Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
  • Contact

Profil

  • Mélusine

Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

Recherche

21 octobre 2006 6 21 /10 /octobre /2006 22:38
La Géorgie est un pays du Caucase dont on parle peu. Sans doute est-il trop lointain, trop compliqué, et trop éloigné de nos préoccupations pour justifier l'envoi de correspondants sur place. Le peu que l'on en retient est que, comme l'Ukraine, il a connu une révolution pacifique qui a porté au pouvoir un nouveau président réputé démocrate. Et celui-ci bénéficie comme tel d'un a priori favorable.

En novembre 2003, la "révolution des roses" qui conduisit à l'éviction du président géorgien Edouard Chevardnadzé fut en effet saluée par les médias occidentaux comme une victoire de l'esprit démocratique. Chevardnadzé, ancien ministre de Gorbatchev, avait pourtant jusque là une bonne réputation, mais son régime apparut alors excessivement corrompu et les élections parlementaires qui venaient de se dérouler, entachées de fraude. Le 23 novembre, il dut démissionner. Les présidentielles anticipées qui suivirent portèrent au pouvoir en janvier 2004 l'un des principaux candidats de l'opposition en la personne de Mikhaïl Saakachvili, dont les partisans furent aussi les grands vainqueurs des élections législatives de mars 2004 et viennent de remporter les municipales d'octobre 2006.

Vu de l'extérieur, tout semblait donc aller sinon bien, du moins beaucoup mieux au pays des roses. Mais c'était sans compter les épines !

Car, selon l'une des anciennes collaboratrices de Saakachvili aujourd'hui réfugiée à Moscou, Irina Sarichvili, qui dirige le mouvement d'opposition Imedi (Espoir), la Géorgie d'aujourd'hui n'est rien moins qu'une "dictature fondée sur la terreur et la violence" où "les droits démocratiques et les libertés des citoyens sont réprimés" et où le nombre des détenus politiques croît exponentiellement. D'après Madame Sarichvili, plusieurs dizaines de membres de l'opposition seraient en détention de même que nombre de simples citoyens dont le seul tort est d'avoir critiqué le nouveau régime. Ayant elle-même été victime de mesures d'intimidation sous Chevardnadzé, Irina Sarichvili semble savoir de quoi elle parle. Dans une conférence de presse rapportée par l'agence russe RIA Novosti, elle ajoute que, dans les prisons géorgiennes, "les détenus sont victimes de tortures et de brimades massives". "En l'absence de motifs d'inculpation, les procès n'ont jamais lieu. Le fait que les accusations avancées ne soient pas argumentées n'est pas un secret pour les autorités, mais leur objectif est d'arracher des aveux". Et Madame Sarichvili d'en appeler aux organisations internationales de défense des droits de l'homme...

De même, d'après un analyste russe, Piotr Romanov, les militants de l'opposition les plus actifs ont été jetés en prison sous le prétexte de complot et le scrutin a été anticipé de sorte que le reste de l'opposition n'ait pas assez de temps pour se réorganiser. Enfin, toujours selon l'opposition, de véritables "escadrons de la mort" opèreraient depuis longtemps sur le territoire géorgien sous l'oeil approbateur du président.

Et l'opposition géorgienne dénonce également des irrégularités grossières dans les dernières élections municipales où le "Mouvement national" du président Saakachvili a fait un triomphe... jusqu'à recueillir 114% des voix dans l'une des circonscriptions !

Affabulations russes ? Sans doute pas tant que ça, si l'on en croit un rapport d'Amnesty international de novembre 2005 - par conséquent d'un an antérieur aux dernières élections - intitulé pudiquement "Torture et mauvais traitements : des pratiques encore inquiétantes après la révolution des roses". Ce rapport se fonde sur des éléments d’information recueillis sur le terrain au cours de trois missions d'enquête menées à Tbilissi et Zugdidi en 2004 et 2005, ainsi que sur des entretiens avec plusieurs détenus des centres de détention n° 1 de Tbilissi et n° 4 de Zugdidi.

Il y est fait état de tortures et mauvais traitements visant des hommes, des femmes et des enfants en nombre non précisé "en l'absence de statistiques exhaustives et fiables". Suit un florilège des traitements appliqués aux détenus : électrocution, pose de sacs en plastique sur la tête, suspension à une barre entre deux tables, brûlures de cigarette et de bougie, placement du canon d’une arme à feu dans la bouche et menace de tirer, pose d’un bandeau de ruban adhésif sur les yeux, coups donnés avec la paume de la main sur les oreilles, menaces de coups à l’encontre de membres de la famille du détenu, bâillonnement de manière à ce que le détenu ne puisse pas crier, coups de matraque et de crosse de fusil, coups de pied.

Entre autres cas de torture manifeste, Amnesty International présente celui de Gueno Koulava, suspendu à une barre placée entre deux tables et frappé à coups de pied et de matraque, avant d’être projeté à terre, et brûlé à l’avant-bras avec une bougie. Toutefois la plupart des cas sont passés sous silence et les victimes se voient dissuadées de porter plainte sous peine de représailles. Ainsi, malgré les dénégations des autorités locales, un expert médico-légal de Zugdidi rapportait en mai 2005 qu’il avait régulièrement examiné des personnes présentant des lésions corporelles qui avaient pu être causées par des actes de torture ou des mauvais traitements.

Je cite la suite du rapport : "Selon le témoignage de Vakhtang Goutchoua, une quinzaine de policiers, dont un seul ne portait pas de masque, l’ont interpellé chez lui à l’aube du 18 avril. Ils l’ont conduit dans les locaux de l’unité spéciale de la police, rue Kedia, à Zugdidi, et soumis à des mauvais traitements quatre heures durant, jusqu’à environ 8 heures du matin. Selon ses propres termes : "Ils m’ont battu et frappé à coups de pied et de crosse de fusil. J’étais par terre la plupart du temps. Ils voulaient me mettre un sac plastique sur la tête, mais y ont renoncé lorsque je les ai implorés de ne pas le faire en raison de graves problèmes pulmonaires." D’après Vakhtang Goutchoua, les policiers voulaient qu’il signe des "aveux" concernant sa participation en juin 2002 à l’homicide de Jamal Narmania, ancien représentant de l’État dans la région."

Autre exemple : "Alexandre Mkheïdze, architecte âgé de vingt-sept ans, a été arrêté par la police dans le village de Tsqneti, non loin de Tbilissi, le 6 avril 2005. Il affirme avoir été battu et frappé à coups de pied alors que les policiers le conduisaient au ministère des Affaires intérieures, où il aurait de nouveau été battu. Il a ensuite été transféré au centre de détention provisoire n°1 de Tbilissi. Le médecin qui l’a examiné à son arrivée a enregistré sa plainte concernant des mauvais traitements infligés par la police, tout en le jugeant "en bonne santé". Deux jours plus tard seulement, Alexandre Mkheïdze a été examiné lors de son transfert au centre de détention au secret pour enquête n°1 de Tbilissi. Cette fois-ci, le médecin a observé une ecchymose bleu foncé sur son tibia droit, une éraflure sur sa main droite couverte d’une croûte rouge foncé et une ecchymose bleu-jaune foncé sur la partie interne de sa cuisse droite, près de l’aine. Il a ajouté qu’Alexandre Mkheïdze se plaignait de douleurs à la tête, à la nuque et à la colonne vertébrale et affirmait que ces blessures lui avaient été infligées par les policiers dans le village de Tsqneti. Cette allégation a été confirmée deux semaines plus tard par une enquête médico-légale."

En outre, "certaines modifications de la loi adoptées depuis la "révolution de la rose", telles que la négociation de la peine, ont été dénoncées par des avocats et des défenseurs des droits humains convaincus qu’elles accroissaient le risque que les détenus soient soumis à des actes de torture ou autres mauvais traitements aux mains des forces de l’ordre."

Le rapport dénonce aussi l’impunité dans les affaires de torture et s’inquiète de ce que les procureurs n’ouvrent pas systématiquement d’enquêtes sur toutes les allégations de torture et de mauvais traitements. Les auteurs présumés ne sont pas déférés devant la justice et lorsque des enquêtes ont été ouvertes sur de tels faits, elles se sont rarement avérées impartiales. Parfois, les membres du bureau du procureur étaient eux-mêmes impliqués dans les tortures et mauvais traitements censés avoir été infligés au détenu... Souvent, les investigations, démarrées tardivement, n’ont pas été approfondies. Et dans plusieurs affaires, l’enquête n’a pas été menée de manière exhaustive – lorsqu’elle a été diligentée.

Une évolution inquiétante a même été constatée au cours des derniers mois [de 2005] : selon certaines informations, les forces de sécurité auraient, à plusieurs reprises, fait usage d'une force excessive contre des prisonniers, à la suite de quoi plusieurs détenus sont morts et des dizaines ont été grièvement blessés. Il a été allégué également que la police utilise fréquemment une force excessive lors des arrestations, ce qui se solde souvent par la mort des suspects...

Le 19 mai 2006, le Comité contre la torture de l'ONU faisait, dans un rapport assorti de recommandations au gouvernement géorgien, un constat similaire sur, je cite, la persistance de l'impunité et de l'intimidation, en particulier s'agissant du recours excessif à la force, y compris la torture, de la part des responsables de l'application des lois ; sur l'anonymat des unités spéciales de la police, dont les agents sont souvent masqués lorsqu'ils exécutent des opérations d'arrestation et ne portent pas de badges d'identification ; et sur l'absence de textes de loi prévoyant l'octroi sans délai d'une réparation appropriée. Le Comité a également fait part de ses préoccupations quant au nombre élevé de décès soudains lors des gardes à vue, et à l'absence totale d'informations détaillées concernant les enquêtes indépendantes sur ces décès.

De même, selon l'Association des jeunes avocats géorgiens GYLA (pour Georgian Young Lawyers Association), les aveux des prévenus seraient le plus souvent obtenus par la torture sous toutes ses formes (coups, électrocution, étouffement, brûlures diverses et menaces à l’encontre des membres de leurs familles). Mais ce qui inquiète le plus Ana Dolidze, présidente de GYLA, ce sont les déclarations officielles qui, par leur côté rassurant et absolutoire, peuvent constituer, pour les forces de l’ordre, un encouragement à poursuivre en toute impunité la pratique de la violence et de la torture. Elle rappelle, à cet effet, les déclarations du président Saakachvili qui, la veille de la publication du rapport d’Amnesty International, se vantait d’avoir "éradiqué la violence policière" depuis son arrivée au pouvoir...

Devant l'accumulation des témoignages, les satisfecit médiatiques adressés aux autorités géorgiennes ne laissent pas de surprendre, de même que les circonlocutions des observateurs de l'OSCE et de l'Union européenne à propos des dernières élections qui se seraient selon eux déroulées "dans le respect général des libertés fondamentales", malgré les 30% de candidats de l'opposition dont la candidature a été invalidée, les nombreuses circonscriptions où ne se présentait qu'un seul candidat - celui du pouvoir bien entendu, - les programmes dits d'aide sociale et la distribution de compléments de pension lancés à grand renfort de publicité par les autorités en place en pleine campagne électorale, la collusion entre certaines commissions électorales et les activités de campagne du parti au pouvoir, et autres "sérieux problèmes de procédure".

Si l'on ajoute à cela la corruption qui gangrène tout l'appareil de l'Etat et les déclarations bellicistes de Mikhaïl Saakachvili à l'encontre des Ossètes et des Abkhazes... (le nouveau président "démocratique" de Géorgie brigue apparemment le titre disputé d'agité du Caucase)

Bref, tout va bien en Géorgie !

Partager cet article

Repost 0
Published by Mélusine - dans Caucase
commenter cet article

commentaires

lux 27/10/2006 19:10

La politique vous intéresse?
Je vous propose de visiter ce site http://33.royaliste.com.over-blog.com/
Des articles intéressants, des idées à débattre, des actions à commenter...Et vos réactions à publier.
Cordialement
Lux

Mélusine 28/10/2006 21:08

Oui, très cordialement, mais à part faire de la publicité pour votre propre site, qu'avez vous à dire sur la Géorgie ?