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  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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12 avril 2007 4 12 /04 /avril /2007 22:49
En août 2006, je m'étais imposée le pensum d'examiner les programmes des partis en lice pour les prochaines élections en matière de politique internationale. C'était ch... - ennuyeux au possible ! J'avais fini par caler sur le "projet socialiste" :
http://geopolis.over-blog.net/article-3464782.html (Europe),
http://geopolis.over-blog.net/article-3465016.html (DOM-TOM),
http://geopolis.over-blog.net/article-3465258.html (immigration),
et http://geopolis.over-blog.net/article-3465277.html

Mais à la veille des présidentielles, alors que 40% de nos compatriotes sont encore indécis, que les hommes politiques et les médias s'ingénient à dire tout et le contraire, histoire de brouiller les apparences et de faire dire oui aux gens qui pensent non, il serait judicieux de revenir au fait politique et aux conséquences qu'aura le choix du futur président parmi les quatre possibles : Nicolas Sarközy, Ségolène Royal, François Bayrou ou Jean-Marie Le Pen.

Donc reprenons. Le programme de l'UMP est intitulé assez bizarrement "Conventions pour la France d'après". Comme la préposition "après" ne s'emploie pas absolument, on se demande après quoi. La France d'après le déluge ? Ou ce qu'il restera de France après la France ? Et pour "conventions", on ne sait pas très bien entre qui ces accords sont passés, ou s'il s'agit d'une référence à la Révolution (au plus fort de la Terreur...), au droit du travail, au respect des bonnes mœurs, ou d'un anglicisme. Mais trève de jeux de mots et voyons le contenu.

Plus encore que ceux de ses adversaires, le programme du parti de Nicolas Sarkozy est rédigé en termes extrêmement généraux : de grands principes, de grandes phrases, auxquels tout le monde peut souscrire mais qui n'engagent à rien et ne définissent pas une ligne politique claire, sauf à lire entre les lignes, car ce programme emprunte largement ses nobles causes à tous les autres. Vous voulez de l'écologie ? En voici ! Du tout industriel ? En voilà ! Du protectionnisme ? En voici ! De l'ultra-libéralisme ? En voilà ! Et "sortir les quartiers en crise de l'engrenage de la marginalisation" ? Il suffisait de le demander ! Vous avez dit contradiction ? Quelqu'un qui n'aurait pas connaissance de la politique des gouvernements UMP de ces dernières années pourrait facilement s'y méprendre. Il en ressort cependant plusieurs choses.

Il y a d'abord une ligne libérale de fond que les envolées sur les pauvres et l'environnement sacrifiés (une petite larme, s'il vous plaît), ne parviennent pas à recouvrir. Je cite : "Etre contre la mondialisation, c'est comme être contre le changement climatique. Cela ne règle en rien le problème et cela isole la France dans des problématiques qui sont celles du passé, pas de l'avenir." Puis cette profession de foi : "La mondialisation a des effets positifs : elle crée des emplois dans des secteurs nouveaux, elle a considérablement réduit les prix de certains biens de grande consommation, elle a permis l'émergence économique d'anciens pays en voie de développement." Soit, mais on pourrrait tout aussi bien dire le contraire : les délocalisations, l'augmentation des prix avec l'euro (+ 40% sur beaucoup de produits essentiels), la paupérisation de pays autrefois prospères... Face à cette réalité en demie teinte, les "trois principes d'actions" de l'UMP n'en sont guère : la mondialisation mais sans "justifier que l'homme et l'environnement soient sacrifiés", la libéralisation des échanges mais "réciproque", et la protection par l'Europe...

On s'aperçoit vite que "ne pas sacrifier l'homme à la mondialisation" se réduit à ne pas rester "silencieux sur les atteintes aux droits de l'homme qui sont commises dans certains pays", suivez mon regard.  Cela me fait penser à la parabole de la paille et de la poutre... "Ne pas sacrifier l'environnement à la mondialisation" se réduit à demander une "organisation mondiale de l'environnement", etc. Et pour l'immigration, voici encore un machin, comme aurait dit De Gaulle : une "agence mondiale de l'immigration"... Rappelons quand même que le candidat de l'UMP ne vise que la présidence de la République française. Un peu facile de se défausser de ses responsabilités en en appelant à la création d'organismes supra-nationaux, organisations mondiales et autres agences sur lesquelles nous n'auront quasiment aucune prise.

La suite, demain. http://geopolis.over-blog.net/article-6378771.html
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2 avril 2007 1 02 /04 /avril /2007 23:21
Grande flemme à rédiger quoi que ce soit ce soir. Alors, pour changer, voici des sujets d'actualité vus par d'autres :

Golfe persique : Les forces armées américaines stationnées dans le Golfe persique auraient terminé leurs préparatifs pour le lancement de missiles contre le territoire iranien. Selon les milieux du renseignement, une attaque prochaine ne semble pas faire de doute. Menace réelle ou moyen de pression ? Les otages retenus en Iran font partie du jeu, comme en 1979...
http://crossfirewar.com/index.php?p=1753

Océan arctique : L'accident grave qui a récemment coûté la vie à deux marins à bord d'un sous-marin britannique dans l'Océan Arctique signe la reprise d'une guerre secrète que l'on croyait avoir pris fin avec la Guerre froide. Entre forces de l'OTAN et forces russes, la chasse sous les glaces est rouverte...
http://fr.rian.ru/russia/20070329/62797626.html

Somalie : Les Forces armées éthiopiennes sont affrontées à une insurrection islamiste dans le sud de la capitale somalienne, Mogadiscio. Armée régulière étrangère contre guérilla et terrorisme...
http://www.ludovicmonnerat.com/
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Published by Mélusine - dans International
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31 mars 2007 6 31 /03 /mars /2007 21:53

Depuis le 15 février 2004, l'Antarctique a son église, une église orthodoxe à l'invocation de la Sainte Trinité, construite en rondins sur la station russe de Bellingshausen par un ancien explorateur, le père Georgui. Elle dépend directement du monastère de la Trinité-Saint-Serge de Moscou et on peut même y faire des mariages avec pingouins...


La Terre est belle. Merci à RIA Novosti pour ces superbes photos, Cf. http://fr.rian.ru/photolents/20070330/62830634.html Pour la version roman noir avec enterrement de première classe : Le pingouin d'Andreï Kourkov (ceux qui l'ont lu comprendront).

Allez, allez. A la messe !
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15 février 2007 4 15 /02 /février /2007 21:18
Je sais bien que nous ne sommes plus le 1er janvier, mais, selon le calendrier chinois, débute dans quelques jours une nouvelle année (le 18 février 2007) qui sera placée sous le signe du Cochon de feu, un signe très favorable. En Chine, le cochon des rizières est gage de prospérité et d'abondance : "Pendant la huitième et la neuvième lune on lâche les pourceaux et, bien qu'on leur donne peu de nourriture, ils engraissent et apportent la prospérité dans la maison". Selon l'empereur Kangxi (1661-1722), le cochon ou sanglier de feu, "Général au long museau", représente à la fois la prospérité, la bienveillance et aussi la "Vertu Chevaleresque" qui caractérise le Brave qui défend sa terre et qui sait même accroître son territoire.

Porcelet, fillette, papillon et glycines
www.tao-yin.com/astrologie/cochon_feu.htm

En fait, le bon petit cochon et le porc gras ne sont pas l'apanage des Chinois, et c'est toute l'Eurasie qui associe l'animal à l'idée de prospérité, cf. Jacques Verroust, Michel Pastoureau et Raymond Buren, Le cochon : histoire, symbolique et cuisine du porc, Paris (Sang de la terre), 1987. Cochon domestique, truie, porcelets, cochon de lait, goret, verrat, mais aussi cochon sauvage, sanglier, laie et marcassins..., la culture occidentale est riche en mots, en mythes autour du cochon. La chasse au sanglier, bête fauve, fut longtemps une chasse royale. Le porc gras, que l'on sacrifiait en décembre, nourrissait les villages pendant les mois d'hiver. Le cochon était aussi l'un des motifs préférés des cartes de Nouvel An russes ou allemandes au XIXe siècle et aujourd'hui encore les enfants mettent leurs petites économies dans des tirelires en forme de cochon (qui rapportent beaucoup plus que les autres ! si, si, je vous assure).

Trèfles à quatre-feuilles et petit cochon pour les vœux
www.oldkiev.info/gallery_St_otkritki.html

Je ne tenterai même pas d'énumérer toutes les préparations culinaires à base de porc (saucisses, jambons, saucisson, lard, lardons, andouillette, boudin, etc.) car ce serait sans fin, un vrai festin de Gargantua !

Mais pendant que les maternités de Chine et de Corée ne désemplissent pas et qu'on y attend un véritable baby-boom de petits fortunés (+ 10% de naissances prévus en Corée cette année), une bien curieuse affaire s'est jouée chez nous il y a quelques semaines qui laisse augurer que les charcutiers français ne vont pas être à la fête ! En décembre 2006, le préfet de Paris, Pierre Mutz, s'est mis en tête d'interdire les distributions caritatives de soupe au lard aux miséreux de la capitale, dits pudiquement SDF, par une association du même sigle. Que le préfet Mütz travaillait du bonnet (cf. http://geopolis.over-blog.net/article-4926927.html), on avait déjà remarqué, mais il faut croire qu'il n'est pas le seul puisque le préfet de Nice, Dominique Vian, s'est mis à son tour en demeure d'ôter aux pauvres le pain de la bouche ! Et qui dit préfet, dit Ministère de l'Intérieur. Il en ressort donc que M. Sarkozy (UMP), présentement ministre de l'Intérieur et candidat à la présidence de la république, en a après les pauvres ou après les cochons, ou les deux. Mais il n'est pas le seul et le mal gagne : une véritable épidémie de cochonophobie s'est emparée de notre pauvre France, qui ne peut guère annoncer qu'infortune, stérilité et misère. Pas de cochon, fini la chance ! (certainement un proverbe chinois).

La Justice, en l'espèce le tribunal administratif de Paris, avait pourtant tenté de ramener ces Messieurs à la raison en rendant une ordonnance qui suspendait les arrêtés préfectoraux d'interdiction. Mais qu'est-ce que la Raison sur une nef de furieux ? Le 5 janvier dernier le Conseil d'Etat annulait l'ordonnance, estimant que ces nouveaux interdits sont conformes au droit. Conformes au droit des hommes, voire ! ; aux devoirs de la charité chrétienne, certainement pas. Les raisons invoquées à défaut de raison demandent à être examinées de plus près. Pour le représentant du Ministère de l'Intérieur, l'avocat Jean-François Boutet, ces distributions de soupe seraient "discriminatoires et donc susceptibles de troubler l'ordre public". Si la relation de cause à effet que la formule sous-entend reste à prouver, elle s'inscrit manifestement dans un emploi extensif et par conséquent abusif de la notion de "troubles à l'ordre public" qui permet aujourd'hui d'interdire à discrétion à peu près tout ce qu'on veut sans avoir à justifier en aucune façon l'atteinte aux libertés qui s'ensuit (cf. http://geopolis.over-blog.net/article-4343118.html). C'est un peu comme l'usage extensif du "devoir de réserve" dans l'administration qui fait très opportunément taire les critiques et empêche la dénonciation d'abus flagrants...

Le mot qui revient comme un leitmotiv est cependant celui de "discrimination". La Haute Autorité de lutte contre les discriminations ou HALDE ("autoto" n'est pas très euphonique mais l'administration française adore ce genre de noms ronflants) s'était déjà "émue" de l'affaire, nous dit-on, non pas par compassion pour le sort de ces discriminés parmi les discriminés que sont les pauvres français dans la rue - ceux-là il faut bien le dire, à peu près tout le monde s'en tape - mais pour dénoncer l'aspect prétendument discriminatoire de la soupe au lard. Comment une soupe peut-elle être discriminatoire sui generis, je me demande. L'injustice c'est plutôt d'être privé de soupe, et la véritable discrimination est entre ceux qui mangent à leur faim tous les jours et ceux qui ne mangent qu'au petit bonheur la chance, ceux qui ont les moyens de s'approvisionner chez le charcutier et ceux à qui cela est interdit. Mais voilà, horresco referens : il y avait du cochon dans la soupe !

Les propos du maire de Paris (PS), du maire d'une ville riche où fleurissent les épiceries de luxe et qui ne nourrit pas ses pauvres, sont à leur manière assez édifiants. Dès 2004, le conseil municipal réclamait "que soit mis un terme à des initiatives aussi contestables". Nourrir les pauvres, contestable ? Le maire parlait récemment d'"initiative aux relents xénophobes". Serait-ce que la soupe n'est pas bonne ? La viande avariée ? Des relents rances... Pourtant aucun de ceux qui en ont goûté ne semble s'être plaint de la soupe. Aucun n'en est mort ! Le problème n'est pas là. Se félicitant de la décision du Conseil d'Etat, M. Delanoë crache le morceau : "Cette décision établit clairement la dimension discriminatoire d'une telle opération dont sont exclues, de fait, les personnes de confession juive et musulmane". La belle affaire !

On pourrait d'abord remarquer que la soupe en cause est destinée à des personnes qui sont elles-mêmes exclues. Que, nonobstant la précarité de leur situation matérielle, elles n'en restent pas moins des personnes humaines, dignes à ce titre de considération comme vous et moi. Et que la moindre des choses serait de les consulter sur ce qu'elles préfèrent manger. Mais celà, nos Messieurs n'y ont pas pensé.

On pourrait aussi faire remarquer qu'il manque beaucoup de catégories à la liste des personnes que cette très épouvantable, perfide et cruelle soupe discrimine : les bouddhistes, les végétariens, les allergiques, ceux qui n'aiment pas le porc, le chou, les carottes ou autres ingrédients de la soupe, enfin tous ceux qui n'ont pas spécialement faim. Un monde fou !

Mais surtout l'assertion selon laquelle seraient exclues, "de fait, les personnes de confession juive et musulmane" est parfaitement absurde. Il est vrai que parmi les nombreux interdits de la loi mosaïque figure la consommation de viande de porc (Lévitique 11, 7). C'est d'ailleurs loin d'être le seul : le lièvre et le lapin sont considérés tout aussi impurs, de même que l'anguille, les crustacés, la grenouille, etc. Il est aussi formellement défendu de mélanger dans une préparation culinaire et même de mettre en un même plat, de la viande et du lait (Exode 23, 19). En revanche sont licites les viandes de "ruminants aux pieds fourchus", celles de poissons avec nageoires et écailles, et les sauterelles. Mais ces prescriptions ne valent que pour les pratiquants rigoristes, non pas pour "les juifs". Parce qu'en réalité, beaucoup d'entre eux mangent de tout sans se soucier le moins du monde des croyances et des usages des nomades du désert du Sinaï d'il y a 3000 ans et quelque.

L'interdit sur le porc tient peut-être en partie au fait que sa viande se conserve mal dans les climats chauds et que les Hébreux d'alors ne connaissaient pas la salaison qui permet justement de lui assurer une longue conservation. Dans l'Europe d'aujourd'hui, ce mode de prophylaxie pour éviter la trichinose n'a guère de sens. Pour les musulmans, qui reprennent à leur compte les interdits bibliques, le porc est impur parce qu'omnivore. Il y a toujours l'idée qu'il pourrait boulotter un cadavre, chose assez répugnante et taboue. Mais là encore, cela ne correspond nullement aux élevages modernes, puisque dans nos contrées du moins on ne laisse pas les animaux se promener dans les décharges. Peu importe en fait, il s'agit de religion. Ceci étant, si on ne mange pas de porc dans certains pays musulmans, puisqu'on n'en trouve tout simplement pas à la vente, dans d'autres ce n'est pas du tout le cas. Demandez donc à un Ouïghour si des rondelles de kalbaça (le saucisson russe) avec un verre de gnôle, ça se refuse !

Les juifs et les musulmans à la rue, s'il s'en trouve, ne sont-ils pas majeurs et vaccinés ? Ne sont-ils pas à même de faire jouer leur libre arbitre pour décider eux-mêmes s'ils respectent les interdits de leur tradition religieuse ou s'ils s'en moquent ? Alors depuis quand un Etat laïc se mêle-t-il d'imposer la stricte observance de prescriptions purement religieuses ? Depuis quand l'Etat français est-il le gardien de l'intégrisme loubavitch ou de celui des frères musulmans ?

Que je sache, la soupe de SDF n'était pas obligatoire. Ce qui eût été malhonnête, ç'aurait été de servir du lard sans le dire. Ce qui est malhonnête, c'est de servir des ingrédients réputés impurs en les faisant passer pour casher ou hallal. Mais avec la "soupe au cochon", il n'y avait aucune ambiguïté. En attendant, les miséreux français qui ne sont ni juifs ni musulmans devront se contenter de soupe claire et de sachets lyophilisés, pendant que nos Messieurs mangent ce qu'ils veulent.
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12 février 2007 1 12 /02 /février /2007 22:13
Sans doute ne vous êtes-vous jamais demandé comment se crée une ONG (Organisation Non Gouvernementale), quelles sont les procédures d'accréditation et comment tout ceci fonctionne. Je ne sais trop que répondre. J'ai eu beau chercher, je n'ai toujours pas d'idée précise sur la démarche à suivre. Ce n'est pas que je sois pressée de fonder ma petite ONG personnelle, du style Human Rights Tight Watch, mais enfin cette opacité pose question.

Reçues et écoutées dans les grandes réunions internationales, ces organisations semblent avoir une influence croissante dans plusieurs domaines (Environnement, Libertés et Droits de l'homme). Les objectifs apparents sont toujours louables et provoquent une adhésion spontanée. Comment trouver à redire à une organisation qui se propose de défendre les Droits de l'homme dans des pays où ceux-ci seraient bafoués ? Mais la noblesse du propos ne doit pas abolir toute réflexion critique dans la mesure où il n'est pas exclu que, dans certains cas, elle serve des intérêts moins avouables.

On peut d'ailleurs dresser un parallèle entre les ONG et les simples associations locales ou nationales dont le nombre s'est tellement accru ces dernières années que là aussi, c'en est suspect. Je ne parle pas bien sûr des associations authentiquement charitables qui s'occupent des pauvres gens ou de la protection des enfants, ni des sociétés savantes elles-aussi respectables... et frugales. Mais d'associations en tous genres qui bénéficient largement de financements publics sans que la générosité des institutions à distribuer les deniers du contribuable soit toujours pertinente. Plus exactement, ce qui est très suspect ce sont les sommes distribuées sans obligation de résultat à des associations fort dépourvues en adhérents (et donc en cotisations), qui tirent donc de l'Etat ou des collectivités territoriales l'essentiel de leur revenu et dont le bénéfice pour la communauté nationale ou locale des actions qu'elles sont censées mener laisse dubitatif. On se demande, par exemple, si le financement de l'association Cineffable dont l'unique activité est d'organiser un festival du film lesbien à Paris, est vraiment une priorité aux yeux des Parisiens (cf. www.leperroquetlibere.com). La Mairie de Paris a tout de même versé 15.000 euros en 2004 à l'association en question, 15.000 euros pour la promotion du film porno ! Il y avait peut-être meilleure façon d'employer cet argent, non ? Dans bien des cas, il s'agit sans doute d'une forme de clientélisme. Pour contourner la législation sur le financement des partis politiques, des associations-écrans remplacent avantageusement les emplois fictifs puisqu'elles réduisent les risques de poursuites judiciaires...

Mais revenons aux ONG. Souvent, le nom même de l'organisation fait écran. On ne se demande pas qui dirige, qui finance et combien de personnes y adhèrent. Pour quelques organisations qui ont pignon sur rue et dont le travail est connu et reconnu : La Croix Rouge, Médecins du Monde, Amnesty International... (voir cependant ici : http://geopolis.over-blog.net/article-3110775.html pour un exemple de manipulation d'une organisation respectable), d'autres peuvent être tentées de se draper dans ce manteau de respectabilité que donne le titre d'ONG pour mener des actions d'un autre ordre. Pour certains pays et les USA en premier lieu, les ONG sont apparemment devenues un véritable instrument de politique étrangère, instrument discret puisqu'il ne dit pas son nom, mais d'autant plus efficace pour mener des opérations d'espionnage, de manipulation d'opinion ou de subvertion qui relèvent d'ordinaire de la compétence des services secrets. Loin d'être toujours innocentes, certaines ONG sont des armes d'un nouveau type, comme le révèle le texte ci-après, trouvé sur www.mondialisation.ca, malgré ses outrances d'esprit très 'alter-mondialiste'.
*

Des milliers d’“ONG” financées par les USA à l’assaut de la Russie

Sara Flounders, animatrice de l’International Action Center aux USA, analyse le rôle et les dessous des ONG internationales (elles seraient près de 450.000 !) pour faire évoluer la Russie “comme il faut”…

Une polémique est en cours en Russie au sujet d’un texte de loi réglementant les organisations non-gouvernementales (ONG) et devant entrer en vigueur courant avril.

Ce nouveau projet de loi a été voté par les deux chambres du parlement russe, la Douma, et signé par le président Poutine le 10 janvier. La campagne de résistance à cette loi ouvre les yeux sur les agissements de l’Occident, et particulièrement des Etats-Unis dans la vie politique russe aujourd’hui. Au titre de la nouvelle loi, les organisations étrangères ainsi que les groupes bénéficiant d’un financement en provenance de l’étranger doivent être enregistrés auprès de l’Etat. Les responsables russes affirment qu’une telle législation s’avère nécessaire pour faire face aux centaines de millions de dollars que des états étrangers versent à des organisations du pays.

Une première version du texte a déjà été assouplie suite à une campagne d’une rare intensité menée par les ONG elles-mêmes ainsi que le gouvernement américain. La secrétaire d’état Condoleeza Rice fit pression sur Poutine, exprimant sa préoccupation pour la ‘démocratie’. La loi figurait même à l’ordre du jour lors du dernier sommet du G8.

La loi impose des restrictions au financement, à l’enregistrement et aux activités des ONG. Ces dernières se référaient auparavant à toute organisation à but non lucratif bénévole, civile, environnementale, humanitaire, dans les domaines entre autres des droits de l’homme, de la santé et de différents ‘services à la collectivité’. A présent un nombre important d’organisations qui se disent non-gouvernementales, mais dépendent de fonds provenant des Etats-Unis, des principaux pays impérialistes et des grands groupes capitalistes, opèrent en Russie ainsi que dans de nombreux autres pays du monde. Ils apportent une aide financière et logistique, déterminent la ligne à suivre et interviennent dans la vie politique selon l’orientation politique et les intérêts économiques des bailleurs de fonds.

Le nombre même des organisations dénommées ONG ainsi que de celles bénéficiant d’un financement de l’étranger est stupéfiant. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, des centaines de milliers d’ONG sont apparues en Russie. Des députés à la Douma affirment que plus de 450.000 ONG sont actives en Russie à l’heure actuelle. Le Yale Center for the Study of Globalization va encore plus loin, puisque d’après lui " il y a plus de 600.000 organisations non gouvernementales, non commerciales en activité en Russie. Il y en a probablement autant qui fonctionnent dans le pays sans enregistrement officiel. "

Le député à la Douma Alexeï Ostrovski, co-auteur de la nouvelle loi, estime que plus d’un quart des ONG russes reçoivent de l’argent étranger. Elles comprennent des groupes environnementaux, des organismes de contrôle des droits de l’homme et des associations de consommateurs.

Apportant son soutien au texte de loi, le président Poutine ajoutait : " Que ces organisations le veuillent ou pas, elles sont devenues un instrument aux mains d’états étrangers qui les utilisent pour atteindre leurs propres objectifs politiques. Cette situation ne peut plus durer. La loi est censée empêcher toute immixtion de pays étrangers dans la vie politique intérieure russe et permettre la transparence quant au financement des organisations non-gouvernementales. "

La Croix suit le Fusil

Quand les nations capitalistes européennes colonisèrent pour la première fois le monde, la croix suivit bientôt le fusil. Des milliers de missionnaires firent partie intégrante du mécanisme de conquête et d’asujettissement.

L’implantation d’une administration coloniale exigeait que l’on réorganisât la société et la structure de la propriété de façon à privilégier les colonisateurs. D’où l’utilité de l’enseignement, de la formation et de l’orientation politique dispensées aux membres de l’élite locale appelés à collaborer. La conversion à la nouvelle religion qu’ils apportaient aida à pacifier toute une section de la population, et ouvrit la voie à certains pour qu’ils deviennent les serviteurs loyaux et fervents du nouveau pouvoir.

En Russie aujourd’hui, ce ne sont pas que des organisations religieuses qui inondent la région. Le premier rôle pour la propagation des valeurs capitalistes revient aux ONG spécialistes des ‘droits de l’homme’.

En réaction contre les nouvelles restrictions, l’intensité des pressions politiques et des protestations de Washington a redoublé. Mais il s’agit purement et simplement d’une supercherie, étant donné que des réglementations autrement plus restrictives et abusives régissent les organisations aux Etats-Unis mêmes.

Tout individu et toute organisation qui y reçoit de l’argent d’un pays étranger doit se faire enregistrer auprès de l’Etat américain au titre du ‘Foreign Agents Registration Act’. Les dons charitables doivent également être répertoriés pour que le public en prenne connaissance. Imaginez que la Russie, l’Iran, la Corée du Nord, la Chine ou Cuba déverse des millions de dollars sur des organisations politiques américaines. Même des alliés des Etats-Unis tels que la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne ou le Japon n’ont pas le droit de financer des organisations politiques à l’intérieur des Etats-Unis.

Dans le numéro du 25 janvier de la revue Russia Profile Alexeï Pankin décrivait comme suit ses relations avec deux ONG : "Je gérais un programme de trois ans, financé par USAID, de soutien aux médias russes, doté d’un budget global de $ 10,5 millions, ainsi qu’un programme de la Fondation Soros, également consacré au soutien des médias, au budget annuel de $1,8 million. Le nombre de cadres, directeurs, inspecteurs et conseillers auxquels j’ai eu affaire (ou qui ont eu affaire à moi) défie l’entendement. Je suis persuadé qu’il y avait des officiers du renseignement parmi eux. "

Le 23 janvier dernier le Service Fédéral de Sécurité de Russie (FSB), successeur du KGB, a accusé quatre diplomates britanniques d’espionnage. Il affirmait avoir surpris l’un d’entre eux en train de transmettre des fonds à plusieurs organisations non-gouvernementales russes. Londres a nié toute indélicatesse de sa part, affirmant que son soutien aux ONG russe s’effectuait au vu et au su de tout un chacun.

Une part importante du financement étranger provient directement de sources américaines, telles que le quasi-officiel National Endowment for Democracy (NED) et la US Agency for International Development (USAID) ainsi que du programme TACIS de l’Union Européenne. Des millions de dollars proviennent de fondations représentant les intérêts des milieux les plus fortunés, telles que celles de Ford, MacArthur, Carnegie, Rockefeller et Soros.

Le changement de régime en Géorgie, en Ukraine et en Kirghizie

Le rôle des ONG financées par les Etats-Unis dans les tentatives de ‘changement de régime’ à Cuba, au Venezuela, au Chili, au Nicaragua et à Haïti est bien connu. Le rôle de ces mêmes organisations subversives en Europe de l’Est ainsi que dans les anciennes républiques soviétiques l’est beaucoup moins, bien qu’elles y soient encore plus présentes.

Le chef du FSB, le service de sécurité russe, accusait récemment les ONG financées par l’étranger d’avoir fomenté le renversement des régimes post-soviétiques de Géorgie, d’Ukraine et de Kirghizie. Le rôle actif et déclaré joué par ces ONG à financement extérieur dans le renversement de ces trois gouvernements explique l’alerte lancée par Moscou. Dans leur enthousiasme, les médias impérialistes les nomment ‘révolutions de velours’ et parfois ‘révolutions de couleur’, la couleur en question étant celle choisie par les forces d’opposition.

Il est d’ailleurs ironique que les leaders politiques renversés – tout particulièrement Edouard Chevarnadzé en Géorgie et Léonid Koutchma en Ukraine – aient par le passé fait figure de candidats préférés des Etats-Unis. Les deux avaient mis en œuvre des politiques pro-américaines. Ils avaient favorisé l’adhésion au ‘Partenariat pour la Paix’ de l’OTAN et consenti à envoyer des troupes en Irak.

Cependant les deux chefs furent évincés sans cérémonie quand ils manifestèrent ne serait-ce qu’une volonté d’indépendance par rapport aux intérêts américains. Leurs successeurs, Michaïl Chakatchvili en Géorgie et Victor Ioutchenko en Ukraine, avaient d’ailleurs servi dans leurs gouvernements respectifs.

A l’occasion de la cérémonie d’investiture du président ukrainien Ioutchenko l’ancien Secrétaire d’Etat américain Colin Powell déclara qu’il était "fier d’avoir été associé aux deux événements" - tant en Géorgie qu’en Ukraine.

Un aperçu des menées actuelles des Etats-Unis, ainsi que de leur bilan des interventions passées, peut être obtenu sur les sites web des fondations ayant apporté leur soutien à ces changements de régime.

40.000 ONG en Ukraine

Dans un article figurant sur le site internet de la Banque mondiale et intitulé ‘Le Développement de la Société Civile en Ukraine et la Révolution Orange’, Vira Nanivska, directeur du Centre International d’Etudes Politiques d’Ukraine se félicite que " 40.000 ONG regroupent 12 pour cent de la population ukrainienne aujourd’hui – et ces organisations ont joué un rôle moteur dans la Révolution Orange. " (www.worldbank.org)

Elle décrit comment des consultants internationaux, des experts en politique et des assistants techniques travaillent de concert pour changer la législation existante, développer des associations, constituer des centres d’informations, former des fonctionnaires, mettre sur pied des conseils de quartier et des associations commerciales, tout en faisant pression pour modifier le budget de l’état dans leur propre intérêt.

Les jeunes et les organisations estudiantines sont attirés au moyen de campagnes autour du HIV/ SIDA, de la protection des droits des minorités et de la protection des enfants abandonnés. Le but exclusif de ce réseau de projets, explique-t-elle, est d’empêcher tout ‘retour à l’ancien régime’ ainsi que de favoriser l’‘euro-intégration’, à savoir l’intégration dans des structures internationales et européennes telles que l’OTAN et la Banque Mondiale.

Le renversement de la propriété socialiste et le démembrement de l’Union Soviétique ne se sont pas achevés en 1991. L’élaboration de lois sur la propriété, les droits des investisseurs étrangers, la justification de l’expropriation et de la privatisation des ressources, de l’industrie et des services collectifs en vue du bénéfice de certains, le démantèlement de programmes sociaux, la nouvelle configuration des médias, de l’éducation et de la culture et l’éradication de toute prétention à la souveraineté nationale sont des tâches de longue haleine.

Ces fonds ont bien plus d’impact dans une zone où a disparu le système socialiste à planification centralisée qui garantissait les retraites, le plein emploi, les soins médicaux et l’enseignement gratuits ainsi que le droit à un logement subventionné. Son démantèlement brutal a touché des millions d’individus, d’où leur grande colère contre les dirigeants qui les ont trahis.

Le financement des mouvements de jeunes

Une partie importante des fonds des milieux d’affaires américains est destiné à la création de mouvements de jeunes. La Fondation Soros, USAID et la NED financèrent toutes trois le groupe serbe de jeunesse Otpor. Les jeunes en question se virent offrir une formation spécialisée et des séminaires à Budapest (Hongrie) ainsi que des T-shirts, autocollants, affiches, la location d’un bureau et un journal, qui jouèrent un rôle capital dans le renversement du gouvernement Milosevic. En Géorgie, la Fondation Soros alloua $ 4,6 millions au groupe de jeunes Kmara, qui s’avéra une arme de premier ordre contre le gouvernement. En Ukraine, Soros contribua à hauteur de $ 7 millions à Pora, un autre groupe de jeunes.

Le site web www.opendemocracy.net est financé par les fondations Ford et Rockefeller. Un article sur ce site de Sreeram Chaulia analyse le rôle des ONG financées par les USA de l’Ukraine à la Kirghizie, en passant par la Géorgie. Son accroche publicitaire est polémique, énonçant que "de nouvelles formes de mobilisation de masse des jeunes, fort bien pourvues en moyens techniques, poussent au changement de régime. Mais le phénomène est-il aussi innocent qu’il le paraît au premier abord ? Les mouvements qui inspirent ‘les révolutions de couleur’ sont-ils des catalyseurs ou des saboteurs ?"

L’auteur se garde bien de critiquer ces ONG : il évalue seulement leur efficacité à effectuer des ‘changements de régime’. Quelques-unes de ses observations donnent une idée du fonctionnement de ces organisations politiques en tant que pièces parmi d’autres du dispositif de l’arsenal américain.

"Le sabotage suffit dans certains pays, alors que dans d’autres il faut des offensives militaires de grande envergure" d’après Chaulia. "Ces trois révolutions – celle des ‘roses’ en Géorgie (novembre 2003 - janvier 2004), la ‘révolution orange’ en Ukraine (janvier 2005) et la ‘révolution des tulipes’ en Kirghizie (avril 2005) – ont chacune suivi le même modèle : toutes avaient pour fer de lance des ONGI (ONG internationales) américaines des droits de l’homme. Ce n’est que quand ils correspondent à leurs objectifs plus globaux de politique étrangère dans une région donnée que les Etats-Unis y défendent les droits de l’homme et la démocratie. On constate que les ONGI qui dépendent de fonds américains soutiennent consciemment ou inconsciemment les intérêts des Etats-Unis.

"Le premier président de la NED, Allen Weinstein admettait ouvertement qu’une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui l’était déjà de façon cachée par la CIA il y a 25 ans. La NED fut conçue à l’origine comme une fondation quasi-gouvernementale par laquelle transitaient des fonds gouvernementaux à destination d’ONGI tels que le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), la International Foundation for Electoral Systems (IFES) , le International Research and Exchanges Board (IREX) et Freedom House."

"L’Ambassade américaine à Bichkek (Kirghizie) travaillait étroitement avec des ONG comme Freedom House ou la Fondation Soros – fournissant des générateurs, une presse typographique et de l’argent pour que les protestations restent à niveau d’ébullition jusqu’à ce que le Président Akaïev s’enfuie du pays. Des informations sur les endroits où les manifestants devaient se rassembler et sur ce qu’ils devaient apporter étaient propagés par des stations de radios et de télévisions financées par le Département d’Etat."

Le nouveau mouvement anti-guerre qui se développe aujourd’hui ne doit pas perdre de vue la multiplicité des formes de l’intervention américaine, ainsi que le chaos et l’instabilité qu’elles entraînent, ce qui viendra intensifier la conscience anti-impérialiste et renforcer l’exigence mondiale : ’US out now !’
Sara Flounders
*
Voir aussi à propos de la Géorgie : http://geopolis.over-blog.net/article-4255629.html et à propos de l'Ukraine : http://geopolis.over-blog.net/article-2922036.html.
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9 février 2007 5 09 /02 /février /2007 00:44
La solution nous vient du Brésil. Et puisque nous en sommes à imiter les Brésiliens, chiche !
(cf. http://geopolis.over-blog.net/article-4004293.html)

Dans les années 60, Rio de Janeiro était, à ce qu'il paraît, une ville parfaitement sûre. Puis est venu l'exode rural et des populations des campagnes, poussées par des périodes de sécheresse ou attirées par le développement des grandes villes, ont afflué. Pauvres et déracinées, n'ayant guère les moyens de se loger en ville, elles se sont entassées dans des logements de fortune dans des zones péri-urbaines dépourvues d'infra-structures, mais où l'on pouvait s'installer sans permis de construire. Même si les logements ont été depuis reconstruits en dur et si les structures et services ont fait leur apparition (tout le monde a la télévision...), ces zones sont devenues des foyers de délinquance. Ce que nous appelons bidonvilles, se nomme là-bas favelas. A Rio cependant, du fait des spécificités de la topographie, les nouveaux venus, au lieu d'être tous rejetés en périphérie, ont trouvé place sur les collines qui parsèment la ville, avec vue imprenable sur les beaux quartiers. Le laxisme et la corruption des dirigeants politiques locaux ont fait le reste. Les maires successifs ont fermé les yeux lorsque les trafiquants de drogue se sont installés et l'accroissement de la violence est devenu exponentiel. Les hurluberlus qui, après les émeutes dans nos banlieues en 2005, se réjouissaient que celles dominées par les trafiquants fussent restées calmes, feraient mieux de se renseigner. La délinquance et les trafics en tous genres sont étroitement liés.

Depuis des années maintenant, vols à main armée, trafic et consommation de drogue, enlèvements contre rançon, attaques de commerce, autoroutes-jacking (on dévalise non pas une voiture, mais toute une bretelle d'autoroute embouteillée...), meurtres et échanges de coups de feu entre factions mafieuses pour le contrôle des collines et des points de vente de cocaïne sont monnaie courante dans les principales villes du pays.  Résultat : l'homicide est devenu la plus grande cause de mortalité chez les jeunes de 15-24 ans. En 2001, à Rio de Janeiro, sur 100 morts dans la classe d'âge 15-19 ans, 65% avaient été tués par arme à feu... En moins d'une vingtaine d'années, le nombre des Brésiliens assassinés a augmenté de 237% ! Et selon l'ONU, le Brésil est le premier pays du monde pour le nombre des tués par balle. Les habitants de Rio disent d'ailleurs qu'il y a au jour le jour plus de meurtres chez eux qu'à Bagdad... Etre réveillée vers les 3h du matin par des tirs d'armes automatiques et autres explosions de grenades venant de la favela voisine (parce qu'à Rio on est toujours dans le voisinage d'une favela, même à Ipanema), la première fois, ça surprend ! Alors je veux bien les croire.

Si l'on considère maintenant la situation actuelle des banlieues françaises abandonnées aux trafics mafieux avec la complicité tacite des autorités locales et des services de l'Etat... il est flagrant que la France chemine à grands pas dans la même direction. Causes comparables, mêmes effets. Paris, Marseille, Lyon, Toulouse... seront bientôt aussi dangereuses que Rio ou Sao Paulo. Mais cela restera cantonné aux banlieues, me répondront plaisamment les habitants des centre-ville. Que nenni ! Les transports en commun et les véhicules automobiles sont faits pour se déplacer. Sans compter que, sous couvert de logements sociaux, plusieurs cités forment déjà des abcès de fixation de la délinquance en plein Paris... Une croissance exponentielle, je vous dis. Alors que faire ?

Rio de Janeiro, août 2006 (photo de Cécile)

Eh bien, les habitants de Rio ont enfin trouvé la solution. C'est venu d'une favela, Rio de Pedras dans le quartier de Jacarepagua, où depuis quelques années on n'a plus revu le bout du nez d'un seul trafiquant et la délinquance a disparu. Fini de chez fini ! Il y a déjà une thèse de doctorat sur le sujet à l'Université catholique de Rio de Janeiro. Comment ? Par quel miracle ? On le comprendra mieux à travers l'article que je traduis ci-après, trouvé sur le blog d'un officier de police chargé de superviser les opérations de sécurité dans l'Etat de Rio. Parce que, oui, au Brésil, le chef de la police a un blog et ce n'est pas de la langue de bois...

Mais d'abord, quelques mots sur l'auteur, qui est tout sauf un plaisantin. Mario Sergio de Brito Duarte, lieutenant-colonel de la Police Militaire (l'équivalent de notre police nationale) de l'Etat de Rio de Janeiro, ancien commandant de l'Académie de Police Militaire, ancien commandant du Bataillon des Opérations Spéciales, ancien conseiller à la Mairie de Rio sur les questions de dépendance aux stupéfiants, est aussi universitaire, philosophe, écrivain (Incursionando no Inferno : A Verdade da Tropa, RJ, 2006) et consultant auprès de divers organismes et institutions tels que la Secrétairerie des Droits de l'homme de l'Etat de Rio de Janeiro ou le Conseil Anti-drogues de la ville de Blumenau dans le Sud du Brésil. Son blog s'intitule "Securité publique : Idées et Actions"...

*
Les milices locales dans les favelas de Rio
http://marius-sergius.blogspot.com/2006/09/milcias-locais-nas-favelas-do-rio.html
20 septembre 2006

Ces dernières années, un phénomène social nouveau est apparu et s'est développé dans  plusieurs favelas de la ville de Rio de Janeiro - nouveau pour les habitants de Rio, mais pas inconnu des sociétés marquées par la violence et le banditisme effréné. Il est de notoriété publique [au Brésil en tout cas] que des quartiers pauvres, cibles de prédilection des cartels de narco-trafiquants, sont passés sous le contrôle d'une sorte de service de police assuré par des organisations illégales qui en règle générale regroupent des policiers et d'autres membres des forces de sécurité, militaires, mercenaires, pompiers, gardiens de prison et vigiles.

Ayant pour objectif premier de préserver les habitants du trafic de drogue et de ses conséquences néfastes, notamment la structure paramilitaire des trafiquants qui réduit les habitants en esclavage et provoque des luttes sanglantes entre factions rivales pour le contrôle du terrain, sans compter les affrontements avec les forces de police, ces nouveaux groupes - les milices, - tout aussi illégaux mais généralement bien vus par la population, se multiplient et sont en passe de devenir une forme de police sociale complémentaire.

Je parle de contrôle social parce que, outre la surveillance effective d'un territoire donné, les milices connaissent bien la vie quotidienne des habitants, ce qui leur permet de repérer toute anomalie, et contrôlent aussi les individus de passage, marchands ambulants, visiteurs, travailleurs sociaux, etc.

On peut analyser comme suit les avantages et les inconvénients de ce type de "police locale", créé pour pallier les lacunes de l'Etat dans les missions régaliennes qui sont les siennes.

Avantages de l'implantation d'une milice

Les quartiers ainsi protégés se voient libérés de l'ultra-violence des trafiquants et des actions monstrueuses qui résultent de leur stratégie d'intimidation et de terreur. Pour prendre un exemple, la nouvelle coutume [chez les narco-trafiquants brésiliens] est d'immoler les habitants mécontents ou tous ceux qui osent se plaindre d'eux, de les découper vivants, en d'atroces souffrances, pour jeter les morceaux à des animaux affamés, en général des porcs...

La disparition du trafic, la disparition de l'offre, préservent les enfants et les adolescents de ces quartiers de l'exposition aux drogues et de la tentation d'y céder, ce qui en principe tient déjà lieu de prophylaxie et facilite la vie des parents et la tâche des éducateurs.

Les quartiers se voient aussi épargner les opérations de police dont, pour des raisons évidentes, on ne peut garantir que les échanges de coups de feu à l'arme automatique avec les trafiquants ne tueront pas des victimes innocentes, et notamment des enfants, comme c'est arrivé tant de fois. En soi, les armes des trafiquants sont une cible beaucoup plus importante pour la police que les saisies de drogue et, en l'absence de narco-trafic, elle peut faire porter ses efforts sur d'autres domaines.

Les quartiers se trouvent également libérer des guerres de factions qui tuent aussi bien des trafiquants que des innocents et donnent lieu à une persécution systématique à l'encontre de tous les proches des "soldats" du camp adverse, si on parvient à les dénicher. Une fois les trafiquants chassés, l'interdiction par les milices de toute apologie de ces bandes mafieuses libère les quartiers de la culture de haine entre bandes rivales qui ailleurs ne cesse de s'accroître.

Enfin, dans les quartiers ainsi libérés, les autres crimes et délits qui affectent les habitants tels que vols et cambriolages, disparaissent également. Les habitants retrouvent alors confiance et sérénité, puisque ces crimes et délits sont justement parmi les plus redoutés.

Inconvénients de l'implantation d'une milice

Les quartiers passent à dépendre d'une autorité illégale et tombent sous le gouvernement de personnes non élues par le suffrage citoyen. [Il faut quand même rappeler que les trafiquants non plus ne sont pas élus !]

Plusieurs services publics comme la fourniture de gaz, les transports, les taxes sur les ventes de biens meubles et immeubles deviennent monopole des milices.

Certaines activités illégales comme le piratage de la télévision par câble (le "Matounet") sont introduites ou, reprises aux trafiquants, se poursuivent.

Les litiges et conflits qui, en temps normal, devraient être tranchés par la justice, sont résolus sur place d'autorité et souvent contre la volonté des plaideurs.

Les fêtes et manifestations publiques de quelque nature qu'elles soient sont soumises à autorisation de la milice.

Enfin, et sans prétendre épuiser ici le sujet, les représentants  démocratiques, en particulier les associations d'habitants peuvent être soumis à des pressions diverses, comme il arrive aussi aux quartiers dominés par les trafiquants...

Telles sont quelques-unes des questions que soulève le phénomène des milices des favelas de Rio.
M.S. de Brito Duarte
*
Pour résumer donc, des milices constituées de policiers, de militaires hors de leurs heures de service, d'anciens policiers et assimilés, sont en train de reprendre aux trafiquants de drogue le contrôle des favelas de Rio de Janeiro. Ils investissent le terrain manu militari, exécutent les trafiquants, expulsent leurs familles et font construire un mur de sécurité autour du quartier. Plusieurs dizaines ont déjà été libérés. Ces milices vendent leur protection moyennant une taxe d'environ 15 reais (5,50 €) par logement et un pourcentage sur les transactions. Les résultats des sondages sont sans appel : la population préfère les milices aux trafiquants. Et cela se comprend !

Bien sûr, c'est parfaitement illégal, mais si l'Etat faisait son travail, on n'en serait pas là. Et comme le faisait remarquer un Brésilien, on ne voit pas pourquoi, quand un riche se paye des gardes du corps à 200 $ (150 €), un pauvre n'aurait pas le droit de payer 15 reais pour sa sécurité. Le gouvernement brésilien et la mairie de Rio sont donc en train de réfléchir à la légalisation des milices...
Deux bus incendiés...
Non, ce n'est pas Clichy-sous-Bois, mais une rue de Rio
à proximité de la favela de Mangueira
encore aux mains de trafiquants de drogue fortement armés
qui ont ainsi voulu se venger de la mort de deux des leurs
le 16 janvier 2007

Et la France ? Lors des émeutes de l'automne 2005, le Ministre de l'Intérieur avait manifesté son opposition catégorique à l'éventualité de la constitution de milices de quartier : ce n'était pas sa conception de la sécurité. Mais dans le même temps, il interdisait formellement aux unités de CRS mobilisées pour l'occasion de pénétrer dans les cités : "pour ne pas provoquer"... Interdire l'auto-défense et entraver la police, n'est-ce pas la quadrature du cercle ? N'est-ce pas livrer les habitants au bon vouloir des criminels ? Faut-il donc se résoudre à abandonner les quartiers pauvres aux mains des délinquants et des trafiquants de drogue ? Aujourd'hui, les Français ne semblent pas prêts à se défendre, mais demain, si l'Etat continue d'être défaillant...

Les chiffres de l'insécurité sont mauvais ? Demain ce sera pire ! Et quand j'affirme que Paris va devenir aussi dangereux que Rio, je fais encore preuve d'optimisme. Au Brésil, honnêtes gens et trafiquants appartiennent à une même population. La violence est seulement générée par le trafic. Si la cocaïne est destinée aux habitants des beaux quartiers, les enfants pauvres se droguent à la colle. Vingt mots de vocabulaire, la cervelle en compote, sans repères, ils peuvent être ultra-violents si vous faites mine de refuser votre porte-feuille. Mais ils ne vous haïssent pas. Vous me direz, avec ou sans haine, quand on se prend une balle dans la tête, le résultat est le même ! Mais en France, à la convoitise du voleur, s'ajoute la haine du "jeune" pour tout ce qui ne lui ressemble pas : le Français, le Blanc, la Femme occidentale, nous. Il ne s'intéresse pas qu'au porte-feuille ou au portable, il s'amuse à humilier. Alors ça promet ! Toujours est-il que si l'on veut vraiment imiter les Brésiliens, il y a une solution simple, efficace et radicale à la violence dans les banlieues. Juste une question de volonté.
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20 janvier 2007 6 20 /01 /janvier /2007 23:47
Voici l'oiseau :

Président depuis déjà huit ans, le colonel Hugo Chavez a été réélu en décembre 2006 à la tête du Vénézuela avec 61% des voix. Ce nouveau mandat de 6 ans commence en fanfare : Chavez vient d'obtenir les pleins pouvoirs pour les 18 prochains mois au nom de la "nécessité historique"... Curieux personnage que cet autocrate du Vénézuela que l'extrême-gauche adule et que la droite déteste.

Reprenons. Sans prétendre donner le fin mot sur le personnage, certains traits méritent d'être soulignés. Né en 1954, formé à l'Académie militaire de Caracas et diplômé en sciences politiques de l'Université Simon Bolivar, Hugo Chavez est d'abord un officier sud-américain, ce qui implique plusieurs choses. Dans sa variante côte est - à ne pas confondre avec le style côte ouest tendance Pinochet, beaucoup moins souriant ! - le militaire sud-américain est idéalement nationaliste, putschiste et animé d'idées sociales. Et chez Chavez, précisément, ces trois aspects sont réunis sous le nom de "bolivarisme". La référence à Simon Bolivar (1783-1830), "el Libertador", héros des guerres d'indépendance contre l'Espagne au Vénézuela, son pays natal, mais aussi en Colombie, en Bolivie (pays qui lui doit son nom), à Panama et au Pérou, est un leitmotiv du discours chavezien. Dès 1983, à l'occasion du 200e anniversaire de la naissance de son héros, il avait fondé une organisation militaire, le "Movimiento bolivariano revolucionario 200"... nationaliste, socialiste et putschiste comme il se doit ! La propension irrésistible de l'officier sud-américain à fomenter des putschs s'est révélée en février 1992 lors d'une tentative de coup d'Etat contre le président Perez alors en exercice qui sera plus tard destitué pour corruption. L'échec de cette intéressante initiative conduit le trublion à la case prison pour deux ans. Mais rien de tel qu'un coup d'Etat, même raté, pour se faire connaître de la population. En novembre 1992, du fond de sa prison, Chavez remet ça - quand je vous dis que c'est irrésistible ! - et tente un nouveau putsch par personnes interposées. Le coup d'Etat par vidéocassette manque de peu, mais le colonel une fois libéré se convertit à la voie démocratique. Son mouvement, le MVR (Movimiento Quinta Republica), coalisé avec les partis de gauche, obtient plus de 30% aux élections législatives de 1998 et dans la foulée, Chavez remporte les présidentielles haut la main avec 56% des voix. Simple, non ?!

Hugo Chavez est donc président depuis 1998 - plus besoin de putsch, donc !  - et le Vénézuela, depuis la nouvelle constitution de 1999, se nomme officiellement "République bolivarienne du Vénézuela". Tout un programme ! Il s'agit maintenant de résister aux tentatives de coup d'Etat adverses (celui de Pedro Carmona, président de la Chambre de commerce, en avril 2002, et le référendum sur la révocation du président en 2004 seront les plus marquants, mais il y en a eu d'autres). Je renvoie à la fiche de Wikipédia pour le détail de la politique de Chavez et ce qu'il faut entendre par "démocratie participative"... (http://fr.wikipedia.org/wiki/Hugo_Ch%C3%A1vez) Toujours est-il qu'à voir les foules qu'il déplace le président vénézuelien est très populaire dans son pays.
Caracas, 6 décembre 2003 : manifestation de partisans d'Hugo Chavez
(Sarkozy va encore faire sa crise !)

Volontariste et volontiers autoritaire, le bolivarisme à la Chavez est multiforme : social, il favorise le développement de coopératives, le microcrédit et les grands programmes qui mettent en avant le rôle de l'armée dans la société, un brin écologiste, il interdit la culture des OGM, nationaliste (cf. le rôle de l'armée), il a renvoyé les conseillers militaires américains (et les prédicateurs protestants de même) et étatise les sources d'énergie... On retrouve les composantes déjà citées plus haut, auxquelles il faut ajouter quelques autres facettes du personnage Chavez. Il est populiste, cela va de soi. Il est grosso modo catholique, mais tendance "théologie de la libération", ce mélange improbable de catholicisme et de marxisme qui a contaminé une partie de l'Amérique latine avant que le pape Jean-Paul II y mette le holà. Il est aussi indigéniste, ayant visiblement du sang indien, et a même apporté son soutien à des tribus amérindiennes des USA ; ceci étant, l'indigénisme ou exaltation des racines indiennes, dont on voit aujourd'hui le réveil en Amérique latine, est de longue date une composante du nationalisme dans certains pays de la région (au Brésil, par exemple). Enfin, après Simon Bolivar, il s'est trouvé un nouveau modèle et se pense maintenant en héritier de Fidel Castro, non pas tant pour imiter la dictature communiste de Cuba, que pour remplacer le moribond dans le rôle de l'emm... n° 1 des USA. Un excellent rôle, ma foi, et très valorisé en Amérique latine. Pour cela, Chavez s'y connaît ! ...tout en continuant à fournir les Etats-Unis en pétrole vénézuélien comme si de rien n'était.

A l'occasion du 60e anniversaire de l'ONU en septembre 2005, la président du Vénézuela est ainsi allé déclarer devant l'Assemblée générale de l'organisation à New York : "Nous proposons que le siège des Nations Unies quitte un pays qui ne respecte pas les décisions de l'Assemblée générale"... Ça a tout de même plus de gueule que les platitudes des dirigeants français et ça a dû en défriser plus d'un du côté de Washington ! Dans la même veine, il prône la disparition pure et simple du FMI, et au vu du bilan de plusieurs de ces organimes supranationaux (FMI, Banque mondiale), il n'a peut-être pas tort... Moyennant quoi, pour asticoter un peu plus les USA et surtout se ménager un réseau d'alliances indépendant, Chavez s'affiche avec des personnages plus ou moins douteux (Khadafi, Ahmadinejab, Loukachenko : une belle brochette), mais moyennant quoi aussi, il a propulsé son pays à un niveau de notoriété et d'influence sur la scène internationale encore jamais atteint depuis Simon Bolivar. Et, en dehors de la Colombie voisine, le Vénézuela reste en bons termes avec les autres pays d'Amérique du Sud qui se sont ingéniés à faire échouer les projets de zone de libre-échange des USA...

Voir aussi : "Chavez contre Israël ou inversement"
(http://geopolis.over-blog.net/article-3496727.html)

Ah, j'allais oublier : Pour compléter le portrait et en revenir à la première photo, il y a aussi un côté "Captain Flame" chez Chavez. Combinaison rouge (forcément), petite cape... ça fait un peu super-héros de Comics. Kitch à souhait ! Le perroquet vert c'est sans doute pour le côté écolo-sympathique et la touche d'exotisme indigène. Drôle d'oiseau, ce Chavez ! Et curieux, tout de même, l'amour de l'extrême-gauche française pour un colonel nationaliste...
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14 janvier 2007 7 14 /01 /janvier /2007 20:06
Non, je ne pense pas à la promenade touristique dans les rues de Karachi, mais à l'alliance politique et militaire du Pakistan avec les USA. Un allié sûr ? C'est en tout cas la question que les Américains peuvent légitimement se poser au regard des propos pour le moins contradictoires de leur gouvernement. Animesh Roul, directeur de la SSPC (Society for the Study of Peace and Conflict), basée à New Delhi, qualifie cette façon de voir de "oxymoronic perception" dans l'article du 12 janvier 2007 que je traduis ci-après (cf. http://counterterrorismblog.org/). On pourrait aussi parler de vision schizophrène ou paradoxale.

Alors que l'on s'inquiète beaucoup de la possibilité pour l'Iran d'accéder à la technologie nucléaire, il faut peut-être rappeler que la "bombe islamique" existe déjà.  Elle fut aimablement fournie au Pakistan par les Chinois et les Américains, les premiers dans le cadre de leur rivalité avec l'Inde, les seconds par anti-communisme, puisque l'Inde non-alignée, sans être jamais tombée dans le communisme, entretenait des liens étroits avec l'URSS.

Une vision paradoxale : Le Pakistan combat sincèrement le terrorisme & Al Qaida renforce ses activités depuis son refuge pakistanais.

En moins de 24 heures, des officiels américains ont émis deux propositions contradictoires à propos du Pakistan et d'Al Qaida :
  • Le 11 janvier, Richard Boucher, Sous-Secrétaire d'Etat américain pour l'Asie centrale et l'Asie du Sud, dans un entretien avec des journalistes à Kaboul (Afghanistan), a affirmé que l'engagement du Pakistan dans la lutte contre le terrorisme était bien réel et qu'Islamabad demeurait un allié important des USA. Le Pakistan, a-t-il précisé, "n'y est pas seulement engagé parce que nous sommes tous concernés par le terrorisme, mais du fait de l'engagement qu'ils ont pris [...] d'orienter le Pakistan dans une direction différente". Le Pakistan veut selon lui "créer une société moderne, libre de cet extrémisme, du terrorisme qui a assailli le pays et certains de ses voisins par le passé".
  •  
  • Le même jour, autre lieu, le directeur des renseignements sortant, John Negroponte, rapportait devant une commission du renseignement du Sénat (Senate Intelligence Committee) que Al Qaida a ré-installé son quartier général au Pakistan et que le mouvement terroriste possède des caches sûres dans le pays. Dans son témoignage écrit, Negroponte ajoutait : "Le Pakistan est notre partenaire dans la guerre contre le terrorisme et a capturé plusieurs dirigeants d'Al Qaida. Cependant, c'est aussi une source majeure de l'extrémisme islamique". Selon lui, ils "sont en train de développer un réseau opérationnel plus solide et un réseau de relations qui rayonne à l'étranger depuis le refuge des dirigeants de l'organisation au Pakistan jusqu'à leurs affidés à travers le Proche-Orient, l'Afrique du Nord et l'Europe".
Le Pakistan est-il sincère dans son engagement à mener une guerre total contre le terrorisme ? Impossible de ne pas y voir une stratégie double : d'un côté, un allié dans la lutte contre Al Qaida, de l'autre un havre pour le terrorisme. Il ne fait pas de doute que l'armée pakistanaise a considérablement contribué au combat contre l'insurrection des Talibans en Afghanistan, mais le pays a aussi encouragé des Jihadistes à mener une autre guerre contre l'Inde. Les déclarations récentes du chef du Hizb-ul-Mudjahidin, Syed Pir Sahib Salahudine, le prouvent : "J'ai entièrement confiance dans le fait que les dirigeants du Pakistan et le peuple du Pakistan ne me livreront pas à l'Inde".

Maintenant que la communauté internationale prend conscience de la duplicité des intentions du Pakistan, le temps est venu d'examiner ensemble si le Pakistan est vraiment ou s'il n'est pas un sanctuaire pour le terrorisme, que ce soit Al Qaida ou des mouvements comme Al Badr ou comme le Lashkar e Toiba. Assez de complaisance et de contradictions.
A. Roul
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12 janvier 2007 5 12 /01 /janvier /2007 23:57
Peut-être certains se souviennent-ils d'un reportage des journalistes Grégoire Deniau et Cyril Payen diffusé à une heure tardive le 16 juin 2005 dans l'émission 'Envoyé spécial' sur France2 ? Sous le titre de "Guerre secrète au Laos" il évoquait le sort des Hmongs, une population en perdition dans la jungle, traquée de concert par les armées laotiennes et vietnamiennes, et réduite au plus complet dénuement. Comme un reportage comparable diffusé en mai 2004 par la BBC l'avait fait pour le public anglais, cette émission saisissante nous faisait découvrir que dans les forêts denses du Laos, 30 ans après, la Guerre du Vietnam n'est pas terminée...

Cela ressemble à ces histoires de combattants isolés sur une île qui se croient toujours en lutte longtemps après la fin d'une guerre, la nouvelle de l'armistice ne leur étant jamais parvenue. Mais la guerre en ce cas continue vraiment et continuera jusqu'à extermination complète des quelque 10.000 malheureux survivants de cette folie - ce qui ne saurait tardé.

Il y a un an, le public français s'était ému de cette affaire qui touche une minorité autrefois alliée de la France en Indochine. Une pétition rassemblant près de 15.000 signatures a été adressée au président Jacques Chirac, à ce jour sans réponse et sans effet... Et le sujet est retourné à la trappe médiatique aussi soudainement qu'il en était sorti. Au demeurant, aucun des intellectuels de médias, d'ordinaire si prompts à s'indigner (cf. la Tchétchénie), ne semble s'être intéressé aux Hmongs. Aucun, si je ne me trompe, n'est venu appuyer de son illustre signature ce mouvement de sympathie spontanée.

Il faut dire que le sujet dérange : l'Indochine est loin, le Laos devient une destination touristique, ELF s'installe, mais ce qui dérange peut-être le plus c'est que les Hmongs ont fait un choix de Harkis. Au service de la France jusqu'en 1954, combattants de Dien Bien Phu pour certains, ils ont ensuite été employés par la CIA entre 1962 et 1975 pour surveiller la frontière du Vietnam et récupérer les pilotes d'hélicoptères abattus, en une guerre restée secrète puisque officiellement le Laos n'y était pas impliqué. Quand les Américains ont battu en retraite et quand, en mai 1975, les communistes du Pathet Lao ont pris le pouvoir à Vientiane, la capitale du pays, une partie de ces montagnards Hmongs a été réinstallée de force dans les plaines, tandis que les autres - notamment les plus impliqués dans la collaboration avec les USA, et leurs familles - n'ont eu d'autre choix que l'exil (un tiers des Hmongs a fui le pays dans les années 70) ou le maquis sur les pentes difficiles d'accès du mont Phu Bia (pour environ 30.000 d'entre eux), pour échapper aux camps de rééducation.

Il semble que leur notoriété récente, aussi fugace qu'elle ait été, n'ait fait qu'empirer les choses pour les exilés de l'intérieur, aujourd'hui réduits à une dizaine de milliers, dont beaucoup d'enfants. L'étau se resserre autour de ces Hmongs de la jungle répartis en petits groupes errants : pourchassés, soumis à toutes les exactions lorsqu'ils ne fuient pas assez vite, privés d'approvisionnement, se nourrissant de racines, il leur devient très difficile de survivre et ils sont de plus en plus nombreux à sortir de la forêt et à se rendre. Alors cependant, on ignore quel destin ait le leur puisque les autorités laotiennes préfèrent nier leur existence et empêchent tout contact avec eux. Quant à ceux expulsés de Thaïlande où ils pensaient trouver refuge, ils sont soumis à rééducation, une vieille tradition de la région dans le style khmer rouge... Evidemment, le fait que le Laos soit toujours sous le régime d'une dictature communiste ne facilite guère une résolution douce du conflit (!) si tant est que l'on puisse encore parler de conflit alors que cette résistance aux pieds nus est exsangue (leurs munitions sont celles abandonnées par les Américains il y a 30 ans).

Enfin bon, tant que nous n'avons pas d'intérêt particulier à bombarder ce côté-là de la planète, il n'y a pas lieu que nos médias se focalisent sur le sort des Hmongs ! Les indignations ne valent qu'à l'appui d'une politique... En attendant, le Laos est aussi le 3e producteur mondial d'opium après l'Afghanistan et la Birmanie, et un des pays les plus pauvres du monde. Sale histoire !
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3 janvier 2007 3 03 /01 /janvier /2007 21:43
Paix, Santé et Prospérité, tels sont les vœux que forment les simples gens les uns pour les autres à l'aube de chaque nouvelle année. Mais à l'échelle du monde, après avoir longuement examiné ma boule de cristal, je peux d'ores et déjà vous annoncer que nous aurons tout le contraire ! Guerres, Maladies et Misère, plus quelques catastrophes en prime.

Bien sûr, tout est toujours question de point de vue. Et les impressions que l'on a depuis les gratte-ciel de Manhattan sont évidemment très différentes de celles du fin fond de la forêt tropicale du Sierra Leone ou des rues du quartier de Sadr City à Bagdad.

Voici quelques idées en vrac :

  • Les Etats-Unis d'Amérique vont-ils bombarder l'Iran ?
                     Ça se pourrait !
  • L'Irak et l'Afghanistan retrouveront-ils la paix civile ?
                     Faut pas rêver !
  • La survie de l'Etat d'Israël est-elle menacée ?
                     Voir première question.
  • Les otages des FARC en Colombie seront-ils libérés ?
                     Tiens, on les avait presque oubliés !
  • Fidel Castro va-t-il mourir ?
                      C'est pas déjà fait ?
  • Pervez Musharraf sera-t-il renversé au Pakistan ?
                      Possible.
  • Le Népal et l'Australie vont-ils se transformer en vulgaires républiques ?
                      Hum...
  • Le pape Benoît XVI ira-t-il rencontrer le patriarche Alexis à Moscou ?
                     On y travaille.
  • Les Haïtiens vont-ils devenir riches ???
                     Quand les poules auront des dents (ce n'est pas drôle !)
  • Et les Luxembourgeois pauvres ?
                     Ça c'est une blague !
  • Les entreprises françaises vont-elles toutes délocaliser en Chine ?
                     Pas toutes.
  • La consommation de drogues va-t-elle augmenter ?
                     Avec les prix de l'opium qui baissent, sûr.
  • Les H'mongs du Laos vont-ils disparaître ?
                     Il n'en reste plus beaucoup sur place.
  • Les ours blancs vont-ils s'entredévorer ?
                     Hélas, la fonte de la banquise les affame.
  • Abdoulaye Wade se succèdera-t-il à lui-même à la tête du Sénégal ?
                     Ben, oui.
  • Qui succèdera à Olusegun Obasanjo au Nigeria ?
                     Là, c'est beaucoup plus ouvert et ça pourrait mal se passer...
  • Qui remplacera Saparmourad Niazov au Turkménistan ?
                     Kourbangouli Berdimoukhamedov.
  • Et qui sera élu en France, de Sarko ou Ségo, ou de Ségo ou Sarko ?
                     Joker !

Et aussi en 2007, Mesdames, Messieurs, plein de surprises et de rebondissements avec la suite des aventures de nos amis G.W. Bush, Poutinechou, Hu Jintao, Sonia Gandhi, Ahmadinejab, Lula, Chavez, et compagnie.

Allons, allons, ni jérémiades, ni accès de désespoir. Comme disait un homme de main soupçonneux - héros du grand roman brésilien Grande sertao e veredas ('Terres arides et sentiers') de Guimaraes Rosa : Vivre, c'est très dangereux ! - et en matière de dangers mortels il devait s'y connaître.
  • Viver é muito perigoso... Querer o bem com demais força, de incerto jeito, pode já estar sendo se querendo o mal, por principiar. Esses homens! Todos puxavam o mundo para si, para o concertar consertado. Mas cada um só vê e entende as coisas dum seu modo.
Ce qui se traduit à peu près comme ceci :
  • Vivre, c’est très dangereux. Vouloir le bien à toute force, d’une manière tortueuse, ce peut déjà être qu’on veut le mal qui s’enclenche. Ces hommes ! Tous tiraient le monde à soi pour de concert le remettre droit. Mais chacun ne voit et ne comprend les choses que d’une façon qui n’est qu’à lui.
Sur ce : Bonne année quand même !
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28 décembre 2006 4 28 /12 /décembre /2006 12:25
21 décembre 2006
Saparmourad Niazov est mort. Faut-il le regretter ?

La question peut paraître incongrue et provoquante, s'agissant d'un dictateur dont le portrait figurerait en bonne place dans la galerie des furieux. Il avait pourtant de chauds partisans en France, comme le rappelait une semaine avant sa mort le très inspiré magazine La Vie (n° 3198, 14 décembre 2006, p. 38-42 : "France-Turkménistan : une amitié en béton", sous la plume d'Anne Guion). Cf. www.anneguion.zaup.org/spip.php?article278


Parmi les amis intimes de Monsieur Niazov, président à vie du Turkménistan, chef du gouvernement, commandant suprême de l'armée, président du Parti démocratique (le seul autorisé) et autoproclamé Grand Turkmenbachi ou "Père de tous les Turkmènes", se trouve en effet en bonne place l'entrepreneur français Martin Bouygues, héritier du groupe de travaux publics du même nom. Non seulement Monsieur Bouygues avait l'habitude de se rendre au Turkménistan chaque année, à l'occasion de l'anniversaire du Turkmenbachi, mais surtout il était étroitement associé à ses délires mégalomanes. Car l'entreprise française est devenue "le constructeur attitré des monuments à la gloire du dictateur" : le palais présidentiel (pour 62 millions d'euros), la banque centrale, la mosquée de Kiptchak, village natal de Niazov, qui est aujourd'hui la plus grande mosquée d'Asie centrale... la Maison de la presse d'Achkabad, la capitale (13 millions d'euros), et prochainement, le bâtiment du Conseil du peuple (70 millions d'euros). Rien qu'en 2004, le groupe Bouygues a réalisé 87 millions d'euros de chiffre d'affaires dans le pays. On comprend tout l'intérêt de cette amitié...

D'ailleurs, les hommes politiques français ne sont pas en reste et se font volontiers les VRP du groupe, à commencer par feu le président François Mitterand qui, dans les années 1993-1994, fit le voyage d'Achkabad et reçut en cadeau du Grand Turkmenbachi un de ces superbes chevaux Akhal Téké qui font l'orgueil des Turkmènes. Aymeri de Montesquiou, sénateur du Gers, a pris la relève pour le compte de Jean-Pierre Raffarin lorsque ce dernier était premier ministre. Les propos de notre démocratique sénateur valent d'être cités : "Il m'est arrivé de prendre un café sur une terrasse [de la capitale] : personne n'est venu me voir pour se plaindre de la dureté du régime !" Quand la liberté se mesure à un café... Bref, RAS. Et Martin Bouygues de renchérir : "Les Turkmènes ont [grâce à nous] l'occasion de rencontrer des étrangers qui vivent différemment. Ils peuvent ainsi remettre en question leurs propres conditions de vie..." Ben, voyons ! Et, pour peu que le nouveau chef de l'Etat turkmène ait des projets aussi délirants que son prédécesseur, le défilé des politiques français au Turkménistan n'est sans doute pas fini puisque Monsieur Bouygues est aussi un ami intime de Nicolas Sarkozy et le parrain d'un de ses fils.

Alors, Realpolitik oblige ? Il est vrai que dans le Grand Jeu de l'Asie centrale, chacun pousse ses pions. Russes, Chinois, Européens ou Américains ne se font pas prier pour faire la même chose. Le Turkménistan est riche de son pétrole et surtout de son gaz à l'heure où les ressources énergétiques tendent à se raréfier et où les besoins des pays industriels ne cessent de croître. Mais tout de même... Les liens privilégiés de Bouygues avec le président turkmène ne garantissent en rien l'approvisionnement en gaz des Français, qui de toutes façons passe par la Russie. Ils garantissent seulement l'enrichissement personnel de Martin Bouygues et la valorisation boursière de son groupe industriel, qui reste un groupe privé. Et puis il y a quand même peut-être des limites ! Comme fêter l'inauguration d'une Maison de la Presse le 14 octobre dernier, un mois après la mort sous la torture de la journaliste Ogoulsapar Mouradova, droguée, rouée de coups et étranglée dans une prison d'Achkabad...

Bien sûr, vues de loin, les excentricités de Saparmourad Niazov font plutôt rire : faire du jour de son anniversaire la fête nationale du pays, rebaptiser les mois et les jours de la semaine à sa gloire, et le pain, base de l'alimentation turkmène, du nom de sa mère, fermer les bibliothèques publiques et les hôpitaux, interdire le ballet, l'opéra et le cirque, placer des statues de lui partout dont une, plaquée-or, qui pivote avec le soleil en plein cœur d'Achkabad, élever un palais de glace en plein désert du Karakorum (la température y atteint les 50°C) pour que les enfants turkmènes apprennent à faire du ski et un zoo pour abriter... des pingoins ! Mais la folie est parfois moins folle qu'il y paraît comme lorsque le Turkmenbachi a supprimé toutes les pensions et retraites de ses concitoyens au prétexte que les Turkmènes s'occupent de leurs vieux parents et qu'ils n'ont donc pas besoin de retraite... N'est-ce pas là une façon d'accaparer un peu plus la richesse du pays au profit de ses grands projets de construction (cf. Bouygues) et de réduire d'autant la redistribution des bénéfices de l'exportation du pétrole et du gaz. Quand on sait que 60% de la population turkmène vit dans le dénuement (en-dessous du seuil de pauvreté, nous dit-on)... De même, l'interdiction des dents en or qui remplacent si souvent en Asie les dents gâtées : l'or des dents n'a certainement pas été perdu pour tout le monde !

Mais la contribution la plus notable de Saparmourad Niazov au bien-être de son peuple aura sans doute été le Ruhnama, à la fois épopée nationale turkmène revue et corrigée et guide spirituel de la nation, écrit par lui-même. Mélangeant préceptes du Coran, envolées lyriques et maximes maoistes, cette sorte de petit livre rouge-vert, est devenu la base de l'enseignement au Turkménistan, depuis l'école primaire jusqu'à l'université comprise. C'est dire le niveau ! Remplacer par des slogans idiots cette base de tout enseignement de qualité qu'est la lecture des bons auteurs, on n'a encore pas trouvé mieux pour endoctriner les enfants. Mais il faut bien reconnaître qu'en ce domaine la France n'est pas exemplaire non plus. L'Education nationale n'a-t-elle pas depuis 30 ans imposé une méthode de lecture dite globale ou semi-globale, qui laisse les enfants français semi-analphabètes ? N'a-t-elle pas privilégié les cours "civiques" suivant les modes politiques du moment, au détriment des enseignements traditionnels ? Et ne considère-t-elle pas aujourd'hui qu'il ne faut pas donner à lire les auteurs classiques avant le lycée ? Au collège, fini Balzac, Flaubert, Racine et Corneille. A la place, on est prié de lire Le gône du Chaâba, dont l'auteur est... ministre du présent gouvernement, tout simplement ! Il semble que le narrateur y raconte en langage argotique ses expériences de sodomie sur une fillette... Je crois que je préfère encore le Ruhnama !

Toujours est-il que nos hommes politiques et nos grandes consciences intellectuelles, si prompts à s'indigner des atteintes aux droits de l'homme lorsqu'il s'agit de la Tchétchénie ou du Darfour, sont restés bien silencieux sur les exactions du dictateur turkmène... Comme le remarque ironiquement un politologue russe : "dans leurs premières réactions [à la mort de Niazov], l'Union européenne et les autres champions de la démocratie évoquent plus souvent la nécessité de la stabilité et du changement constitutionnel du pouvoir que la nécessité de la démocratie" (RIA Novosti).

Achkabad, Arche de la Neutralité, avec à son sommet
une statue tournesol de Niazov

Et en prime, bien que je n'aie pas trouvé de photo de Gendjim, le cadeau princier de Mitterand, voici le portrait d'un autre Akhal Téké :

Sardar, par Bogdan Willewalde, 1882

Post scriptum :
Ma foi, si le prochain président du Turkménistan veut m'offrir un Akhal Téké, ce ne sera pas de refus. Je ne peux pas lui proposer de maisons Bouygues en échange, mais je fais très bien les cabanes pour petits oiseaux, en brindilles recouvertes de mousse, tout à fait charmant. Et je peux même écrire un poème en son honneur. Tenez, j'ai déjà les premiers vers :

Ô suprêmissime Turkmène,
Lumière de la démocratie...
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26 décembre 2006 2 26 /12 /décembre /2006 00:45
"Noël, Noël !"
C'était autrefois un cri de joie saluant les événements heureux.

En ce lendemain de Noël, du latin natalis, jour de la naissance de l'Enfant Jésus, une pensée pour son lieu : Bethléem. La ville ne se remet pas du conflit israélo-palestinien persistant et les pèlerins semblent avoir déserté les lieux. Comme le dit le Patriarche latin de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah : "Nos dirigeants, jusqu'à présent, n'ont fait que la guerre, ils n'ont pas fait la paix".

Eglise de la Nativité, 24 décembre 2006
Photo trouvée sur un site d'information canadien :

Et celle-ci, prise en avril par des pèlerins français :

Grotte de la Nativité à Bethléem
www.leverbedevie.net/multimedia/photos%5Fisrael/

Peut-être se souvient-on encore du siège par l'armée israélienne de la basilique de la Nativité de Bethléem où des activistes palestiniens s'étaient "réfugiés' ? La basilique assiégée près de 40 jours, entre le 1er avril et le 11 mai 2002, cela tenait du sacrilège. Il semble pourtant que les choses ne se soient pas tout à fait passées comme Mgr Sabbah et les journalistes le colportaient alors, si l'on en croit le témoignage de Jean-Marie Allafort : http://moise.sefarad.org/belsef.php/id/938/

Réfugiés ou plutôt assaillants ? Malheureux privés d'eau ou soudards musulmans faisant ripaille jusque sur les autels ? Il semble en tous cas que les gardiens des lieux que sont les franciscains de la Custodie de Terre Sainte et les patriarcats grec orthodoxe et arménien n'aient pas été ravis de leur intrusion : "...la situation problématique créée dans et autour de la Basilique est le résultat de l'irruption d'hommes armés qui se sont barricadés sur place. Les fausses informations ci-dessus [des organes de presse avaient prétendu que le patriarche latin de Jérusalem leur aurait ouvert le sanctuaire] aboutiraient non seulement à attribuer aux religieux des responsabilités qui ne sont pas les leurs, mais aussi des choix qu'ils n'ont jamais fait."

On devine en tous cas toutes les difficultés et l'ambiguité de la situation des Chrétiens d'Orient obligés de composer avec ceux qui souvent les persécutent...

Du coup, mon petit poème du printemps 2002 ne vaut plus rien !
  • Prière pour Bethléem.
  • Il pleut sur Bethléem, il pleut sur les flaques de sang, sur les masques blancs yeux ouverts, sur les ombres et sur les morts, et puis sur ceux qui restent, visages hâves, émaciés, de fond de caves et de veilles en armes, lèvres assoiffées. Il pleut.
Pas besoin de pluie, ils avaient des citernes !

Statue de la Vierge sur le toit de la maternité
de la Sainte Famille à Bethléem
Les impacts de balles laissent supposer qu'elle a servi de cible...
(source : Ordre de Malte)
 
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16 décembre 2006 6 16 /12 /décembre /2006 22:18
Pourquoi donc s'étendre sur la mort d'un supporter du PSG sur un site avant tout consacré à la géopolitique ? Certes, au départ, ce n'est qu'un triste fait divers : un déséquilibré tire sur un supporter de football et, par ricochet, en tue un autre. Mais l'intervention des plus hautes autorités de l'Etat donne à cette affaire un tout autre sens.

Rappel :
Justice pour Julien : http://geopolis.over-blog.net/article-4752658.html
Vous avez dit racisme ? : http://geopolis.over-blog.net/article-4757622.html
Votre héros est un malade mental : http://geopolis.over-blog.net/article-4771175.html

Manipulation ?

Je ne veux pas jouer les petits Zola et faire mon "J'accuse", mais tout de même : trop de questions restent sans réponse et l'absence de réponse souvent en dit long... Alors allons-y :

1. La débauche ridicule d'encadrement policier qui entoure désormais chaque petit match du PSG ne parvient pas à faire oublier l'absence des forces de l'ordre en nombre adéquat lors du match à risques qu'était la rencontre PSG - Hapoël. Pourquoi le préfet de police, Pierre Mutz, a-t-il refusé de prendre les mesures qui s'imposent d'ordinaire lors de ce genre de rencontre ? Et le préfet ne faisant qu'exécuter les ordres, pourquoi le Ministère de l'Intérieur a-t-il sciemment réduit la sécurité au lieu de l'augmenter ?

2. Pourquoi les "hooligans" du Hapoël n'ont-ils pas été soumis aux mêmes fouilles que ceux du PSG, ce qui est une des causes du mécontentement de ces derniers ? Pourquoi n'a-t-on pas saisi leurs fumigènes ? Qui avait donc intérêt à jeter de l'huile sur le feu ?

3. Pourquoi, après la fin du match, a-t-on retenu dans le stade les "hooligans" du Hapoël, alors qu'on faisait sortir les simples spectateurs des autres tribunes, familles de juifs français comprises, au risque de les exposer aux violences des "hooligans" du PSG ? Que voulait-on qu'il arrive exactement ?

Je rappelle ici que le principe de ce prétendu hooliganisme, chez les supporters français en tous cas, est de se retrouver après les matchs pour se fritter avec les supporters de l'équipe adverse qui partagent le même état d'esprit. On remarquera d'ailleurs que malgré le mouvement de colère de ces supporters du PSG qu'on dit si violents, il ne semble pas y avoir eu de blessés à dénombrer parmi les spectateurs, n'était l'irruption du nommé Granomort.

4. Pourquoi la presse unanime a-t-elle mis en avant "le scandale des insultes racistes" comme si rien de plus grave ne s'était passé ? Ceci donne la désagréable impression que toute cette campagne médiatique était préparée d'avance et les incidents attendus, voire souhaités, quitte à prendre des familles juives en otages de cette politique tortueuse en refusant d'assurer leur sécurité. Ce qui, en revanche, n'était pas prévu, c'est qu'un policier fou se précipite contre des supporters du PSG, tire et tue. Pourquoi sinon aurait-on vilipendé la victime comme on l'a fait si ce n'est pour justifier un meurtre qui n'allait pas dans le sens voulu ? Et je pèse mes mots.

5. Pourquoi les blessés n'ont-ils pas été secourus ? La police a préféré protéger les vitrines d'un MacDo plutôt que de porter assistance à un mourant à quelques mètres de là... Je sais que vous vous inquiétez tous du sort des vitres du MacDo : elles ont été remplacées dans les jours qui ont suivi, merci pour elles ! Et pourquoi la police a-t-elle fait usage de gaz lacrymogène pour chasser les jeunes gens et jeunes filles qui tentaient de sauver Julien ? Et les pompiers à proximité qui mettent 15 mn pour faire 300 mètres ? Fallait-il donc le laisser mourir ? La non-assistance à personne en danger, vous connaissez ? Les témoignages sont accablants.
  • Drame du PSG : La rapidité des secours en question par Philippe Broussard
  • vendredi 24 novembre 2006, mis à jour à 19:59
  • LEXPRESS.fr a recueilli le témoignage de deux jeunes gens présents dans l’attente des pompiers auprès de Julien Quemener, un jeune supporter du PSG victime jeudi soir du tir d'un policier après la défaite de son équipe au parc des Princes.
  • Combien de temps les pompiers ont-ils mis pour venir secourir Julien Quemener, le jeune supporter parisien mort d’une balle dans le coeur jeudi soir à la Porte de Saint-Cloud ? C’est désormais l’une des questions posées dans cette enquête. Selon les calculs de LEXPRESS.fr, ce délai s’élève à une quinzaine minutes.
  • Nous disposons en effet de deux témoignages inédits de jeunes supporters parisiens, Matthieu (26 ans) et Vincent (24 ans), arrivés très vite au chevet de la victime, qui était alors allongée devant l’entrée d’un entrepôt de la RATP, à une trentaine de mètres du Mac Donald’s où s’était réfugié le policier. Nous avons nous-mêmes constaté la présence de Matthieu et Vincent, jeudi soir, auprès du blessé, et leurs efforts pour le maintenir en vie.
  • C’est Matthieu qui, dès 22 h 54 - l’heure d’appel figure dans la mémoire de son téléphone portable - passe un appel au "112", le numéro d’urgence des pompiers. Selon lui, la personne de permanence ne paraissait pas encore informée de ce qui se passait du côté de la Porte de Saint-Cloud. La conversation va durer 3 minutes et 20 secondes. "Le pompier que j’ai eu au téléphone m’a d’abord demandé des précisions sur les circonstances du drame, puis il m’a dit qu’ils allaient envoyer une équipe", confie Matthieu.
  • Celui-ci raconte avoir ensuite passé son portable à une "jeune fille blonde", présente sur les lieux, qui paraissait avoir des notions de secourisme. "Le pompier lui donnait des conseils à distance, raconte-t-il. Je ne la connaissais pas, mais elle a fait tout son possible. Elle était agenouillée et appuyait sur le thorax de la victime, à l’endroit où la balle avait pénétré. Dans le même temps, un homme que je ne connaissais pas non plus, âgé d’environ 35 ans, lui donnait des petites claques pour le maintenir éveillé. Nous ne voulions pas qu’il ferme les yeux, mais nous sentions qu’il était en train de partir".
  • Au bout de 3 minutes et 20 secondes, la ligne téléphonique est brusquement interrompue. A 22 h 57, puis à 22 h59, Matthieu tente, vainement, de rappeler le "112". Il tombe sur un message d’accueil. "C’était interminable, j’étais complètement perdu", se souvient Vincent. "Nous ne savions pas quoi faire, confirme Matthieu. Des jeunes sont allés chercher des petites bouteilles et nous avons essayé de verser un peu d’eau dans la bouche du blessé pour éviter qu’il se déshydrate."
  • Afin de préparer l’arrivée des pompiers, les CRS commencent à disperser les personnes présentes auprès de la victime, dont Matthieu et Vincent. Ils utilisent notamment des gaz lacrymogènes, ce qui ajoute à la confusion.
  • Les premiers secours arrivent peu avant 23h10. Au total, une quinzaine de minutes se sont écoulées depuis l’appel de Matthieu. S’agit-il ou non d’un délai normal en pareil cas? Les pompiers de Paris, sollicités par LEXPRESS.fr, invoquent le secret de l’instruction pour s’abstenir de tout commentaire.
  • Matthieu, lui, ne parvient pas à oublier ces minutes d’attente et se plaint du traitement médiatique de l’affaire: "Personne ne parle de ce qui s’est passé pendant que la jeune fille essayait de le maintenir en vie, qu’un autre supporter et moi-même lui mettions de l’eau sur le visage, de ces supporters qui formaient un 'cordon de sécurité' pour lui laisser de l’air, ni de ceux partis chercher des bouteilles d’eau ou voir les agents de police, qui n’ont d’ailleurs pas bougé. Il y a eu un mouvement de solidarité autour de ce jeune homme! Alors, tout le monde a oublié le racisme et ce qui allait autour ce soir-là. Pour nous qui étions avec lui, ce qui se passait dans le McDo était à cent lieux. On entendait plus les chants, les cris, on voulait juste faire de notre mieux. Et que les pompiers arrivent."
Mais peut-être la préfecture ne savait-elle pas encore que le supporter à terre n'était pas un de ceux de l'Hapoël Tel Aviv ?

Contre la violence ?

Il faut replacer cette affaire dans son contexte. Nous sommes à quatre mois des élections présidentielles. Les crimes et délits sont en augmentation constante en France tant en nombre qu'en gravité, malgré les consignes données à la police pour ne pas enregistrer certaines plaintes (au mieux une main-courante - j'en sais quelquechose !) et les statistiques faussées, comme récemment dans le Nord. Tous les jours, des bus et des voitures particulières brûlent. Sans parler du sort des femmes dans les banlieues, du trafic de drogue et d'armes, etc. Alors quand on vient me parler de la violence des hooligans...

Au vu des questions sans réponse, on peut donc se demander si l'affaire médiatique n'avait pas été montée de toutes pièces pour détourner l'attention des insuffisances criantes de la politique sociale et de sécurité des gouvernants. Détourner l'attention sur les méchants supporters du PSG, derniers bouc-émissaires en date, alors que quelques mois plus tôt nous étions tous sommés de "supporter" les Bleus ! On a oublié un peu vite que le dernier fils du Ministre de l'Intéreur s'affichait alors parmi les supporters déclarés du PSG... - un futur hooligan ? - mais en tribune présidentielle bien sûr.

Il y a quelquechose de malsain dans les interdictions de stade qui frappent maintenant les supporters à tours de bras. Des jeunes gens se voient exclus d'un loisir somme toute assez anodin sans avoir commis aucun crime. Qu'attend-on pour interdire de bus les incendiaires ? Pour interdire de banlieue les revendeurs de drogue ? Pour interdire du territoire national les repris de justice ?

Les médias se sont curieusement focalisés sur la tribune Boulogne, celle de la victime pourtant, quitte à faire passer pour images de "hooligans" du PSG les photos de supporters madrilènes, voire de supporters... du Hapoël ! Ils n'ont pas jugé utile de porter un même regard scrutateur sur les autres tribunes, celle des visiteurs notamment, ou même sur la tribune de luxe, dite présidentielle, où des propos de même nature que ceux qui valent exclusion aux supporters du KOB sont pourtant rapportés. Et puisque l'on en est à prendre des mesures contre ceux qui crient des injures et tiennent des propos racistes pendant les matchs de football, je demande qu'on sévisse aussi contre les "pétasses" - parce que, oui, c'étaient des jeunes filles - qui gueulaient "A mort l'arbitre" et "A mort les Brésiliens" pendant le match France-Brésil de la dernière coupe du monde retransmis sur grand écran dans un café d'un quartier "branché" du centre de Paris. J'y étais. Je suis prête à témoigner.

Quant au projet d'augmenter encore le tarif des entrées et des abonnements aux tribunes du Parc des Princes, il entraînera de fait l'exclusion de stade des revenus modestes...

Mais c'est qu'il faut maintenant par tous les moyens faire oublier que le mort était innocent. Le scandale du lynchage médiatique qui a suivi la mort de Julien serait trop grand si le public en avait pleine conscience. Je garde en mémoire les propos de ma marchande de journaux, une gentille dame pourtant. Comme je lui disais mon étonnement devant les réactions de la presse à la mort de ce jeune homme, "Ah, mais c'est bien fait ! Les supporters, c'est des racistes !", me fit-elle, rejoignant ainsi la déclaration assez abjecte de Joaquin Masanet, secrétaire général du syndicat UNSA-police déjà cité : "Je déplore qu’il y ait eu un mort, mais c’est quand même des racistes". Je ne savais pas que la peine de mort était rétablie en France. Ravie de l'apprendre !

Un dernier témoignage :
  • Julien Quemener, lui, a quitté le Parc des Princes dès la fin de la rencontre, en compagnie d'Alexandre, son meilleur ami, qui nous raconte comment les faits se sont enchaînés : " Nous nous dirigeons ensemble vers la place de la Porte de Saint-Cloud. Julien veut reprendre sa voiture, qui est garée de l'autre côté de la Porte de Saint-Cloud, car il a un rendez-vous dans Paris. Moi, je veux rejoindre la station de métro de la Porte de Saint-Cloud car je dois rentrer chez moi, dans l'Essonne, en transports en commun. Je suis séparé de Julien à l'extrémité du boulevard Murat, suite à une charge des CRS, situés à proximité de la brasserie des Trois Obus. Nous réussissons à nous retrouver ensuite au bord du boulevard périphérique. Je n'ai plus du tout envie de prendre le métro dans ces conditions et nous décidons alors de rejoindre tous les deux la voiture de Julien. Nous repartons donc ensuite dans la gueule du loup pour traverser la place. Ça chauffe vraiment. Nous sommes sur la route, au milieu de la place, entre le boulevard Murat et l'avenue de Versailles. Nous n'avons pas encore atteint le McDonald's quand je vois une ou deux grenades lacrymogènes lancées par les CRS exploser près de nous. Ça me pique les yeux et, du coup, je fonce vers les arrêts de bus, à l'autre bout de la place. À partir de cet instant, je n'ai plus jamais revu Julien vivant... " Alexandre ne sait donc rien de ce que son ami Julien va faire dans les deux ou trois minutes qui vont suivre. Lorsqu'on retrouve la trace de Julien, il est mort.
http://www.myfreesport.fr/sports/football/ligue1/0/drame-psg-qui-dit-verite-8464.html?xtor=SEC-13&gclid=COKVvvDy84gCFRZZXgodxU0Ouw

Donc, si l'on en croit la version officielle : en 2 mn, Julien renonce à son rendez-vous en ville, se transforme en violent hooligan-fasciste-raciste-antisémite, et se met tout de go à agresser des juifs et à insulter des noirs... (et à crier au milieu des gaz lacrymogènes : Votez Front National !). Très crédible, vous ne trouvez pas ?!

Mais alors que l'information mensongère "Julien, sale raciste, bien fait pour lui" a bénéficié d'une très large couverture médiatique, l'information qui se confirme "Granomort, malade mental affabulateur et dangereux" n'aura pas une diffusion équivalente. De sorte que, même si la vérité peu à peu se fait jour, la plupart des gens n'auront eu vent que de la première version. Sans compter que la justice refuse de juger. Et c'est ainsi que l'on crache sur les tombes...

L'état de la France

Aussi anecdotique qu'elle puisse paraître, l'affaire en dit beaucoup sur l'état de la France ; la collusion des politiques et des médias, ici manifeste ; la déliquescence morale de la justice qui libère si facilement de dangereux criminels (Bodein, Gateau), décide de ne pas poursuivre un meurtrier (Granomort), mais par une étrange inversion de l'échelle des peines, sévira volontiers contre tout propos suspect de phobie envers telle ou telle "communauté" (Houellebecq et compagnie), sans parler des innocents que l'on jette en prison (Outreau), des peines disproportionnées (Lajoie) et des juges au-dessus des lois (Zamour, Renard) ; le recrutement des unités de police hâtivement créées ces derniers temps, comme cette police des transports à laquelle appartient Granomort, où des critères raciaux semblent prévaloir sur la compétence et la probité ; ou encore les manipulations de l'opinion.

Etonnant aussi ce retour soudain de la notion de légitime défense qui semblait avoir disparu, sinon du code pénal, du moins de l'esprit des juges. N'a-t-on pas vu souvent des policiers inculpés pour meurtre dans des cas où la légitime défense était pourtant autrement plus flagrante qu'elle ne l'est ici ? Tout récemment un commerçant agressé à son domicile par trois cambrioleurs qui menaçaient sa femme de viol est parvenu à retourner l'arme d'un de ses agresseurs et a tiré (et tué) l'un d'eux. Légitime défense ? Point du tout, a jugé le juge d'instruction : l'homme a été incarcéré ...avant d'être remis en liberté sur pressions politiques. Il reste cependant inculpé. Alors pourquoi Granomort n'est-il inculpé de rien ?
  • Art. 122-5 du Code Pénal : "N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte."
  • Art. 122-7 : "N’est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s’il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace."
La légitime défense ne saurait en tous cas prévaloir en ce qui concerne la mort de Julien puisque, au contraire de Mounir Bechaer, celui-ci ne faisait pas partie des agresseurs supposés. Et même en ce qui concerne la blessure par balle de Mounir, l'état de légitime défense n'est pas du tout démontré, Mounir n'étant pas armé (il n'a d'ailleurs pas l'air d'une brute, alors que le policier fait plutôt peur à voir, mais ceci bien sûr est très subjectif).

Mais le cas Granomort n'est pas isolé. On peut le rapprocher de plusieurs autres affaires mettant en scène des mythomanes en mal de reconnaissance. Elles se sont multipliées ces derniers temps et on comprend d'ailleurs très bien pourquoi quand on voit que c'est précisément à ces affaires que les médias ont donné le plus large écho, ce qui ne peut que susciter de nouvelles vocations... Rappelons-nous :
  • L'affaire Nouchet, le 16 janvier 2004 : Sébastien Nouchet accusait des homophobes d'avoir essayé de le brûler vif. Ses accusations se sont révélées depuis sans fondement. Il s'était très probablement mutilé lui-même.
  • L'affaire du RER D, le 9 juillet 2004 : Marie-Léonie Leblanc disait avoir été victime d'une agression à caractère antisémite dans le RER, bien que n'étant pas juive. Il s'avéra peu après qu'elle s'était elle-même dessiné au marqueur des croix gammées sur le ventre.
  • L'affaire Redeker, le 19 septembre 2006 : Au lendemain de la publication d'une tribune dans Le Figaro, l'auteur de celle-ci, Robert Redeker, professeur de lycée, affirme être sous le coup d'une fatwa islamiste... qui semble n'avoir jamais été prononcée.
  • L'affaire d'Espirat, le 26 septembre 2006 : La maison de François Philippe part en fumée. Il accuse le racisme des habitants du village. Un mois plus tard, il a reconnu être lui-même l'auteur, entre autres choses, des inscriptions racistes sur son mur et de l'incendie de sa propre maison, cf. http://club-acacia.over-blog.com/article-4755420.html.
Les mythomanes pullulent. Il faut croire que l'époque s'y prête. Devenir une célébrité médiatique en quelques minutes, c'est tellement simple, tellement tentant. Faire parler de soi, rencontrer les ministres, recevoir un mot du président... Il suffit d'être une victime. La gloire, quoi ! Les esprits fragiles s'y laissent prendre, ils s'adaptent tant bien que mal aux thèmes médiatiques du moment, et la presse applaudit !


JUSTICE POUR JULIEN



Vidéos en hommage à Julien Quemener :
www.dailymotion.com/DAFRIZ/video/xrj4b_julien-01
www.youtube.com/watch?v=O-xDu6O0Ruo
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9 décembre 2006 6 09 /12 /décembre /2006 00:11
Le texte qui suit est paru jeudi 7 décembre en deuxième page du journal turc Cumhuriyet ("Le public"). De tendance kémaliste de gauche, tirant à plus de 70.000 exemplaires, Cumhuriyet est le grand quotidien intellectuel d'Istanbul.


France – démocratie ?


N’est-il pas inquiétant qu’en France, pays autoproclamé des Droits de l’homme et de la Liberté guidant le genre humain – bien malgré lui parfois, – une police de la pensée et sa cohorte de délateurs improvisés passent leur temps à surveiller ce que les Français disent, pensent ou écrivent ? Les intentions vertueuses dont ces censeurs se réclament résistent mal à l’examen lorsqu’on s’avise de gratter un peu leur vernis de vertu démocratique, et leurs raisons tiennent plutôt de la même joie mauvaise que celle des puritains américains découvrant une tache suspecte sur la robe d’une stagiaire de Monsieur Clinton. Car les crimes-pensées de ce nouveau monde orwellien ne se limitent pas à la négation des camps d’extermination de la IInde Guerre mondiale, négationnisme au demeurant beaucoup plus rare et marginal que les censeurs veulent le laisser croire. Mais l’anti-fascisme vertueux a un besoin vital du " fascisme " qui joue si bien son rôle de repoussoir et sans lequel il ne saurait exister, au point de le réinventer si nécessaire...

Voici que l’Assemblée nationale française vote à tour de bras de nouvelles lois " mémorielles ", la dernière en date étant celle sur le génocide arménien de 1915. Désormais, toute personne exprimant un avis contraire, voire un doute sur la réalité de ces massacres sera passible d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende. Au regard des lois françaises et du fonctionnement actuel de l’institution judiciaire, un délinquant ou un criminel avéré n’en risque souvent pas davantage. Mais on ne trouve pas de mots assez durs contre les nouveaux délinquants de la pensée – nouveaux parce que le délit était encore il y a peu complètement ignoré du code pénal. A entendre certains censeurs, ils seraient pires que les assassins eux-mêmes… Et la liste des pensées non conformes qui font de l’honnête citoyen un abominable criminel n’est pas close. On attend la loi sur le génocide des Indiens de l’Uruguay, celle sur l’extermination des tribus indiennes d’Amérique du Nord, celle sur les millions de morts du régime soviétique, sur le génocide perpétré par les Khmers rouges, la Révolution culturelle chinoise, les massacres en Ossétie des années 1989-1992, etc.

De cette inflation législative, que pense l’historien ? L’Assemblée nationale s’est bien gardée de demander son avis. Or, pour l’historien, le référent n’est pas et ne saurait être la Loi, mais la vérité historique. Et cette vérité, à défaut de la détenir pleine et entière, l’historien intègre cherche à s’en approcher à travers les sources et les témoignages qu’il rassemble, confronte, critique et analyse en une quête sans fin. Alors comment une loi peut-elle fixer des faits – et punir d’emprisonnement leur contestation – qui sont toujours objets d’étude et de questionnement pour la recherche historique ? Comment une loi peut-elle décréter l’Histoire sans contraindre, stériliser et finalement interdire la recherche historique elle-même ? Et au-delà de la liberté de la recherche, la liberté du citoyen n’est-elle pas aussi de dire des âneries si bon lui semble ?

La Turquie au miroir de la France

Quelle mouche a donc piqué nos députés ? Il faut d’abord reconnaître que les députés français aimeraient bien se rendre utiles. Depuis qu’ils ne servent plus pour l’essentiel qu’à enregistrer les lois votées par le Parlement de Bruxelles et à inscrire dans le droit français les règlements européens, il faut bien que de temps à autre ils justifient leur existence et leurs émoluments. D’où la prolifération de lois confuses et qui ne servent à rien. Jamais le code législatif n’a été aussi volumineux et aussi mal écrit, au point qu’aujourd’hui, contrairement à l’adage qui voudrait que " nul n’est censé ignorer la loi ", les juges eux-mêmes n’y comprennent rien…

Mais il y a des raisons plus profondes aux lubies soudaines des députés français. Car, trêve de bons sentiments : en quoi les relations entre l’Arménie et la Turquie nous concernent-elles à ce point ? Est-ce vraiment à la France de dicter aux autres leur propre Histoire, alors même que nos autorités se montrent incapables de considérer en face tant d’épisodes tragiques de l’Histoire de France, à commencer par les massacres de la Révolution française et le génocide vendéen que les manuels de l’Ecole publique passent toujours sous silence ? Et la décision française contribue-t-elle en quoi que ce soit à apaiser les tensions entre Turcs et Arméniens ? A dire vrai, cette décision relève sans doute bien davantage de questions franco-françaises que d’une réelle sollicitude pour les populations concernées. Nos députés, pour la plupart, seraient d’ailleurs bien en peine de situer l’Arménie sur une carte et n’ont qu’une très vague idée, s’ils en ont, de la situation des Chrétiens d’Orient. On se paie de mots. Cette loi met peut-être du baume au cœur des Arméniens, mais elle ne nous coûte pas grand-chose, tandis que les investissements économiques de la France en Arménie restent loin derrière ceux de la Russie, l’Iran, la Belgique, l’Allemagne, Israël, les USA… ou la Turquie ! Ce ne sont-là que paroles et larmes de crocodile, comme n’étaient que paroles les protestations d’amitié de la France auprès des Libanais bombardés.

Alors quoi ? Est-ce une façon pour la classe politique d’écarter sans en avoir l’air ce qu’elle avait jusqu’ici soutenu mordicus, à savoir l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne ? Une façon d’éluder le problème – car c’en est un – tout en se drapant du manteau de la vertu ? J’y verrais aussi une nouvelle manifestation d’une pathologie qui frappe depuis au moins 30 ans l’Europe occidentale en général et la France en particulier, et qui relève de la psychanalyse des peuples. Appelons-la masochisme, haine de soi ou, tout simplement, dépression. Cette pathologie se trouve renforcée par l’importation du communautarisme à l’américaine qui reconnaît des droits particuliers, autrement dit des privilèges, à des ensembles de personnes définis comme "communautés" par leur ethnie, leur religion ou leurs mœurs. Et l’un des arguments les plus efficaces pour obtenir des privilèges d’un Etat atteint de dépression, c’est celui d’avoir été victime à un moment ou à un autre de l’Histoire mouvementée des peuples. Aux victimes, réparation est due. Mais qui dit victimes implique aussi de désigner des bourreaux. Et c’est là que la Loi fige les rôles. L’Histoire étant ce qu’elle est, on ne pouvait cependant tenir les Juifs pour seules victimes. Les condamnations du Tribunal de Nuremberg et le délit de négationnisme qui en procède ne devaient pas rester isolés, au risque d’un autre délit fort répréhensible : la discrimination. Les avantages matériels qu’on peut escompter du statut officiel de victimes ont sans doute aussi suscité quelques vocations. Après les Noirs Africains, supposées victimes de l’esclavage, et les Maghrébins, victimes de la colonisation, il était juste que les Arméniens de France fassent entendre leur petite voix.

Que vient faire la Turquie là-dedans, me direz-vous ? C’est que la Turquie est en quelque sorte au miroir de la France. La France s’imagine coupable d’un lourd péché qui serait son passé. Or, à certains égards, la Turquie nous ressemble. N’avons-nous pas succédé aux Turcs en Afrique du Nord ? Le Turc a, comme nous, colonisé et dominé les Arabes. Et selon la perspective politico-masochiste actuelle, c’est mal. Depuis la mauvaise publicité qu’en fit Lawrence d’Arabie, le Turc est un méchant de l’Histoire, méchant surtout contre l’une des communautés que nos autorités veulent reconnaître victimes officielles : moins les Arméniens à dire vrai que les Arabes. Alors les Français, atteints de ce mal qu’est la haine de soi, ne comprennent pas pourquoi les Turcs ne pratiquent pas comme eux-mêmes la repentance. Bienvenue en Europe !
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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 18:29
JUSTICE POUR JULIEN  Justice pour Julien

Suite de l'enquête  Vous avez dit racisme ?
  • "A mon arrivée hier soir au parc des princes, j'ai été surpris du dispositif de sécurité mis en place. Très peu de présence policière autour du stade..." "[...] que dire des dirigeants parisiens qui ont mis en place  le même dispositif pour ce match que pour un match contre Troyes ?" (http://sefairefoot.canalblog.com).
Ceci m'a d'ailleurs été confirmé de vive voix depuis par un fidèle du PSG de longue date. Vers 16h, il n'y avait pas encore de forces de l'ordre aux abords du stade, alors que pour les rencontres avec l'OM, par exemple, elles sont omniprésentes dès le milieu d'après-midi.

Le déroulement du match et l'ambiance dans les tribunes présageaient déjà de bagarres à la sortie. Les services de police présents dans le stade en étaient assurément conscients et, à défaut d'avoir été prévus dès le début, des renforts auraient pu, auraient dû être acheminés durant la seconde mi-temps. Mais là-encore, il n'en fut rien... Suivons encore notre premier témoin :
  • "Réalisant que la sécurité est défaillante et que les forces de l'ordre ne sont pas assez présentes, le PSG réagit enfin. A quelques minutes du terme, le speaker annonce que les visiteurs doivent rester en tribunes. Problème : de nombreux parisiens sont venus soutenir l'Hapoël en tribunes latérales. [...] Les fans de Boulogne enlèvent les bâches, et quittent le stade. Ceux d'Auteuil font de même..."
Et les affrontements peuvent commencer. La sortie des supporters du Hapoël ayant été différée, c'est avec les CRS - une vieille tradition - que les premiers ont lieu, d'abord autour du Parc, puis sur la place de la Porte de Saint-Cloud voisine.

  • Autre témoignage : "A la fin du match, j'ai dû faire demi-tour quand des gens nous ont prévenu qu'il y avait des incidents au bout de la rue du Commandant Guilbaud entre CRS et supps de Boulogne. Je suis donc passé par une rue parallèle où qu'elle ne fût pas ma surprise d'y trouver des dizaines de CRS et de policiers en tout genre à pied, en voiture, à côté du bus, stationnés là à rien faire... Je me suis dit: "Mais que font-ils là ? Ne seraient-ils pas plus utiles porte de Saint-Cloud ?"
Jusqu'ici les témoignages sont concordants, à quelques nuances près suivant l'endroit où chacun était placé dans le stade. Mais pour ce qui est du récit du drame, les versions des trois principaux protagonistes se révèlent contradictoires sur plusieurs points essentiels. Je résume en essayant de ne retenir que les extraits les moins sujets à caution :

Yanniv Hazout, étudiant en management de 23 ans, est à l'ordinaire supporter du PSG, mais, de confession juive, il est venu ce soir-là avec des amis soutenir le club israélien. Ils sont placés en tribune présidentielle, à proximité de la tribune Auteuil. Entrevue pour le magazine Sport (extraits) :

Quel chemin décidez-vous d'emprunter pour quitter le stade ?
  • - On quitte la tribune présidentielle et on longe la tribune Auteuil avant de retrouver le boulevard Murat. Plus on s'approche de la place de la Porte de Saint-Cloud et plus on rencontre de supporters du PSG appartenant au kop de Boulogne. A cette heure-là, il y a encore beaucoup de monde dans la rue et on sent une tension... On voyait au loin des échauffourées entre les CRS et les supporters parisiens."
Comment la soirée a-t-elle basculé?
  • - Des supporters du PSG étaient placés de chaque côté du trottoir et tenaient des propos antisémites. Ils lançaient des " sales juifs ! " à la cantonade. A cet instant, nous arrivons à proximité de la place de la Porte de Saint-Cloud. Quand on entend ces insultes, moi et mes amis tournons la tête pour savoir d'où elles proviennent. Pour eux, c'est comme si on s'était désignés. Nous, nous poursuivons notre chemin.
Combien de personnes vous prennent en chasse ?
  • A chaque fois que je me retourne, je vois deux ou trois personnes à cinq mètres derrière nous.
Comment êtes-vous séparé des amis qui vous accompagnent ?
  • Je me dirige vers les arrêts de bus situés sur la place, diamétralement opposés au McDonald's. Je m'arrête un instant et je constate que mes deux amis sont partis dans une autre direction. Dans le même temps, deux de mes " chasseurs " m'ont quasiment rejoint. Je m'échappe et reprends mes distances. [...]
[Ici quelques remarques s'imposent : 1. les poursuivants éventuels étaient peu nombreux et non des centaines comme on l'a prétendu ; 2. à aucun moment ce jeune homme n'a été rattrapé, ni blessé par qui que ce soit.]

Et là, que se passe-t-il ?
  • Un homme arrive en courant depuis le centre de la place de la porte de Saint-Cloud. Il est noir, environ la trentaine, porte un gros pull blanc, un jean, un béret et des lunettes. Il glisse par terre et reçoit quelques coups. Il se replace ensuite devant moi, face à mes poursuivants et brandit une bombe lacrymogène qu'il actionne à deux reprises. Cela a pour effet de disperser les " chasseurs " les plus proches.
 Porte-t-il un brassard de police?
  • Non. Il n'a pas de signe distinctif. [...]
A quel moment dégaine-t-il son arme pour la première fois ?
  • Dès qu'il n'a plus de gaz lacrymogène. Il sort alors son arme et la pointe sur les supporters.
[Dans une autre déclaration, Yanniv dira ceci : "Je me suis mis à courir quand je me suis senti menacé par les personnes qui couraient derrière moi. J'avais fait 200 ou 300 mètres sur la place et là, il y a eu un policier qui s'est interposé entre nous pour disperser la foule et les dissuader de continuer. A ce moment là, honnêtement, il n'y en avait que trois ou quatre et si je continuais à courir cela se serait terminé". L'intervention de ce personnage, qui se révélera être un policier, était donc superflue... Ceci est aussi à mettre en regard de l'assertion du procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, selon lequel : "Les deux hommes ont été pris à partie par une foule d'une centaine de personnes" (sic).]

A combien de personnes faîtes-vous face ?
  • Quatre ou cinq se montrent particulièrement virulents envers le policier. Je me place derrière lui et l'on progresse alors à reculons et à pas chassés. C'est moi qui le guide. Je vois des voitures de police passer à proximité du McDonald's, ce qui m'incite à aller dans cette direction. Seulement, quand je me retourne une nouvelle fois, ces voitures ne sont plus là. D'ailleurs, quand on y pense, c'est incroyable qu'il n'y ait pas de policiers à cet endroit-là.
 Vous continuez tout de même à vous diriger vers le McDonald's...
  • Oui. On se faufile entre les voitures qui passent sur la place de la Porte de Saint-Cloud. Les mecs balancent des bouteilles de bière vides dans notre direction. Lesquelles s'écrasent sans nous toucher. Finalement, dans toute cette histoire, je n'ai pas eu une éraflure. [...]
Que se passe-t-il ensuite ?
  • On accélère le pas pour tenter de se réfugier à l'intérieur du McDo. Le policier glisse à nouveau, sur le trottoir, et pose un genou à terre. [...] Il se relève. Debout, il pointe son arme en l'air à 60 degrés [...]. Certains supporters crient : " C'est un faux à grenailles ". Quand il tire, cela me rassure car, moi-même, je ne savais pas s'il s'agissait d'une arme véritable et s'il était réellement un policier.
[Visiblement, au vu de la tenue de l'individu et de son comportement maladroit, personne ne soupçonnait en fait qu'il puisse être policier. Les témoins divergent sur la question de savoir s'il a crié "Police !" ou pas, et Yanniv se contredit d'ailleurs lui-même sur ce point. Toujours est-il que personne n'y a cru. Et contrairement à ce qui a été dit, Yanniv n'a pas du tout sollicité son aide]

A ce moment-là, tire-t-il à bout portant sur un individu ?
  • Je n'ai pas le souvenir que l'arme touche le corps d'un quelconque individu. Je me souviens seulement d'un coup de feu tiré en l'air. C'est d'ailleurs la seule détonation que j'ai entendue. Si le coup de feu avait touché quelqu'un, je l'aurais vu. J'étais placé juste derrière lui, à 1m. Or, je n'ai vu personne tomber. [...]
 L'avez-vous vu ou entendu tirer ?
  • Oui, j'ai vu le coup partir. J'étais à l'extérieur du restaurant, je le répète, un mètre derrière lui.
Confirmez-vous qu'il n'y a eu qu'une seule détonation ?
  • Oui, j'en suis sûr et certain.
(www.myfreesport.fr/sports/football/0/exclusif-recit-integral-temoin-essentiel-drame-psg-8108.html)

Ces derniers propos laissent perplexe. Un "tir à 60°", c'est du langage de policier. Comment se fait-il que Yanniv emploie cette expression... qui reprend mot pour mot la déclaration du policier lui-même ? Je cite : Le policier a expliqué avoir tiré "à un angle de soixante degrés plutôt en l'air en direction de quelqu'un qui se situe entre 50 centimètres et un mètre". Quand un coup de feu est tiré, le plus important est quand même de savoir sur qui... Il est étonnant que Yanniv n'ai gardé aucun souvenir du moment crucial alors qu'il dit être à un mètre du policier et que la première victime, Mounir Bouchaer, touché en pleine poitrine, est aussi à un mètre... et je ne pense pas qu'avec le poumon perforé il soit resté debout bien longtemps. De plus, si je ne sais pas ce qu'est un tir à 60°, je sais en revanche que tirer en l'air, ce n'est pas du tout la même chose que de tirer dans la poitrine de quelqu'un. Il s'agit bien d'un tir à hauteur d'homme et pratiquement à bout portant.

Le premier récit du policier - puisque malgré les apparences et les "gaffes", c'est bien d'un policier qu'il s'agissait - est sensiblement différent...
  • "J'ai pris un premier coup de pied qui m'a jeté à terre. J'ai reçu un autre coup et j'ai perdu mes lunettes de vue."
  • Puis, alors que, prétend-il, il est allongé sur le trottoir : 
  • "J'ai vu le groupe grossir. Au moment où je sortais mon arme de son étui, j'ai vu comme une ombre impressionnante qui fonçait sur moi [un mamouth préhistorique ?]. J'étais couché sur le côté. J'ai pris appui sur mon bras et j'ai tiré au jugé. J'ai bien eu l'impression de viser en l'air..."
  • (Paris Match, n° 3002, 29 novembre 2006, p. 70-73)
Premières contradictions flagrantes et premiers mensonges. Le policier dit n'avoir dégainé qu'une fois à terre, alors que tous les témoins et Yanniv compris l'ont vu debout l'arme au point peu de temps après son entrée en scène. Il prétend en outre avoir tiré depuis le sol, ce qui est non seulement contredit par les témoins, mais l'est surtout par une étude élémentaire de trajectoire : la balle, après avoir traversé la poitrine de Mounir de part en part, comme on peut en juger sur la vidéo ici (www.pariscasuals.com/html/accueil.php), ira frapper Julien en plein cœur, ce qui implique un tir debout à l'horizontale, et non du bas vers le haut. Mounir le confirmera depuis son lit d'hôpital :
  • Le Figaro : Le policier a été frappé, il vous a tiré dessus alors qu’il était à terre.
  • M. Bouchaier : C’est complètement faux. La trajectoire de la balle est droite parce que le policier m’a tiré dessus à bout portant, alors qu’il était debout. Elle m’a perforé le poumon et m’a fracturé une côte. J’ai frôlé la mort.

Menteur invétéré

C'est que le policier en cause n'en est pas à son premier exploit. Antoine Granomort était en effet déjà assigné à comparaître devant la justice le 20 juin 2007 pour une autre affaire édifiante. Il sera jugé en correctionnelle pour "escroquerie" et "dénonciation d'infraction imaginaire". D'après Le Figaro et Le Nouvel Observateur :

  • L’histoire remonte à février-mars 2005 [ou 2004 ?]. Un homme dépose plainte pour une escroquerie sur sa carte de crédit. Une enquête préliminaire est alors ouverte par " la section des fraudes aux moyens de paiement " au parquet du pôle financier parisien et révèle que la carte bleue a été frauduleusement utilisée à 44 reprises pour un montant global de 13 200 euros. Les soupçons se tournent vers Antoine Granomort, le gendre du détenteur de la carte de crédit. Mais  devant les enquêteurs, le policier explique, pour se justifier, qu’il aurait été séquestré par un groupe d’individus qui auraient abusé de lui, le contraignant à leur remettre des fonds à plusieurs reprises. Antoine Granomort a même déposé plainte pour ces faits.
  • Les investigations immédiatement engagées pour " extorsion aggravée et viol en réunion " ont tôt fait de démontrer que le policier n’a été victime d’aucune agression et que la dénonciation est mensongère. De source judiciaire, on explique qu’Antoine Granomort aurait tout simplement utilisé la carte bleue de son beau-père puis monté " un gigantesque mensonge " pour se couvrir.
Pour justifier un premier délit crapuleux, le policier Granomort, alors employé de la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC) depuis 2003, avait donc déclaré avoir été enlevé, séquestré, violé (!) et mis à rançon de 15.000 euros, d'où l'emprunt indélicat d'une carte bleue... Et il avait à son tour porté plainte. Un mensonge en appellant un autre, le policier prétendait aussi que trois ans plus tôt, en 2001, il aurait lui-même extorqué un peu plus de 5.400 euros (36.000 francs à l'époque) à des "acheteurs de drogue" au cours d'une arnaque. Ce sont ces derniers qui, selon ses dires, lui réclamaient de l'argent sous peine de représailles... Mais très vite les enquêteurs avaient établi la fausseté de ces affirmations et le faux plaignant encourt cinq ans de prison, 375.000 euros d'amende et d'éventuelles sanctions disciplinaires.

Le plus étonnant de l'affaire est que cet escroc affabulateur, qui exerçait peut-être aussi à ses heures perdues l'honnête métier de revendeur de drogue... n'ait pas été aussitôt suspendu de ses fonctions et continue d'exercer ses talents dans la police, talents auxquels s'ajoute maintenant celui de meurtrier !

Mais quelques précisions cliniques s'imposent :
  • La mythomanie, décrite par Dupré en 1905, est une tendance plus ou moins volontaire et consciente aux mensonges et à la création de récits imaginaires. Alors que le mensonge normal est épisodique, motivé et proportionnel à son but (par exemple le mensonge par charité), le mensonge pathologique est à la base de la fiction fantasmatique du récit du mythomane.
  • La mythomanie n'est donc pas seulement l'action de fabuler ni celle de mentir. C'est une véritable constitution, un type de déséquilibre entraînant l'élaboration de récits d'événements et d'actes qui n'ont pas eu lieu mais que le malade fait croire à autrui. Il dit en avoir été le témoin ou l'acteur et s'y décrit souvent dans une position avantageuse, ou au bénéfice secondaire important (par exemple pour rechercher à se faire plaindre).
  • Quand cette tendance persiste après la fin de l'adolescence, elle est considérée comme un trouble du comportement. Elle est alors qualifiée de mythomanie et peut, non traitée, annoncer un désordre psychiatrique plus grave : névrose ou même psychose.

Alors un "héros qui mérite la légion d'honneur", Granomort ? Ou un malade mental qui, en l'absence de traitement psychiatrique approprié, présente un risque certain de récidive ? Il serait peut-être bon de se demander si ce passage à l'acte que constitue le meurtre d'un supporter du PSG n'est pas un premier épisode psychotique...

Meurtre ou assassinat, la question reste posée, car compte-tenu du profil psychologique du personnage et de son comportement agité, fort peu professionnel (sans prévenir ses collègues, il se précipite seul vers un groupe de supporters, les asperge de gaz lacrymogène et tire...), on peut à bon droit se demander si cette action de mauvais werstern n'a pas été voulue par lui et préméditée. Ne voulait-il pas se faire passer pour un héros ? D'ailleurs, d'Antoine Granomort "le sauveur", de Yanniv Hazout ("c'est moi qui le guide") ou de Mounir Bouchaer, c'est à qui sera le héros de l'histoire. Mais Julien Quemener, lui, n'avait rien demandé.

Pourtant moins de 24 heures après la mort de Julien, alors que le principal témoin, Mounir Bouchaer, grièvement blessé, n'est toujours pas entendu, le procureur de la république conclut en toute hâte à un cas de légitime défense. Le vendredi 24 novembre en fin de journée, Jean-Claude Marin, procureur de la République de Paris, tient en effet une conférence de presse. Passant outre les témoignages contradictoires, il affirme que le policier "a opté pour une attitude courageuse en protégeant un supporter du club de Tel-Aviv ", qu'il a dû faire face "à une horde de personnes excitées et extrêmement agressives" et qu'il a agi "dans un état de légitime défense". Et le surlendemain, Antoine Granomort, entendu par le juge d'instruction en qualité de simple " témoin assisté ", est laissé libre. Il ne sera pas inculpé...

Le procureur semble donc avoir accordé le plus grand crédit aux déclarations du policier puisque c'est sa version des faits qu'il retient. On aurait pu supposer que dans les premiers moments après le drame, la justice n'était pas au courant des antécédents de Monsieur Granomort. Mais d'après un témoignage recueilli par Libération dans les milieux judiciaires, il n'en est rien : "Ce passif que nous connaissions n'entache pas sa crédibilité. On peut se retrouver dans une carambouille et se comporter de façon remarquable."

Comment peut-on oser dire que la mythomanie d'un individu n'entache pas sa crédibilité ???
L'affaire Granomort : un simple fait-divers ?
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Published by Mélusine - dans France
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2 décembre 2006 6 02 /12 /décembre /2006 14:11
JUSTICE POUR JULIEN Justice pour Julien  (suite)

Pour revenir aux faits et au contexte (et petit excursus sur les supporters... de Tel Aviv)

Le jeudi 23 novembre au stade du Parc des Princes dans le XVIe arrondissement de Paris, dans le cadre de la Coupe de l'UEFA (Union européenne de football), un match opposait l'équipe locale, le PSG, à une équipe israëlienne, le Hapoël Tel Aviv. Compte-tenu de l'écho particulier des guerres du Proche-Orient sur les jeunes gens d'origine maghrébine, nombreux parmi les supporters du PSG, notamment dans la tribune "Auteuil", et compte-tenu aussi du soutien que des mouvements violents comme la LDJ et le Bétar étaient susceptibles de manifester en faveur de l'équipe adverse, les Renseignements généraux avaient classé le match à haut risque et alerté la préfecture de Paris afin que les moyens policiers déployés fussent suffisants pour éviter les incidents. Cependant, pour une raison qui reste à ce jour inexpliquée, le préfet Pierre Mutz n'accorda aucune considération à cet avis qui était de simple bon sens. Sa décision sera lourde de conséquences : au lieu des quelque 2.000 policiers d'ordinaire mobilisés pour un match à risque, ce ne sont que 600 policiers qui seront présents ce soir-là (pour près de 22.000 spectateurs). Au lieu d'un large périmètre sous surveillance (qui aurait englobé la place de la Porte de Saint-Cloud...), un périmètre étroit aux abords immédiats du stade.

Il y avait pourtant de sérieuses raisons de renforcer la sécurité autour d'un match comme celui-là, car les supporters du Hapoël Tel Aviv, dont nos médias n'ont pas du tout parlé, ne sont pas réputés des anges. Et en matière de racisme les supporters israëliens ne sont pas en reste. En voici quelques témoignages :
  • Echelle du racisme : Les supporters de Hapoel Tel-Aviv et de Sakhnine en tête de liste
    L'évaluation de l'échelle du racisme et de violence [un nouvel indicateur mis en place dans le football israëlien pour tenter d'endiguer le phénomène] des trois premières semaines du tournoi de football a placé les supporters des équipes Hapoel Tel-Aviv et l'Union des Fils de Sakhnine en tête de liste avec 12 points négatifs pour chacune de ces deux équipes. Viennent en troisième position les supporters de Beitar Jérusalem, de Maccabi Tel-Aviv et de Beer-Sheva avec 10 points négatifs pour chaque équipe. [...]

    Violence physique et racisme
    Les observateurs du Fonds ont signalé que la violence verbale pratiquée contre les arbitres et les joueurs était plus importante que d'habitude. C'est ainsi que les supporters de Hapoel Tel-Aviv ont insulté l'entraîneur Gili Landau et les membres du staff administratif de l'équipe à la suite de leur défaite face à Ashdod. Certains supporters ont même essayé d'agresser par des jets d'objets les membres du staff administratif.

    A Kiryat-Eliezer, les supporters de l'Union des Fils de Sakhnine ont commis des actes de hooliganisme au cours du match qui opposait leur équipe à celle de Maccabi Tel-Aviv, agressant les policiers et les agents de sécurité. Certains d'entre eux ont jeté des verres et des bouteilles sur l'arbitre Alon Yafet et sur les arbitres de touche. Le leader des supporters de cette équipe a demandé plusieurs fois à ces derniers d'arrêter la violence et de garder un esprit sportif.

    Les supporters de Beitar Jérusalem ont harcelé les policiers au cours du match qui opposait leur équipe à Maccabi Petah Tikva. Nombre de supporters de Maccabi Tel-Aviv ont scandé " Mort aux Arabes " au cours du match face à l'Union des Fils de Sakhnine. Enfin les supporters de Hapoel Beer-Sheva ont reçu une note humiliante parce qu'ils ont réservé des huées au joueur de centre de l'équipe de Haïfa, Mzoua Ensoumba, de nationalité congolaise."
    (www.aad-online.org/2004/Fresnchsite/Frenchlinks/11-10fr/1.htm)
  • Par Jerrold Kessel et Pierre Klochendler (6 décembre 2004) :
     
    [...] Lors du même match face à Bnei Yehuda, à chaque fois que les joueurs de Bnei Sakhnin [club arabe israélien] attaquaient, les huées s'orchestraient. Outre les cris sarcastiques à caractère politique, mais qui restent licites, comme " Souha est veuve, Souha est veuve ", ou encore " Celui qui ne bondit pas est un martyr ", le cri sordide " Mort aux Arabes " a retenti à plusieurs reprises. Jimmy Rifat Turk, jadis figure de proue du foot israélien, estime que l'usage fréquent de ces slogans méprisables en a assuré la " légitimité ".

    Mais des slogans comme " Mort aux Arabes ", quel que soit le contexte dans lequel ils sont proférés, ne doivent-ils pas être considérés comme du racisme ? Il s'agit là d'une question qui n'a pas été proprement traitée lors de l'importante conférence co-organisée il y a dix jours par le Nouveau fonds israélien et le British Council, à l'hôtel Dan Acadia Hotel à Herzliya, sous le titre " Débarrassons le football du racisme et de l'incitation ".

    La victime n'a pas été invitée

    Ont été invités à cette conférence des hauts responsables de la Fédération Britannique de Football, laquelle a lancé ces dix dernières années une campagne réussie contre le racisme dans les stades de football en Grande-Bretagne. Parmi les invités figuraient également des sociologues de l'université de Brighton qui mènent, avec l'aide du British Council, une campagne pour promouvoir, à travers le football, l'esprit de fraternité entre enfants arabes et juifs de la Galilée. Des efforts nobles. Reste que les responsables du foot, les juristes et les responsables politiques et sécuritaires israéliens ayant participé à cette conférence, ont seulement reconnu des inconduites sans s'attaquer au vrai problème.

    Le vrai problème c'est le racisme qui se manifeste à travers la pratique de ce sport, et le degré avec lequel ce racisme s'inspire d'une situation politique complexe et d'un conflit national embrasé.

    Il faut souligner que le club Sakhnin n'est pas immunisé contre le racisme. Certains de ses supporters, tout comme les supporters des autres clubs du pays, n'hésitent pas à offenser les joueurs noirs des autres équipes en imitant le cri du singe, entre autres cris humiliants. Mais au plus haut niveau de la haine raciale, il se trouve que l'équipe Sakhnin est le paratonnerre qui s'attire tous les coups et les humiliations dirigés contre les joueurs et les supporters arabes. Curieusement, les victimes n'ont pas participé à la conférence.

    " Je ne suis qu'un footballeur "

    Mais les principaux accusés n'y avaient pas participé non plus, même pas au niveau de l'équipe qui aurait pu les représenter : le Betar Jérusalem. Aucun membre de cette équipe jérusalémite ne s'était donné la peine d'assister à cette conférence, à part l'éminent footballeur Lior Asulin. La saison dernière, celui-ci jouait pour Sakhnin qu'il a conduit à la Coupe en mai. Quand il intégré le Betar Jérusalem en été, certains supporters fanatiques ont demandé qu'il passe par des " rituels de purification " pour se faire pardonner son péché d'avoir joué pour une équipe arabe. Lors de cette conférence, Auslin n'a pu que " reconnaître que de telles choses existaient ". " Je laissais passer, en fin de compte je ne suis qu'un footballeur ", avait-il souligné.

    Le vrai hymne

    Une nouvelle loi, récemment approuvée par le gouvernement permettra de traduire en justice les supporters accusés d'incitation. Ce qui nous manque toujours, c'est un effort collectif pour faire face aux conséquences destructrices du slogan " Mort aux Arabes ". " En attendant, ce slogan restera le plus chanté dans les stades de foot ", regrette Achraf Abou Ghia, un ingénieur vivant à Sakhnin, et supporteur fidèle du club de son village."
    (www.walla.co.il)
  • Une échelle pour mesurer le racisme et l'incitation à la haine

    Le programme d'étude du phénomène de la violence et du racisme, géré par le Nouveau Fonds d'Israël, a été lancé lors de la saison 2003-2004 des championnats de football. Des observateurs bénévoles du Fonds préparent des rapports sur les incidents violents ou racistes dans les stades, en se basant sur des critères clairement déterminés. Le Fonds publie ensuite une échelle hebdomadaire mesurant la violence et le racisme.

    L'équipe de Betar Jérusalem est venue en tête pour la saison 2003-2004, avec 21,24 points sur l'échelle du racisme et de la violence. Elle est suivie de peu par Maccabi Tel-Aviv, qui a marqué 19,62 points. En troisième place, vient l'équipe d'Hapoel Tel-Aviv avec 15,3 points. [...]

    Les principaux événements condamnables de la saison 2003-2004 :

    - Sixième semaine : Les supporters de Betar Jérusalem ont scandé des slogans et des chants incitant à la haine raciale, tout au long du match de leur équipe avec Ekhwan al-Nasra. Par exemple : " Nous allons brûler al-Nasra et en jouir ", " Je jure au nom de Dieu qu'il ne restera plus d'Arabes ", " Le juif est un esprit, l'Arabe un fils de pute ", Ekhwan al-Nasra sont des terrroristes, et je déteste tous les Arabes ", " Mort aux Arabes "… Si un joueur d'Ekhwan al-Nasra faisait une chute, les supporters de Betar Jérusalem hurlaient en chœur : " terroriste, terroriste, terroriste ". Ils ont injurié Oren Nassim et Alon Mezrahi, les joueurs juifs d'Ekhwan al-Nasra, leur lançant : " Terroristes, vous êtes devenus musulmans ". A la fin du match, les supporters de Betar Jérusalem se sont rassemblés à l'extérieur du stade et ont continué à lancer des jurons, mais d'importantes mesures de sécurité ont évité toute violence physique.

    Les supporters de Maccabi Tel-Aviv ont injurié les joueurs arabes d'Abnaa Sakhnein, en les appelant " martyrs " et " terroristes ". Ils ont scandé " Mort aux Arabes ". Ils ont également injurié Lenor Assouline, le joueur juif d'Abnaa Sakhnein, le qualifiant d' " anti-juif ". Ils ont par ailleurs injurié le joueur éthiopien de leur propre équipe, Baruch Dago, le traitant de " noir " et criant " Rentre en Ethiopie ".

    Neuvième semaine : Le supporters d'Hapoel Tel-Aviv ont scandé des insultes contre les supporters de Maccabi Tel-Aviv, comme " Néo-nazis ", " Pourvu que Maccabi connaisse la catastrophe ", " Que les joueurs du Maccabi soient brûlés vifs ", " Que les supporters du Maccabi meurent aujourd'hui même ", etc. Après le match, l'administration, l'entraîneur et les joueurs du Maccabi ont été sauvagement agressés, aussi bien verbalement que physiquement.

    Quatorzième semaine : Les supporters de Betar Jérusalem ont hué, tout au long du match, les joueurs noirs d'Hapoel Tel-Aviv.

    Vingt-deuxième semaine : Les supporters de Betar Jérusalem ont scandé des mots d'ordre racistes contre les supporters et les joueurs d'Abnaa Sakhnein, comme " Mort aux Arabes ", " Je hais les Arabes, je hais les cousins ", " Je hais l'islam ", " Hezbollah ", " Pourvu que votre village brûle", " Arabes à vendre ". Ils ont également insulté le prophète de l'islam Mahomet.

    Vingt-quatrième semaine : Lors d'une cérémonie précédant un match, les supporters de Maccabi Tel-Aviv ont hué le joueur Adham Shebeita, scandant : " Que son visage soit brûlé ! " et " A genoux, Adham Shebaita ! ".

    Trentième semaine : Les supporters de Beni Yehuda ont scandé tout au long du match : " Mort aux Arabes " et " Salim Tameh, saboteur ! "
    (www.aad-online.org/2004/Fresnchsite/Frenchlinks/aad4/34/2.htm)
  • Racisme licite (26 September 2006, par Ehud Loten)

    Il a été question cette semaine de l’annulation de la visite du talentueux attaquant congolais Mohammed Chita, au club du Betar Jérusalem. Cette annulation soudaine a suscité l’étonnement parce que le joueur se trouvait bien à Jérusalem et il ne manquait plus que l’annulation des négociations entre le Betar et son club belge Standard Liège.

    Tous ceux qui ont suivi la " signature " de Chita avec le Betar ont pu remarquer sans difficulté le racisme des supporters de cette équipe. Car pour le plus grand malheur de Chita, son prénom est Mohammed, ce qui a déchaîné la colère des auteurs de commentaires parmi les supporters du Betar, étant donné le lien entre le joueur et la religion musulmane. Et ce qui a été dit sur son grand talent n’a pas convaincu la plupart d’entre eux.
    Mais si nous nous étions habitués (malheureusement) au racisme honteux des supporters du Betar, cet incident a dépassé les bornes. Car le racisme ici avait l’aval de l’administration du Betar qui se pique toujours d’être un club sérieux et organisé – comme en Europe.

    Comment en suis-je arrivé à ces conclusions ? Sur tous les sites électroniques et dans tous les articles de presse, une main cachée est soucieuse d’indiquer que " bien que son nom soit Mohammed, c’est un joueur chrétien ". Et la question (qui est pourtant, je l’admets, moins importante que ce qu’a dit Materazzi à Zidane) est : qui est celui qui s’est ingénié à affirmer à chaque fois aux journalistes qu’il s’agissait d’un joueur chrétien ?

    Et la réponse est : l’administration du Betar, naturellement. Je pense que celle-ci a eu peur des réactions des supporters en colère et qu’elle a été soucieuse de faire publier de temps à autre cette information mensongère sur la religion du joueur à l’occasion de toutes les mentions de sa signature du contrat. C’est vraiment une administration dont on peut être fiers. Et je suis étonné également de voir la naïveté des journalistes bernés qui ont cru que quelqu’un s’appelant Mohammed pouvait être chrétien.

    Le mensonge de l’administration du Betar s’est révélé aux yeux de tous. Car le joueur est musulman et il ressort de ce qui a été publié par la suite que Chita ne rejoindra pas le Betar, suivant en cela les conseils de son chargé d’affaires, de crainte d’avoir à affronter le racisme des supporters de l’équipe. Et il me reste à me demander ce que pensaient les responsables du Betar lorsqu’ils ont menti ouvertement sur la religion du joueur. Allait-il confirmer leur mensonge en allant prier à l’église tous les dimanches ? Et en faisant le signe de croix après chaque but marqué ?
    (www.nrg.co.il)
  • Racism in Israeli Football (6 April 2005, by Avraham Oz)

    Following some of my updates, some friends send me messages reminding me the worrying phenomena of growing anti-semitism in today's world. It is worrying indeed, even beyond the erroneous identification made between anti-Israeli policies, or even anti-Zionism, and anti-Semitism. Imagine a crowd somewhere in a European football stadium, shouting anti-semitic slogans, waving flags of hatred, and cursing a Jewish player, or an Israeli team. Imagine the waves of protest, from Jewish circles over the world and official protest from Israel.

    Well, in my country, in my town, last night, such scenes of hatred were seen big time: scenes which would not have put to shame the most radical assemblies of Neo-Nazis and other racist groups. Except that the targeted group was not Jewish, but Arab. The fans of Israeli football club Betar Jerusalem are known for their lively conduct during games and around them. Scenes of violence frequently occur when they have grievances against the score of their team every day of the year. Now imagine what happens when a league game against one of the two Arab clubs – Sakhnin and Nazareth – in the Israeli Premier League take place.

    Last week the national team had two important games here in Israel against two of its international rivals at group 4 of the world cup 2006 qualifying games: Ireland and France. Both teams were considered to have advantage over the Israeli team, and the two draws were considered a fair achievement for the Israeli team. The goal which brought the Israeli team the draw against Ireland was scored by Arab Sakhnin player Abbas Suan; against France, the other Israeli Arab player in the national team, Walid Badir, headed a late equaliser to grab a point just seven minutes from time and got Israel the coveted draw.

    Last night, in Tel Aviv, in the same stadium where those two international games last week took place, at the scheduled league meeting between Betar Jerusalem and Suan's club, Sakhnin, Suan was supposed to be received by everyone as the star of the national team. The organizers, from the hosting Betar club, wasted no effort in trying to impose a sporting nature on the charged clash, with the announcer congratulating, "in the name of the tens of thousands of Betar supporters," Israeli international Abbas Suan for his equalizer against Ireland slightly more than a week ago. "Welcome him," enthused the announcer, but the applause was drowned out by a huge chorus of boos from the Betar stands. Suan may be a national team star; but in Jerusalem, he is just another Arab soccer player. The score this season between the two clubs, both currently struggling at the bottom of the league, is in favour of the Arab team. It's bad enough for a Jewish club to beat the most patriotic team that represents the eternal capital of the state; but for an Arab club to do so twice in a single season is just too much. At least 400 among the 5000 Betar supporters were shouting: "Let the town of Sakhnin be burnt down," "We hate all Arabs," and worse; to the cameras of the various Israeli TV channels, Betar fans shouted: "we'd rather lose 0:10 to Ireland rather than have an Arab score a goal in our name! He doesn't represent us!"

    Some apologetics were sounded in talk shows this morning. We are asked to understand football hooliganism is a known phenomena. 400, said one Betar supporter on TV this morning, are less than 10 percent. I am not sure such arguments would have satisfied Jewish protests against anti-semitic riots elsewhere. Yet just as we are asked to regard anti-semitism as a unique form of racism, so we should pay attention to growing Israeli xenophobia and particularly to Arab-hatred against the Jewish population. It becomes a growing phenomenon not to be underestimated. Violence grows among youth; people are stabbed to death during daily raws over a parking space or the behaviour of neighbour's dogs. Yesterday a teenager who came to Israel from France two years ago was hospitalized after being battered by her classmates, boys and girls, following a raw over a cellphone. She told TV interviewer she was considering going back to France: "there is prominent anti-semitism growing there," she said, "But at least I wasn't battered like this."

    The sport portfolio in the Israeli government is placed in the hands of famous Mini-Stress of Education and Culture Limor Livnat, who has recently ordered the "legacy of [assassinated Israeli Minister of Tourism] Rehav'am Zeevi," who founded his radical nationalistic party on a platform of "transfer" (in plain terms "ethnic cleansing") of the Arab population of Israel, to be part of the official school curriculum. Stand-up comedians on stage and TV in Israel are still ridiculing her enthusiastic jump -to the point of harassment – all over Israeli sportsmen who gained medals for Israel in the recent Athens Olympic games. What, would you think, did she have to say about last night's riots against Arabs? You have guessed right. Nothing. She, like all her other fellow Ministers, suddenly lost their voice. Small wonder: they must save it for crying their protest against the next anti-semitic incident somewhere in the world...
    (http://cosmos.ucc.ie/cs1064/jabowen/IPSC/articles/article0016376.txt)
  • Le football rongé par le racisme en Israel (22 janvier 2004)

    En scandant " Mort aux Arabes ", des centaines de jeunes supporters de foot Juifs foncèrent dans une rue poussiéreuse à l’écart, pour intercepter un bus transportant des fans du club arabe qui venait juste de battre les leurs lors d’un match disputé. Les supporters les conspuèrent même après le départ du bus. Juste avant, un supporter arabe venait d’être frappé d’une pierre à la tête, le front ensanglanté.

    Bienvenue au football professionnel en Israël, où racisme et violence font partie du sport le plus populaire du pays.
    Avant le match de lundi, l’équipe d’accueil, Bnei Yehuda du quartier ouvrier Hatikya de Tel Aviv, s’était vu attribuer une plaque comme équipe la plus tolérante et la plus fair-play par le New Israel Fund, qui a suivi le comportement des supporters de foot à l’aide d’une nouvelle échelle du racisme. " Aujourd’hui, ils ont reçu un prix, et puis ça arrive parce qu’ils ont perdu un match ", dit Nur Ghentos, capitaine de l’équipe arabe victorieuse, Bnei Sakhnin, en regardant les infirmiers bander la tête du jeune touché d’une pierre. " On dirait que tant que vous gagnez, vous êtes tolérant, mais voici le résultat quand vous perdez. C’est l’histoire du foot en Israël ".

    Avant cette saison, les supporters de Bnei Yehuda avaient la réputation d’être chahuteurs et racistes. L’équipe avait été en tête de 1ere division d’Israël jusqu’à lundi – et pour certains supporters Juifs, perdre devant une équipe arabe, c’est l’insulte suprême. Immédiatement après le match, les supporters se retinrent, applaudissant même brièvement l’équipe adverse. Les membres du New Israel Fund ont noté que les problèmes commencèrent, comme souvent, hors du stade. Le hooliganisme israélien n’a pas atteint les sommets européens, mais c’est une partie intégrante de la culture du jeu ici, une chose que les organisations de la société civile et les responsables des équipes essaient de changer.

    Depuis la dernière saison, l’indice du racisme du New Israel Fund a donné une note hebdomadaire aux supporters de chaque équipe. Des volontaires se tiennent comme enquêteurs dans les foules et notent le nombre de chants, de slogans et d’incidents racistes qu’ils observent. Les résultats, de l’équipe la plus à la moins tolérante, sont publiés chaque semaine dans les médias et ont fait du bruit parmi les supporters du football.

    Dans l’ensemble, les incidents racistes ont baissé dans les matchs cette saison, mais la violence Israélo-Palestinienne exacerbe la violence au foot, dit Yair Galily, un sociologue du sport qui dirige les études des mass médias et du sport au Zinman College de l’Institut Wingate d’Israël.
    Le football " est un reflet très intéressant et authentique de la société. Nous avons une société violente par rapport à d’autres endroits au monde, et nous pouvons le voir dans la violence au foot ", dit Galily. " C’est légitimisé quand ça vient dans le cadre du football, comme si ç’était bien de sortir ça sous forme d’une catharsis ".

    Lior Asulin, un joueur juif, a marqué le but de la victoire pour l’équipe arabe, Bnei Sakhnin. Il a été acclamé et hissé sur les épaules de ses coéquipiers tandis que les supporters criaient leur joie. Le racisme dans le football israélien vient surtout des supporters Juifs, qui s’imaginent qu’ils peuvent crier des slogans comme " Mort aux Arabes " ou " Allez en Palestine " sans craindre de conséquences, d’après les experts. On ne peut pas en dire autant de leurs homologues Arabes. Les Juifs qui jouent dans les équipes arabes disent qu’ils se sentent à l’aise dans leurs équipes.
    Les supporters Arabes " nous respectent beaucoup, il n’y a pas de racisme. Ils nous traitent bien et nous apprécions chaque moment ", disait Asulin, souriant, tandis qu’un flot continu de supporters venait lui donner une tape dans le dos après le match.

    A la fin des années 70, les premiers joueurs Arabes ont été inclus dans des équipes juives de première division. Cette année, pour la première fois, deux équipes arabes, Bnei Sakhnin et Maccabi Ahi Nazareth, ont été assez bonnes pour jouer en première division. Signe de la possibilité pour le foot de devenir un symbole de coexistence, les fans de l’équipe de Nazareth applaudirent quand Chaim Revivo, la star du foot israélien, apparut sur le terrain, pour jouer avec l’équipe juive d’Ashdod. En échange, les fans d’Ashdod applaudirent les supporters de Nazareth. L’an dernier, une équipe de la ville arabe de Kafr Kana fut invitée à jouer un match en Jordanie, mais les Jordaniens lui dirent qu’elle devait venir sans ses joueurs Juifs. La direction de Kafr Kana refusa d’aller sans ses joueurs Juifs.

    Les sponsors peuvent aussi éviter les équipes réputées pour leur racisme. La compagnie de téléphone Cellcom a abandonné son soutien à Beitar Jerusalem, qui a les supporters les plus racistes du pays. On sait que ses supporters ont scandé " Mort aux Arabes " pendant des matchs entiers, et l’équipe est la seule en première division à n’avoir jamais pris de joueur arabe. Les responsables du club ont nié tout lien entre la décision de Cellcom et le comportement des supporters.

    On a su que lors des matchs de Beitar Jerusalem, des feuilles ont été distribuées avec des paroles racistes mises sur un air populaire. La chanson visait un des meilleurs joueurs arabes d’Israël, Salim Toameh, qui joue pour Hapoel Tel Aviv. On entend maintenant couramment la chanson contre les joueurs arabes lors des matchs joués dans le pays, que Toameh y joue ou non.

    D’après l’indice du New Israel Fund, les supporteurs de Beitar Jerusalem se classent parmi les plus racistes. Le porte-parole de Beitar Jerusalem, Lior Mai, a parlé de l’indice, en disant qu’il incitait les supporters à gagner la première place – même la première place comme racistes.

    Le racisme au foot ne se limite pas à la scène arabo-juive. Les joueurs noirs – Juifs Ethiopiens et joueurs étrangers d’Afrique – ont été raillés de cris comme " Sale noir " ou " Retourne à ta jungle ". Baruch Dago, un joueur Juif Ethiopien du Maccabi Tel Aviv, envisagerait de quitter l’équipe parce qu’il est trop abattu par insultes racistes que lui lancent les supporters de sa propre équipe.

    Le sentiment anti-noir est particulièrement répandu dans le football européen, et des campagnes de sensibilisation essaient de le combattre. Des épithètes antisémites sont parfois lancées sur des joueurs d’équipes britanniques ou hollandaises considérées comme " équipes juives " parce qu’elles appartiennent à des juifs ou bien qu’elles ont été traditionnellement soutenues par des supporters Juifs.

    Dans les rues délabrées du quartier Hatikya, Bnei Yahuda est roi. Un jeune supporter, Ben Ezra, 17 ans, reprenant son souffle d’avoir couru après le bus de Bnei Sakhnin, tenta de minimiser le racisme de ses amis. " Dans le quartier Hatikva, il n’y a qu’une chose dont on est fiers : Bnei Yehuda. Ca n’a rien de personnel entre Juifs et Arabes ". Mais son ami Lior Mizrani, aussi 17 ans, dit que les insultes racistes sont une partie de la tension générale. " On dit ces choses là par haine ", dit-il. " Ca vient de toutes les attaques terroristes et ça finit ici, sur le terrain de foot ".
    (http://www.kickitout.org/index.php?id=9&StoryID=2188, www.toulouse-palestine.org/doc/bulletin/040215.html#14)
Toujours est-il que ce soir-là, alors que les supporters du PSG étaient fouillés à l'entrée du Parc des Princes, ceux du Hapoël Tel Aviv ne l'étaient pas... Alors, au témoignage d'un spectateur : "Au coup d'envoi, les fans de l'Hapoël placés en tribune visiteur, n'ayant pas subi de fouilles, se déchaînent. Une vingtaine de fumigènes sont allumés et lancés sur les stewards et CRS présents sur la pelouse. L'un des fumigènes est balancé sur la tribune Auteuil. Avant même que le PSG encaisse le premier but, les échauffourrés commencent.  Les stewards débordés doivent se positionner entre la tribune Auteuil et la  tribune visiteur..." (http://sefairefoot.canalblog.com) - ces fumigènes qui valent à n'importe quel supporter du PSG d'être placé en garde à vue, interdit de stade et condamné au pénal... Car "l'introduction de fumigènes dans une enceinte sportive" ou leur utilisation est un délit passible de 15 000 euros d’amende et de 3 ans d’emprisonnement.

  • "[...] j'étais au Parc hier et il est évident que, dès le début, il y avait quelque chose qui clochait. Nous avons pu passer devant la tribune visiteurs sans aucune fouille, sans montrer aucun billet ou carte. Louche, un peu comme contre Derry d'ailleurs. Mais si les Irlandais et les Parisiens faisaient amis-amis, là ce n'était pas vraiment le cas. Autre différence, les "sympathisants" de l'Hapoel étaient très très nombreux, 10.000 sans doute.

    Si l'on met de côté la folie furieuse du carré visiteurs, les latérales du Parc étaient remplies de supporters de l'Hapoel, sortant des drapeaux israéliens...Le KOB répondait en sortant leurs traditionnels Marseillaise et drapeaux français...On se serait cru en octobre 93 lors de ce fameux France-Israël... Etonnant d'ailleurs de noter la similitude entre les 2 naufrages tricolores...

    Tout ça pour dire que les supps israéliens étaient déchâinés et prenaient le Parc pour terrain conquis (beaucoup plus que les Marseillais quand ils montent à Paris...ou à Saint-Denis)... Sans expliquer ce qui allait suivre, tout cela nourrissait le malaise ambiant..."

Un autre témoignage nous restitue l'ambiance du match dans les tribunes :
  • "Etant présent en Auteuil Rouge puis Bleu [deux zones différentes de la tribune "Auteuil"] durant le match, je tiens à livrer un compte-rendu de l'atmosphere particulièrement haineuse qui régnait lors de ce match. Déjà avant le match, on m'avait prévenu qu'il y aurait de nombreux juifs de la capitale qui viendraient pour supporter une équipe israélienne. En arrivant aux abords du parc, puis en entrant dans le stade, je fus vraiment surpris de leur nombre. Je ne m'attendais pas qu'ils soient nombreux à ce point .
    Très rapidement, à Auteuil, le "match des supporters" vire dans le conflit au Proche-Orient. Je m'explique : drapeaux libanais et palestiniens de sortie d'un coté, drapeaux israéliens de l'autre, les insultes fusent des 2 cotés... Déjà on ressent dans l'atmosphere que ce sera pas un match comme les autres...
    Le PSG est "dans un grand soir" et se prend 2 buts d'entrée. Quasiment la moitiée du parc (presidentielle + tribune Paris) se lève et exulte : on se croirait a l'extérieur. Les juifs ont une grande gueule et, croyez-moi, ils savent s'en servir !!! A CE MOMENT LA JE SENS QUE ÇA VA MAL SE FINIR car le fait de se faire torcher au parc par une équipe de merde comme l'Hapoel Tel Aviv + voir tous les juifs nous chambrer cela fait un cocktail détonnant...
    Le psg revient au score dans une ambiance chaotique !! Tout le monde sur l'égalisation veut aller sur la grille qui nous sépare du secteur visiteur, mais la ligne de stadiers parvient à grand peine à nous stopper.
    Le Psg se prend encore un but et là explosion encore de LA MOITIE OU PRESQUE DU PARC.
    Peu avant la mi-temps je monte en bleu rejoindre un pote qui est dans le secteur LF. Durant la pause les insultes ne s'arrêtent pas. Quelques KSD se rapprochent du parcage pour une mini charge rapidement bloquée par une marée de stadiers. Les juifs nous insultent avec des slogans anti-France, anti-musulmans, anti-parisiens nous répliquons avec des slogans anti-sionistes et anti-sémites (tout ça pour bien faire comprendre que le racisme n'était pas que du coté parisien jeudi soir).
    Le PSG s'incline HONTEUSEMENT 4 buts à deux dans un stade maintenant en délire et un silence de mort coté parisien. Les juifs chantent "Paris on t'encule" "et ils sont où les parisiens" [cette dernière formule est bien sûr à double entente et dans le contexte c'est clairement un appel à la bagarre], mais déjà je sens que beaucoup n'attendent que le coup de sifflet final pour aller voir de plus près si ils ont une si grande gueule dehors.
    FIN du match. Les baches ont été rangées depuis un moment. Tout le monde sort rapidement. A ce moment là je reconnais que j'avais trop la haine et je ne voulais que une seule chose c'était casser du juif (mais je précise que même si la phrase semble choquante et raciste je l'assume pleinement mais je sais pas comment expliquer que si ça aurait été des lensois, des bordelais ou des martiens, j'aurais eu la même réaction). Maintenant je réalise combien c'est très con cette haine.
    La haine d'avoir des joueurs de merde.
    La haine de savoir que on va encore passer pour des clowns en france et en europe
    La haine des mauvais résultats qui s enchaînent depuis des années.
    La haine de voir NOTRE STADE EN GRANDE PARTI ACQUIS A L'HAPOEL TEL AVIV" [...]
    [j'ai un peu modifié l'orthographe, trop "Education nationale" à mon goût...]
    (www.pariscasuals.com/html/accueil.php)
A suivre...
Votre héros est un malade mental
L'affaire Granomort : un simple fait-divers ?


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1 décembre 2006 5 01 /12 /décembre /2006 23:58

Jeudi 23 novembre 2006. Il est 23h passées. Place de la Porte de Saint-Cloud, non loin du Parc des Princes, sur le trottoir de Paris, un jeune homme agonise. Il se nomme Julien Quemener. Il n'a que 25 ans. Il vient de prendre une balle en plein cœur.

Portrait en guise de requiem

Tranquille, amical, serviable et travailleur, Julien est un jeune homme sans histoires. Originaire de Dinard en Bretagne par ses grands-parents paternels, il vit en banlieue sud, à Savigny-sur-Orge, avec son père menuisier, sa mère, employée à la fac d'Orsay, son jeune frère et une cousine de Marseille. Il aime la voile et le foot, mais surtout depuis quatre ans il est amoureux d'Emilie, une frêle eurasienne de 19 ans. Ils ont prévu de s'installer ensemble dans un petit appartement que le père de Julien finit de retaper pour eux. Une vie simple.

Depuis tout petit, comme Antoine, son ami d'enfance, le jeune homme est fan du PSG : "On voulait supporter le PSG, mais on ne savait pas dans quelle tribune, Auteuil ou Boulogne ? dira Antoine à des journalistes de Paris Match [n° 3002, 29 novembre 2006]. On a finalement choisi Boulogne pour l'ambiance festive. Et pour rien d'autre. Cornes de brume, écharpes, maquillages, drapeaux... Il n'y a qu'à venir au Parc pour voir que c'est là où l'on s'amuse le plus et où l'on chante le plus fort".

Mais voilà, la tribune Boulogne du Parc des Princes, c'est ça :

Hooligans du KOB au Parc des Princes

Vous aurez remarqué les couleurs bleu-blanc-rouge qui montrent bien que ces hooligans sont de dangereux nationalistes... très différents des supporters "normaux" comme ceux-ci qu'on nous montrait il y a quelques mois :

Supporters français lors de la Coupe du Monde 2006

Et, bien entendu, ceci...
Supporters du PSG (racistes)

...n'a rien à voir avec cela :
Scène de liesse après une victoire des Bleus
 lors de la Coupe du Monde (Montpellier, juin 2006)

Julien ne faisait pas de politique. Il n'avait jamais voté et n'avait d'ailleurs même pas de carte d'électeur. Il n'était pas un délinquant. Il n'était pas non plus un extrémiste, de quelque espèce que ce soit. Encore moins un "fasciste". Pourtant le soir du drame, il est à peine mort que la curée commence...

Paroles de haine

Pour la classe politique, les principaux médias, les hautes autorités de l'administration et les associations officielles, le scandale du 23 novembre Porte de Saint-Cloud, ce n'est pas la mort d'un gentil jeune homme de 25 ans. Non, le scandale, la tragédie, ce sont les propos racistes attribués aux supporteurs du PSG. Qu'on en juge par les extraits qui suivent (empruntés au site du Nouvel Observateur), ad nauseam :
  • "Cet événement m'inspire un sentiment non seulement de condamnation, non seulement de stupéfaction mais aussi d'horreur. Ces violences sont scandaleuses, les propos racistes, quelle que soit leur nature sont honteux et indignes et doivent être condamnés, et bien entendu je les condamne avec la plus grande fermeté." (Jacques Chirac, président de la République française, 24 novembre 2006)
  • "C'est un drame qui montre à quel point ces violences sont inacceptables. Nous nous sommes mobilisés au fil des dernières années avec Nicolas Sarkozy pour apporter les justes réponses et en particulier permettre des actions préventives d'interdiction de stades. Nous le voyons, il faut prendre des dispositions nouvelles. Il faut s'assurer que la répression pour tous ceux qui usent des violences dans les stades soit exemplaire." (Dominique de Villepin, premier ministre, 24 novembre 2006)
  • "Ces tensions et ces violences dont les conséquences peuvent être dramatiques, à l'image de ce qui s'est produit hier soir à l'occasion du match PSG - Hapoël Tel-Aviv, sont inacceptables et ternissent l'image du sport". (Jean-François Lamour, ministre de la jeunesse et des sports, 24 novembre 2006)
  • "Je crois qu'il y a une solution radicale et efficace, qui est de fermer les tribunes où se passent les phénomènes de violences. Sans doute ce n'est pas fait pour des problèmes financiers, mais lorsqu'on met en face à face les recettes contre ce qui se passe, je pense qu'aujourd'hui il faut arrêter de lésiner et il faut fermer les tribunes où se passent ce type de violence. C'est quand même incroyable ce fonctionnement de l'ordre public, qui sait parfaitement lorsque les supporters entrent dans les stades ce qui va se passer, et qui laisse entrer ces supporters. Il faut que le club prenne ses responsabilités, qu'il ferme les tribunes où se passent ces déclenchements insupportables de violence, de racisme et d'antisémitisme." (Ségolène Royal, candidate du Parti Socialiste à la présidence de la République, 25 novembre 2006)
  • "En tout état de cause la gravité de cet évènement vient de confirmer la nécessité absolue de combattre le racisme et l'antisémitisme dans l'environnement des supporters du PSG". "J'entends que désormais l'image et les valeurs de Paris soient respectées en toute circonstances : elles ne peuvent s'accommoder de la moindre forme d'intolérance. C'est pourquoi des actes significatifs doivent être posés". (Bertrand Delanoë, maire de Paris, 24 novembre 2006)
  • "Les bandes de voyous qui se nomment supporteurs ne doivent plus avoir leur place dans l'enceinte du Parc des Princes et ailleurs". "Ces manifestations de violence inqualifiables et sans doute teintées de racisme doivent être sanctionnées avec la plus grande fermeté". (Claude Goasguen, député UMP du XVI arrondissement de Paris, 24 novembre 2006)
  • "Il faut nettoyer la tribune Boulogne. Je pense que les dirigeants du Paris Saint-Germain doivent réfléchir à la question de savoir s'il ne faut pas maintenant faire venir à la tribune Boulogne un public qui correspond à ce qu'est le reste du public au Parc des princes, qui n'est pas raciste et qui n'est pas violent. Je pense que le PSG doit se poser la question dans un premier de temps de savoir s'il ne faut pas d'ici le reste de la saison jouer devant la tribune Boulogne vide. Et à ce moment il faut qu'il y ait le concours des forces de l'ordre parce que ce sera un bras de fer." (Pascal Cherki, adjoint au maire de Paris, chargé des sports, 25 novembre 2006 sur RTL)
  • "Ces ultra-violents, on les connaît. Ils sont tous répertoriés et pourtant, ils continuent à aller au stade." "Le ministre de l'Intérieur doit arrêter de brasser du vent. Nous demandons que les gens classés en catégorie C soient interdits définitivement de stade. Ceux classés en catégorie B doivent se voir interdire de stade à titre temporaire." (Didier Bariani, président du groupe UDF au Conseil de Paris)
  • "C'est une agression à caractère antisémite, c'est vraiment ça venant du Kop Boulogne, c'est toujours ça". "A l'issue du match, au moment de la dispersion des supporteurs, il y [avait] à peu près 200 supporteurs du Kop Boulogne du PSG". "Ce sont des gens extrêmement violents, extrêmement dangereux, animés par une idéologie d'extrême droite". (un porte-parole du syndicat Synergie-officiers, 24 novembre 2006 sur RTL)
  • "Je déplore qu'il y ait eu un mort du côté des supporters du PSG, mais ce sont quand même des gens qui sont racistes". "Il faut quand même savoir que le 'kop' de Boulogne [...] c'est à peu près 150 personnes [...], des sauvages, des voyous". (Joaquim Masanet, secrétaire général de l'UNSA-police, 24 novembre 2006, sur France Info)
  • "Tout ça est terrible. Dans cette affaire, le racisme et l'antisémitisme se mélangent comme d'habitude, […] c'est la violence banale, banalisée. Toute la société doit se mobiliser, les parents, les enseignants, tout le monde, pour qu'on apprenne à vivre ensemble en France. Ce qui se passe est grave pour la société française." (Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France - CRIF, 24 novembre 2006)
  • Et la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme - LICRA "constate, depuis le début de la saison, un réel durcissement des agressions racistes au Paris SG, dans des circonstances de plus en plus violentes", et "condamne avec fermeté" les violences survenues jeudi soir. Elle rappelle qu'elle "dénonce, et ce depuis plusieurs années, le climat d'insécurité et de terreur (violences racistes et antisémites, ratonnades, lynchages) qui règne à chaque match dans les allées du Parc des Princes". (24 novembre 2006)
  • "Un mort à la fin d'un match: ça devait arriver. Ce qu'il s'est passé est extrêmement grave et résulte d'un climat de violence et de racisme présent dans et autour de trop nombreux stades. Cet état de violence est dénoncé depuis plusieurs années par tous ceux qui aiment le football..." (SOS-Racisme, 24 novembre 2006)
  • "Ces faits inacceptables, même s'ils émanent d'une minorité, prouvent malheureusement que les actions déjà mises en œuvre par la Fédération française de football et la Ligue de football professionnel, en liaison avec les pouvoirs publics, pour lutter contre la violence et le racisme doivent être poursuivies et intensifiées pour éradiquer ce fléau qui détruit les valeurs du sport". (Jean-Pierre Escalettes, président de la Fédération française de football, 24 novembre 2006)
Personne ne savait encore ce qui s'était exactement passé ce soir-là, si ce n'est qu'un jeune homme encore inconnu de tous était mort. Mais des déclarations unanimes complaisamment diffusées dans la presse, il ressortait bien que Julien Quemener ne pouvait être qu'un sale raciste. Qu'il crève ! Un seul montrera un peu d'humanité pour la famille du jeune homme, Alain Cayzac, président du club Paris Saint-Germain : "C'est un événement dramatique. Avant d'être président, j'ai été dirigeant historique et je suis bouleversé car c'est la première fois dans l'histoire du club qu'il y a un mort. Tout le reste est secondaire par rapport à ce drame. [...] le reste ne sont que des mots." Mais pour avoir fait part de "sa profonde compassion à la famille du supporteur décédé", il sera aussitôt dénoncé par SOS-Racisme et l'Union des étudiants juifs de France !

Le dimanche 26 novembre, le PSG était en déplacement à Nantes pour son premier match après le drame. Ces supporters, que l'on présente comme des brutes épaisses, surent se montrer bien plus dignes que beaucoup de nos messieurs les importants. Ils avaient souhaité, en accord avec les dirigeants du club, que soit observée avant la rencontre une minute de silence en mémoire de Julien. C'était la moindre des choses. La Ligue de football y opposa un refus catégorique. Solidaires des parisiens, les supporters nantais avaient apporté une gerbe de fleurs pour la déposer sur la pelouse du stade. Le préfet s'y opposa !

Que s'était-il donc passé le soir du 23 novembre pour que l'on insulte aussi ouvertement la mémoire d'un mort ?

A suivre...
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24 novembre 2006 5 24 /11 /novembre /2006 23:17
La guerre est lointaine quand on ne la subit pas. Le 9 octobre dernier, après des semaines sans nouvelles, j'ai reçu la lettre qui suit d'une amie libanaise. Soudain, un choc. En peu de mots, avec pudeur, elle dit beaucoup...

"Chère Mélusine,

Vous m'excuserez pour ce retard à vous écrire mais nous avons passé par des moments très difficiles et je n'avais pas l'esprit à écrire. Malheureusement, j'ai perdu beaucoup d'amis dans cette guerre infernale, et maintenant je reprend ma vie normale. Toute la famille va bien grâce à Dieu, mais c'était très dur. Même deux mois après, les routes et les immeubles en ruines nous entourent comme un cauchemar. Je ne sais pas quoi vous dire, je suis toujours sous le choc, car le Liban est vraiment détruit que ce soit la pierre, les gens ou l'économie, et les gens sont inquiets car on parle ici d'une nouvelle guerre qui sera plus féroce que la dernière. Bizarrement les Libanais croient toujours que, un jour, nous vivrons comme tous les peuples en paix. Merci à vous tous qui avez pensé à nous. Vous me manquez beaucoup.
Nada"
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29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 00:22
Fin octobre 1956, après plusieurs mois d'espoir, commençait l'écrasement par l'armée rouge du soulèvement de Budapest contre le totalitarisme soviétique. La répression fera des milliers de morts et environ 200.000 Hongrois seront contraints de fuir leur pays.

Budapest, 1956 : De jeunes Hongrois s'emparent d'un char soviétique

Budapest, 1956

Hiver 1956-1957 : réfugiés hongrois passant la frontière autrichienne

En cette année 2006 de cinquantenaire, plusieurs commémorations ont eu lieu, notamment le 22 juin dans la capitale hongroise en présence du président des USA. Mais il semble que le rappel de ces événements tragiques, qui révélèrent à beaucoup la sombre réalité du communisme, ne soit pas du goût de tout le monde en France. Le Ministère de l'Intérieur a en effet interdit hier 28 octobre à la dernière minute et sans raison sérieuse ("risques de trouble à l'ordre public" !) une petite manifestation qui devait se tenir à Paris en leur mémoire... La chose est d'autant plus curieuse que M. Sarközy en tant que Hongrois lui-même ne peut quand même pas ignorer ce qui s'est passé à Budapest en 1956. Ses compatriotes apprécieront. Pour rafraîchir la mémoire de nos hommes politiques, voici ce qu'écrivait Albert Camus en 1957 :


LE SANG DES HONGROIS

Je ne suis pas de ceux qui souhaitent que le peuple hongrois prenne à nouveau les armes dans une insurrection vouée à l’écrasement, sous les yeux d’une société internationale qui ne lui ménagera ni applaudissements, ni larmes vertueuses, mais qui retournera ensuite à ses pantoufles comme font les sportifs de gradins, le dimanche soir, après un match de coupe.

Il y a déjà trop de morts dans le stade et nous ne pouvons être généreux que de notre propre sang. Le sang hongrois s’est révélé trop précieux à l’Europe et à la liberté pour que nous n’en soyons pas avares jusqu’à la moindre goutte.

Mais je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il peut y avoir un accommodement, même résigné, même provisoire, avec un régime de terreur qui a autant de droit à s’appeler socialiste que les bourreaux de l’Inquisition en avaient à s’appeler chrétiens.

Et, dans ce jour anniversaire de la liberté, je souhaite de toutes mes forces que la résistance muette du peuple hongrois se maintienne, se renforce, et répercutée par toutes les voix que nous pourrons lui donner, obtienne de l’opinion internationale unanime le boycott de ses oppresseurs.

Et si cette opinion est trop veule ou égoiste pour rendre justice à un peuple martyr, si nos voix aussi sont trop faibles, je souhaite que la résistance hongroise se maintienne encore jusqu’à ce que l’Etat contre-révolutionnaire s’ècroule partout à l’est sous le poids de ses mensonges et de ses contradictions.

La Hongrie vaincue et enchaînée a plus fait pour la liberté et la justice qu’aucun peuple depuis vingt ans. Mais, pour que cette leçon atteigne et persuade en Occident ceux qui se bouchaient les oreilles et les yeux, il a fallu et nous ne pourrons nous en consoler, que le peuple hongrois versât à flots un sang qui sèche déjà dans les mémoires.

Dans la solitude où se trouve aujourd’hui l’Europe, nous n’avons qu’un moyen (d'être fidèles à la Hongrie), et qui est de ne jamais trahir, chez nous et ailleurs, ce pour quoi les combattants hongrois sont morts, de ne jamais justifier, chez nous et ailleurs, fût-ce indirectement, ce qui les a tués.

Nous aurons bien du mal à être dignes de tant de sacrifices. Mais nous devons nous y essayer, dans une Europe enfin unie, en oubliant nos querelles, en faisant justice de nos propres fautes, en multipliant nos créations et notre solidarité.

Notre foi est qu’il y a en marche dans le monde, parallèlement à la force de contrainte et de mort qui obscurcit l’histoire, une force de persuasion et de vie, un immense mouvement d’émancipation qui s’appelle la culture et qui se fait en même temps par la création libre et le travail libre.

Ces ouvriers et ces intellectuels hongrois, auprès desquels nous nous tenons aujourd’hui avec tant de chagrin impuissant, ont compris cela et nous l’ont fait mieux comprendre. C’est pourquoi si leur malheur est le nôtre, leur espoir nous appartient aussi. Malgré leur misère, leurs chaines, leur exil, ils nous ont laissé un royal héritage que nous avons à mériter : la liberté, qu’ils n’ont pas seulement choisie, mais qu’en un seul jour ils nous ont rendue !
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28 octobre 2006 6 28 /10 /octobre /2006 21:09
Parlons chiffons ! Du 13 au 16 octobre 2006 se tenait à Paris la 3e édition du Salon de la mode éthique (cf. www.ethicalfashionshow.com). Pour qui en serait resté au pull informe façon éleveurs de chèvres du Larzac, associé au refus de la féminité, à la consommation de drogues et autres idées folles, la "mode écolo" ce n'est plus du tout ça ! Mais plutôt ceci :


Trois domaines, parfois combinés, étaient mis en valeur : la production textile écologique, le "développement durable" et les matériaux recyclés. Si les stands africains, qui donnaient presque tous dans l'ethno-folklorique, étaient plutôt désertés des visiteurs, les créateurs d'Asie par contre ont rencontré un vif succès. Non pas la Chine, puissance textile certes, mais, comme on sait, peu versée dans l'écologie et qui n'était que médiocrement représentée, mais l'Inde et les pays d'Asie du Sud-Est. L'association thaïlandaise SoiWat présentait les jeunes créateurs de Bangkok dont des pièces uniques d'un des grands noms de la mode de demain... dont j'ai malheureusement oublié le nom !

L'Asie Centrale était représentée par les manteaux traditionnels en soie brochée de la marque mongole Torgo, et là je dois dire que j'ai craqué - le petit manteau noir élégamment porté par une belle des steppes longiligne, sur moi ce n'était pas mal non plus... Où l'on apprend aussi qu'en Mongolie, la fleur de lys est un motif ornemental très prisé. Les vestes modernes coupées dans de la soie de kimono de la marque franco-japonaise Aoi étaient encore plus remarquables, mais là on atteint la haute-couture et les prix qui vont avec.

Côté Occident, les modèles en coton biologique, chanvre ou fibres de bambou de la sympathique Grace Trance sont la meilleure illustration de l'alliance retrouvée entre écologie et féminité (voir ci-dessus). Ils ne sont encore disponibles qu'aux USA et c'est bien dommage. Sympathique aussi, le tour du cou en vison blanc doublé de tissu pied-de-coq de Rachel Fortin, spécialiste en fourrures recyclées (non, je n'ai pas craqué !). Dans notre monde de consommation effrénée et du tout jetable, le recyclage ou récupération de matériaux usés a encore bien du chemin à faire pour s'imposer, mais s'il est un domaine où l'idée passe bien c'est celui de la fourrure. Et Rachel Fortin sait faire du neuf avec du vieux et vous transforme votre manteau de fourrure défraîchi en quelquechose de beaucoup mieux. Il suffit d'aller à Montréal... (cf. www.rachelf.ca)

Enfin une mention spéciale pour Seyes, une jeune marque française de pulls en coton pour hommes et pour femmes à porter tous les jours : culture biologique, commerce équitable et projet de développement durable en Inde (région du Madhya Pradesh), teinture sans métaux lourds et confection "Made in France" avec toutes les garanties et la qualité qui en découlent et, très important aussi, les créations d'emplois, bref l'anti-délocalisation... Et ça marche ! (cf. www.seyes.fr)
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21 octobre 2006 6 21 /10 /octobre /2006 22:38
La Géorgie est un pays du Caucase dont on parle peu. Sans doute est-il trop lointain, trop compliqué, et trop éloigné de nos préoccupations pour justifier l'envoi de correspondants sur place. Le peu que l'on en retient est que, comme l'Ukraine, il a connu une révolution pacifique qui a porté au pouvoir un nouveau président réputé démocrate. Et celui-ci bénéficie comme tel d'un a priori favorable.

En novembre 2003, la "révolution des roses" qui conduisit à l'éviction du président géorgien Edouard Chevardnadzé fut en effet saluée par les médias occidentaux comme une victoire de l'esprit démocratique. Chevardnadzé, ancien ministre de Gorbatchev, avait pourtant jusque là une bonne réputation, mais son régime apparut alors excessivement corrompu et les élections parlementaires qui venaient de se dérouler, entachées de fraude. Le 23 novembre, il dut démissionner. Les présidentielles anticipées qui suivirent portèrent au pouvoir en janvier 2004 l'un des principaux candidats de l'opposition en la personne de Mikhaïl Saakachvili, dont les partisans furent aussi les grands vainqueurs des élections législatives de mars 2004 et viennent de remporter les municipales d'octobre 2006.

Vu de l'extérieur, tout semblait donc aller sinon bien, du moins beaucoup mieux au pays des roses. Mais c'était sans compter les épines !

Car, selon l'une des anciennes collaboratrices de Saakachvili aujourd'hui réfugiée à Moscou, Irina Sarichvili, qui dirige le mouvement d'opposition Imedi (Espoir), la Géorgie d'aujourd'hui n'est rien moins qu'une "dictature fondée sur la terreur et la violence" où "les droits démocratiques et les libertés des citoyens sont réprimés" et où le nombre des détenus politiques croît exponentiellement. D'après Madame Sarichvili, plusieurs dizaines de membres de l'opposition seraient en détention de même que nombre de simples citoyens dont le seul tort est d'avoir critiqué le nouveau régime. Ayant elle-même été victime de mesures d'intimidation sous Chevardnadzé, Irina Sarichvili semble savoir de quoi elle parle. Dans une conférence de presse rapportée par l'agence russe RIA Novosti, elle ajoute que, dans les prisons géorgiennes, "les détenus sont victimes de tortures et de brimades massives". "En l'absence de motifs d'inculpation, les procès n'ont jamais lieu. Le fait que les accusations avancées ne soient pas argumentées n'est pas un secret pour les autorités, mais leur objectif est d'arracher des aveux". Et Madame Sarichvili d'en appeler aux organisations internationales de défense des droits de l'homme...

De même, d'après un analyste russe, Piotr Romanov, les militants de l'opposition les plus actifs ont été jetés en prison sous le prétexte de complot et le scrutin a été anticipé de sorte que le reste de l'opposition n'ait pas assez de temps pour se réorganiser. Enfin, toujours selon l'opposition, de véritables "escadrons de la mort" opèreraient depuis longtemps sur le territoire géorgien sous l'oeil approbateur du président.

Et l'opposition géorgienne dénonce également des irrégularités grossières dans les dernières élections municipales où le "Mouvement national" du président Saakachvili a fait un triomphe... jusqu'à recueillir 114% des voix dans l'une des circonscriptions !

Affabulations russes ? Sans doute pas tant que ça, si l'on en croit un rapport d'Amnesty international de novembre 2005 - par conséquent d'un an antérieur aux dernières élections - intitulé pudiquement "Torture et mauvais traitements : des pratiques encore inquiétantes après la révolution des roses". Ce rapport se fonde sur des éléments d’information recueillis sur le terrain au cours de trois missions d'enquête menées à Tbilissi et Zugdidi en 2004 et 2005, ainsi que sur des entretiens avec plusieurs détenus des centres de détention n° 1 de Tbilissi et n° 4 de Zugdidi.

Il y est fait état de tortures et mauvais traitements visant des hommes, des femmes et des enfants en nombre non précisé "en l'absence de statistiques exhaustives et fiables". Suit un florilège des traitements appliqués aux détenus : électrocution, pose de sacs en plastique sur la tête, suspension à une barre entre deux tables, brûlures de cigarette et de bougie, placement du canon d’une arme à feu dans la bouche et menace de tirer, pose d’un bandeau de ruban adhésif sur les yeux, coups donnés avec la paume de la main sur les oreilles, menaces de coups à l’encontre de membres de la famille du détenu, bâillonnement de manière à ce que le détenu ne puisse pas crier, coups de matraque et de crosse de fusil, coups de pied.

Entre autres cas de torture manifeste, Amnesty International présente celui de Gueno Koulava, suspendu à une barre placée entre deux tables et frappé à coups de pied et de matraque, avant d’être projeté à terre, et brûlé à l’avant-bras avec une bougie. Toutefois la plupart des cas sont passés sous silence et les victimes se voient dissuadées de porter plainte sous peine de représailles. Ainsi, malgré les dénégations des autorités locales, un expert médico-légal de Zugdidi rapportait en mai 2005 qu’il avait régulièrement examiné des personnes présentant des lésions corporelles qui avaient pu être causées par des actes de torture ou des mauvais traitements.

Je cite la suite du rapport : "Selon le témoignage de Vakhtang Goutchoua, une quinzaine de policiers, dont un seul ne portait pas de masque, l’ont interpellé chez lui à l’aube du 18 avril. Ils l’ont conduit dans les locaux de l’unité spéciale de la police, rue Kedia, à Zugdidi, et soumis à des mauvais traitements quatre heures durant, jusqu’à environ 8 heures du matin. Selon ses propres termes : "Ils m’ont battu et frappé à coups de pied et de crosse de fusil. J’étais par terre la plupart du temps. Ils voulaient me mettre un sac plastique sur la tête, mais y ont renoncé lorsque je les ai implorés de ne pas le faire en raison de graves problèmes pulmonaires." D’après Vakhtang Goutchoua, les policiers voulaient qu’il signe des "aveux" concernant sa participation en juin 2002 à l’homicide de Jamal Narmania, ancien représentant de l’État dans la région."

Autre exemple : "Alexandre Mkheïdze, architecte âgé de vingt-sept ans, a été arrêté par la police dans le village de Tsqneti, non loin de Tbilissi, le 6 avril 2005. Il affirme avoir été battu et frappé à coups de pied alors que les policiers le conduisaient au ministère des Affaires intérieures, où il aurait de nouveau été battu. Il a ensuite été transféré au centre de détention provisoire n°1 de Tbilissi. Le médecin qui l’a examiné à son arrivée a enregistré sa plainte concernant des mauvais traitements infligés par la police, tout en le jugeant "en bonne santé". Deux jours plus tard seulement, Alexandre Mkheïdze a été examiné lors de son transfert au centre de détention au secret pour enquête n°1 de Tbilissi. Cette fois-ci, le médecin a observé une ecchymose bleu foncé sur son tibia droit, une éraflure sur sa main droite couverte d’une croûte rouge foncé et une ecchymose bleu-jaune foncé sur la partie interne de sa cuisse droite, près de l’aine. Il a ajouté qu’Alexandre Mkheïdze se plaignait de douleurs à la tête, à la nuque et à la colonne vertébrale et affirmait que ces blessures lui avaient été infligées par les policiers dans le village de Tsqneti. Cette allégation a été confirmée deux semaines plus tard par une enquête médico-légale."

En outre, "certaines modifications de la loi adoptées depuis la "révolution de la rose", telles que la négociation de la peine, ont été dénoncées par des avocats et des défenseurs des droits humains convaincus qu’elles accroissaient le risque que les détenus soient soumis à des actes de torture ou autres mauvais traitements aux mains des forces de l’ordre."

Le rapport dénonce aussi l’impunité dans les affaires de torture et s’inquiète de ce que les procureurs n’ouvrent pas systématiquement d’enquêtes sur toutes les allégations de torture et de mauvais traitements. Les auteurs présumés ne sont pas déférés devant la justice et lorsque des enquêtes ont été ouvertes sur de tels faits, elles se sont rarement avérées impartiales. Parfois, les membres du bureau du procureur étaient eux-mêmes impliqués dans les tortures et mauvais traitements censés avoir été infligés au détenu... Souvent, les investigations, démarrées tardivement, n’ont pas été approfondies. Et dans plusieurs affaires, l’enquête n’a pas été menée de manière exhaustive – lorsqu’elle a été diligentée.

Une évolution inquiétante a même été constatée au cours des derniers mois [de 2005] : selon certaines informations, les forces de sécurité auraient, à plusieurs reprises, fait usage d'une force excessive contre des prisonniers, à la suite de quoi plusieurs détenus sont morts et des dizaines ont été grièvement blessés. Il a été allégué également que la police utilise fréquemment une force excessive lors des arrestations, ce qui se solde souvent par la mort des suspects...

Le 19 mai 2006, le Comité contre la torture de l'ONU faisait, dans un rapport assorti de recommandations au gouvernement géorgien, un constat similaire sur, je cite, la persistance de l'impunité et de l'intimidation, en particulier s'agissant du recours excessif à la force, y compris la torture, de la part des responsables de l'application des lois ; sur l'anonymat des unités spéciales de la police, dont les agents sont souvent masqués lorsqu'ils exécutent des opérations d'arrestation et ne portent pas de badges d'identification ; et sur l'absence de textes de loi prévoyant l'octroi sans délai d'une réparation appropriée. Le Comité a également fait part de ses préoccupations quant au nombre élevé de décès soudains lors des gardes à vue, et à l'absence totale d'informations détaillées concernant les enquêtes indépendantes sur ces décès.

De même, selon l'Association des jeunes avocats géorgiens GYLA (pour Georgian Young Lawyers Association), les aveux des prévenus seraient le plus souvent obtenus par la torture sous toutes ses formes (coups, électrocution, étouffement, brûlures diverses et menaces à l’encontre des membres de leurs familles). Mais ce qui inquiète le plus Ana Dolidze, présidente de GYLA, ce sont les déclarations officielles qui, par leur côté rassurant et absolutoire, peuvent constituer, pour les forces de l’ordre, un encouragement à poursuivre en toute impunité la pratique de la violence et de la torture. Elle rappelle, à cet effet, les déclarations du président Saakachvili qui, la veille de la publication du rapport d’Amnesty International, se vantait d’avoir "éradiqué la violence policière" depuis son arrivée au pouvoir...

Devant l'accumulation des témoignages, les satisfecit médiatiques adressés aux autorités géorgiennes ne laissent pas de surprendre, de même que les circonlocutions des observateurs de l'OSCE et de l'Union européenne à propos des dernières élections qui se seraient selon eux déroulées "dans le respect général des libertés fondamentales", malgré les 30% de candidats de l'opposition dont la candidature a été invalidée, les nombreuses circonscriptions où ne se présentait qu'un seul candidat - celui du pouvoir bien entendu, - les programmes dits d'aide sociale et la distribution de compléments de pension lancés à grand renfort de publicité par les autorités en place en pleine campagne électorale, la collusion entre certaines commissions électorales et les activités de campagne du parti au pouvoir, et autres "sérieux problèmes de procédure".

Si l'on ajoute à cela la corruption qui gangrène tout l'appareil de l'Etat et les déclarations bellicistes de Mikhaïl Saakachvili à l'encontre des Ossètes et des Abkhazes... (le nouveau président "démocratique" de Géorgie brigue apparemment le titre disputé d'agité du Caucase)

Bref, tout va bien en Géorgie !
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8 octobre 2006 7 08 /10 /octobre /2006 00:20

Dépôt de munitions taliban en feu à Nawzad après une attaque des troupes britanniques

Suite de l'article du Daily Mail.

"Les Talibans, auparavant considérés comme une force équipée de bric et de broc sans armement sophistiqué et sans connaissances tactiques, ont évolué. Le conflit a permis au trafic d'héroïne de prospérer et avec ses coffres remplis à ras bord l'armée de guerilla a acheté de l'équipement tel que  lunettes à infra-rouge.

Les Talibans ont aussi recruté des légions de mercenaires qui se sont déversés depuis le Pakistan dans la province afghane de Helmand occupée par les Britanniques. Contrairement à ce qu'affirme le Ministre de la Défense, les soldats disent que les combats se poursuivent sans interruption. Dans les dernières 48 heures, des troupes parachutistes et des Royal Marines, appuyés par de l'artillerie lourde ont conduit des opérations décrites comme "percée et infiltration" dans la région de Sangin.

Il paraîtrait que deux Britanniques au moins ont été grièvement blessés pendant un combat que les soldats ont qualifié de "hardcore". C'était le dernier assaut mené par le 3e bataillon parachutiste avant qu'ils passent la main au 42e commando des Royal Marines.

L'image de la vie dans la principale base britannique, Camp Bastian, est un peu plus encourageante. La frustration née du rationnement de la nourriture dans les cuisines a conduit les soldats à prendre les louches des mains des cuisiniers pour se servir eux-mêmes.

Ils ont commencé leur mission avec ce que les soldats nomment "munitions proportionnées pour temps de paix", moins qu'ils en recevraient en cas de bataille. Ces fournitures ont été dénoncées comme étant trop faibles (120 cartouches par fusil et deux grenades). Les hommes équipés de fusils emportent maintenant plus de 200 cartouches, et beaucoup ont troqué leurs fusils contre des armes automatiques appelées Minimi.

Depuis que les forces britanniques sont arrivées dans la province d'Helmand en mai, il y a eu peu de succès. L'un a été l'efficacité de l'hélicoptère Apache, qui a sauvé beaucoup de vies.

La nuit passée, le Ministre de la Défense a déclaré : "Des efforts considérables sont faits pour assurer aux soldats en première ligne le meilleur soutien à tous points de vue. Les dures réalités du combat créeront inévitablement des frictions à propos de tel ou tel incident particulier, mais chacun fait de son mieux devant le défi que nous affrontons".

"Le Ministre de la Défense se réjouit de ces témoignages durs et touchants qui dépeignent la réalité du difficile travail sur la ligne de front. Le 3e bataillon parachutiste s'est magnifiquement conduit dans des circonstances extrêmement difficiles. Aux côtés de l'armée nationale afghane, ils ont affronté les Talibans qui n'ont rien à offrir au peuple afghan. Nous les saluons."
 M. Nicol pour le Daily Mail, 1er octobre 2006
Pour la version originale, cf. www.dailymail.co.uk/pages/live/articles/news/news.html?in_article_id=407830&in_page_id=1770&ico=Homepage&icl=TabModule&icc=NEWS&ct=5
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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 20:02
Les médias en parlent beaucoup moins que de l'Irak, peut-être parce que cela nous concerne beaucoup plus directement - puisque, contrairement à l'Irak, des soldats français y sont engagés. Je veux parler de l'Afghanistan. Pourtant les nouvelles sont mauvaises et pire...

Entre tribalisme, Islam radical et monoculture des opiacés, le pays n'est certainement pas sur la voie de "la démocratie". Et les derniers événements laissent penser que la situation échappe de plus en plus aux troupes de l'OTAN dont font partie des unités françaises. On finit d'ailleurs par se demander ce que nous faisons là-bas. La situation militaire est assez mal engagée depuis que les Talibans, toujours soutenus par le Pakistan, lui-même allié des USA... ont repris du poil de la bête (ils ont d'ailleurs leur base-arrière dans la ville pakistanaise de Quetta, au Sud de la frontière afghane). Les bavures, exactions et autres cas de torture de la part de certaines troupes otanesques, notamment dans la prison de Begram, n'arrangent rien à l'affaire. Les avantages politiques, s'il y en a, iront aux Anglo-saxons. Quant aux perspectives économiques, ce sont les Indiens, les Turcs et les Russes qui, très discrètement, en tirent la meilleure part. On pourrait encore comprendre que les Français se cantonnent au Nord et à Kaboul pour apporter une aide logistique, militaire et humanitaire aux populations tadjikes, plus conciliantes, mais plus au Sud... le chaos s'installe.

Au détour d'un article du Daily Mail du 1er octobre 2006 que je traduis ci-après, on apprend le sort épouvantable fait par les Talibans à des soldats français - le nombre n'est pas précisé, non plus que la date, mais il pourrait s'agir des deux français des "Forces spéciales" du 1er régiment parachutiste d'infanterie de marine de Bayonne (1er RPIMa) tués le 20 mai 2006 dans des circonstances sur lesquelles nos autorités sont restées très discrètes.

L'article de Mark Nicol intitulé de façon assez parlante, "La guerre d’Afghanistan ou le Vietnam des Anglais", reprend les extraits de messages adressés par les soldats anglais à leurs familles, étant entendu que ces soldats ont interdiction d'informer la presse sur l'état réel de la situation qu'ils rencontrent, sous peine de sanctions...


Soldat du 3e bataillon parachutiste britannique embusqué dans les ruines - Afghanistan, 2006

"Une moto quad traverse en cahotant le terrain désertique ravagé par la bataille, les restes de trois soldats britanniques arrimés à l'arrière, pendant qu'un hélicoptère Chinook bourdonne au-dessus. De jeunes soldats épuisés échangent sporadiquement des tirs d'armes légères avec un ennemi invisible. Une unité d'infanterie patrouille nerveusement dans un village en feu... Telles sont les images qui révèlent la réalité grinçante, funeste de l'engagement britannique en Afghanistan. Et elles ont été délivrées au monde par les troupes elles-mêmes, en colère... et assiégées.

Les images ont été prises ces derniers mois avec des appareils numériques par des hommes de troupe appartenant aux forces combattantes du 3e bataillon parachutiste. Pour la plupart, elles ont été expédiées en Angleterre par courriel en contournant les tentatives du gouvernement pour dissimuler aux regards du public la vraie nature du conflit.

Ce déploiement de troupes est ce que les Ministres, bien à l'abri dans leurs bureaux de Whitehall, qualifient de "mission de maintien de la paix". Il est de notoriété publique que John Reid, aujourd'hui Secrétaire d'Etat à l'Intérieur, avait annoncé que les Britanniques rempliraient leurs obligations militaires sans avoir besoin de tirer un seul coup de feu. La nouvelle équipe gouvernementale s'est vu déconseiller de rendre visite aux troupes, sauf visites bien cadrées d'avance.

Mais ces images exceptionnelles, appuyées par les commentaires des courriels, disent la vérité de ces combats sauvages et sanglants contre les Talibans, des escarmouches incessantes, de la pénurie de munitions et même de vivres. L'eau manque et les soldats en sont réduits à boire dans des rivières souillées. Ils mangent le pain chipé aux troupes afghanes. Les recrues sont assaillies par les mouches des sables et les scorpions et rendues fou par le stress. Ils sont attaqués par des miliciens talibans à moto qui ouvrent le feu tout en maintenant des enfants sur le guidon.

Les batailles se déroulent sur fond de villages en feu réduits en miettes par les bombardements aériens. Des combattants pris de panique ont parfois fait usage de leurs téléphones satellites pour appeler l'Angleterre et passer le message déchirant qu'ils sont sur le point de mourir. L'illustration en a été donnée dimanche dernier au Daily Mail par des soldats affirmant que l'ennemi est en plus grand nombre, plus déterminé et mieux équipé que les politiciens veulent bien le reconnaître. Ce n'est pas, disent-ils, une mission de maintien de la paix, mais un nouveau Vietnam.

Selon un soldat qui a accepté d'accorder un entretien par courriel : "C'est un sort pire que les gens ne l'imaginent chez nous. Les politiques..., salopards de politiques ! Une véritable entreprise de dissimulation à grande échelle que de ne pas dire ce qu'il en est vraiment."

Il y aurait aussi des pressions considérables sur les troupes parachutistes pour leur interdire de parler de l'Afghanistan lorsqu'elles seront rapatriées en Grande-Bretagne ce mois-ci. "Ils essaient de nous effrayer, confirme un soldat. C'est déloyal. L'officier en chef a prétendu qu'il assomerait tous ceux qui seront reconnus avoir parler ouvertement de ça".

Hier, cependant, le Ministre de la Défense a déclaré publiquement que le témoignage des soldats serait bienvenu, alimentant du même coup le soupçon que le manteau de secret qui enveloppe jusqu'ici les opérations a été voulu par les politiciens plutôt que par les militaires.

Dans les courriels, les soldats évoquent crûment la sauvagerie des engagements qu'ils doivent dissimuler au public de retour à la maison. L'un dit : "Vous voyez les Talibans couper à travers champs sur leurs motos, les armes dans une main, leurs enfants dans l'autre. Ils pensent que nous ne tirerons pas. Il y a eu des incidents terribles. C'est horrible de tuer un enfant. Rien ne peut vous y préparer".

A la suite d'une embuscade où trois soldats britanniques ont trouvé la mort dans la ville de Musa Qalah le 1er août, un sous-officier a été contrait à des actes dramatiques pour récupérer le corps d'un soldat et essayer dans sauver un autre fait prisonnié. Un courriel en possession du journal affirme : "Ce lieu [Musa Qalah] est un trou. Le premier char a été touché par un IED [Improvised Explosive Device, une mine je suppose], puis un char de secours a été démoli : ils l'ont touché avec un RPG [Rocket Propelled Grenade, une roquette ?]. C'était un combat de guerre, pour vous dire, on avait même fixé des baïonnettes à nos armes". Les soldats ont dû utiliser une pelle pour sortir de l'épave le corps de l'un de leurs camarades. "Nous avons libérer l'écoutille pour sortir le corps alors qu'on nous tirait dessus. Le plus dur a été de lui marcher dessus pour ramasser le tout et chercher sa plaque".

L'une des victimes de l'accident était encore en vie et avait été capturée par les Talibans. Environ 100 soldats britanniques ont encerclé Musa Qalah en donnant 30 minutes aux non-Talibans pour partir. Toute personne restée sur place a été considérée comme une cible légitime - ce qui évoque à nouveau l'ombre du Vietnam. Le soldat capturé a été retrouvé mort par ses camarades. On ne sait s'il a été tué par les Talibans ou s'il est mort de ses blessures.

La nuit passée le Ministre de la Défense a déclaré qu'il "n'y avait pas meilleure illustration de l'extraordinaire engagement des soldats britanniques". La prestation de la Royal Air Force est aussi remise en question par les troupes au sol. Ceci fait suite à la plainte du major parachutiste James Loden la semaine dernière contre "l'inutilité absolue" de la RAF.

Décrivant l'échec du ravitaillement des troupes prises au piège dans un camp situé dans le village rasé de Sangin, un sous-officier parachutiste raconte : "Une zone de largage a été délimitée, sous le feu et de nuit. Sa position était parfaitement connue. L'Hercule est venu et l'a complètement manquée. Ils ont fait le largage directement au-dessus des positions des Talibans, une centaine de mètres au-delà du camp. Nous avons entendu un grand hourra des Talibans. Ça a été un grand coup pour nous. Nous attendions le largage depuis deux jours. Nous nous réjouissions quand il s'est approché, puis nous l'avons vu tomber dans les mains des Talibans".

Cela n'a pas été le seul ravitaillement a tourner méchament mal. Un autre a presque coûté la vie à des troupes canadiennes. "On nous a annoncé qu'un convoi britannique arrivait avec les munitions, donc nous attendions les véhicules. Il y avait deux gars dans l'une des positions entourrées de sacs de sable. Elle avait été pulvérisée à deux reprises par les roquettes. Ils ont entendu le grondement et ont aperçu une sorte de tank qui pointait au coin de la rue. Ils ne savaient pas ce que c'était, mais ce n'était pas britannique. Ils ne pouvaient pas voir correctement. Ils ont pensé que c'était du vieux matériel russe dont les Talibans se seraient emparés. Donc il y a deux gars qui descendent la rue en courant avec des lance-roquettes sur le point de les pulvériser, jusqu'à ce qu'un des gars remarque cette feuille d'érable sur le devant de l'un des chars. Nous avons pris la radio et avons eu une sérieuse explication sur le thème : pourquoi n'avions-nous pas été prévenus qu'ils venaient ?".

L'état moral et physique des forces britanniques fait aussi question. Le témoignage des courriels laisse entendre que les cas de soldats [ici une saine censure - inutile de saper un peu plus le moral des troupes !, - disons qu'ils sont verts de peur]... sont maintenant courants. Ils se réveillent de leurs cauchemars en hurlant et ont même fait des appels désespérés à leurs familles pendant les combats.

Une fois, les parachutistes ont été appelé au secours de troupes afghanes et de Forces spéciales françaises tombées dans une embuscade des Talibans. Transportés là par un hélicoptère Chinook, au moment d'atterrir, ils n'en croyaient par leurs yeux. Le sol était jonché des corps des soldats afghans, et de plus en plus de balles touchaient l'hélicoptère.

"Je n'arrivais pas à croire que nous allions sortir de cet hélicoptère et charger contre un mur de feu, avoue l'un." "Personne ne voulait sortir [...] Un type, raide de peur, se cramponnait à l'intérieur jusqu'à ce que nous le traînions et le tournions vers la porte."

"Nous devions tirer et manœuvrer sur 200 mètres à découvert. Le spectacle était celui d'un abattoir humain. Nous avons repoussé les Talibans mais c'était trop tard pour sauver les Français. Nous tremblions tous lorsque l'hélicoptère nous a ramené à la base. L'un des survivants afghans nous a raconté que les Français avaient été attachés, puis éviscérés vivants. C'est l'une des choses les plus horribles que j'ai jamais entendue".

Il y a eu des rumeurs contradictoires à propos de l'Armée nationale afghane. Cependant, l'un des soldats les décrit comme "terriblement durs". Ils ont continué à se battre aux côtés des Britanniques bien que des membres de leurs familles aient été tués par les Talibans.

Quelques soldats britanniques en permission ont dit à leurs familles qu'ils craignaient de mourir. Mais après les atrocités contre les Français, ils disent qu'ils préfèrent être tués que capturés.
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30 septembre 2006 6 30 /09 /septembre /2006 22:45

















Pyramide de chaussures, Paris, place de la Bastille, le 30 septembre 2006

Après la campagne internationale contre les mines antipersonnelles qui a débouché sur le Traité d'Ottawa (1997), aujourd'hui ratifié par 154 Etats (parmi ceux qui se refusent à signer on notera en bonne place les USA et Israël aux côtés de la Corée du Nord...), l'association Handicap international soulève depuis 2003 la question de l'interdiction d'une arme aux effets similaires : la bombe à sous-munitions, dont les nombreuses munitions non explosées ne sont autres que... des mines antipersonnelles, cf. www.sousmunitions.org et le texte que je consacrais il y a quelques jours à ces armes anti-civils :
http://geopolis.over-blog.net/article-3960135.html


"...les attaques menées pendant les guerres ne doivent jamais viser intentionnellement les populations civiles. Les armes employées par les parties en conflit doivent être utilisées de façon discriminante et non disproportionnée par rapport à la valeur de l'objectif militaire, interdisant toute attaque militaire où les pertes et dommages attendus seraient excessifs." Voilà pour les principes du droit international. Dans la pratique,
  • 61.000 bombes à sous-munitions contenant 20 millions de sous-munitions ont été larguées par les USA, l'Arabie séoudite, la France et l'Angleterre lors de la Guerre du Golfe (17 janvier - 28 février 1991);
  • 1.765 bombes à sous-munitions contenant 295.000 sous-munitions ont été larguées par les USA, l'Angleterre et les Pays-Bas sur l'ex-Yougoslavie (Serbie et Kosovo, mars - juin 1999) ;
  • 1.228 bombes à sous-munitions contenant 248.056 sous-munitions ont été larguées par les USA sur l'Afghanistan (octobre 2001 - mars 2002);
  • 13.000 bombes à sous-munitions contenant 1,8 à 2 millions de sous-munitions ont été à nouveau larguées par les USA et l'Angleterre sur l'Iraq (mars - avril 2003);
  • et le nombre des sous-munitions non explosées lancées par Israël sur le Liban est estimé à 1 million (12 juillet - 14 août 2006)...
  • A qui le tour ?


Achtung, Minen !
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29 septembre 2006 5 29 /09 /septembre /2006 23:02
Je ne vais pas annoncer les résultats de la prochaine coupe du monde de football, mais proposer un parallèle entre deux pays fort différents de prime abord : d'une part en Amérique du Sud, le Brésil (8,5 millions de km2, 186 millions d'habitants), de l'autre en Europe, la France (0,5 million de km2, 65 millions d'habitants).

Il fut un temps - très bref (1555-1560) - où le Brésil s'appela "France antarctique". C'était l'époque où l'amiral de Villegagnon tentait d'implanter une colonie française (et protestante) dans la baie de Guanabara (Rio de Janeiro). Le Brésil est resté portugais (et catholique), mais l'influence française ne s'est jamais démentie depuis lors, pour le meilleur... et pour le pire. Dans le meilleur, on peut compter la francophilie des Brésiliens, les voyages de savants, la tradition des ouvrages d'art à la française, etc. ; dans le pire, l'abolition de la monarchie en 1889 à la suite d'un coup d'Etat fomenté par des officiers saint-simoniens et de grands propriétaires terriens mécontents de l'abolition de l'esclavage... Ah, le modèle de la République française ! Ces Messieurs reprochaient à l'empereur Dom Pedro II la Loi d'Or de 1888 par laquelle il avait mis fin à l'esclavage. Mais puisqu'il s'agit quand même d'un pays civilisé, on ne lui coupa pas la tête et on l'envoya finir ses jours en exil... en France. La République fut donc proclamée à titre provisoire le 15 novembre 1889 dans l'attente d'un référendum : république ou monarchie ? Bien entendu, le référendum, on se garda bien de l'organiser ! Et ce n'est qu'en 1993, soit un siècle plus tard, qu'il a eu lieu et que les Brésiliens ont enfin été consultés sur le choix du régime. La monarchie y a quand même recueilli 10% des voix... Entre temps, comme la république française avait eu sa Vendée, celle du Brésil a eu la révolte de Canudos (1893-1897), écrasée dans le sang...

Côté français, le début du XXe siècle montre un grand engouement pour "la petite sœur latine de la France" (sic) et ses représentants de passage : l'aviateur Santos-Dumont, le compositeur Villa-Lobos, etc. Villa-Lobos, par exemple, c'était un peu la latinité aimable opposée à la germanité wagnérienne. Mais alors que la France avait toujours fait figure de modèle, les Brésiliens étant prompts à adopter les modes venues de Paris, il semble que le rapport se soit ajourd'hui inversé, en tout cas dans l'esprit des Français. Voilà-t-y pas que nous voulons à toutes forces nous transformer en Brésiliens ! Cela a commencé avec le football, et maintenant certains voudraient appliquer un prétendu modèle brésilien à l'ensemble de la société française qui n'en peut mais. Le métissage, ils appellent ça. Mais c'est bien mal connaître le Brésil, un pays où le sentiment de l'unité nationale est très fort et dont la population n'a pas changé de composition depuis plus de 50 ans...

Voir aussi : http://geopolis.over-blog.net/article-5577749.html
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