd’hui clairement que le pouvoir politique a, dans cette affaire, instrumentalisé la lutte anti-terroriste à partir de dossiers vides : les seuls éléments à charge reposaient en dernier lieu sur des « preuves » fabriquées, envoyées de Téhéran par les officiers tortionnaires des unités de répression du régime. Aujourd’hui, les résistants iraniens sont ainsi libres de leurs mouvements et peuvent se réunir de nouveau à Auvers. l’État français, désavoué à de multiples reprises, persiste dans son égarement malgré les interpellations de plus en plus véhémentes des parlementaires. Une telle attitude relève sans doute d’un entêtement orgueilleux, mais plus vraisemblablement d’une crainte de déplaire à la junte religieuse de la République Islamiste.

Ce déni de justice et de respect des procédures démocratiques a fini par troubler les élus. Adrien Zeller, Président de la Région Alsace, a ainsi souligné ce qu’il y a d’inquiétant pour des citoyens français à constater que les autorités de notre pays font si peu cas des principes des Droits de l’Homme et des décisions de juridictions parfaitement compétentes telle la Cour européenne de Justice. Cette dernière a, par deux fois et avec des attendus fort sévères, intimé l’ordre aux gouvernements de l’Union de retirer la résistance iranienne (CNRI et OMPI) de la liste officielle des organisations terroristes. Le 27 janvier 2009, après des recours dilatoires de la France pour retarder l’inévitable, le Conseil des Ministres de l’UE a tiré le bilan des décisions judiciaires en lavant les résistants iraniens de l’accusation de terrorisme. La France, seule contre tous, tente actuellement une ultime et dérisoire procédure qui ne peut qu’échouer alors que nos partenaires ont déjà tourné le dos à cette posture indigne. Ainsi, le Ministère des Finances britannique vient de dégeler les avoirs de la résistance iranienne dans les banques anglaises.

La stupéfiante soumission de la France envers les mollahs iraniens, concernant des femmes et des hommes qui luttent pour abolir un système de terreur organisée, attire désormais vers Paris les regards surpris et réprobateurs de ceux, nombreux en Europe (parmi lesquels 2000 parlementaires), qui ont pris le parti de défendre l’opposition au régime sanguinaire et corrompu de Téhéran.

Car enfin, pourquoi persister dans une telle attitude de dépendance envers un pouvoir criminel qui incarne ce qu’il y a de plus opposé aux fondements de la République française ? Pour remporter des contrats industriels, précieux en période de crise ? Mais les Anglais ou les Allemands sont certains d’en obtenir autant, sinon plus, tout en conservant leur dignité. Pour éviter que les machiavels en turban ne dirigent vers Paris les réseaux terroristes bien réels qu’ils nourrissent ? Mais alors, quelle lâcheté, au moment même où les plus hautes autorités de notre pays répètent à l’envi « qu’il faut être ferme » dans le dossier du nucléaire iranien, donnant au passage de risibles leçons à l’administration Obama.

Il existe en outre, comme l’a relevé l’avocat Mario Stasi, un enjeu humanitaire : celui des milliers d’opposants iraniens réfugiés à Achraf, en Irak. La position isolée et absurde de la France peut en effet être invoquée demain par le gouvernement irakien pour justifier, dans un marchandage cynique et mortel avec les maîtres de Téhéran, le renvoi des réfugiés vers les potences qui les attendent. Arrogante, foncièrement injuste, niant sans vergogne la réalité au-delà de ce qui est admissible, telle apparaît en définitive l’attitude officielle adoptée sur cette question par le pays des Droits de l’Homme et de l’ingérence humanitaire.

La posture dans laquelle s’entêtent désormais sans espoir le Quai d’Orsay et l’Élysée, nous fait penser à celle d’un apprenti charmeur de serpent qui, soufflant dans son instrument, aurait réussi à faire sortir de son panier un cobra au venin mortel mais ne saurait plus comment l’y faire rentrer. Pensant que, s’il s’arrête de jouer, le serpent le mordra, il continue de souffler jusqu’à épuisement pour repousser le moment fatal. Personne ne lui a dit que le serpent était en réalité sourd et que seuls les battements de pied rythmant la musique le tiennent en respect ! Il en est de même des mollahs : il suffit de marteler une position ferme avec détermination et constance pour rendre leur poison inopérant. Tous ceux pour qui le respect d’eux-mêmes et des hôtes que la France a accueillis n’est pas un vain mot, auront en tous cas à cœur de lutter sans faiblesse, comme s’y sont engagés les parlementaires réunis au Sénat le 11 février, pour effacer au plus vite les effets de ce dévoiement persistant et injustifiable de nos dirigeants.
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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:11
Cela s'est passé dimanche 14 décembre en Irak et depuis la vidéo tourne partout, mais je ne résiste pas au plaisir de la reprendre ici :



Des bombes, en Irak, il en explose tous les jours depuis l'invasion US, et pourtant aucune n'a eu le retentissement du lancer de chaussures de Mountazer al-Zaïdi, ce journaliste chiite de 29 ans, correspondant de la chaîne Al-Baghdadiya, "honnête et patriote" comme le dit déjà sa légende. Montrer ses semelles, et à plus forte raison les envoyer dans la figure de l'adversaire, c'est la pire offense qu'on puisse lui faire dans le monde arabe. Le traiter de chien est du même ordre et c'est à peu près ce qu'a crié al-Zaïdi à l'adresse du président US George W. Bush : "Voici l'adieu des Irakiens, espèce de chien !". Chien d'infidèle !, qu'ils disent, en général.

Lors de cette dernière conférence de presse à Bagdad en compagnie du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, le président US George W. Bush, dont le mandat touche à sa fin, venait en effet se féliciter de l'action qu'il a ménée dans le pays depuis 2003. Près d'un million de morts, la bagatelle ! L'adieu n'a pas été celui escompté dans ce type de réunions de congratulations journalistiques très encadrées...

Al-Zaïdi ne manque pas de courage car il aurait pu se faire descendre sur le champ. Cela lui vaut déjà un bras et quelques côtes cassés. Ces Messieurs des Services de sécurité n'ont guère d'humour et se sont certainement vengés d'avoir été pris de court. Mais dès le lendemain, les manifestations de soutien au héros de la résistance pacifique se sont multipliées à Bassorah, Sadr City, Nadjaf, Falloujah, Salaheddine... avec la godasse comme nouveau symbole éloquent.

Le geste fait des émules : des GI ont été chassés hier par les étudiants de l'Université de Falloujah à coup de chaussures...

Allez, on se la refait ?
La chaussure, tout un symbole... qui, allez savoir pourquoi, me fait penser aux sandales du Mahatma Gandhi.

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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 23:05
Profitant de l'insouciance estivale des Occidentaux et de la toute fictive "trêve olympique", les appétits de l'USI ( Israël + USA = USI ) sont des plus aiguisés ce mois d'août. La multiplication des casus belli en est le signe : l'Ossétie vient d'en faire les frais, mais l'Iran reste dans la ligne de mire. Il semblerait même qu'on prépare aux Perses un traitement de faveur...

Le New York Times a ouvert complaisamment ses colonnes le 18 juillet dernier à l'historien Benny Morris, représentant de la gauche israélienne et consultant auprès de son armée considéré particulièrement fanatique. Il s'est spécialisé dans l'histoire des relations israélo-palestiniennes et la question de l'expulsion des Palestiniens en 1948, mais ses positions aujourd'hui violemment anti-palestiniennes - Benny Morris envisage un nettoyage ethnique... - invitent rétrospectivement à considérer avec circonspection des publications qui passent cependant pour assez fouillées et plus équilibrées que d'autres (The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, 1989 ; Israel's Secret Wars : A History of Israel's Intelligence Service, 1991 ; 1948 and after : Israël and the Palestinians, 1994, ou encore Righteous Victims : A History of the Zionist-Arab Conflict, 1881-1999, 1999, le seul qui semble disponible en français sous le titre Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, éd. Complexe, 2003).

Mais ce n'est pas pour parler de Palestine que Benny Morris vient de reprendre la plume dans cet article au titre particulièrement cynique : « Using Bombs to Stave Off War » (Bombarder pour éviter la guerre !), mais pour nous entretenir de l'Iran, dont le bombardement, nous dit l'auteur, serait imminent : "Israël attaquera certainement les sites nucléaires iraniens dans un délai de quatre à sept mois...". Nous voilà prévenus. Si cette première attaque au moyen d'armes conventionnelles (sic) ne donnait pas pleine satisfaction à ses partisans, alors, eh bien nous aurons droit à une guerre nucléaire ! Faisant fi de toute solution négociée et du fait que pour l'heure il n'est toujours question, côté iranien, que de centrales à usage civil, le bonhomme ne voit pas d'autre option pour empêcher que l'Iran accède au nucléaire que sa vitrification... C'est tout de même 70 millions d'habitants, l'Iran, mais ça n'a pas l'air de l'interpeller plus que ça.

On est loin des principes de la dissuasion nucléaire qui veut que deux pays possédant l'arme atomique évitent de s'en servir l'un contre l'autre. Benny Morris semble même incapable d'en saisir le sens, pourtant évident si on tient à la vie, puisqu'il n'a que cette alternative : ou la destruction de l'Iran, ou la destruction croisée de l'Iran et d'Israël, qui bien sûr est exclue du point de vue de ses lecteurs, donc... Dans sa paranoïa, l'intelligentsia israélienne accuse en fait l'Iran de ruminer pour Israël le sort qu'elle-même réserve aux Iraniens. Car, insinue tout de go Benny Morris, puisque les premières frappes ont peu de chances de venir à bout de la volonté des Iraniens, il faudra y venir au feu nucléaire. Reste à savoir qui s'y collera, des USA ou d'Israël. Le fait que les USA soient déjà engagés ailleurs n'est qu'un piètre prétexte pour passer la main à Tsahal et permettre à Israël de faire étalage de sa puissance à la face du monde. Ici, l'auteur lève un secret de polichinelle : l'arsenal nucléaire israélien.

Car si l'Iran n'est pas autorisé par les instances internationales à développer l'arme atomique, Israël n'y est pas autorisé non plus, et dispose pourtant depuis belle lurette de 200 ogives nucléaires (la France en a 348 et l'Iran 0). La bombe atomique israélienne a été obtenue dans la plus totale illégalité et sans que l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) ait jamais été admise à aucun contrôle.

Bref, selon Benny Morris, des frappes nucléaires israéliennes sur l'Iran sont de l'ordre du probable et il faut tout bonnement se faire à l'idée d'un holocauste nucléaire ("a Middle Eastern nuclear holocaust"), une expression déjà employée par George W. Bush. Cette univocité montre assez que l’USI est une seule et même entité. Et Benny Morris d'en rajouter sur la prétendue "irrationnalité des mollahs"... Les plus fous ne sont pas ceux qu'on croît !

Cf. http://www.nytimes.com/2008/07/18/opinion/18morris.html

En attendant le moment où ces Messieurs cèderont à l'enivrant vertige d'appuyer sur le bouton du feu nucléaire, il semble qu'on s'achemine vers un blocus naval dont une répétition générale a eu lieu dans l'Atlantique en juillet sous le nom d'Opération Brimstone. L'exercice a réuni des bâtiments de guerre des marines US, britannique, française, italienne et, pour la première fois, une frégate brésilienne, avec pour objectif affiché de s'entraîner à un éventuel blocus dans les eaux peu profondes du golfe persique et du détroit d'Ormuz... Le terrain a aussi été préparé du côté de la Chambre des représentants US, démocrates et républicains de conserve, qui, en mai 2008, ont pratiquement voté un blanc-seing au président George Bush pour ce genre d'opération. Or une armada sans précédent a convergé à l'heure qu'il est vers les côtes iraniennes, de quoi bloquer le ravitaillement et les exportations du pays, de quoi aussi l'arroser de bombes le moment venu...

Cf.  Sus à l'Iran ! et http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9817
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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 21:25
Al-Awsat.jpgSoldats US, village de al-Awsat, Irak, novembre 2007 (AFP)

Al-Awsat2.jpgPerquisition chez l'habitant par des soldats du 3e bataillon de la 101e division aéroportée de l'US Army

Ça n'a pas l'air, mais c'est la nouvelle façon US de patrouiller chez les Sunnites : on évite d'arriver en pleine nuit, on se fait annoncer par le cheikh du coin, on toque à la porte avant d'entrer, on dit boujour, on est poli, on demande la permission et on a un interprète. Voilà, ça change de enfoncer la porte à coups de rangers, etc. Et ça passe mieux, en tous cas devant les caméras !

Et si vous voulez tout savoir, le lieutenant qui dirige l'opération se nomme Ted Janis et c'est un géant d'1,98 m.
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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 20:17
Des sept émirats qui composent les Emirats arabes unis, Dubaï est sans doute celui qui fait le plus de réclame pour attirer les Occidentaux. Les réserves de pétrole à l'origine de leur fortune arrivant à épuisement (seulement 5% du PIB aujourd'hui), les Emiratis ont en effet décidé d'investir massivement dans le tourisme. Après tout, ils ont le soleil (50°C à l'ombre en été), les plages (mais il est plus que recommandé d'éviter le dénudé...) et la mer (avec requins). De quoi transformer tout ça en vrai paradis à touristes, en paradis du consumérisme surtout, puisque le but est de vous délester un maximum de vos sous-sous. Alors, comme ils ont les moyens, ils ne lésinent pas. C'est ainsi qu'en quelques années, on a vu surgir des sables aéroports, autoroutes, métro, centre commerciaux, parcs d'attractions et parcs aquatiques, pistes de ski (!), marinas, hôtels et palaces, pour transporter, distraire et loger les futurs hôtes, et tant pis pour le développement durable ! Mais il faut croire que ça marche : 5 millions de touristes l'an en 2003, près de 10 aujourd'hui et 15 millions attendus en 2010... Dubaï est donc bien parti pour devenir le premier centre mondial du luxe et une des premières destinations au monde pour le tourisme familial, selon l'ambition affichée.

Le gigantisme et le futurisme des grands travaux de l'émirat ont eu tôt fait d'attirer l'attention et d'asseoir sa réputation toute nouvelle de lieu de vacances désirable. Pensez donc : des gratte-ciel en plein désert ! Seulement voilà, comme tous les émirats du Golfe persique, Dubaï connaît un système de discrimination totale : les Emiratis jouissent de tous les privilèges, les étrangers... n'ont aucun droit ! Cela vaut pour les ouvriers pakistanais, indiens, chinois, philippins… employés à construire ce nouvel Eldorado dans des conditions inhumaines, main d'œuvre esclave souvent renvoyée chez elle sans salaire..., mais aussi, on le sait moins, pour le nigaud d'Occidental. Exemple : Vous êtes dans un taxi. Un fils de Chioukh (le nom que l'on donne aux Emiratis de bonne famille à qui tout est permis) passe par là. Tout d'un coup, le Chioukh décide qu'il est pressé, ou peut-être ne l'est-il pas, mais cela n'y change rien. Il hèle le taxi qui aussitôt obtempère, s'arrête, vous fait descendre, et lui de prendre votre place. L'expérience vous tente ? Allez à Dubaï !
Dub.jpgLes zizis flottants ou Dubaï Towers™
Projet de complexe commercial, résidentiel, hôtelier et de bureaux
dont l'achèvement est prévu pour 2010

Mais si ce n'était que ça... En 2003, une Marocaine de nationalité française de 39 ans, Touria Tiouli, en voyage d'affaires à Dubaï, était kidnappée par trois Chioukh en voiture, conduite dans le désert et violée. Voulant porter plainte, elle se rend au commissariat... et est incarcérée pour adultère ! (source : www.maroc-hebdo.press.ma). La presse française ne semble pas en avoir parlé. Il faut dire que les relations officielles avec les Emirats sont excellentes et fructueuses, dixit le Quai d'Orsay, et que le gouvernement français entend apporter une large contribution au développement du tourisme chez l'un de nos principaux concurrents en cette matière... Une nouvelle façon de délocaliser, je suppose. Cf. http://geopolis.over-blog.net/article-6450580.html. Pourtant le cas de Touria T. n'est pas isolé, loin de là. La même mésaventure sordide est arrivée à une hôtesse de l'air française, cf.  son témoignage ici : http://club-acacia.over-blog.com/article-13645637.html. Extraits :

"Ce qui m'est arrivé, est arrivé à beaucoup de femmes, mais les hommes ne sont pas épargnés. La loi ne protège pas les étrangers qui viennent en vacances ou qui habitent là-bas. Ces crimes sont commis par des locaux. Ils ont tous les droits et ils en abusent... Je sais de source sûre que les victimes sont de plus en plus nombreuses à Dubaï... Les ressortissants étrangers se taisent de peur des représailles... On peut être victime d'un viol ou d'un crime n'importe où. La différence c'est qu'il y a des pays qui condamnent ces crimes et d'autres non."

La jeune femme ajoute : "J'ai porté plainte et je me suis battue pendant quatre longs mois pour que les deux coupables soient jugés. Au lieu de cela, c'est moi qu'on a jugée, et eux s'en sont sortis comme si de rien n'était. Le consulat français n'a rien fait pour moi. Je n'ai eu droit à aucun soin médical, ni psychologique, la police m'a traitée comme un vulgaire déchet. Le consul m'a dit lui-même que je n'étais pas la première ni dernière, comme si c'était quelque chose de banal."

Mais le dernier cas signalé n'a pas pu être passé sous silence. Il s'agit de l'agression dont a été victime un jeune franco-suisse de 15 ans, Alexandre R., dont les parents vivaient expatriés à Dubaï. Le 14 juillet dernier, attiré par un de ses camarades de lycée dans un guet-apens, le malheureux a été conduit dans le désert (toujours la même méthode), violé par deux Emiratis et abandonné sur le bord d'une route. Depuis, ses parents se battent pour obtenir justice. Mais cela se passe à Dubaï, n'est-ce pas ? A Dubaï, où le crime de viol sur un individu de sexe masculin n’existe pas dans la loi. Dites, vous êtes sûrs de vouloir passer vos vacances dans les Emirats ?
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22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 22:10
Les Libanais sont souvent de bons truchements dans la géopolitique complexe du Proche-Orient. Ils savent mieux que quiconque les embrouillaminis d'une situation dont ils ont à pâtir directement et dans le même temps ont assez de recul et de lucidité pour l'analyser aussi d'une manière qui s'apparente assez à notre façon de voir. De ceci, un article de René Naba publié sur son blog le 19 septembre 2007 me semble une illustration :
http://renenaba.blog.fr/2007/09/19/iran_nucleaire_la_plus_importante_concen~3007123

René Naba, journaliste formé en droit, d'abord correspondant au bureau régional de l'Agence France Presse à Beyrouth (1969-1979), a été responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP de 1980 à 1990, et conseiller du Directeur général de RMC - Moyen-Orient entre 1989 et 1994. La guerre civile jordano-palestinienne, la nationalisation des installations pétrolières d'Irak et de Libye, l'assassinat de Sadate, la guerre entre l'Irak et l'Iran, celle entre le Tchad et la Libye et la guerre du Liban sont quelques-uns des sujets qu'il a couverts, sans compter moult coups d'Etat, sommets arabes et autres sommets des non alignés. Fort de cette expérience, il est notamment l'auteur de Guerre des ondes - guerre des religions, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen (L'Harmattan, 1998), qui traite de géostratégie de la communication, et de Aux origines de la tragédie arabe (Bachari, 2006).

Sous le titre "Iran nucléaire : La plus importante concentration navale de l'histoire contemporaine au large du Golfe arabo-persique", l'article, que je recommande, dresse un tableau fort clair de la situation, que je résumerai ci-après en quelques points :

1. Les forces en présence
Les USA déployent en ce moment même dans le golfe persique une armada sans précédent, avec pas moins de trois porte-avions, des destroyers lance-missiles, croiseurs et sous-marin d'attaque. Démonstration de force ou préparatifs de guerre ? Nous verrons bien. Mais la confrontation annoncée est désormais de l'ordre du possible immédiat. L'Iran cependant n'est pas dépourvu en moyens de riposte, puisque les ayatollahs se sont fort judicieusement dotés ces dernières années d'une flotte dernier cri de sous-marins furtifs, aéroglisseurs, torpilleurs et patrouilleurs lance-missiles (et l'article ne parle pas des dauphins...), de quoi faire des trous et des bosses à l'Invincible armada et aux puits de pétrole alentours...

2. Les buts de guerre
Derrière les proclamations des va-t-en-guerre démocratiques, l'objectif visé n'est certes pas la paix dans le monde ! La neutralisation de l’Iran qu'on cherche à justifier aux yeux du public par des peurs fallacieuses - "axe du mal", "menace pour la paix" (sic) - et de vagues raisons juridiques - le respect d'une supposée légalité internationale, que les Etats occidentaux qui le réclament n'hésitent pas à bafouer plus souvent qu'à leur tour, - relève en fait d’impératifs militaires et géopolitiques d'un tout autre ordre, à savoir, je cite : "le maintien d’une supériorité stratégique d’Israël sur l‘ensemble des pays du Moyen-Orient réunis, et, au-delà, la persistance de la mainmise occidentale [comprendre : des USA] sur les réserves énergétiques de l’Asie occidentale et le contrôle des nouveaux oléoducs stratégiques en construction depuis l’Asie centrale, une des motivations latentes de l’intervention américaine en Afghanistan et en Irak".

3. L'inénarrable Kouchner
Cf. http://geopolis.over-blog.net/article-6651057.html
Bombardier sans frontière a encore frappé ! L'inventeur du meurtre humanitaire et autres largages de bombes au nom de la morale - c'est tout de même très suspect un médecin qui aime autant les corps déchiquetés..., - j'ai nommé Bernard Kouchner, notre nouveau ministre des affaires étrangères, se soucie manifestement comme d'une guigne de l'intérêt de la France. Les adjoints qu'il s'est choisis au Quai d'Orsay en disent long sur l'orientation future de sa politique : Gérard Araud, ancien ambassadeur de France à Tel-Aviv, au poste de directeur des affaires politiques, et Michel Miraillet, ancien deuxième conseiller à Tel-Aviv, au poste de directeur des affaires internationales et stratégiques au Secrétariat général de la défense nationale, cela fait pour un ministère français beaucoup de tel-aviviens qui ont donné des gages de leur compréhension pour les soucis d'Israël, sans compter Thérèse Delpech, directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l’énergie atomique depuis 1997, autoproclamée spécialiste de l'Iran (cf. http://www.iran-resist.org/article3313) et signataire dans le journal Le Monde en septembre 2006 d'un Appel aux dirigeants européens* pour les exhorter à "faire face au danger que font peser sur le monde les dirigeants iraniens, leur volonté de se doter de l'arme nucléaire et de rayer Israël de la carte".

4. Que font les Arabes ?
"Les pays arabes ont dépensé 1.500 milliards de dollars dans le domaine de l'armement au cours du dernier quart du vingtième siècle sans se doter ni de la capacité nucléaire, ni de la capacité spatiale, ni d'une capacité de projection de force"... Sans commentaire.

5. Petit rappel
Beyrouth, février 1984...

En guise de conclusion, René Naba souligne qu'au-delà de ce qu'il appelle pudiquement "l'infléchissement géostratégique de la nouvelle diplomatie française", autrement dit une étape supplémentaire dans la perte de son autonomie politique, la France se trouve réduite à un rôle déclamatoire qui vaut déjà pour les Arabes aveu de faiblesse.

* Les signataires de l'appel du 29 septembre 2006 : Henri Atlan, biologiste - Monique Atlan, journaliste - Paul Audi, philosophe - Marc Augé, anthropologue - Henri Berestycki, mathématicien (EHESS) - Fabrice Chiche, responsable associatif - Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de physique - Christian Delacampagne, philosophe - Thérèse Delpech, chercheur - Roger-Pol Droit, philosophe, chercheur CNRS - Sophie Dulac, chef d'entreprise - Ehrard Friedberg, sociologue (CNRS, Sciences Po) - Gérard Garrouste, peintre - André Glucksmann, philosophe - André Green, psychanalyste - Litza Guttierres-Green, psychanalyste - Bernard-Henri Lévy, écrivain, philosophe - François Rachline, écrivain, économiste (Sciences Po) - Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à Princeton - Elie Wiesel, écrivain, Prix Nobel de la Paix.
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4 septembre 2007 2 04 /09 /septembre /2007 23:08
Asian Youth Chess Championship
Reuters / A. Jadallah

La jeune Aushi Alzony, 13 ans, originaire de l'émirat de Charjah, lors d'un tournoi d'échecs à Al-Ain (Emirats arabes unis) en août 2007 : henné, voile noir et pull Chanel pour une nouvelle version du Penseur... Mélange de cultures ? Pourtant l'Occident se réduit à deux croissants...

Pays participants au tournoi : l'Inde, l'Iran, Singapour, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, l'Australie (ce n'est pas en Asie, mais c'est pas grave !), la Kirghizie, le Liban, le Sri Lanka, la Corée (du Sud ?), la Mongolie, le Tadjikistan, le Qatar,  les E.A.U., les Philippines, la Syrie, la Palestine (oui, oui, elle existe), l'Irak, Bahrein, Hong Kong, le Vietnam et le Yémen. Garçons et filles étaient classés selon l'âge, en moins de 8 ans, moins de 10, moins de 12 et moins de 14 ans. Les Indiens se sont taillés la part du lion avec 5 médailles d'or (sur 8), et au total près de la motié des médailles. Normal : ce sont les inventeurs du jeu. Viennent ensuite les Vietnamiens, puis les Iraniens, enfin Emirats, Ouzbékistan et Kirghizie qui n'ont qu'une médaille chacun (mais d'or pour les Emirats). Les autres rien du tout. Faut-il préciser que l'inscription au tournoi n'était pas donnée...
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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 17:24
La suite tout à l'heure. (Mélusine va d'abord faire un tour au marché pour ramener des plantes vertes. Très important les plantes vertes !)...

Me revoici ! (Non, je n'ai pas acheté de palmiers...)

En mars dernier, Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture du gouvernement sortant, signait avec le cheik Sultan bin Tannoun, ministre du tourisme de l'Emirat d'Abou Dhabi, un accord au terme duquel la France s'engage à fournir en œuvres d'art le futur musée d'art occidental qui doit s'élever en 2012-2013 sur l'île de Saadiyat (l'île du Bonheur en arabe), au large d'Abou Dhabi. L'Emirat s'est en effet lancé dans la construction d'un gigantesque complexe touristique de 30 hôtels de luxe, 8.000 villas, 3 marinas, 2 golfs et autres équipements culturels et sportifs sur 24.000 m2 pour un montant global de 27 milliards de dollars. Le tout est destiné à devenir d'ici 2018 une des principales destinations du tourisme mondial et à se substituer au pétrole, dont les réserves locales sont en voie d'épuisement, comme source de revenus pour les émirs.

Alors que le Musée du Prado à Madrid, le premier sollicité, avait décliné l'invitation, le Musée du Louvre est donc prié de s'exécuter et de fournir 300 de ses œuvres pour un prêt de longue durée (le contrat est signé pour 20 ans renouvelables et une rotation des œuvres prêtées est prévue). Bien entendu, le ministère est démocratiquement passé outre l'avis négatif des conservateurs des musées français et de toutes les personnes qui aiment l'Art en France (près de 5.000 personnes ont déjà signé la pétition) - mais vous répondra-t-on, c'est bien connu, les conservateurs sont aussi poussiéreux que les œuvres ! En outre, malgré leur opposition catégorique à ce projet marchand, ceux-ci vont devoir toutes affaires cessantes, fournir bon an mal an quatre expositions clefs en main à l'émirat pour animer ce centre touristique... Bien entendu aussi, l'avis des Français compte pour des prunes.

En toute simplicité, le nouveau musée se nommera Louvre, puisque le nom, devenu marque déposée, a été vendu pour 400 millions d'euros à l'Emirat. Pour atteindre le but que celui-ci s'est fixé, c'est à dire faire du district culturel de l'Ile de Saadiyat le plus important ensemble muséal au monde, 300 œuvres ne suffisent pas. Pour alimenter le "Louvre" d'Abou Dhabi, le Musée d'Orsay et le château de Versailles sont déjà pressentis. Mais la liste n'est pas close et la Bibliothèque nationale de France vient tout juste d'être sollicitée à son tour, que dis-je, sommée de prélever dans ses collections de quoi satisfaire l'apétit de l'ogre... Pour ce faire, un conseil d'administration extraordinaire et néanmoins fort discret a été convoqué précipitamment le vendredi 20 avril, soit deux jours avant la présidentielle. Pourquoi tant de hâte ? Y aurait-il quelque contrat d'armement en jeu ? De substantiels bakchichs ? Est-ce pour camoufler le déficit vertigineux des finances publiques ? Ou faire oublier le retard de livraison des Airbus A380 commandés par l'émirat ? En tous cas un avant goût de l'application brutale qui sera désormais faite de l'idéologie ultra-libérale selon laquelle tout se vend, tout s'achète.
  • "Le président de la République a toujours eu une relation proche avec les dirigeants des émirats, explique-t-on dans l'entourage de Jacques Chirac. Depuis longtemps, la France a des liens particuliers avec Abou Dhabi dans le domaine de la défense, des échanges économiques au sens large, mais aussi dans les domaines universitaires et culturels. Le président français soutient donc ce projet depuis ses origines."
  • Autant dire qu'au printemps 2005 lorsque le cheikh Tahnoon al-Nayan, frère du prince héritier et responsable de l'autorité du tourisme d'Abou Dhabi, vient en visite à Paris pour ouvrir une négociation sur la création d'un musée français, la cause émirienne est déjà acquise au Quai d'Orsay comme au ministère de la Culture. Le projet a même son promoteur : le Français Yazid Sabeg, PDG de Communication et Systèmes (ex-Compagnie des signaux). Pilier de l'Institut Montaigne, cercle de réflexion créé par Claude Bébéar, et grand militant de la discrimination positive, il est très proche des milieux d'affaires émiriens et des émirs eux-mêmes. C'est lui qui dès le début convainc les autorités d'Abou Dhabi, en quête d'un grand projet culturel, de se tourner vers la France... et surtout vers le Louvre.
  • En ce printemps 2005, Paris accueille "très chaleureusement" la proposition. Et déroule le tapis rouge aux Emiriens. Le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, se montre  "extrêmement ouvert". "Il était prêt à céder sur tout, sans s'interroger sur les limites de l'engagement des musées français", se souvient un négociateur. (Nathalie Bensahel pour Libération, 5 octobre 2006)
Cependant, au contraire de ce que feint de croire le ministre français, l'ambition d'Abou Dhabi n'est pas de faire un petit Louvre, mais de faire plus grand que le Louvre, en sorte que l'émirat puisse disputer à la France la place de première destination du tourisme mondial... Il suffit de jeter un coup d'œil à la maquette du projet pour se rendre compte que les émirs voient grand.

Le Louvre
(projet de Jean Nouvel pour le musée sur l'eau de l'île de Saadiyat)

L'intérieur sera éclairé par des moucharabiehs percés dans la voûte...

Pendant ce temps, du côté d'Abou Dhabi, les travaux dudit Louvre, sur un projet de l'architecte Jean Nouvel, ont débuté. Les ouvriers Indiens, Pakistanais et Philippins réquisitionnés sur le chantier sont payés 125 euros par mois pour 6 jours ouvrés par semaine, sous des températures qui avoisinnent les 50°C - un vrai plaisir ! - et les droits de l'homme et du travail étant bien sûr scrupuleusement respectés, on ne comprend vraiment pas pourquoi autant se suicident...

Pour signer la pétition :
http://www.latribunedelart.com/Editoriaux/Editorial_Petition_505.htm

Rappelons enfin que pour s'être élevés publiquement contre le projet, Michel Laclotte, ancien directeur du Louvre, et Françoise Cachin, ancienne directrice des Musées de France, tous deux historiens de l'Art réputés, ont été virés du Conseil artistique des Musées nationaux. "J’ai reçu la nouvelle la veille au soir, alors que je m’apprêtais à participer à la réunion mensuelle le matin à 9h30, indique Françoise Cachin. Ce n’est pas la seule mesure : j’ai travaillé dix ans à la mise en place du Centre Pompidou. Je me faisais une joie d’en fêter le trentième anniversaire. Jean Clair, avec qui j’ai cosigné le texte contre Abou Dhabi, et moi avons été rayés des listes d’invitation". Muflerie ministérielle. Mais nous sommes en démocratie, n'est-ce pas ? Alors nous voilà rassurés !
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