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  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 18:36
Depuis 2004, la Géorgie est une démocratie. Un article de Courrier international n° 885 d'octobre 2007 montre les joies de ce nouveau régime salué par la "communauté internationale" et à quel point les Géorgiens en sont contents, ravis même (la situation n'a guère changé depuis ce que j'en disais déjà il y a un an :
http://geopolis.over-blog.net/article-4255629.html
).

Extraits : "Expulsions, confiscations, extorsions : ces termes sortis tout droit des archives des premières années du pouvoir soviétique font désormais partie du quotidien, alors que l'époque actuelle serait, selon le pouvoir géorgien, la plus démocratique que le pays ait jamais connue".

"Aujourd'hui, il est très facile d'expulser des gens d'un immeuble pour le 'privatiser' de force ; on n'a même pas besoin de la décision d'un tribunal, ni d'une disposition gouvernementale. A toute heure du jour et de la nuit (mais surtout la nuit), tout bâtiment sur lequel un haut fonctionnaire a jeté son dévolu peut voir débouler des hommes cagoulés (ou même à visage découvert) qui vont procéder à une évacuation d'urgence, sous n'importe quel prétexte (à la Maison des journalistes, en août dernier, ils ont simulé une alerte à la bombe et les journalistes se sont retrouvés à la rue du jour au lendemain)..."

Et ainsi de suite, pour peu que le bâtiment ait le malheur de plaire aux investisseurs, ou ses habitants celui de déplaire au président démocratique élu démocratiquement, le nommé Saakachvili. A Tbilissi, la capitale, on construit désormais des immeubles de luxe et des hôtels 5 étoiles à tours de bras, on ne sait trop pour qui, vu qu'une partie croissante de la population en est réduite à faire les poubelles.

Chômage et hausse des prix : "Les mendiants sont partout. Ils fouillent les poubelles, récoltent des restes de nourriture et les dévorent avidement sous les yeux des passants. 'Comment peut-on soutenir un pouvoir qui a conduit les gens à de telles extrémités ? Il n'y a jamais eu autant de pauvres du temps des communistes, ni du temps de Chevardnadzé', s'indigne un ancien professeur d'université au chômage."

Mais ouf, le luxe se porte bien : "Les rues du centre-ville ont été envahies de dizaines de boutiques françaises flambant neuves". Même si on y trouve plus de vendeurs que de chalands...

Et surtout il y a les fontaines. Oui, les fontaines à la construction desquelles le président démocratique consacre beaucoup d'argent et qu'il inaugure complaisamment. "Difficile de dire pourquoi les fontaines sont devenues si populaires sous la présidence de Saakachvili, mais la situation confine souvent à l'absurde." Les Géorgiens ont d'ailleurs surnommé leur président "Fontaine Ier”... Pourquoi les fontaines ? Demandez plutôt à Monsieur Jean Tibéri, maire du 5e arrondissement de Paris : c'est un spécialiste.

J'avais évoqué précédemment la pratique de la torture pour extorquer toutes sortes d'aveux des malheureux Géorgiens qui se hasardent à émettre une critique.  "Les gens sont jetés en prison sans procès, sans enquête, les arrestations sont mises en scène pour faire de bons shows télévisés. Nous avons peur de parler." Lors d'un rassemblement d'opposants, le 10 octobre, le principal slogan était d'ailleurs 'Je n'ai pas peur'... tandis que le ministre de l'Intérieur géorgien s'engageait non sans cynisme "à cesser de fabriquer des preuves de détention d'armes et de drogue".

Dernier exemple en date de cet esprit délicieusement démocratique qui souffle sur le pays, l'ancien ministre de la Défense, Irakli Okrouachvili, personnage au demeurant assez peu recommandable (cf. son portrait sur www.armenews.com/article.php3?id_article=32115), passé à l'opposition après un différent avec Fontaine Ier, a récemment dénoncé l'implication du président dans plusieurs assassinats. Arrêté illico (le 27 septembre 2007),  il vient d'être libéré contre une caution faramineuse de 4 millions d'euros. L'assaisonnement des détenus dans les prisons géorgiennes ne semble pas lui avoir réussi car le bouillant Okrouachvili, malgré la brièveté relative de son incarcération, ne serait plus que l'ombre de lui-même... Mais pendant ce temps, à la tribune de l'ONU, sa Majesté Fontaine Ier vante le bilan de son gouvernement en matière de démocratie. Puisqu'il suffit de le dire.

Est-ce que cela choque les gouvernants et les médias des "démocraties occidentales" ? Pas le moins du monde, semble-t-il. Saakachvili reste le gentil démocrate réformateur à qui on sert volontiers la pogne :

G--orgie.jpgDes amis intimes
Photo : www.diplomatie.gouv.fr
Selon des journalistes américains, Nicolas Sarkozy aurait avoué à son homologue et ami géorgien Mikheil Saakachvili ne plus exclure de se retrouver prochainement célibataire. C'est donc à l'agité du Caucase (ça c'est de moi) que notre président réserve les confidences sur sa situation matrimoniale... qui, au demeurant, n'est qu'un secret de Polichinelle et ne date pas d'aujourd'hui mais de 2005.

Curieusement, les journalistes occidentaux s'inquiètent infiniment moins du sort des opposants au régime géorgien que de celui des mafieux dans la Russie poutinienne. Eux qui sont si prolixe sur l'affaire de la journaliste Anna Mazépa, dite Anna Politkovskaïa, ne se soucient guère du sort de leurs homologues géorgiens, tel Chalva Ramichvili, co-fondateur de la chaîne de télévision indépendante 202, condamné le 29 mars 2006 à quatre ans de prison pour avoir voulu dénoncer la corruption du régime.

Que dire de la situation des écrivains, des professeurs d'université et des savants ? Le président Saakachvili, qui ne mâche jamais ses mots, a déclaré qu'il en avait déjà balancé une partie dans les toilettes et que les autres allaient suivre. Depuis, cette ancienne élite de la société s'est baptisée ainsi, les 'tcharetskhilni', littéralement "évacués par la chasse d'eau" (cf. Courrier international). Dire que nos merveilleux journalistes français s'étaient étranglés d'indignation quand Poutine avait vertement déclaré qu'il traquerait les terroristes jusque dans les chiottes. Quelle grossièreté, Messieurs, Dames ! Et là, rien.

Pourtant tout va bien : "En septembre 2007, les rapporteurs de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) ont salué le « progrès remarquable » de la Géorgie sur la voie des réformes depuis la révolution des roses, citant le pays comme exemple pour la région entière et au-delà. La semaine dernière, l’ONG Transparency International a annoncé que la Géorgie avait quitté le groupe de pays considérés comme ayant un problème de « corruption rampante », avec un score de 3.4 points sur un total de 10, une nette amélioration par rapport aux résultats des années précédentes. Ces résultats auront laissé toutefois beaucoup de géorgiens dubitatifs..." Cf. http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=455

Serait-ce que la Géorgie est prête à rejoindre l'Union européenne ? On y pense. Les commissions de coopération du Parlement européen soulignent à propos de l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie « la nécessité de définir clairement une perspective européenne pour ces pays en n’excluant par conséquent pas la possibilité qu’ils deviennent ultérieurement candidats à l’adhésion à l’Union ». L'objectif est : « la pleine intégration de la Géorgie dans l’Union européenne ».

Ma foi, elle remplit déjà tous les critères. Depuis 2004, la Géorgie est une démocratie. Non ?

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Published by Mélusine - dans Caucase
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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 21:42
Est-ce vraiment un hasard ? La Libye vient d'être élue membre du Conseil de sécurité de l'ONU. Elle a été élue par l'assemblée générale dès le premier tour, de même que le Vietnam et le Burkina Faso, rejoints au deuxième tour de scrutin par la Croatie et le Costa Rica. L'élection se fait aux deux-tiers des votants, soit un minimum de 128 voix sur 192...

Bien joué, Monsieur Khadafi ! Ça valait quand même la peine de faire torturer des infirmières bulgares.

Kadhafi.jpgMouammar Kadhafi arborant son nouveau pin's africain

Il s'agit bien sûr des 5 nouveaux membres non permanents du Conseil pour les années 2008-2009, qui rejoignent les 5 membres permanents (USA*, Russie, Chine, Royaume-Uni, France) et les 5 autres membres non permanents élus pour 2007-2008 (Afrique du Sud, Belgique, Indonésie, Italie, Panama).

*http://geopolis.over-blog.net/article-3399117.html
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Published by Mélusine - dans Afrique du Nord
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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 00:43
Avec la Corée du Nord ? Mais non, mais non. Avec l'Europe.

En avril dernier, la Corée du Sud et les USA signaient un accord de libre échange, malgré la violente opposition d'une grande partie de la population coréenne qu'avaient rassemblée des manifestations de grande ampleur. La chute des barrières douanières et la libéralisation des importations de viande bovine américaine condamnent pourtant directement l'agriculture coréenne... Et ce n'est qu'à grand peine que le gouvernement est parvenu à exclure le riz, base de l'alimentation du pays, de cet accord de dupes.

Selon Thomas Ollivier, correspondant de RFI à Séoul : "Les riziculteurs disposent donc d'un répit, mais leur disparition n’est plus qu’une question de temps. Et, même en excluant les répercussions sur les cultivateurs de riz, on estime que l’ouverture des frontières causera de 1 à 2 milliards de dollars de pertes dans le monde paysan, entraînant la suppression de 130.000 emplois. En comptant le riz, le manque à gagner monterait à plus de 7 milliards de dollars."

Pendant ce temps, George W. Bush, président des USA et grand partisan de ce genre de "libre échange" et de l'ouverture des marchés (des autres), se félicitait : "Cet accord génère de nouvelles chances pour les exportations des fermiers, des éleveurs, des producteurs, des pourvoyeurs de services américains".

L'Alliance contre le libre-échange avec les Etats-Unis, regroupant les divers mouvements de Corée qui refusent de sacrifier leur pays au nom du libéralisme économique et de la mondialisation, s'est reconstituée pour tenter de faire barrage à une nouvelle étape du processus : le libre échange avec l'Union européenne. Les négociations entreprises en mai avec Bruxelles ont repris cette semaine.

Les deux parties sont déjà d'accord pour abaisser de 95% leurs droits de douane respectifs sur les marchandises (le taux moyen sud-coréen est de 11,2% alors que celui de l'UE n'est que de 4,2%). La Corée du Sud cherche un plus large accès au marché européen pour ses pièces détachées automobiles et ses produits électroniques et textiles, l'UE un plus large accès au marché coréen pour ses automobiles et ses produits pharmaceutiques, chimiques et cosmétiques.

Les paysans coréens, tués par L'Oréal.

Cor--eUS.jpgContre le libre échange US (photo Reuters, avril 2007)

Cor--eUE.jpgContre le libre échange UE (photo BBC News, octobre 2007)
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Published by Mélusine - dans Extrême-Orient
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11 octobre 2007 4 11 /10 /octobre /2007 15:37
J'avais fait la réclame ici même d'une petite entreprise française qui alliait écologie, commerce équitable et emplois en France, et qui marchait très bien, cf. http://geopolis.over-blog.net/article-4341927.html Mais voilà que je reçois hier le courrier que voici :

« Vous êtes nombreux à nous suivre depuis plus de deux ans et vous avez constaté que, désormais, les pulls n'étaient plus présents au sein de notre collection. En effet, notre fabricant de pulls français, subissant l'impact des délocalisations, a malheureusement cessé son activité, rendant ainsi impossibles le tricotage, la confection et les finitions nécessaires pour atteindre le rapport qualité / prix que nous offrions sur les pulls.

Le futur de Seyes et de notre projet de vie étaient donc compromis. Et suite à d'intenses discussions, de profondes remises en question, et toujours attachés à l'humble histoire de notre projet, nous avons décidé de continuer à faire vivre Seyes. Mais nous étions contraints de repenser nos produits afin de toujours soutenir l'industrie textile française en difficulté en collaborant avec un nouveau fabricant. L'association de nos savoir-faire permet aujourd'hui à Seyes de proposer une gamme de plus de 30 écharpes dont le style très actuel rappelle discrètement la collection 2006. Autres avantages : moins de couture, pas de tailles, un article plus rapide à fabriquer... ce qui fait de l'écharpe Seyes un accessoire luxueux accessible à tous.

C'est donc avec une nouvelle offre, une nouvelle identité, un nouveau logo, des nouveaux distributeurs mais avec une motivation inchangée que nous nous attacherons à faire de Seyes une marque toujours autant engagée qu'innovante. Et nous ne pouvons oublier de vous remercier pour votre fidélité depuis le lancement de Seyes. Les nombreux signes de soutien et de reconnaissance que nous avons reçu avec plaisir et fierté nous ont confirmé que vous nous accompagnerez à nouveau pour écrire cette nouvelle page.

Nous restons bien sûr à votre disposition pour répondre à vos questions.

Hervé Guétin & Stéphane Martin
Co-Fondateurs »

Dommage... Leurs pulls et cardigans étaient si bien. Moi qui comptais faire mes provisions pour l'hiver...

Restent les écharpes, très sympa aussi, et volontiers portées si j'en juge à celle que j'ai offerte à mon frère.
Voir ici : http://www.seyes.fr/boutique/index.cfm

La très perspicace Union européenne qui nous protège du Mal et des méchants - qu'elle en soit louée pour toujours - a judicieusement ouvert grand ses portes au textile chinois. Quelle riche idée ! Entre travail quasi esclave, cadences infernales, absence de droits et matières bas de gamme, la concurrence est tellement déloyale qu'il aura suffit de quelques années pour que toute l'industrie textile française s'effondre et que les industriels qui en avaient les moyens se barrent en Chine : travail quasi esclave, cadences infernales, absence de droits et matières bas de gamme, c'est tellement mieux. Et les Français, alors ? Licenciez-les tous !

Acheter chinois, bientôt nous n'aurons d'autre alternative. Et comme il faut bien se rendre à l'évidence qu'en dehors des soieries traditionnelles et de quelques cotonnades tissées par des populations non-Han, les vêtements "made in China" sont d'une qualité parfaitement merdique, eh bien nous nous vêtirons merdiquement. Et nous pourrons encore nous estimer heureux que les Chinois daignent nous habiller. Parce que le jour où il leur plaira de n'en plus rien faire... nous serons tout nus !
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Published by Mélusine - dans France
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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 00:10
Eh bien la nouvelle du jour, c'est que Che Guevara est mort. D'accord, ça fait 40 ans. Mais il faut bien rentabiliser un peu cette belle gueule de révolutionnaire ténébreux. Monsieur Tupa, sculpteur bolivien, a donc entrepris de lui faire sa statue, une statue de feraille, 6 mètres de haut et plus de 6 tonnes... une de plus, parce qu'il y en a déjà une tripotée du côté de La Havane (où le culte, il est vrai, est obligatoire), sans compter les tee-shirts, les briquets et toute la panoplie du néo-révolutionnaire rebelle.

Che2.jpg
Tupa dans son atelier (photo EPA via Al Jazeera)
Tu es sûr qu'il ne perd pas ses boulons ?

Voyons un peu. Tout n'était pas mauvais au départ chez le jeune Ernesto Rafael Guevara de la Serna. Né en Argentine en 1928, formé en médecine, il se montre sensible aux malheurs des pauvres gens, ce qui est bien, et croit trouver le remède chez Marx, ce qui l'est moins. Et voilà qu'à force de lire tout Marx, tout Lénine et compagnie, notre brave argentin s'est auto-endoctriné. Résultat : un révolutionnaire dogmatique jusqu'auboutiste, un pur, autrement dit sanglant. Bref, le type du caractère psychorigide chez qui l'idéologie est un aveuglement, mais cela donne si bonne conscience, n'est-ce pas ? A force de simplifier le réel, de le réduire à une lutte de damier, blancs ou noirs, on nie la complexité des sociétés humaines, on abolit toute nuance.

Donc, après avoir rallié Fidel Castro, participé activement à la révolution cubaine et au renversement de la dictature locale du président Batista en 1959,  le "Che" se fit fusilleur chef, pardon procureur d'un tribunal révolutionnaire aux jugements quelque peu expéditifs, puis inventa le goulag cubain, histoire de rééduquer les mal-pensants. C'est ainsi que des opposants à Batista se retrouvèrent parmi les victimes. D'autres, qui au départ n'étaient pas hostiles au changement de régime, durent fuir l'île en toute hâte pour échapper aux persécutions... Le Che n'est pas seul en cause, bien sûr, et c'est tout le système qu'il faut incriminer, sans parler du sale jeu de nos amis les Américains.

Mais tout de même... Paroles du Che : "J'appartiens, de par ma formation idéologique, à ceux qui croient que la solution des problèmes de ce monde est derrière ce que l'on appelle le rideau de fer." La Corée du Nord ? "Un modèle dont Cuba devrait s'inspirer." "Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort." De la rhétorique révolutionnaire classique, mais prononcée sans rire à la tribune des Nations Unies... (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Che_Guevara)

Cela, ceux qui veulent bien savoir le savent. Mais pourquoi cette popularité post mortem ? Cette icône communiste devenue sourire commercial ? Il y a plusieurs raisons sans doute. D'abord, la promotion dont le héros mort ou vif a bénéficié à Cuba même et auprès des sympathisants castristes, puisqu'il fait partie de la mythologie du régime. Il meurt le 9 octobre 1967, capturé et exécuté en Bolivie où il tentait sans grand succès de répandre la sédition. En mai 68, vous savez quoi. Donc les soixante-huitards en ont fait leur drapeau et comme ils sont presque tous devenus publicitaires ou journaleux..., sa gueule de révolutionnaire a été déclinée sur tout les supports. Et pas au bénéfice des bonnes œuvres !

Mais cela n'explique pas tout, et notamment sa popularité à travers toute l'Amérique latine. Je passe sur la pitrerie des sénateurs brésiliens qui ont prévu une session spéciale en son honneur le 23 octobre prochain, sans doute pour faire oublier l'énorme scandale de corruption dans lequel ils sont mouillés jusqu'au cou. Mais en Bolivie, au Vénézuela, au Guatemala, au Mexique, Che Guevara représente autre chose. Une sorte de bras d'honneur. Un défi à l'impérialisme US.

Che Guevara, antidote contre les gringos ? (effets non garantis)

Che1.jpgTerra y Sangre ou les reliques de San Ernesto de La Higuera :
flacons de sable de La Higuera (Vallegrande, Bolivie), lieu de l'exécution du guérillero,
vendus dans le petit musée local (photo Reuters)
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Published by Mélusine - dans Amérique latine
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7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 16:35
Alors que nos sociétés se sont battues pour abolir l'esclavage et que beaucoup le croient aboli, l'esclavage moderne a représenté au cours de ces dix dernières années un trafic supérieur à celui de la traite des esclaves africains en quatre siècles, soit 30 millions de victimes depuis 1995.
(J.S. Mallet, représentant de la Fondation Scelles, contre la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle)

La traite des êtres humains est un crime. Un crime actuel dont les pratiques avilissantes et traumatisantes dépassent les horreurs connues au temps de la traite des Noirs et des Blanches... Ce n'est pas moi qui le dit, mais le n° 617 du mensuel Messages du Secours catholique qui vient de me tomber sous la main (octobre 2007). Le dossier à la une titre Traite des êtres humains : L'homme, un morceau de choix.

Le phénomène recouvre plusieurs formes : travail forcé, prostitution, esclavage domestique, traite des jeunes sportifs, trafic d'enfants, mendicité forcée, prélèvement d'organes... Il a pris les proportions d'une épidémie, s'industrialise, se mondialise, se banalise aussi*. Rien qu'en 2006, plus de 500.000 femmes auraient été importées en Europe occidentale par les réseaux mafieux. En France, 80% des personnes réduites à la prostitution sont d'origine étrangère.

Les routes de la traite sont intrinsèquement liées à l'immigration clandestine. Elles passent le plus souvent par le Maghreb ou par les Balkans. Rapportant plus de 27 milliards d'euros par an, le marché mondial de l'humain est en pleine expansion. La traite se place ainsi en 3e place dans la liste des trafics criminels, après la drogue et les armes : "Il est beaucoup plus facile de faire traverser les frontières à des enfants et à des femmes que de passer de la drogue ou des armes ; c'est très rentable, cela demande peu de moyens et est tout de même moins risqué", selon A. Coqblin du Secours catholique.

"Les élargissements successifs de l'Union européenne ont eu, sans conteste, un impact sur le développement de la traite des êtres humains"... et on pourrait ajouter, l'affaire du Kosovo aussi. Je ne sais pas trop ce que valent les conventions, mais toujours est-il que la France n'a toujours pas ratifié celle du Conseil de l'Europe relative à la lutte contre la traite, au contraire de l'Albanie, l'Autriche, la Bulgarie, la Croatie, la Géorgie, la Moldavie, la Roumanie, la Slovaquie, et tout récemment le Danemark, ce qui retarde son entrée en vigueur. Il semblerait que le gouvernement français ait pris des "initiatives" pour lutter contre "l'aide à l'entrée, à la circulation et au séjour irrégulier liée au trafic illicite de migrants", mais on se demande bien lesquelles vu que certains de ces trafics se font sur la place publique, pour ne citer que le réseau des revendeurs de camelote portant, pour attirer l'attention, de petits chapeaux en forme de parapluie coloré, que l'on croise sur le parvis de la cathédrale de Strasbourg comme devant les grilles du château de Versailles.

www.coatnet.org
http://www.coe.int/
www.fondationscelles.org/index.php
www.contrelatraite.org (à partir du 18 octobre)

Voir aussi ici même :
http://geopolis.over-blog.net/article-3465258.html
http://geopolis.over-blog.net/article-3132242.html

*Humiliations et violences sexuelles sont devenues des arguments publicitaires courants, du style "Je la lie, je la fouette et parfois elle passe à la casserole" (pour une crème fraîche), "Vous avez beau dire non, on entend oui" (avec une photo de mannequin noire toute nue, pour un chocolat), "A-t-elle les reins solides ? Vérifiez la solidité de votre entreprise !" (avec des fesses de femme, pour un serveur), et toute la vogue du "chic porn" dans les défilés et les affiches de mode, les affiches de D&G notamment qui sont des mises en scène de viol collectif.
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5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 23:43
Un dirigeant dément jouait à un jeu absurde avec des disciples fous ignorant les règles du jeu. Et tout devint chaos.

Composé en prison par Paw Oo Htun, poète et meneur des manifestations de 1988 contre la junte birmane, plus connu sous le nom de Min Ko Naing, "Le vainqueur des tyrans".
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27 septembre 2007 4 27 /09 /septembre /2007 00:14
Birmanie4.jpgFace à face (Photo Reuters sur Al Jazeera)
Rangoun, Birmanie, septembre 2007

Une diversion dans l'affaire iranienne : voilà que l'on découvre que la Birmanie n'est pas une démocratie ! Comment est-ce possible ? Eh bien, je ne comprends pas... Le Kouchner ne nous avait-il pas assurés que c'était une dictature très douce ? Cf. son rapport sur la Birmanie de septembre 2003 : http://geopolis.over-blog.net/article-6651057.html. Pourtant, ça n'a pas l'air d'être l'avis des moines bouddhistes qui ont décidé de refuser les aumônes du régime, en sorte que les membres de la junte et leurs affidés ne pourront pas espérer se réincarner en quelquechose de bien lors de leur prochaine vie. Ils vont finir crapauds. C'est très fâcheux pour eux. En attendant, déjà 8 morts parmi les manifestants, dont 5 moines, devant la pagode sacrée de Shwedagon à Rangoun... La Birmanie aujourd'hui : une armée de 400.000 hommes contre 800.000 moines... Et n'oublions pas que le pays est fiché sur l'axe du mal. Et n'oublions pas non plus l'opium et le pétrole. Cf. http://www.burmadigest.info/
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22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 22:10
Les Libanais sont souvent de bons truchements dans la géopolitique complexe du Proche-Orient. Ils savent mieux que quiconque les embrouillaminis d'une situation dont ils ont à pâtir directement et dans le même temps ont assez de recul et de lucidité pour l'analyser aussi d'une manière qui s'apparente assez à notre façon de voir. De ceci, un article de René Naba publié sur son blog le 19 septembre 2007 me semble une illustration :
http://renenaba.blog.fr/2007/09/19/iran_nucleaire_la_plus_importante_concen~3007123

René Naba, journaliste formé en droit, d'abord correspondant au bureau régional de l'Agence France Presse à Beyrouth (1969-1979), a été responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP de 1980 à 1990, et conseiller du Directeur général de RMC - Moyen-Orient entre 1989 et 1994. La guerre civile jordano-palestinienne, la nationalisation des installations pétrolières d'Irak et de Libye, l'assassinat de Sadate, la guerre entre l'Irak et l'Iran, celle entre le Tchad et la Libye et la guerre du Liban sont quelques-uns des sujets qu'il a couverts, sans compter moult coups d'Etat, sommets arabes et autres sommets des non alignés. Fort de cette expérience, il est notamment l'auteur de Guerre des ondes - guerre des religions, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen (L'Harmattan, 1998), qui traite de géostratégie de la communication, et de Aux origines de la tragédie arabe (Bachari, 2006).

Sous le titre "Iran nucléaire : La plus importante concentration navale de l'histoire contemporaine au large du Golfe arabo-persique", l'article, que je recommande, dresse un tableau fort clair de la situation, que je résumerai ci-après en quelques points :

1. Les forces en présence
Les USA déployent en ce moment même dans le golfe persique une armada sans précédent, avec pas moins de trois porte-avions, des destroyers lance-missiles, croiseurs et sous-marin d'attaque. Démonstration de force ou préparatifs de guerre ? Nous verrons bien. Mais la confrontation annoncée est désormais de l'ordre du possible immédiat. L'Iran cependant n'est pas dépourvu en moyens de riposte, puisque les ayatollahs se sont fort judicieusement dotés ces dernières années d'une flotte dernier cri de sous-marins furtifs, aéroglisseurs, torpilleurs et patrouilleurs lance-missiles (et l'article ne parle pas des dauphins...), de quoi faire des trous et des bosses à l'Invincible armada et aux puits de pétrole alentours...

2. Les buts de guerre
Derrière les proclamations des va-t-en-guerre démocratiques, l'objectif visé n'est certes pas la paix dans le monde ! La neutralisation de l’Iran qu'on cherche à justifier aux yeux du public par des peurs fallacieuses - "axe du mal", "menace pour la paix" (sic) - et de vagues raisons juridiques - le respect d'une supposée légalité internationale, que les Etats occidentaux qui le réclament n'hésitent pas à bafouer plus souvent qu'à leur tour, - relève en fait d’impératifs militaires et géopolitiques d'un tout autre ordre, à savoir, je cite : "le maintien d’une supériorité stratégique d’Israël sur l‘ensemble des pays du Moyen-Orient réunis, et, au-delà, la persistance de la mainmise occidentale [comprendre : des USA] sur les réserves énergétiques de l’Asie occidentale et le contrôle des nouveaux oléoducs stratégiques en construction depuis l’Asie centrale, une des motivations latentes de l’intervention américaine en Afghanistan et en Irak".

3. L'inénarrable Kouchner
Cf. http://geopolis.over-blog.net/article-6651057.html
Bombardier sans frontière a encore frappé ! L'inventeur du meurtre humanitaire et autres largages de bombes au nom de la morale - c'est tout de même très suspect un médecin qui aime autant les corps déchiquetés..., - j'ai nommé Bernard Kouchner, notre nouveau ministre des affaires étrangères, se soucie manifestement comme d'une guigne de l'intérêt de la France. Les adjoints qu'il s'est choisis au Quai d'Orsay en disent long sur l'orientation future de sa politique : Gérard Araud, ancien ambassadeur de France à Tel-Aviv, au poste de directeur des affaires politiques, et Michel Miraillet, ancien deuxième conseiller à Tel-Aviv, au poste de directeur des affaires internationales et stratégiques au Secrétariat général de la défense nationale, cela fait pour un ministère français beaucoup de tel-aviviens qui ont donné des gages de leur compréhension pour les soucis d'Israël, sans compter Thérèse Delpech, directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l’énergie atomique depuis 1997, autoproclamée spécialiste de l'Iran (cf. http://www.iran-resist.org/article3313) et signataire dans le journal Le Monde en septembre 2006 d'un Appel aux dirigeants européens* pour les exhorter à "faire face au danger que font peser sur le monde les dirigeants iraniens, leur volonté de se doter de l'arme nucléaire et de rayer Israël de la carte".

4. Que font les Arabes ?
"Les pays arabes ont dépensé 1.500 milliards de dollars dans le domaine de l'armement au cours du dernier quart du vingtième siècle sans se doter ni de la capacité nucléaire, ni de la capacité spatiale, ni d'une capacité de projection de force"... Sans commentaire.

5. Petit rappel
Beyrouth, février 1984...

En guise de conclusion, René Naba souligne qu'au-delà de ce qu'il appelle pudiquement "l'infléchissement géostratégique de la nouvelle diplomatie française", autrement dit une étape supplémentaire dans la perte de son autonomie politique, la France se trouve réduite à un rôle déclamatoire qui vaut déjà pour les Arabes aveu de faiblesse.

* Les signataires de l'appel du 29 septembre 2006 : Henri Atlan, biologiste - Monique Atlan, journaliste - Paul Audi, philosophe - Marc Augé, anthropologue - Henri Berestycki, mathématicien (EHESS) - Fabrice Chiche, responsable associatif - Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de physique - Christian Delacampagne, philosophe - Thérèse Delpech, chercheur - Roger-Pol Droit, philosophe, chercheur CNRS - Sophie Dulac, chef d'entreprise - Ehrard Friedberg, sociologue (CNRS, Sciences Po) - Gérard Garrouste, peintre - André Glucksmann, philosophe - André Green, psychanalyste - Litza Guttierres-Green, psychanalyste - Bernard-Henri Lévy, écrivain, philosophe - François Rachline, écrivain, économiste (Sciences Po) - Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à Princeton - Elie Wiesel, écrivain, Prix Nobel de la Paix.
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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 19:13
Augias, roi d'Élis, était de tous les hommes, le plus riche en troupeaux, mais ses écuries, jamais nettoyées, dégageaient une pestilence telle qu'elle infectait tout le Péloponnèse. C'est alors que mission fut confiée à Hercule de les nettoyer...

A suivre ! Ici : http://geopolis.over-blog.net/article-13866315.html
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4 septembre 2007 2 04 /09 /septembre /2007 23:08
Asian Youth Chess Championship
Reuters / A. Jadallah

La jeune Aushi Alzony, 13 ans, originaire de l'émirat de Charjah, lors d'un tournoi d'échecs à Al-Ain (Emirats arabes unis) en août 2007 : henné, voile noir et pull Chanel pour une nouvelle version du Penseur... Mélange de cultures ? Pourtant l'Occident se réduit à deux croissants...

Pays participants au tournoi : l'Inde, l'Iran, Singapour, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, l'Australie (ce n'est pas en Asie, mais c'est pas grave !), la Kirghizie, le Liban, le Sri Lanka, la Corée (du Sud ?), la Mongolie, le Tadjikistan, le Qatar,  les E.A.U., les Philippines, la Syrie, la Palestine (oui, oui, elle existe), l'Irak, Bahrein, Hong Kong, le Vietnam et le Yémen. Garçons et filles étaient classés selon l'âge, en moins de 8 ans, moins de 10, moins de 12 et moins de 14 ans. Les Indiens se sont taillés la part du lion avec 5 médailles d'or (sur 8), et au total près de la motié des médailles. Normal : ce sont les inventeurs du jeu. Viennent ensuite les Vietnamiens, puis les Iraniens, enfin Emirats, Ouzbékistan et Kirghizie qui n'ont qu'une médaille chacun (mais d'or pour les Emirats). Les autres rien du tout. Faut-il préciser que l'inscription au tournoi n'était pas donnée...
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27 août 2007 1 27 /08 /août /2007 23:21
Des semaines de canicule, 45° C, le vent souffle, promoteurs et pyromanes sont de sortie, la Grèce est en flammes...

Bilan de l'été : déjà plus de 60 morts, des dizaines de villages en cendres, les forêts du Péloponnèse ravagées.
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26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 14:43
Le Nigéria, pays le plus peuplé d'Afrique et potentiellement le plus riche, ne connait que dictature et corruption depuis son indépendance en 1960. Un pays de misère, malgré les 2,5 millions de barrils / jour exportés vers l'Europe et les USA. Malgré... ou peut-être à cause d'eux. L'or noir, comme l'or du Rhin, est une malédiction. Voir déjà ici : http://geopolis.over-blog.net/article-6478787.html

Mais voici qu'un vent de révolte souffle sur le delta du Niger... Depuis une trentaine d'années, ce fleuve magnifique, dont des millions de pêcheurs des diverses ethnies du delta tirent leur maigre pitance, est souillé presque chaque jour par le pétrole brut qui fuit des forages de Shell, Total et compagnie. Une catastrophe écologique et humaine qui ajoute encore à la misère locale. Mais pendant longtemps, il n'y eut guère de réaction organisée chez ces populations analphabêtes, occupées à survivre, tant bien que mal, et souvent mal, et à se battre entre elles. L'événement déclencheur fut sans doute en 1995 la mort de l'écrivain pacifiste Ken Saro-Wiwa, fondateur du Mouvement pour la survie du peuple Ogoni (MOSOP). La mort, ou plus exactement l'exécution par les autorités nigérianes, mais très vraisemblablement sur ordre de Shell, d'un homme dont le tort était de protester contre la dévastation du pays, la marginalisation politique de son peuple et son étranglement économique.

Devant l'échec d'une protestation pacifique, la révolte armée est devenue pour beaucoup des habitants des rives du delta le dernier recours après Dieu. D'abord dérisoire, éparpillée et dépourvue d'une claire conscience politique, elle a pris une autre tournure en janvier 2006 avec l'entrée en scène du MEND (Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger). Né au sein du peuple des Ijaws, organisé par une nouvelle génération de jeunes diplômés, ce mouvement s'est spécialisé dans les attaques surprises des installations pétrolifères et la prise en otage des expatriés qui y travaillent, et que le MEND libère volontiers contre rançon. De sabotages de pipelines en assauts de plateformes off-shore, il a réussi en un an à faire chuter la production de pétrole du Nigéria de 25%...

Rapides grâce aux zodiacs à partir desquels ils opèrent sur le fleuve, soutenus par la population, ils sont bien mieux armés que l'armée nigériane avec leurs AK-47 neufs, leurs mitrailleuses UK-68S et leurs colliers de cartouches. Et surtout, leurs amulettes et la protection d'Egbesu, le dieu de la guerre ijaw, les rendent intrépides. Voilà, ça s'appelle de l'animisme chrétien et c'est à l'épreuve des balles ! : "les jeunes Ijaws se disent fervents catholiques, mais préservent jalousement les traditions d’une sorte de garde secrète, soumise à une discipline féroce et à une stricte chasteté, à laquelle la population prête des pouvoirs surnaturels, comme celui d’être invulnérable aux balles". Un ethnologue d'ajouter : "L'esprit prend possession d'eux quand ils vont au combat. Ils ne craignent pas les mêmes choses que vous et moi".

Dans cet amalgame explosif de tradition et de modernité, les Ijaws ne perdent pas le Nord.  Selon un avocat proche du MEND et des milices, spécialisé dans les droits civiques et les affaires de pollution, quelque 20.000 personnes (sur six à huit millions d’Ijaws) auraient déjà participé à des stages de formation paramilitaire de six mois qui sont dispensés dans de petits camps cachés dans des endroits difficiles d’accès du delta. La lutte contre les multinationales prédatrices ne fait que commencer. Et en plus, hé hé, il paraît que les Ijaws sont un peu cannibales...

Delta du Niger : Ijaws du MEND en rouge et blanc, leurs couleurs protectrices

Voir aussi les articles de Joëlle Stolz de février 1999 sur l'histoire récente du Nigéria et ses fractures :
http://www.monde-diplomatique.fr/1999/02/STOLZ/11638.html
http://www.monde-diplomatique.fr/1999/02/STOLZ/11639
Un grand article illustré sur le MEND par Tom O'Neill dans le National Geographic :
http://www7.nationalgeographic.com/ngm/0702/feature3/index.html
Et un autre de Sebastian Junge dans The Observer, repris par Courrier International, n° 877 (août 2007), p. 40-42 : "Chaos au Nigéria : La guerre du pétrole a commencé".
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20 août 2007 1 20 /08 /août /2007 22:54
L'Organisation de coopération de Shanghaï avait lancé le 9 août dernier à Urumqi (Chine, région du Xinjiang) sous le nom de "Mission de paix 2007" une série d'exercices militaires conjoints de lutte anti-terroristes. Ils se sont poursuivis jusqu'au 17 août sur le polygone de tir de Tchebarkoul, dans la région russe de Tcheliabinsk. Les présidents Kourmanbek Bakiev (Kirghizie), Hu Jintao (Chine), Vladimir Poutine (Russie), Noursoultan Nazarbaïev (Kazakhstan) et Islam Karimov (Ouzbekistan) étaient présents.

Un soldat russe à l'exercice
Photo : Ilya Pitalev pour RIA Novosti
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17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 22:22
Le hooliganisme n'est pas bien, nous dit-on ; mais le tourisme, c'est bien pire ! Oh, je ne parle pas du tour traditionnel qui mène les honnêtes gens curieux que vous êtes par le vaste monde : plutôt voyage d'étude, pèlerinage ou méditation ambulante, à vrai dire. Non, je parle du tourisme "en masse" qui sévit de nos jours, celui par exemple de cette mère chinoise qui torche son gamin dans la chambre du roi à Versailles et abandonne la couche souillée dans l'embrasure de la fenêtre, tandis que son mari ou un autre se mouche dans les rideaux (authentique, j'ai des témoins)...

Je parle des actes de vandalisme qui se multiplient dans les musées, les églises, les jardins, par malveillance, par manque d'éducation ou par bêtise crasse, comme ici :
http://www.latribunedelart.com/Nouvelles_breves/Breves_2007/7_07/Vandalisme_Versailles_724.htm

Je parle de la propension de l'homo turisticus à laisser une trace de son passage comme le renard son urine. Un tag, une signature, un gribouillage quelconque.

De sa propension à laisser partout ses papiers gras, ses sacs en plastique et ses canettes de Coke. Plages, forêts, montagnes, il n'épargne rien, il salit tout !

Et ce tourisme que l'on croît anodin, que l'on recherche même pour le bien de l'économie du pays, est souvent (pour au moins 10% des touristes, je dis bien 10% !) un tourisme sexuel. Bien sûr, on connaissait déjà l'initiation sentimentale des jeunes Français en Angleterre ou le bon temps des filles libérées au Club Méd. Mais il y a surtout l'explosion du tourisme sexuel tarifé et l'exploitation des enfants. Ce tourisme de pervers représente une part importante des voyages vers certaines destinations (Thaïlande, Vietnam, Brésil, Inde, Philippines, Saint-Domingue, Madagascar, Maroc, Tunisie).

"Chaque année, 842 millions de touristes se rendent à l'étranger. Parmi eux, 10 % choisissent leur destination de voyage selon l’offre "sexuelle", d’après un rapport publié le 2 juin 2007, à l’occasion de la première Journée mondiale pour un tourisme responsable. Un nombre grandissant de touristes vont donc s'adonner à un genre bien particulier de vacances : le tourisme sexuel, aujourd'hui considéré comme le 3e commerce illégal par ordre d'importance dans le monde, juste après la drogue et les armes."
Cf. http://www.routard.com/mag_dossiers/id_dm/6/ordre/1.htm

Mais peut-être pensez-vous que ces commerces sont clandestins ? Pas du tout : "En 1990, le tour opérateur britannique Sunmed écrivait dans sa brochure "Go Places", en parlant des Thaïlandais : "ils sont des Peter Pan, éternels enfants qui n'ont jamais grandi..." et en parlant de la Thaïlande : "c'est le pays le plus sensuel et le plus ouvertement sexuel de la planète". La brochure recommandait aux visiteurs potentiels de Pattaya : "si vous pouvez le sucer, l'utiliser, en manger, le sentir, l'essayer, en abuser ou simplement regarder, n'hésitez-pas : tout est possible dans ce lieu qui ne dort jamais. Pattaya n'est pas fait pour les prudes.". La même année, la compagnie aérienne autrichienne Lauda Air est condamnée à présenter des excuses à la Thaïlande et à retirer le magazine de bord qui vantait les charmes du pays dans des termes similaires". Lauda Air qui faisait récemment de la pub dans le métro parisien...
Cf. http://elalaoui.free.fr/partonechapterthree.html#notes

Je cite encore : "Le cas de l'Asie est préoccupant car des tour opérateurs peu scrupuleux qui font de cette activité leur fonds de commerce ont développé une offre spécifique et proposent des forfaits où cette forme de tourisme est implicitement incluse". Selon l'UNICEF, rien qu'en Asie, un million d'enfants seraient concernés, enlevés ou vendus pour être abusés, souvent parqués dans des maisons closes à touristes. Un million...

Le tourisme pourrit et corrompt. Il est la cause directe de la hausse vertigineuse de la prostitution dans les pays pauvres, avec toutes les conséquences qui s'ensuivent pour les personnes et pour l'équilibre de ces sociétés. La pandémie du sida est elle-aussi étroitement liée à ces pratiques prédatrices et déviantes. Plus les écarts économiques se creusent, plus tout s'achète, y compris les humains, y compris les enfants. On tombe dans le sordide (voir le dossier du Guide du routard cité ci-dessus).

Mais même sans être nécessairement mal intentionné, le touriste, à force d'euros ou de dollars, contribue à la destruction du tissu social des pays qu'il visite. Un exemple : "en proposant ses services de faux guide, un enfant de 10 ans gagne plus que son père qui travaille 10 à 12 heures par jour". Par sa frénésie d'achats, le touriste est cause directe d'inflation. "Le volume des touristes provoque généralement un accroissement des prix qui engendre des frustrations importantes chez les populations locales qui ne peuvent plus consommer leurs propres produits mais voient des étrangers venir les consommer sous leurs yeux". Le touriste, trop souvent, humilie l'autochtone.

Sans parler des conséquences pour la faune, la flore, les paysages... Pour le bien être de Monsieur le touriste, on bétonne, on bétonne. Que dire du patrimoine ? Versailles et le Louvre en vivent, certes, mais quel en sera le prix ? Quel prix pour la prédation touristique aux temples d'Angkor (Cambodge), de Borobudur (Indonésie)... Déjà Malraux...

Depuis quelque temps, l'UNESCO s'interroge sur les méfaits du tourisme pour le patrimoine mondial : '"L'industrie du tourisme et des voyages, un des plus importants secteurs d'activité économique à l'échelle mondiale, connaît une croissance très rapide. Pour la seule zone Asie-Pacifique, le Conseil mondial du voyage et du tourisme estime que le chiffre d'affaires de 805 milliards de dollars US réalisé en 1995 va s'accroître de près de 80 % par an durant les dix prochaines années pour atteindre deux trillions de dollars US en 2005. Quel sera l'effet de cette terrible expansion sur la préservation de l'intégrité voire la survie même des sites du patrimoine ?"

Les touristes, ça ne devrait jamais voyager !
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15 août 2007 3 15 /08 /août /2007 20:24
Et oui, puisqu'on en parle*, il n'y a pas qu'en Espagne ! Le Japon aussi a ses châteaux qui font rêver, les châteaux innombrables que les seigneurs de samouraïs se firent construire. Les plus anciens qui subsistent datent de la dernière grande époque des guerres féodales, entre 1550 et 1600, donc grosso modo de l'époque Azuchi, du nom de l'un d'eux, alors que l'usage des armes à feu s'était généralisé. Beaucoup furent démantelés par les shoguns de l'époque Edo, et quelques-uns des plus beaux, dont le château d'Hiroshima, classé trésor national en 1931, et celui d'Okayama, dit "le château du Corbeau", furent détruits lors des bombardements US de la Seconde Guerre mondiale. * http://geopolis.over-blog.net/article-7034214.html

Matsumoto, dans la province de Nagano

Himeji, le château du Héron blanc,
classé au patrimoine mondial
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15 août 2007 3 15 /08 /août /2007 00:37
...Hiroshima, 6 août 1945, 8h16, centre ville, au-dessus de l'hôpital...

et Nagasaki, fondée par les Portugais, la ville de saint François Xavier, le foyer du christianisme au Japon... 9 août 1945, 11h02, au-dessus de la cathédrale catholique, la plus grande d'Asie...

deux bombes atomiques made in USA et près de 300.000 morts et des centaines de milliers d'irradiés qui ont souffert le martyre.

Ne pas oublier cela.
Nagasaki, ruines de la cathédrale, après la bombe

Hiroshima, cérémonie du souvenir, 2007 (AFP)
Des lanternes en papier pour les morts

Hiroshima et son château du XVIe siècle en bois
(rasé par la bombe et reconstruit depuis à l'identique... mais en béton)

Rappel : http://geopolis.over-blog.net/article-3960135.html
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28 juillet 2007 6 28 /07 /juillet /2007 12:38
L'ingénieur russe Mikhaïl Timofeïevitch Kalachnikov a 87 ans cette année et sa célèbre invention fête son 60e anniversaire. Son invention ? L'"Avtomat Kalachnikova modèle 1947", bien sûr, autrement dite AK-47. Réputé pour sa robustesse, sa facilité d'entretien et son faible coût (autour de 30 $ au marché noir mondial), le fusil d'assaut Kalachnikov est selon Amnesty International "the World's favourite killing machine". Il en existerait 50 à 70 millions en circulation actuellement, dont 90% de contrefaçons. L'AK et ses diverses variantes et dérivés sont produits et exportés par une dizaine de pays dont la Russie et les pays d'Europe de l'Est, mais aussi l'Algérie, la Chine, l'Inde et l'USI. Selon les experts, il sera encore le fusil d'assaut le plus utilisé dans le monde pour les 20 ou 30 ans à venir...

Kalachnikov et son AK, version originale

En dehors des lance-croquettes, je n'y connais pas grand chose en armes à feu, mais là, effectivement, ça a l'air assez simple. 600 coups / mn, tout de même. Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/AK-47.

"Le travail c’est toute ma vie, et ma vie c’est mon travail. J’ai inventé ce fusil d’assaut pour défendre mon pays. Aujourd’hui, je suis fier qu’il soit devenu pour beaucoup synonyme de liberté." (M.T. Kalachnikov). De liberté... ou de mort.

Corps d'un jeune Palestinien tué en 2004 près du kiboutz de Nahal Oz (Israël),
l'AK-47 encore en main
(Photos Al Jazeera)
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26 juillet 2007 4 26 /07 /juillet /2007 22:53
Qu'il pleuve en Angleterre, ce n'est pas une franche nouveauté. C'est même assez commune chose. Mais un tel déluge... Imperméable et parapluie n'y suffiront plus.

Que d'eau ! Que d'eau !

Enfin, cela fait quand même de bien jolies photos (Léon Neal, AFP).

Et pendant qu'il pleut sans discontinuer sur le Yorkshire, qu'il pleut au Pakistan, qu'il pleut en Chine sur la région des Trois-Gorges où le barrage du même nom est plein à ras bord, ailleurs sévit une sécheresse torride : 48°C en Roumanie, à peu près autant en Bulgarie, et la Grèce s'embrase.

"La France est un pays au climat tempéré". Tant mieux, tant mieux ! C'est charmant comme ces leçons d'école primaire, mélanges de bon sens et de fierté nationale, d'évidence et de naïveté, avec une pointe de La Palice. Mais qui s'en plaindra ?
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20 juillet 2007 5 20 /07 /juillet /2007 00:07
La gauche française s'en était entichée. Mais depuis que ses représentants jouent les ravis du sarkosisme, les révolutionnaires folkloriques semblent être passés aux oubliettes du gauchisme et les tee-shirts neufs du "Che" sont bons pour le placard. Pourtant le sous-commandant Marcos est toujours là. Enfin là... Je veux dire ici : http://enlacezapatista.ezln.org.mx/, sur le site officiel de l'Armée zapatiste de libération nationale (Ejercito zapatista de Liberacion nacional ou EZLN) et l'on peut suivre son emploi du temps au jour le jour. L'armée en question, si elle se présente sous le costume des guérilleros, n'en a pas les pratiques, puisqu'elle privilégie des "actions de sensibilisation" non-violentes telles que manifestations, communiqués lyriques et rencontres alter-mondialistes. Elle est d'ailleurs bien tolérée par le gouvernement central mexicain. Mais surtout l'EZLN assume le gouvernement civil des communes autonomistes de l'Etat sudiste du Chiapas, sortes de "Tradiland" pour la défense des autochtones.

Depuis les expropriations violentes à l'origine de la révolte d'Emiliano Zapata en 1910, le droit des paysans Indiens à vivre sur leurs terres est régulièrement remis en cause par les grandes exploitations agricoles, les multinationales US et les politiciens de Mexico qu'elles ont su corrompre. Ceux-ci ne jurent que par la monoculture industrielle, contraire au mode de vie traditionnel et à l'intérêt des communautés indiennes. "Les plantations de canne à sucre sont comme une maladie maligne qui s'étend et détruit, et fait disparaître tout pour prendre possession de terres et encore de terres avec une soif insatiable" (1874). On croirait un texte de 2007 sur les méfaits de l'extension des cultures de "bio-carburants"... Rien de nouveau sous le soleil du Mexique. Les menaces se nomment aujourd'hui Wal Mart et ses projets de supermarchés, ou encore l'exploitation du pétrole, richesse de cette région très pauvre dont les habitants ne tirent aucun bénéfice. Plutôt pragmatique, le mouvement néo-zapatiste privilégie l'auto-gestion des villageois et le "développement durable", ce qui, ma foi, est fort sympathique. Viva Zapata !

Et Marcos, me direz-vous ? Aux dernières nouvelles, le célèbre porte-parole anonyme de l'EZLN se porte comme un charme. Modestie, timidité, abnégation, nihilisme ou que sais-je, il ne quitte pas son passe-montagne et vient de changer de nom : Commissaire Zéro. Tous ces intellectuels parisiens imbus de leur auguste personne devraient méditer.

Le marxisme à la mode du Mexique (mais est-ce encore du marxisme ?)

Et dire que je suis tombée sur la photo en cherchant des informations sur... les déesses du Népal !
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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 09:35

L'organisation mafieuse dirigée par Boris Abramovitch Bérézovsky n'étend pas ses activités que sur la Russie, où il était devenu subitement milliardaire sous Eltsine en pillant les entreprises d'Etat par le biais de sociétés-écrans et au prix de quelques morts suspectes, l'Angleterre, où il bénéficie de hautes protections politiques, et la France, où il réside régulièrement : après le gouvernement russe, qui depuis des années demande son extradition, c'est la justice brésilienne qui vient de lancer un mandat d'arrêt international contre le "parrain" pour faits de corruption agravés et blanchiment d'argent sale. L'affaire révèle comment cette mafia dite abusivement "russe" cherche à étendre son emprise à l'échelle mondiale. Le nommé Bérézovsky tente visiblement de diversifier ses investissements et de placer les sommes colossales que lui ont rapporté et lui rapportent ses divers trafics et détournements de fonds.

Mais non, mais non, nous répondra-t-on. Môsieur Bérézovsky est un parfait honnête homme, au-dessus de tous soupçons, tellement démocrate, tellement généreux, etc., qui bénéficie de l'asile politique à Londres où, depuis octobre 2001, il a fuit le méchant Poutine, etc., etc. Bref, tout à fait comme Rachid Ramda, l'organisateur des attentats de 1995 à Paris (RER Saint-Michel, Musée d'Orsay, Maison-Blanche), que l'Angleterre a accueilli et refusé d'extrader pendant 10 ans... Après l'asile donné aux terroristes islamistes, dont on a vu le résultat, voici que nos amis anglais font le meilleur accueil aux criminels "russes". Ils ne vont pas tarder à s'en mordre les doigts. La spécialité des terroristes, c'est l'attentat aveugle ; celle des mafieux , le meurtre ciblé. Sans compter qu'une fois la mafia installée, elle gangrène tout.

Ci-après la traduction de l'article du Financial Times du 13 juillet 2007 :

 

Le Brésil demande l'extradition de Bérézovsky

Un tribunal brésilien a lancé un mandat d'arrêt contre Boris Bérézovsky et demande l'extradition du milliardaire russe exilé en Grande-Bretagne, ainsi que de deux citoyens britanniques impliqués dans les affaires du football au Brésil.

Messieurs Bérézovsky, Kia Joorabchian, Nojan Bedroud et cinq ressortissants brésiliens sont inculpés d'association de malfaiteurs et de blanchiment d'argent sale en relation avec le versement d'un total de 23,5 millions d'euros au club de football de Sao Paulo 'Corinthians' depuis que la société MSI [Media Soccer Investments] en a pris le contrôle en novembre 2004.

Parmi les pièces du dossier, l'enregistrement de 18 mois de conversations téléphoniques montre clairement que "la société MSI appartient et a toujours appartenu à l'inculpé Boris Bérézovsky". Il est au point de départ de l'enquête qui a conduit les procureurs à délivrer un mandat d'arrêt.

D'après la transcription de cet enregistrement, un individu non-identifié dit explicitement à l'un des accusés brésiliens que ses associés ont l'intention d'acheter quatre autres clubs de foot au Brésil "pour blanchir de l'argent".

M. Bérézovsky nie toute relation d'affaires avec M. Joorabchian ou avec la société MSI et s'est dit convaincu que l'affaire ne serait qu'une extension de la campagne politique menée par le Kremlin contre lui.

 

M. Joorabchian nie tout délit et prétend que l'enquête aurait été déclenchée par un groupe d'individus cherchant à prendre le contrôle du club 'Corinthians'.

Un autre procès contre Bérézovsky - sous l'inculpation de détournement de fonds - s'est ouvert cette semaine à Moscou, par contumace et avec un avocat nommé d'office, le magnat des affaires ayant donné ordre à ses avocats de ne pas y assister.

M. Joorabchian est mêlé à un conflit entre 'Manchester United' et la Première Ligue du championnat de football anglais, à propos du recrutement du footballeur argentin Carlos Tevez, qui jouait au 'Corinthians'.

M. Joorabchian détient les droits financiers sur Tevez, dont le transfert à 'West Ham United' en août dernier s'est révélé en infraction avec les règles sur le recrutement des joueurs.

 

Jonathan Wheatley (Sao Paulo) et Neil Buckley (Moscou)
www.ft.com

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 12:21
Je n'en ai pas encore tout à fait fini avec ce Monsieur Luttwak. Son texte est intéressant par la considération dont bénéficie l'auteur parmi les spécialistes de géopolitique et parce qu'il prend le contre-pied du discours officiel américain, cf. http://geopolis.over-blog.net/article-6750608.html  Cependant il est aussi très contestable à d'autres égards. D'abord, c'est un peu facile de proposer que les USA abandonnent le Proche-Orient à son triste sort, quand ils ont tant fait pour que ce sort soit triste. C'est un peu tard aussi, après avoir fracturé l'Irak et sur-armé Israël, de dire qu'au fond, le Proche-Orient, ils s'en moquent. En fait, le discours de Luttwak semble le reflet de son dépit de voir la politique et l'armée américaines mises en échec en Irak, bien incapables d'y construire la démocratie annoncée.  Il propose donc de tourner le dos à cette région ingrate, puisque de toutes façons, selon lui, elle compte si peu.

Mais compte-elle si peu justement ? Luttwak passe sous silence les relations financières très étroites qui lient les dirigeants US aux monarchies pétrolières du Golfe persique, des relations si lucratives qu'ils n'auraient aucun intérêt à les rompre. Et la situation en Irak n'y change pas grand chose. Il part aussi du présupposé commun que l'opération irakienne serait un échec de la politique étrangère américaine. Voire ! Un échec, du point de vue des naïfs impénitents qui ont voulu croire à la "guerre au nom de la démocratie" comme ils ont gobé, gobent et goberont toutes les autres expéditions de ce genre pourvu qu'elles soient bien enrobées de discours lénifiant, peut-être ; mais pour moi qui n'ai jamais cru que la guerre du golfe fût faite dans cette perspective, l'échec n'est pas si patent. Après tout, l'USI (cf. http://geopolis.over-blog.net/article-3399117.html) s'est débarrassée d'un contradicteur qui la houspillait en la personne de Saddam, d'un Etat qui l'importunait et surtout d'un rival régional. L'Irak n'existe plus. N'était-ce pas le but recherché ? Sur les cendres de feu l'Irak, il y a désormais trois entités potentielles dont seul le Kurdistan a pris son autonomie ; les deux autres, trop imbriquées, ont plongé dans un conflit de longue durée qui tient autant de la guerre civile que de la résistance à l'envahisseur. Le premier objectif géopolitique est donc atteint : l'Irak n'importune plus personne pour la simple raison qu'il est rayé de la carte. Qu'en est-il des autres buts de guerre ?

Dans cette affaire, il a beaucoup été question de pétrole. "Le pétrole est au centre de la stratégie américaine au Proche-Orient, pouvait-on lire en 2002 dans le Washington Post. Le premier objectif d’une agression américaine contre l’Irak est de se saisir des énormes réserves pétrolières que possède ce pays". De fait, les Etats-Unis, qui consomment plus du quart de la production mondiale de pétrole, n'assurent plus eux-mêmes que le dixième de celle-ci, et la région du Golfe persique détiendrait encore les deux-tiers des réserves pétrolières subsistantes, encore que cette question des réserves soit très controversée. "Comme Shell l'a démontré, nous ne savons pas tellement quelles quantités de pétrole il y a. Si nous ne pouvons plus croire les comptes de Shell, qu'en est-il de ceux des Saoudiens ? Les chiffres avancés par l'OPEP ont longtemps été suspectés de faire l'objet d'une inflation politique," London Times, 23 mai 2004, cité par Eric Laurent dans La face cachée du pétrole, Paris, 2006. La réalité est que les gisements saoudiens sont en voie d'épuisement. Mais cela n'en rendait que plus intéressante la main-mise sur ceux d'Irak, laissés en partie inexploités depuis 1990 du fait des années d'embargo décrétées par l'ONU.

Irak, 1ère guerre du golfe : puits de pétrole en feu, 1991

Certes, l'état de guerre que connaît l'Irak aujourd'hui compromet gravement l'extraction et l'acheminement de l'or noir :
  • L'industrie pétrolière irakienne a accusé en 2005 un manque à gagner de plus de 6 milliards de dollars en raison des sabotages des infrastructures par des insurgés, annonçait [le 19 février 2006] le ministère irakien du Pétrole. "Les pertes de revenus et les réparations des installations se sont élevées en 2005 à 6,25 milliards de dollars à cause des opérations de sabotage", a précisé le porte-parole du ministère, Assem Jassem. Depuis la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003, le manque à gagner se monterait à plus de 20 milliards de dollars.
  • L`ancien ministre du Pétrole, Thamer Ghadbane, avait estimé les pertes en 2004 à 7 milliards de dollars. Le porte-parole a précisé que les insurgés avaient mené 186 attaques contre les infrastructures pétrolières en 2005, tuant 47 ingénieurs et techniciens et 91 policiers et gardes de sécurité. Selon lui, les pertes et réparations se répartissent ainsi : 400 millions de dollars à cause des attaques contre les champs pétroliers, 2,71 milliards contre les oléoducs d`exportation, 12 millions contre les oléoducs reliant les champs pétroliers aux raffineries et 3,12 milliards de dollars contre les oléoducs et gazoducs intérieurs.
  • Sur le terrain, la sécurité demeure le talon d´Achille du secteur, même si selon le même conseiller, "le nombre d´attaques contre les oléoducs a nettement diminué" [ça ce n'est pas sûr !]. Pour autant, la situation n´est pas encore totalement sous contrôle. Ainsi, l'oléoduc du nord qui relie Kirkouk à Ceyhan en Turquie, fermé en juin 2003, fait l'objet de nombreux actes de sabotage récurrents. Avant la guerre, ce conduit permettait l’exportation de 800.000 barils par jour.
  • (Elisabeth Studer, février 2006, http://www.leblogfinance.com/2006/02/ptrole_en_irak_.html ; voir aussi : www.leblogfinance.com/2007/06/irak-oloduc-en-.html)
Et la situation ne semble pas s'être améliorée depuis. Pourtant, si le pétrole irakien reste en partie inexploité et si la plus grande raffinerie du pays, Baiji, entre Bagdad et Mossoul, ne tourne plus qu'à 50% de sa capacité d'avant-guerre, il n'en demeure pas moins que ce pétrole n'est plus entre les mains d'un quelconque Saddam. Les Anglo-américains ont bel et bien fait main-basse dessus.

Outre le lobby du pétrole, l'opération irakienne s'est aussi révélée financièrement juteuse pour l'industrie de l'armement, les sociétés de sécurité et... les marchands d'art qui ont orchestré le pillage du musée de Bagdad ! Bref, une réussite ! Quant aux milliers de soldats US tués ou mutilés de guerre, il faut croire qu'ils passent par pertes et profits.

Pour en revenir à Luttwak, le texte de ce politologue de renom est plein d'approximations et de jugements à l'emporte-pièce, sans parler du mépris affiché pour "les Arabes arriérés" (ma traduction est un peu édulcorée...), et les Perses et les Turcs qu'il met dans le même sac. Il ne s'interroge d'ailleurs pas précisément sur les causes de cette arriération culturelle et semble hésiter entre raisons religieuses, raciales ou climatiques... Nonobstant, il a le mérite de dégonfler quelques baudruches comme "la menace iranienne" ou "Israël en danger". Car, il faut lire Luttwak entre les lignes. Si les pays arabes et assimilés sont aussi attardés qu'il le dit, si leurs capacités militaires sont aussi limitées - et de fait, elles le sont, - tout l'argumentaire judéo-israélien qui consiste à présenter Israël comme un Etat perpétuellement menacé, éternelle victime potentielle de la mauvaiseté de ses voisins, se trouve tourné en ridicule.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur l'opportunité de cette publication à l'heure où les conseillers "néo-cons" du gouvernement américain cherchent à prendre leurs distances avec le clan Bush et à se re-positionner dans la perspective des prochaines élections aux USA. Francis Fukuyama dans son dernier livre, America at the Crossroads: Democracy, Power, and the Neoconservative Legacy (Yale University Press, 2006), ne compare-t-il pas George W. Bush... à Lénine !
(http://fr.rian.ru/analysis/20070625/67742192.html).

Il y aurait aussi à dire sur les conceptions politiques et militaires de Luttwak qui semble en être resté au temps de la guerre froide. Que les Etats du Golfe persique soient incapables de soutenir et de gagner une guerre classique contre les USA, ce n'est guère surprenant, qui le pourrait ? Mais quand l'infériorité militaire est trop criante pour une bataille à découvert, il reste les techniques de guérilla et le terrorisme. Et là, ils savent faire. Les armées modernes en sont bien conscientes.

De plus, pour l'auteur, le retrait du Proche-Orient ne s'inscrit pas du tout dans une perspective isolationniste. Bien au contraire. Il s'agirait pour les USA de reporter leurs forces ailleurs, contre la Russie, en Asie et... en Europe. Et là, on préfèrerait qu'ils continuent à s'occuper des Irakiens ! Pourtant les raisons de se retirer du Golfe
avancées par Luttwak valent tout aussi bien pour l'Afghanistan, le Soudan ou le Kosovo, pays eux-aussi musulmans, "arriérés", de peu de poids économique et au climat désagréable. Alors, s'il avait le courage de pousser jusqu'au bout sa logique, le propos du géopolitologue juif américain rejoindrait ce que les Serbes criaient sur le pont de Novi Sad : US go home !
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10 juin 2007 7 10 /06 /juin /2007 18:48
Troisième et dernière partie du texte du géopolitologue Edward Luttwak.
I : http://geopolis.over-blog.net/article-6750608.html
II : http://geopolis.over-blog.net/article-6755462.html

La troisième et la plus grande erreur parmi toutes les idées reçues que colportent les spécialistes du Proche-Orient, qu'ils soient arabophiles ou arabophobes, spécialistes du monde turc ou de l'Iran, est aussi la plus simple à décrire. C'est l'étrange croyance en une grande malléabilité de ces vieilles nations. Les jusqu'au-boutiste insinuent toujours qu'avec un peu de violence appliquée où besoin est ("Les Arabes ne comprennent que la force"), on obtiendrait leur soumission. Mais ce qui arrive chaque fois c'est un surcroît d'hostilité. La défaite n'est pas suivie de collaboration, mais par une mauvaise volonté manifeste à coopérer, voire par une résistance active. Ce n'est pas difficile de vaincre les pays arabes, mais c'est presque entièrement inopérant. La violence peut marcher pour détruire des armements dangereux, mais non pour induire les changements désirés dans les comportements.

Les modérés font exactement la même erreur à rebours. Ils prétendent toujours que si seulement telle ou telle concession était faite, si seulement leur politique à eux était suivie jusqu'au bout, si on leur montrait du respect ou au moins on faisait semblant, les hostilités cesseraient et feraient place à une parfaite entente méditerranéenne. Pourtant même les moins compétents des spécialistes du Proche-Orient devraient savoir que l'Islam, comme n'importe quelle autre civilisation, est un tout et que, contrairement à d'autres, celle-ci promet à ses fidèles une supériorité en toutes choses, de sorte que le retard scientifique, technologique et culturel des pays d'Islam crée un sentiment constamment renouvelé d'humiliation et de frustration civilisationnelle. Cela explique largement l'omniprésence de la violence musulmane et montre le caractère futile des palliatifs prônés par les modérés.

L'erreur opérationnelle que les spécialistes du Proche-Orient persistent à faire est leur incapacité à reconnaître que les sociétés arriérées doivent être laissées à elles-mêmes, comme le font maintenant sagement les Français avec la Corse, comme les Italiens ont appris à le faire avec la Sicile, une fois qu'ils se sont rendu compte que les grands procès revenaient ni plus ni moins à livrer le pouvoir à une nouvelle mafia de diplômés et d'avocats. Sans invasions ni gages d'amitié, les peuples du Proche-Orient devraient enfin pouvoir avoir leur propre Histoire, ce que précisément les spécialistes de tous poils du Proche-Orient semblent déterminés à leur refuser.

Ceci nous amène à l'erreur que nous commettons tous. Nous accordons beaucoup trop d'attention au Proche-Orient, une région assez stagnante où presque rien ne se crée dans le domaine des sciences ou des arts (exception faite d'Israël, le nombre des brevets déposés par les pays du Proche-Orient rapporté à celui de la population est le 1/5e de celui de l'Afrique sub-saharienne). Les peuples du Proche-Orient (environ 5% seulement de la population mondiale) sont remarquablement improductifs, une grande proportion d'entre eux ne faisant d'ailleurs pas partie du tout de la population active. Bien peu d'entre nous se soucieraient de travailler si nous étions citoyens d'Abou Dhabi, avec tant d'argent du pétrole pour si peu de citoyens. Mais les 27 millions d'habitants de l'Arabie Saoudite vivent aussi largement des revenus du pétrole qui coulent jusqu'à eux, laissant l'essentiel du travail à des techniciens et des ouvriers étrangers. Même avec des cours du pétrole élevés, les 14.000$ de revenu annuel par habitant en Arabie Saoudite ne sont que la moitié du revenu par habitant en Israël, pourtant dépourvu de pétrole.

L'Arabie Saoudite a une bonne excuse car c'était un pays de petits cultivateurs d'oasis et de pasteurs bédouins dont on ne pouvait pas attendre qu'ils devinssent des capitaines d'industrie en juste 50 ans. Bien plus surprenant est le parasitisme pétrolier d'un pays comme l'Iran, autrefois plus accompli. Bien qu'il n'exporte que 2,5 millions de barils par jour, comparés au 8 millions de l'Arabie Saoudite, le pétrole représente encore 80% des exportations de l'Iran tant son agriculture et son industrie sont devenues improductives.

Le Proche-Orient fut il y a longtemps la région la plus avancée du monde, mais de nos jours ses productions principales sont la consommation effrénée et le ressentiment. Selon le rapport de l'ONU de 2004 sur le développement arabe, la région peut se vanter (!) d'avoir le taux le plus bas au monde d'alphabétisation après l'Afrique sub-saharienne avec seulement 63% des adultes. Du fait de sa dépendance au pétrole les biens manufacturés ne représentent que 17% de ses exportations pour un niveau moyen général de 78%. En outre, malgré la richesse pétrolière, la totalité du Proche-Orient a produit moins de 4% du produit intérieur brut global en 2006, moins que l'Allemagne.

A moins d'y être contraint par un danger immédiat, nous devrions donc nous concentrer sur les vieux et les nouveaux foyers de création en Europe et en Amérique, en Inde et dans l'Extrême Orient, des pays où des peuples travailleurs vont de l'avant au lieu de rêver du passé.
E. Luttwak
Cf. http://www.prospect-magazine.co.uk/article_details.php?id=9302

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Bien sûr, il y aurait pas mal de choses à dire là-dessus, mais... pas ce soir !
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6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 21:10
Seconde partie du texte d'E. Luttwak paru dans Prospect en mai 2007 : "Pourquoi le Proche-Orient n'a aucune importance". Pour la première partie, voir ci-dessous :
http://geopolis.over-blog.net/article-6750608.html
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La deuxième erreur souvent répétée est le syndrome Mussolini. Les archives d'époque montrent sans l'ombre d'un doute ce qui est aujourd'hui difficile à croire : des gens sérieux, y compris des chefs militaires français et britanniques, admettaient les revendications de Mussolini au statut de grande puissance parce qu'ils étaient convaincus qu'il avait des forces armées importantes sous son commandement. Ses divisions, ses vaisseaux de guerre et ses escadres volantes étaient dûment comptés pour estimer la puissance militaire italienne, déduction faite de leur manque en armes dernier cri, mais non de leurs réticences plus fondamentales à se battre jusqu'au bout. N'ayant admis que l'Ethiopie l'emporte sur Mussolini que pour le perdre aussitôt au profit d'Hitler dès le début des hostilités, les Britanniques découvrirent que les forces italiennes se délitaient rapidement dans le combat. Il ne pouvait en être autrement, parce que la plupart des soldats italiens étaient des conscrits malgré eux issus de la paysannerie muletière du Sud ou des villages agraires du Nord, tout aussi misérables.

C'est exactement la même erreur que la confrérie des spécialistes ès Proche-Orient continue de commettre. Ils persistent à attribuer une réelle force militaire à des sociétés arriérées dont les populations peuvent très bien alimenter des insurrections mais non une armée moderne.

Dans les années 1960, c'est l'Egypte de Nasser qui passait pour une véritable puissance militaire, simplement parce qu'elle avait reçu beaucoup d'avions, de chars et de fusils de la part de l'Union soviétique, et avait beaucoup de divisions blindées et d'escadres aériennes. En mai 1967, à la veille de la guerre, beaucoup étaient d'accord avec la prédiction faite par le maréchal Montgomery à l'occasion d'un retour sur les lieux de la bataille d'El Alamein : selon lui les Egyptiens allaient immédiatement écraser les Israéliens. Même les plus circonspects n'avaient pas prévu que les premiers seraient complètement défaits par les seconds en quelques jours seulement. En 1973, avec davantage de pathos, il ne fallut toujours que trois semaines pour atteindre le même résultat.

En 1990, ce fut le tour de l'Irak d'être largement surestimé comme puissance militaire. Saddam Hussein avait plus de matériel que Nasser n'en avait jamais accumulé et pouvait se vanter d'avoir vaincu un Iran beaucoup plus peuplé au terme de huit ans de guerre. Dans les mois qui précédèrent la Guerre du Golfe, il y eut maintes spéculations angoissées à propos de la taille de l'armée irakienne - à nouveau les divisions et les régiments furent dûment comptés comme s'il s'agissait de divisions blindées allemandes à la veille du Blitzkrieg, avec un décompte séparé pour "l'élite" : les Gardes républicains, sans parler de la "super-élite" : les Gardes républicains spéciaux. Et on craignait que les abris anti-aériens à l'épreuve des bombes et les bunkers profonds de l'Irak survivraient à n'importe quelle attaque aérienne.

Que cela reflète dans l'ensemble des avis au plus au haut niveau, on peut le déduire de l'ampleur de la coalition militaire qui fut laborieusement réunie, comprenant 575.000 hommes côté US, 43.000 côté britannique, 14.663 côté français et 4.500 côté canadien, et qui forma incidemment cette présence sacrilège d'infidèles sur le sol arabe qui allait pousser Oussama ben Laden à vouloir en tirer vengeance. Dans la pratique, deux semaines de bombardements de précision furent suffisantes pour paralyser toute la machine de guerre de Saddam Hussein qui chercha à peine à résister à l'offensive terrestre massive lorsqu'elle vint. A aucun moment l'aviation irakienne ne chercha à se battre, et tous ces chars qu'on avait minutieusement dénombrés servirent pour l'essentiel à l'entraînement au tir. Une véritable armée aurait continué de résister des semaines ou des mois dans les positions enterrées du Koweit, même en l'absence de couverture aérienne, mais l'armée de Saddam était l'habituel écran de fumée proche-oriental dépourvu de réalité militaire.

Maintenant le syndrome Mussolini est à nouveau à l'œuvre à propos de l'Iran. Tous les symptômes y sont y compris le catalogue des navires de guerre iraniens, en dépit du fait que la plupart ont plus de 30 ans d'âge ; le catalogue des avions de combat, dont beaucoup (F-4, Mirages, F-5, F-14) n'ont pas volé depuis des années faute de pièces de rechange ; et celui de divisions et de brigades qui n'existent que sur le papier. On vous fait des descriptions effrayées des gardiens de la révolution Pasdaran, invariablement décrits comme "l'élite", qui se pavanent en effet comme s'ils avaient gagné de nombreuses guerres, mais qui en réalité n'en ont fait qu'une seule - contre l'Irak - qu'ils ont perdue. Quant à la prétention de l'Iran d'avoir vaincu Israël par l'intermédiaire du Hezbollah dans l'épisode de l'année dernière, le coup publicitaire a été remarquable mais la réalité est tout autre avec environ 25% de pertes parmi les hommes les mieux entraînés, ce qui explique le silence de mort et l'immobilité depuis le cessez-le-feu d'un Hezbollah autrefois exubérant.

Et quand tout le reste ne parvient pas à nous effrayer, on invoque la nouvelle cavalerie légère du terrorisme iranien. Les habituels spécialistes du Proche-Orient nous expliquent maintenant que si l'on embête les ayatollahs, ils lâcheront des terroristes qui dévasteront nos vies, bien que 30 ans d'imprécations "Mort aux USA" et les sommes considérables dépensées pour maintenir un département spécial du terrorisme international n'aient produit qu'un seul attentat à la bombe majeur en Arabie Saoudite, en 1996, et deux dans l'environnement plus permissif de Buenos Aires en 1992 et 1994, ainsi que quelques assassinats d'exilés en Europe.

Il est vrai que si les installations nucléaires iraniennes viennent à être bombardées au cours de quelque raid nocturne, des représailles seront probables, mais nous vivont une époque heureuse où nous avons seulement à nous préoccuper de cette agaçante question du terrorisme au lieu de guerres mondiales - et une nouvelle contribution de l'Iran n'est pas de nature à faire beaucoup d'effet. Il peut y avoir de bonnes raisons de ne pas attaquer les sites nucléaires iraniens - notamment les progrès particulièrement lents et douteux de ses efforts d'enrichissement de l'uranium - mais sa capacité de riposte n'en fait pas partie. Même le trafic des tankers dans le Golfe et à travers le détroit d'Ormuz, fragile en apparence, n'est pas aussi vulnérable qu'il y paraît - l'Iran et l'Irak ont tous deux cherché à l'atteindre à plusieurs reprises sans grand succès, - et cette fois si la marine US est prête à détruire toute piste de décollage ou toute jetée d'où les attaques seraient lancées.

Et pour ce qui est de l'idée selon laquelle "les Iraniens" seraient unis dans le soutien patriotique au programme nucléaire, cette nationalité n'a jamais existé. Sur les quelque 70 millions de la population iranienne, 51% sont des Perses ethniquement parlant, 24% sont des Turcs (des "Azéris" dans la terminologie du régime), le quart restant étant constitué d'autres minorités. Nombreux sont ceux parmi les 16 ou 17 millions de Turcs d'Iran qui sont en révolte contre l'impérialisme culturel perse ; les 5 ou 6 millions de Kurdes ont déclenché une grave insurrection ; la minorité arabe fait exploser des bombes à Ahvaz ; et la tribu Baloutche attaque gendarmes et gardiens de la révolution. Si près de 40% de la population britannique était engagée dans des luttes séparatistes d'intensités diverses, personne n'oserait affirmer son unité autour du gouvernement de Londres. Et qui plus est, une partie importante de la majorité perse s'oppose au régime théocratique, soit parce qu'ils considèrent l'Islamisme comme dépassé en réaction à ses nombreux interdits, soit parce qu'ils sont soufis et que le régime les persécute maintenant presque autant que la petite minorité Baha'ie. Alors cessons de faire des rapports depuis Téhéran mettant l'accent sur l'unité nationale du pays. Le nationalisme perse est une position minoritaire dans un pays où la moitié de la population n'est même pas perse. De nos jours, les Etats multinationaux ou décentralisent ou se disloquent plus ou moins violemment. L'Iran n'est pas en cours de décentralisation, aussi son avenir semble-t-il facilement prédictible. Pour l'heure, il ne faut pas en attendre beaucoup de cohésion en cas d'attaque.

A suivre...
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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 23:50
Il y a du nouveau chez les néo-cons américains et ce n'est pas bête du tout. Un article récent du politologue Edward Luttwak publié dans le mensuel Prospect (mai 2007) a fait impression ces dernières semaines. Courrier international en publie un compte-rendu (n° 865, p. 50 : "Oublier le Moyen-Orient", tiré de Al-Hayat) et le Monde diplomatique (Carnets du 8 mai par Alain Gresh : "Le Moyen-Orient, au milieu de nulle part") en est tout bouleversifié ! Je me propose donc de le traduire in extenso, mais d'abord quelques mots sur l'auteur.

Né en 1942 dans une famille juive de Roumanie, naturalisé américain après avoir vécu en Italie et en Angleterre, Edward Nicolaï Luttwak est un économiste diplômé de la London School of Economics et de l'université John Hopkins. Il est surtout un des spécialistes de géopolitique les plus connus, membre du "Center for Strategic and International Studies" de Washington et du "National Security Study Group" du Département de la Défense, et conseiller auprès du Département d'Etat US.

Luttwak a publié plusieurs ouvrages qui reposent volontiers sur le paradoxe et les propositions provocantes, mais donnent à réfléchir, le plus connu étant Coup d'Etat : A Practical Handbook (Londres, 1979), traduit sous le titre Coup d'Etat, mode d'emploi (Poche, 1996). Parmi ses autres livres disponibles en français : Le paradoxe de la stratégie (Odile Jacob, 1989), Le rêve américain en danger (1993 - trad. 1995), La renaissance de la puissance aérienne stratégique (Economica, 1998), Le turbo-capitalisme : les gagnants et les perdants de l'économie globale (O. Jacob, 1999), Le grand livre de la stratégie : De la paix et de la guerre (1987 - trad. 2002) et, non traduit à ma connaissance : The Pentagon and the Art of War (New York, 1984).

*
Le milieu de nulle part
ou
Pourquoi le Proche-Orient n'a aucune importance*

* [Le titre anglais repose sur un jeu de mot entre "Middle-East", en bon français Proche-Orient, et "middle", le milieu]

Les analystes occidentaux sont toujours à bavasser sur l'importance stratégique du Proche-Orient. Mais, malgré son pétrole, cette région arriérée compte moins que jamais et cela vaudrait mieux pour tout le monde si le reste du monde apprenait à l'ignorer.

Pourquoi les spécialistes du Proche-Orient se trompent-ils toujours, infailliblement ? La leçon de l'Histoire, c'est que les hommes n'apprennent jamais rien de l'Histoire, mais les spécialistes du Proche-Orient, comme nous autres, devraient au moins apprendre de leurs erreurs passées, au lieu de continuer à les refaire.

La première erreur est le catastrophisme du "nous sommes à deux doigts de l'explosion". Feu le roi Hussein de Jordanie était le maître incontesté du genre. Prenant son air le plus sombre, il nous avertissait que, la patience étant à bout, un conflit israélo-arabe était sur le point d'éclater qui rendrait tous les conflits passés insignifiants au regard de ce qui allait survenir à moins que, à moins que... Puis venait le remède, généralement quelque chose de plutôt insipide en comparaison de la terrible catastrophe annoncée, comme de reprendre telle ou telle négociation enlisée, ou d'envoyer un émissaire américain dans la région pour faire aux Palestiniens les mêmes promesses que d'habitude et faire sur Israël les mêmes pressions que d'habitude. Nous avons lu des versions du discours-type du roi Hussein dans tant de journaux, entendu des invocations identiques à chaque apparition radiophonique ou télévisée des habituels spécialistes du Proche-Orient, et avons maintenant devant nous le fils de Hussein, Abdallah, qui répète régulièrement le discours de son père, presque mot pour mot.

Ce qui arrive en réalité à chacun de ces "moments de vérité" - et l'un d'eux se profile sans doute à l'horizon - n'est pas grand chose, juste le même vieux conflit cyclique qui recommence chaque fois que la paix se fissure, et se résorbe chaque que la violence atteint un certain niveau d'intensité. La facilité qu'il y a à filmer et rendre compte en toute sécurité depuis de luxueux hôtels israéliens gonfle la couverture médiatique de la moindre échauffourée. Mais les humanitaires devraient noter que les morts du conflit judéo-palestinien depuis 1921 se montent à moins de 100.000 - presque autant que de tués en une saison de conflit au Darfour.

Du point de vue stratégique, le conflit israélo-arabe est à peu près sans intérêt depuis la fin de la guerre froide. Et pour ce qui est de son impact sur les prix du pétrole, il était grand en 1973 lorsque les Saoudiens ont décrété l'embargo et ont réduit leur production, mais c'était la première et dernière fois qu'était brandie "l'arme du pétrole". Depuis des décennies maintenant, les principaux producteurs arabes ont notoirement rejeté tout lien entre prix et politique, et un embargo serait un désastre pour leurs économies dépendantes des revenus du pétrole. Quoiqu'il en soit, le lien de cause à effet entre troubles au Proche-Orient et prix du pétrole est loin d'être direct. Comme Philip Auerswald le faisait remarquer récemment dans la revue The American Interest, entre 1981 et 1999 - période pendant laquelle un régime fondamentaliste a consolidé son pouvoir en Iran, l'Iran et l'Irak se sont fait une guerre de huit ans à portée de canon d'installations gazières et pétrolifères, la Guerre du Golfe a eu lieu et la première Intifada palestinienne a fait rage - les prix du pétrole, compte-tenu de l'inflation, ont en réalité chuté. De plus, la dépendance générale vis à vis du pétrole proche-oriental va déclinant : aujourd'hui la région produit moins de 30% du pétrole brut mondial, contre près de 40% en 1974-1975. En 2005, 17% des importations US de pétrole venaient du Golfe, contre 28% en 1975, et le président Bush a profité de son discours sur l'état de l'Union de 2006 pour annoncer son intention de réduire des trois-quart d'ici 2025 les importations US de pétrole du Proche-Orient.

Certes, ce serait bien si Israéliens et Palestiniens pouvaient régler leurs différends, mais cela n'aiderait en rien ou si peu à calmer les autres conflits du Proche-Orient de l'Algérie à l'Irak, ou pour arrêter les violences entre musulmans et hindous au Cachemir, celles entre musulmans et chrétiens en Indonésie et aux Philippines, entre musulmans et bouddhistes en Thaïlande, entre musulmans et animistes au Soudan, entre musulmans et Igbo au Nigéria, entre musulmans et Moscovites [sic] en Tchéchénie, ou les diverses variétés de violences intra-musulmanes, traditionnels contre islamistes, et Sunnites contre Chiites ; et cela n'adoucirait pas non plus l'hostilité parfaitement compréhensible des islamistes convaincus envers l'Occident transgressif qui sans cesse envahit leurs esprits, et parfois leurs pays.

Le catastrophisme israélo-arabe est une erreur à double titre, d'abord parce que le conflit est circonscrit à un périmètre plutôt limité, et deuxièment tout simplement parce que le Levant n'est plus tellement important.
[La suite ici : http://geopolis.over-blog.net/article-6750608.html]
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