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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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  • Mélusine

Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 23:43
Puisque nous parlons cinéma, voici un autre film à voir, un dessin-animé plus précisément, remarquablement bien fait d'un point de vue formel et excellent film... de propagande !? "Valse avec Bachir" (2008) est le récit entrecoupé de cauchemars et de souvenirs de guerre de l'enquête menée par le réalisateur israélien Ari Folman pour tenter de retrouver sa propre mémoire des événements de la guerre du Liban de 1982 (une opération cyniquement baptisée "Paix en Galilée" par l'armée israélienne). Folman, et c'est l'élément déclencheur de son enquête, réalise un jour qu'il n'a pas le moindre souvenir des événements terribles auxquels il a participé ou dont il a été témoin en tant que soldat de Tsahal et qui sont comme effacés de sa conscience. Les trous de mémoire des adeptes du devoir de mémoire...

Bande-annonce

Le propos, remarquablement servi par l'esthétique sombre du dessin d'animation, est plus universel que le "retour du refoulé" cher aux psychanalistes : la guerre, ses horreurs et ses traumatismes, et comment la mémoire/conscience s'en accommode, ou s'égare. En filigrane se dessine une critique de la politique israélienne au Liban qui culmine avec les images du massacre des camps de réfugiés de Sabra et Chatila (16-17 septembre 1982). Cependant, il reste toujours un point aveugle dans le champ de la conscience du réalisateur, aussi honnête soit-il et quelque efforts qu'il fasse. Le titre du film en témoigne qui met en avant la figure de Bachir Gemayel.

Bachir Gemayel, d'une famille de maronites chrétiens, chef charismatique des Forces libanaises et allié circonstanciel d'Israël, élu président du Liban, fut assassiné peu après, le 14 septembre 1982. Le massacre qui suivit est généralement attribué à ses troupes de phalangistes, comme une vengeance fanatique perpétrée sous le regard de l'armée israélienne qui laissa faire. Cette présentation des événements correspond grosso modo aux conclusions de la commission d'enquête israélienne, nécessairement partielles sinon partiales (rapport Kahane, 1983), mais elle fait fi du contexte et d'une responsabilité plus générale d'Israël dans la déstabilisation du Liban. Si la responsabilité immédiate des exécutions semble imputable à un groupe de FL manipulés, désorientés par la mort de leur chef et avides de vengeance, elle revient a fortiori aux manipulateurs qui les invitèrent à entrer dans le camp... parmi lesquels Ariel Sharon et un certain Elie Hobeika, soupçonné plus tard d'être un agent syrien infiltré, qui commandait le détachement FL à Sabra et Chatila.

Et puisqu'il est question de mémoire, il faut rappeler tous ces massacres commis à partir d'avril 1975 par les Palestiniens de l'OLP et leurs alliés syriens, dont furent victimes des milliers de villageois chrétiens (Damour, 20 janvier 1976, environ 750 morts, Chekka, 5 juillet 1976, 120 morts, etc.), des massacres pourtant bien documentés dont les noms ont disparu de la conscience occidentale...

Pour revenir au film, il échappe en fait au reproche de propagande, inévitable s'agissant d'événements controversés, en préférant au documentaire pseudo-objectif une vision onirique et particulière mais qui finalement sonne assez juste et donne à penser, même si le héros-réalisateur ne recouvre pas complètement la mémoire.


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Published by Mélusine - dans Proche-Orient
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