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  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 00:31
Déjà, il y a deux ans, j'avais évoqué la campagne pour l'interdiction des bombes à sous-munitions (BASM) et des mines anti-personnelles relayée par l'association Handicap international : Campagne contre les sous-munitions . Cette campagne se poursuit et dimanche 28 septembre, place de la Bastille, s'est à nouveau élevée une pyramide de chaussures évocatrices. Pour le côté ludique de la chose, le lancer de chaussures, c'est assez sympathique. La reconstitution d'un champ de mines, nettement moins.

Cette année, mention spéciale pour la plus subtile invention de l'humanité contemporaine...
la mine antipersonnelle en forme de jouet !
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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 21:21
Cela fait déjà un mois, le 21 août dernier, le grand chef d'orchestre russe d'origine ossète, Valery Guerguiev, donnait sur la place centrale de Tskhinvali, capitale de l'Ossétie du Sud, un concert-requiem à la mémoire des quelque 2.000 de ses compatriotes tués par les bombardements de l'armée géorgienne au début du mois d'août. Ancien directeur musical de l'Orchestre philharmonique de Rotterdam et premier chef invité du Metropolitan Opera à New York, directeur depuis janvier 2007 de l'Orchestre symphonique de Londres, Guerguiev est un des plus grands. De cette guerre d'Ossétie où il a perdu des amis, il dit notamment ceci, balayant les affabulations des journalistes de salon, BHL et consorts : "En Russie, en Europe et en Amérique, je dirai ce dont je suis sûr : si je n'avais pas su ce qui s'est passé réellement la première nuit [7-8 août 2008], je n'aurais jamais risqué ma réputation".

Au programme, la symphonie n° 7 "Léningrad" de Dimitri Chostakovitch interprêtée avec l'orchestre du théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg devant une foule émue.

Discours et 1ère partie

2e partie
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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 20:06
Seul est un catholique accompli celui qui élève la cathédrale de son âme sur des cryptes païennes.
Nicolas Gomez Davila

Pagano-christianisme, le terme laissera sans doute dubitatif, mais est-il plus ridicule ou plus faux que ce "judéo-christianisme" dont on nous rebat les oreilles au point de laisser croire à un nombre croissant de catholiques qu'ils seraient judéo-quelquechose ? Des judéo-christianismes ont existé, certes, comme le courant nazaréen, considéré dès la fin du Ier siècle de l'ère chrétienne comme hérétique ("synagogue de Satan" dit l'Apocalypse de saint Jean, 2, 9). Ils ont resurgi à partir du XVIe siècle avec les sectes protestantes qu'on peut effectivement considérer judéo-chrétiennes. Mais pour les Catholiques comme pour les Orthodoxes qui se respectent, cela porte un nom : hérésie. Et l'hérésie, par définition, ce n'est pas catholique.

Pourtant, certaines déclarations récentes des Souverains Pontifes laissent planer une ambiguïté et semblent même, par quelques phrases appuyées (et spécialement médiatisées), balayer vingt siècles de tradition catholique en la matière. Je pense tout particulièrement au pape Jean-Paul II parlant des Juifs comme de "nos frères aînés dans la foi" (13 avril 1986, lors de sa visite à la synagogue de Rome), ou à la brève allocution prononcée récemment par Benoît XVI à Paris devant les représentants de la communauté juive (12 septembre 2008). Le Saint Père y atténue d'ailleurs discrètement la formule de son prédécesseur en "frères aimés dans la foi", car l'idée d'une aînesse du Judaïsme est, comme il le sait certainement, tout à fait contraire à la tradition. A cet égard, la lecture chrétienne du récit biblique d'Esaü vendant son droit d'aînesse à son cadet Jacob pour un plat de lentilles (Genèse, 27) est très claire, de même que celle de la bénédiction par Jacob des deux fils de Joseph à la fin de la Genèse (48, 1-22), où l'on voit le patriarche croiser les mains pour intervertir l'ordre de primogéniture. Elle s'accorde d'ailleurs au fait historique, puisque la naissance du Judaïsme tel qu'il existe aujourd'hui est postérieure à celle du Christianisme, et non l'inverse. Succédant à la religion du Temple de Jérusalem, disparue lors de sa destruction par les Romains en 70 de notre ère, cette nouvelle religion dite rabbinisme ne s'est élaborée qu'entre le IIe et le VIe siècles.

Tout au plus peut-on parler d'un corpus de textes, dit Ancien Testament ou Torah, que revendiquent partiellement l'une et l'autre religion - et encore ces textes sont-ils interprétés de façon complètement différente. En tous cas, le rabbinisme ou Judaïsme au sens moderne repose en grande partie sur le Talmud, avec lequel le Christianisme n'a strictement rien en commun et qui est d'ailleurs violemment anti-chrétien. Bref, dans le discours du Saint Père au collège des Bernardins en ce 12 septembre, par ailleurs d'une grande profondeur spirituelle, la formule qui voudrait que saint Paul se situa "dans la tradition commune du rabbinisme" est malencontreuse : saint Paul comme le Christianisme ont l'antériorité.

Mais il y a plus. Ce qui étonne dans les travaux de l'exégèse chrétienne contemporaine, c'est la part faite aux sources judaïques. Non pas qu'elles soient en elles-mêmes dépourvues d'importance ou d'intérêt pour la tradition catholique, ainsi Le Christ hébreu de Claude Tresmontant (1983) ou Jérusalem ressuscitée - La Bible hébraïque et l'évangile de Jean à l'épreuve de l'archéologie nouvelle de Jacqueline Genot-Bismuth (2000). Mais du fait que cette part est absolue et ne laisse place à rien d'autre. Or il serait abusif de voir dans la religion du Temple ou dans la religion des Hébreux anciens la seule et unique source d'où procèderait le Christianisme. C'est faire peu de cas de sa nouveauté irréductible, autrement dit du Christ lui-même. Et c'est aussi escamoter la possibilité, ou osons le dire, la réalité de sources païennes. Faut-il rappeler que Notre Seigneur est né dans l'Empire romain ? Qu'il est né dans la partie de langue grecque de cet Empire ? La sphère d'expansion de la culture hellénistique englobait la Judée depuis le temps d'Alexandre le Grand. Pour le contexte de la naissance du Christianisme, ce n'est pas rien. Benoît XVI lui-même insistait justement là-dessus dans son discours de Ratisbonne le 12 septembre 2006, ce même discours qui soulignait l'aporie du dialogue des religions. Cf. Benoît XVI, Manuel Paléologue et l'Islam : dialogue des religions  et Benoît XVI et l'Islam .

Qui plus est, sans culture gréco-romaine, autrement dit sans culture païenne, des pans entiers des Evangiles restent incompréhensibles. Prenons un petit exemple : l'éponge vinaigrée qu'un soldat romain tend au Christ sur la croix. Curieux, n'est-ce pas, cette histoire de vinaigre ? Sadique même, à première vue. Les spécialistes de l'armée romaine vous diront qu'il s'agissait en fait de vin aigrelet, la piquette du paquetage du soldat romain, sa boisson règlementaire, ce qu'il avait pour se désaltérer. Le Romain s'est donc montré charitable. De même, cet épisode clef du récit de la Passion qu'est la rencontre avec Pilate ne présuppose-t-il pas en arrière-plan toute la tradition des philosophes grecs ?

Mais évoquer des sources païennes, cela prête à sourire. Ça fait moins sérieux que de parler de sources juives. Et pourquoi ? On a un peu vite oublié que, depuis les premiers Pères de l'Eglise, la tradition catholique met en parallèle les prophètes hébreux et les sibylles païennes qui, elles-aussi, ont annoncé le Sauveur du monde. On a oublié que l'Ancien Testament doit se lire et se comprendre comme annonce et préfigure du Christ et de l'Eglise. C'est parfois à se demander si les Catholiques savent encore lire la Bible en catholiques et s'ils comprennent le sens chrétien de ce qu'ils lisent... On a enfin oublié que le Christianisme n'est pas que "religion du Livre", mais aussi religion de l'icône, culte des reliques et communion des saints, toutes choses qui n'ont rien de juif, bien au contraire. Pour s'en tenir aux questions d'exégèse, il y aurait encore bien des choses à creuser, à redécouvrir du côté du paganisme. Que l'on pense à l'œuvre controversée de l'ethnologue Gavriil Ksenofontov, exécuté sous Staline (Chamanisme et Christianisme, 1929), ou à tous ces saints "populaires" aujourd'hui rélégués avec condescendance du côté du folklore païen, et qui sont pourtant parfaitement et dignement catholiques, et bons antidotes contre les hérésies modernes.

Pour moi, je peux me tromper, mais je crois aux Madones qui pleurent et aux crucifix qui gouttent le sang. Et j'ai grande dévotion pour saint Georges, sainte Marguerite, sainte Catherine philosophe, sainte Agnès romaine, et bien d'autres. Certes, ce n'est pas judaïque, mais je ne vois pas pourquoi ce serait risible ou de moindre valeur puisque c'est authentiquement catholique. Surtout, surtout, qu'est-ce que Rome ? Qu'est-ce qui fonde l'autorité du Souverain Pontife ? Dites un peu.
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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 22:09
Ce que deviennent les Serbes du Kosovo, peu de gens s'en soucient aujourd'hui en France, car dans la course au victimisme, on oublie trop souvent les vraies victimes. Il existe pourtant une association humanitaire qui sauve l'honneur et fait un travail remarquable auprès des villages serbes enclavés de ce petit territoire en perdition, la Fraternité franco-serbe, dont il était déjà question ici : Entretien avec Charles-Alban Schepens, président de l'association Fraternité franco-serbe .

FFS a mené à bien en août dernier une nouvelle mission de secours et d'assistance auprès de l'hôpital pour enfants de Mitroviça et de plusieurs villages et hameaux coupés du monde, dont on trouvera le compte-rendu illustré sur le site http://fraternitefs.free.fr/CR/voyage2.htm. Extrait :

"[De Mitroviça (Nord du Kosovo)] nous repartons [plus au Sud] vers les enclaves isolées où la situation est vraiment critique et dont l’accès est risqué.

Nous atteignons la première, un petit hameau de quelques familles.
Ils n’ont l’eau courante qu’une heure par jour ; l’électricité de temps en temps.

L’un des chefs de famille que nous avions prévu de rencontrer n’est pas là. Il a été kidnappé par des Albanophones, comme nous l’explique son frère, et nous craignons le pire quant à son sort...

Ici aussi nous distribuons quelques colis particulièrement bienvenus et appréciés, et de l’argent. Nous offrons enfin des bicyclettes aux gamins, dont les visages rayonnent de joie.

Puis nous reprenons la petite route défoncée et arrivons à un village plus important, l’enclave principale que nous avions ciblée.

La veille, les Albanophones, ayant appris notre arrivée, ont passé la soirée à tirer des coups de feu autour du village.

Cette tentative d’intimidation n’empêchera pas le village de se rassembler autour de nous pour la distribution de nombreux colis. Chaque famille reçoit une somme d’argent proportionnelle au nombre d’enfants.

Puis, pendant de longues heures, nous sommes reçus par les chefs de l’enclave.

Nous discutons des besoins urgents à la veille de l’hiver. Le bois est leur seul moyen de chauffage, mais exploiter leurs propres forêts est devenu trop dangereux. Nous leur promettons d’essayer d’organiser une livraison de bois pour l’hiver prochain. [...]"

*

Pénurie de tout, insécurité permanente, menaces de mort et d'enlèvement, telle est la réalité de ce qu'on nous présente sur un ton badin et satisfait comme un "nouveau pays démocratique". L'Union européenne déverse il est vrai beaucoup d'argent sur le Kosovo, mais pas pour ses habitants serbes, visiblement.

Pour soutenir l'opération "Du bois pour l'hiver" :
FFS - ASMA
BP 80308
75723 PARIS Cedex 15
FRANCE

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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 22:21
Trop de morts, et maintenant tellement de mensonges inutiles... Comme celui-ci : "Je conteste le mot de guerre" (Hervé Morin, ministre de la défense). Les mots ont-ils encore un sens ? Tout aujourd'hui est dit guerre, combat, lutte, sauf la guerre elle-même. Là, on n'ose pas. On devient bizarrement pudique. Le mot est tabou. Pourtant, c'est la guerre en Afghanistan. Une guerre aussi terrible que celle d'Irak, une guerre qui tue chaque jour. Qui vient de tuer dix jeunes militaires français et d'en blesser une vingtaine d'autres. Déjà sept ans de cette guerre et plus elle va, plus le vague espoir d'une paix à l'horizon vacille. Et de quelle sorte de paix parle-t-on d'ailleurs ? La pax americana ? Car la situation est pire aujourd'hui qu'elle n'était au début, à l'automne 2001, et c'est sans doute cela le plus inquiétant. Les Talibans étaient largement vaincus. Mais depuis, financés par l'héroïne que nous leur importons, toujours aidés par les Services pakistanais ( Le Pakistan est-il un pays sûr ? ), et profitant de l'esprit de révolte que suscitent l'occupation prolongée du pays et les exactions de l'armée américaine, ils ont repris du poil de la bête. Les témoignages des soldats anglais ne laissaient déjà pas de doute à ce propos il y a deux ans. Ils évoquaient les conditions extrêmes, la pénurie de munitions, le manque d'appui aérien, la sauvagerie des combats... Cf.  Des nouvelles de Kaboul - Afghanistan et Des nouvelles de Kaboul (suite)

Mensonges inutiles aussi sur les circonstances du guet-apens meurtrier de ce lundi 18 août, alors même qu'on en savait les grandes lignes dès le lendemain. L'Etat major et le Ministère ont beau dire, les témoignages directs des militaires présents sur le terrain sont formels (rapportés par Le Monde, Le Canard enchaîné et le dernier Paris Match). L'affrontement, commencé vers 14h30, a duré jusque tard dans la nuit. Ceux qui y ont perdu la vie ne sont pas tous morts "dans la première heure". Pourquoi cacher que le combat a été héroïque ? En position défavorable, sans renfort immédiat, bientôt à cours de munitions... Et oui, les avions US arrivés au secours ont bombardé de travers. Pourquoi le nier ? C'est aussi celà la réalité de la guerre. Et ces fausses pudeurs des "spécialistes" qui s'offusquent qu'on évoque des prisonniers égorgés (par respect pour les familles, disent-ils), mais se gargarisent du mot "polycriblés" ! Je préfère la pudeur de leurs compagnons d'armes : "Certains des nôtres ont été attaqués à l'arme blanche". Pas besoin d'en dire plus.

Mensonge ou approximation, quand on nous parle de talibans comme d'une évidence. Les affaires afghanes sont plus compliquées que ça. L'attaque contre les Français semblerait plutôt devoir être attribuée aux hommes du Hezb-i Islami de Gulbuddin Hekmatyar, un chef de guerre afghan d'une soixante d'années, autrefois financé par la CIA à hauteur de 600 millions de dollars pour lutter contre les Soviétiques, éphémère premier ministre du pays en 1996 et allié circonstanciel des Talibans depuis 2002. Il passe pour un habile stratège en guérilla. Or, dans le district de Saroubi où s'est déroulée l'embuscade, Hekmatyar est encore chez lui.

Mensonge ou essai d'intimidation enfin, quand le gouvernement et ses porte-voix prétendent que la mort de nos soldats devrait faire taire toute question sur la pertinence de l'engagement français dans cette guerre. Drôle d'idée ! Au contraire, c'est plus que jamais le moment d'en parler. Nous n'avons pas de frontières communes, pas d'intérêts très directs, pas de casus belli. Alors qu'attendons nous pour nous-mêmes de la guerre d'Afghanistan ? Qu'est-ce qu'on y gagne ? Quel est le but ? La paix, nous dit-on - mais elle s'éloigne. Et qu'on ne me parle pas de démocratie ! Pour que d'autres jeunes gens ne soient plus inconsidérément sacrifiés "sur l'autel de l'inutile", comme l'a dit tristement le père de l'un d'eux.

Reportages :
Crimes de guerre à Mazar
http://video.google.com/videoplay?docid=-3879703582207034825 (âmes sensibles s'abstenir)
Une guerre au nom de la paix
http://polemiquepolitique.blogspot.com/2008/08/afghanistan.html (Envoyé spécial)
Et Sarkozy ricanant
http://www.youtube.com/watch?v=THa7C2lZZh0&eurl=http://club-acacia.over-blog.com/article-22131746.html
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Published by Mélusine - dans Asie centrale
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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 23:55
Intermède. A l'écart du brouhaha, une rue pavée serpente. La treille porte une passiflore aux fruits de passion presque mûrs. Un chat somnole. Paris, temps suspendu, rue des Thermopyles.

Un peu plus loin, un graffe :
A prendre dans le sens que vous voudrez.

Et j'ai aussi la photo du chat dédicacée.

Vous inquiétez pas : demain, j'attaque !
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Published by Mélusine - dans Ecologie
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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 23:11
C'est tout mignon et ça vient de naître : l'Abkhazie, un très joli petit pays au bord de la mer Noire, avec pour capitale Soukhoumi, "le petit Paris du Caucase". Mais peut-être le connaissez-vous mieux sous le nom de Colchide, l'ancien royaume de la toison d'or ? Ce pays mythique au climat doux, montagneux et boisé, où, paraît-il, il y a de l'or, faisait déjà rêver dans la Grèce ancienne. Mais c'est aujourd'hui du tourisme balnéaire que vit surtout l'Abkhazie.
Cap de Pitsunda sur la mer Noire

Monastère du Nouvel Athos

Déjà indépendante de fait de la Géorgie depuis 1992-1993, l'Abkhazie, comme son alliée l'Ossétie du Sud, accède désormais à la reconnaissance internationale puisqu'elle vient d'être reconnue ce jour par la Russie. La quarantaine de pays qui ont cautionné la création du Kosovo, dont la France, devraient suivre rapidement en vertu du respect du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes... n'est-ce pas ?

Toujours est-il que le président abkhaze, Sergueï Bagapch, a fort bien joué dans l'affaire puisqu'il tire profit de la crise ossète tout en épargnant une nouvelle guerre, et les destructions qui vont avec, à un pays qui panse encore les plaies de sa guerre d'indépendance d'il y a 15 ans. La seule opération militaire d'envergure aura été cette fois la reprise par l'armée abkhaze des gorges de Kodori.


Après le Lakotah ( Le retour des Sioux ), Géopolis est ravie de réintégrer l'Abkhazie et l'Ossétie-Alanie dans le concert des nations.


Pauvres Géorgiens ! (mais qui leur a collé un président pareil, l'asinus coronatus du Caucase ?)
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Published by Mélusine - dans Caucase
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20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 21:45
Richard Labévière, rédacteur en chef à Radio France Internationale et responsable de l'émission "Géopolitique, le débat" du samedi, a été licencié pour faute grave le 12 août dernier dans une indifférence médiatique générale. La faute ? : ne pas avoir informé la direction de la radio* de l’interview du président syrien Bachar El Assad qu’il avait réalisée à Damas le 8 juillet (diffusée le 9 juillet par TV5 et le 10 par RFI), à la veille de la venue officielle d’Assad à Paris sur invitation du président Sarkozy. Faire des interviews est pourtant la mission première du journaliste... mais comme chacun sait, la France est le pays de la liberté.

*La direction de RFI, id est Christine Ockrent, id est l'épouse de Bernard Kouchner, id est le ministre des Affaires étrangères de Sarkozy.


Les électeurs de Sarkozy s'imaginaient sans doute que leur vote serait sans conséquences. Erreur, grave erreur ! J'avais pourtant prévenu : Nicolas Sarkozy, façon 1933
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Published by Mélusine - dans France
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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 22:14
Le 15 août 2008, le colonel Nils Olav, commandant honoraire de la garde du roi de Norvège, a été anobli sur ordre du roi Harald V avec rang de chevalier.


Petite précision : Nils Olav est un pingouin.
Pour tout contact, écrire au zoo d'Edimbourg (Ecosse).
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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 23:05
Profitant de l'insouciance estivale des Occidentaux et de la toute fictive "trêve olympique", les appétits de l'USI ( Israël + USA = USI ) sont des plus aiguisés ce mois d'août. La multiplication des casus belli en est le signe : l'Ossétie vient d'en faire les frais, mais l'Iran reste dans la ligne de mire. Il semblerait même qu'on prépare aux Perses un traitement de faveur...

Le New York Times a ouvert complaisamment ses colonnes le 18 juillet dernier à l'historien Benny Morris, représentant de la gauche israélienne et consultant auprès de son armée considéré particulièrement fanatique. Il s'est spécialisé dans l'histoire des relations israélo-palestiniennes et la question de l'expulsion des Palestiniens en 1948, mais ses positions aujourd'hui violemment anti-palestiniennes - Benny Morris envisage un nettoyage ethnique... - invitent rétrospectivement à considérer avec circonspection des publications qui passent cependant pour assez fouillées et plus équilibrées que d'autres (The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, 1989 ; Israel's Secret Wars : A History of Israel's Intelligence Service, 1991 ; 1948 and after : Israël and the Palestinians, 1994, ou encore Righteous Victims : A History of the Zionist-Arab Conflict, 1881-1999, 1999, le seul qui semble disponible en français sous le titre Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, éd. Complexe, 2003).

Mais ce n'est pas pour parler de Palestine que Benny Morris vient de reprendre la plume dans cet article au titre particulièrement cynique : « Using Bombs to Stave Off War » (Bombarder pour éviter la guerre !), mais pour nous entretenir de l'Iran, dont le bombardement, nous dit l'auteur, serait imminent : "Israël attaquera certainement les sites nucléaires iraniens dans un délai de quatre à sept mois...". Nous voilà prévenus. Si cette première attaque au moyen d'armes conventionnelles (sic) ne donnait pas pleine satisfaction à ses partisans, alors, eh bien nous aurons droit à une guerre nucléaire ! Faisant fi de toute solution négociée et du fait que pour l'heure il n'est toujours question, côté iranien, que de centrales à usage civil, le bonhomme ne voit pas d'autre option pour empêcher que l'Iran accède au nucléaire que sa vitrification... C'est tout de même 70 millions d'habitants, l'Iran, mais ça n'a pas l'air de l'interpeller plus que ça.

On est loin des principes de la dissuasion nucléaire qui veut que deux pays possédant l'arme atomique évitent de s'en servir l'un contre l'autre. Benny Morris semble même incapable d'en saisir le sens, pourtant évident si on tient à la vie, puisqu'il n'a que cette alternative : ou la destruction de l'Iran, ou la destruction croisée de l'Iran et d'Israël, qui bien sûr est exclue du point de vue de ses lecteurs, donc... Dans sa paranoïa, l'intelligentsia israélienne accuse en fait l'Iran de ruminer pour Israël le sort qu'elle-même réserve aux Iraniens. Car, insinue tout de go Benny Morris, puisque les premières frappes ont peu de chances de venir à bout de la volonté des Iraniens, il faudra y venir au feu nucléaire. Reste à savoir qui s'y collera, des USA ou d'Israël. Le fait que les USA soient déjà engagés ailleurs n'est qu'un piètre prétexte pour passer la main à Tsahal et permettre à Israël de faire étalage de sa puissance à la face du monde. Ici, l'auteur lève un secret de polichinelle : l'arsenal nucléaire israélien.

Car si l'Iran n'est pas autorisé par les instances internationales à développer l'arme atomique, Israël n'y est pas autorisé non plus, et dispose pourtant depuis belle lurette de 200 ogives nucléaires (la France en a 348 et l'Iran 0). La bombe atomique israélienne a été obtenue dans la plus totale illégalité et sans que l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) ait jamais été admise à aucun contrôle.

Bref, selon Benny Morris, des frappes nucléaires israéliennes sur l'Iran sont de l'ordre du probable et il faut tout bonnement se faire à l'idée d'un holocauste nucléaire ("a Middle Eastern nuclear holocaust"), une expression déjà employée par George W. Bush. Cette univocité montre assez que l’USI est une seule et même entité. Et Benny Morris d'en rajouter sur la prétendue "irrationnalité des mollahs"... Les plus fous ne sont pas ceux qu'on croît !

Cf. http://www.nytimes.com/2008/07/18/opinion/18morris.html

En attendant le moment où ces Messieurs cèderont à l'enivrant vertige d'appuyer sur le bouton du feu nucléaire, il semble qu'on s'achemine vers un blocus naval dont une répétition générale a eu lieu dans l'Atlantique en juillet sous le nom d'Opération Brimstone. L'exercice a réuni des bâtiments de guerre des marines US, britannique, française, italienne et, pour la première fois, une frégate brésilienne, avec pour objectif affiché de s'entraîner à un éventuel blocus dans les eaux peu profondes du golfe persique et du détroit d'Ormuz... Le terrain a aussi été préparé du côté de la Chambre des représentants US, démocrates et républicains de conserve, qui, en mai 2008, ont pratiquement voté un blanc-seing au président George Bush pour ce genre d'opération. Or une armada sans précédent a convergé à l'heure qu'il est vers les côtes iraniennes, de quoi bloquer le ravitaillement et les exportations du pays, de quoi aussi l'arroser de bombes le moment venu...

Cf.  Sus à l'Iran ! et http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9817
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Published by Mélusine - dans Golfe persique
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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 21:55
Dans la guerre d'Ossétie, il est un point de vue dont, Russes exceptés, on semble s'être peu inquiété, celui des Ossètes eux-mêmes. La plupart de nos politiciens et journaleux vont même jusqu'à en escamoter le nom, pour ne parler que de "Géorgie". Il est d'ailleurs significatif qu'aucun des émissaires de l'Union européenne n'ait daigné s'arrêter à Tskhinvali, la capitale du pays. Aucun n'a rencontré Edouard Kokoïti, président de la république d'Ossétie du Sud, ou quelque autre représentant ossète. Comme s'ils ne comptaient pas. Comme si leur sort ne comptait pas. Il est manifeste qu'on cherche à accréditer aux yeux du public la fiction d'une "Ossétie géorgienne", fiction puisqu'à défaut d'avoir obtenu sa reconnaissance sur la scène internationale, le pays est indépendant de fait depuis 15 ans. Cependant, avec l'attaque qu'ils viennent de subir, il est clair que les Ossètes ne demandent pas mieux que de se réfugier dans le giron russe qui, seul, les protègera de l'impérialisme géorgien. Cela peut paraître curieux de définir ainsi la politique du président de Géorgie, que je surnommais déjà en octobre 2006 "l'agité du Caucase", alors même que Baltes, Polonais ou Ukrainiens, encore traumatisés par des décennies d'occupation soviétique, croient voir dans les derniers événements une nouvelle manifestation de l'impérialisme russe. Certes, la Russie avance ses pions. Pourtant, vu de Tskhinvali, la menace vient de Tbilissi, non de Moscou. Et ce que l'on pourrait reprocher aux Russes du côté de la Pologne ou de la Lituanie, en Ossétie du Sud c'est aujourd'hui aux Georgiens qu'à bon droit on le reproche.

 Difficile d'appréhender la guerre depuis une cave d'immeuble, mais c'est souvent dans la cave que les guerres se vivent. Voici le témoignage d'un journaliste, Alan Tsorion, présent à Tskhinvali la nuit de l'attaque géorgienne. Témoignage emprunté à RIA Novosti : http://fr.rian.ru/, photos montrant le feu géorgien (Al Jazeera) et le feu russe avec chars camouflés (RIA).
*

TSKHINVALI (Ossétie du Sud), 12 août - RIA Novosti. ... Sept août, le soir. Après tant de tirs et une canonnade interminable, il semble que le silence possède une odeur et que l'on peut le respirer. Une inspiration profonde, et il remplit les poumons, de façon à détendre les entrailles, chiffonnées dans le poing de la guerre comme l'emballage plastique d'un paquet de cigarettes. J'aspire le calme à pleins poumons. Le silence n'est troublé que par le remue-ménage que font des souris, quelque part entre le plafond et le grenier. On a peine à croire qu'à ce moment, quelqu'un peut s'occuper de tâches quotidiennes.

Les rongeurs se consacrent à déplacer et faire rouler quelque chose en permanence, comme s'ils avaient entendu le président géorgien promettre, il y a quelques heures, de ne plus tirer sur la capitale ossète. Et s'il n'y a plus de tirs, on peut reprendre ses occupations habituelles.


Cependant, il ne nous reste que cinq minutes, à moi et mes rongeurs, pour nous consacrer à nos occupations ménagères. A 22h05, les "jeux de souris" sont terminés: Mikhaïl Saakachvili a manqué à sa parole. Les obus tombent sur la ville, les murs et les vitres tremblent. On dirait que des morceaux se détachent du ciel à chaque explosion et, emportés par les ondes de choc, qu'ils s'écrasent contre la fenêtre. Moi et quelques autres personnes descendons à toute vitesse au sous-sol d'un immeuble rue Staline (qui à présent doit déjà être rasée) dans le centre de Tskhinvali.

Tout le monde porte ce qu'il avait comme vêtements au moment du déclenchement des tirs: pantoufles, robes de chambre, culottes... Nombre d'entre nous étaient déjà couchés lorsque les obus géorgiens se sont abattus sur la ville et que toutes les ententes et les promesses s'en sont allées en eau de boudin en même temps que les fragments de maisons et de voitures bousillées.

"Ma tars, ma tars..." ("N'aie pas peur", en ossète), répète une mère essayant de calmer son fils Batradz. Le garçon, qui doit avoir huit ans, cache son visage dans les genoux de celle-ci et, frissonnant au bruit d'une nouvelle explosion, lui demande, angoissé: "Ma, et pourquoi est-ce qu'ils tirent, ne savent-ils pas que demain, c'est l'ouverture des Jeux olympiques? Pourquoi personne ne leur dit que pendant les Jeux olympiques, il est interdit de faire la guerre?".

Vers 23h00, la lumière s'éteint dans notre sous-sol, tout comme dans l'ensemble de la ville. Dans le noir absolu, les sens s'aiguisent. On commence, tel un aveugle, à discerner les moindres nuances de sons, qui se transforment tout de suite en images défilant devant nos yeux non-voyants. Là-haut, à la surface, le ciel nocturne s'éclaire l'espace une seconde, à la suite d'explosions de munitions, puis devient blanc, comme un immense négatif. Les éclats, en rasant le sol, vrombissent tels des bourdons de plomb. Les balles, elles, produisent un sifflement étrange, comme si quelqu'un se préparait à siffler, mais qu'il inhalait de l'air à la place: "fiiii! fiiii!". "Takh-takh-takh... Takh-takh-takh-takh", gronde en cadence un canon installé sur un blindé. "Iratta razma!" ("Ossètes, en avant!" en ossète), entend-on dans la rue. La voix est calme et concentrée. A côté, les pas précipités de six paires de rangers militaires sur du verre cassé et des éclats de briques et de plâtre.

"Ma tars ("n'aie pas peur"), Batradz, ma tars!", les paroles de la mère se perdent dans l'écho d'une explosion d'obus assourdissante qui vient de réduire en miettes la maison voisine. On dirait que quelqu'un a claqué de toutes ses forces une lourde porte. Des miettes de béton pleuvent du plafond du sous-sol...

Mais même les obusiers, installés tout près de nous, à Erghneti et à Nikozi, ne sont pas aussi effrayants que les salves des Grads géorgiens, situés, eux, beaucoup plus loin, à Gori. Leurs roquettes, en s'approchant de la cible, produisent un sifflement s'apparentant au son d'énormes flèches aux pointes ardentes. Les tirs ne sont pas ajustés et les toits des maisons paisibles de Tskhinvali sont ainsi assaillis de nuées de "flèches" à réaction.

Les tirs ne s'arrêtent pas. Les gens se préparent à passer la nuit au sous-sol.


... Le matin. 8 août, 5h00. Les tirs massifs d'artillerie provenant des positions géorgiennes n'ont pas cessé depuis sept heures. Mon téléphone portable n'aura bientôt presque plus de batterie. Il n'y aura donc plus aucune liaison. J'appelle la rédaction pour l'informer que je serai bientôt injoignable, car je n'ai aucune possibilité de le recharger.

La batterie de mon portable est morte vers 9h00. Il fait déjà jour à Tskhinvali. Me rappelant la grande règle - "A la guerre, c'est celui qui court vite qui survit", - je quitte la cave pour m'installer ailleurs. Je cours le long d'un mur, en rentrant la tête dans les épaules. La poussière de la route s'envole çà et là en petites fontaines, soulevée par les balles et les éclats. Des accrochages ont lieu entre les soldats d'élite géorgiens et les combattants ossètes. J'entends les cris des OMONs (police anti-émeute) ossètes: "Vas-y!!! Vite!! Une "boîte" (véhicule blindé de combat d'infanterie) est coincée rue Khetagourova".

Mes jambes plient sous le poids de mon corps mais ne sentent pas la fatigue, je tourne au coin... "DANG!!!!!" - je tombe sur le ventre, ayant reçu un coup violent sur les yeux et les oreilles. Des nuées de poussière tourbillonnent, s'approchent de mes pieds, poussées par l'explosion d'une roquette à cinq mètres de moi. Je me relève. Je cours, en recrachant le sable. De l'autre coté de la rue, quatre soldats ossètes viennent à ma rencontre, l'un d'eux est en train de recharger son fusil d'assaut, sans s'arrêter. "Clac!" - il referme la culasse noire. Le plus âgé d'entre eux ne doit pas avoir plus de 23 ans. Encore quelques pas, et je plonge dans l'entrée d'un immeuble résidentiel de quatre étages.

Dans l'obscurité de l'entrée, je vois des silhouettes masculines. Les femmes et les enfants se sont cachés au sous-sol, sous l'escalier. On entend des pleurs sourds venant d'en bas. "Combien de temps vont-ils encore continuer à nous bombarder? Rendons-nous, avant qu'ils ne nous écrasent tous. La Russie semble nous avoir oubliés!", dit une voix lasse de femme montant du sous-sol. Ici, entouré de vieillards, de femmes et d'enfants, on se sent coupable malgré soi. En ce moment, la place d'un jeune homme est à la guerre, en défense, il ne doit pas rester planqué là, parmi les vieillards et les enfants.

Une vingtaine de personnes se cachent dans ce sous-sol, et presque personne n'ose mettre le nez dehors. Seul le vieux Inal, ancien soldat de la paix ayant participé aux hostilités de 1992, se promène dans la rue en toute sérénité, devant l'entrée, alors que les tirs n'ont pas encore cessé. "On s'en fout de la guerre, l'essentiel ce sont les manoeuvres", répète le vétéran en regardant deux policiers ossètes transporter un soldat blessé à la jambe et au bras.

Le blessé a les yeux fixes ornés de long cils qui s'ouvrent et se ferment à un rythme saccadé, telles les ailes d'un papillon. Il est manifestement choqué par la douleur. Sa robe de camouflage est trouée en deux endroits, du sang écarlate coule sur sa hanche. Le soldat est mis à l'abri dans l'immeuble. Un policier trapu enlève son fusil d'assaut d'un geste familier. La crosse est entourée d'un garrot. Il défait le garrot pour le mettre sur la plaie. L'un des résidents de l'immeuble apporte du chlorure d'ammonium.

"Chaï kho, kouyj kouylykhaï na maly" ("ce n'est rien, un chien ne meurt pas de boiter", en ossète), dit le policier au soldat, qui grimace de douleur. Il frotte avec ses énormes mains d'ouvrier la poitrine du blessé et lave son visage avec de l'eau. "C'est bon, on repart", dit-il, en soutenant le blessé par l'épaule.

"D'où viens-tu, mon gars?", me demande le vieux Inal. "De Moscou, je suis journaliste", lui réponds-je. "Allons casser la croûte", lance l'ancien soldat de la paix d'une voix rauque. "La guerre c'est la guerre, mais on doit quand même manger quelque chose".

"Les Russes vont arriver aujourd'hui, ils nous donneront un coup de main", dit Inal, en allumant une tablette de méthénamine qu'il place sur un fourneau à gaz: "Qu'ils frappent sur Gori, et encore sur Tbilissi, je n'en demande pas plus".

"Les chars géorgiens sont déjà dans la ville, on aura du mal sans l'aide des Russes", affirme l'ancien soldat de la paix en buvant une gorgée de sa tasse de café.

Quant à moi, il ne me reste plus qu'à me taire. Mais notre silence est rompu par l'apparition de deux avions géorgiens Su-25. L'un d'eux, pour le plaisir, tire sur l'immeuble dans lequel nous nous cachons. Inal et moi descendons vite au sous-sol.

Et là, c'est de nouveau l'humidité et l'obscurité. La lumière ne passe que par un petit trou aménagé pour les tuyaux. Il donne sur le sud, là où les troupes géorgiennes attaquent. C'est pourquoi il est déconseillé de placer sa tête devant: des balles le traversent souvent et ricochent après avoir heurté le plafond en béton du sous-sol.

L'idée me vient qu'au cours de ma vie, somme toute assez courte, toute l'instruction que j'ai reçue de mes grands-parents, ma formation et les livres sages que l'ai lus, tout cela m'a servi en fait de préparation pour cet instant, où des obus explosent au-dessus de ma tête et qu'instinctivement, je rentre la tête dans les épaules, et qu'un gros filet de sueur descend le long de mon dos. La mort semble errer tout près de moi, elle sent l'humidité du sous-sol et la croûte attachée à ma pommette. Alors que les avions effectuent un nouveau virage, et que vous savez qu'ils tireront dès que le bourdonnement des turbines se rapprochera et deviendra encore plus mélancolique, à ce moment précis vous commencez à réaliser qu'il pourrait bien s'agir de la dernière journée de votre vie. Ce n'est pas de la peur, c'est plutôt une angoisse extrêmement forte, car vous vous rendez compte que vous n'aurez pas eu le temps de faire ou de dire certaines choses.


Cependant, tout d'un coup, les avions arrêtent leur bombardement et repartent vers le sud, vers la Géorgie. Que se passe-t-il? Au bout de quelques secondes à peine, on entend des centaines de voix crier "Rrrrrrrrrrrraaaaaaaaaaahhhhhh!!!!" Ce sont les combattants dans la rue qui saluent un convoi de troupes russes arrivé à Tskhinvali. "AAAAA!!! Vous êtes là, mes chers enfants!, hurle Inal. Ils vont voir, maintenant, nique leur mère!!!".

Je cours dans la rue et j'entends le bourdonnement des véhicules russes, ils doivent être tout près. Les militaires russes évincent les troupes géorgiennes de Tskhinvali. Un homme accourt, affolé, le regard plein d'effroi: "A l'aide! Qu'est-ce que je dois faire?!!! Je suis Géorgien, je travaillais ici, à Tskhinvali. Je suis ouvrier, où dois-je aller?", crie-t-il dans un mauvais russe. "Sauvez-vous", lui réponds-je, me rendant compte une nouvelle fois de la bassesse de la guerre, faisant souffrir avant tout les civils innocents. Il est 15h00.

A sept heures du soir, lorsque les accrochages et les explosions d'obus se sont un peu calmés, et que les rafales sont devenues plus rares, je quitte la ville de Tskhinvali, en flammes. Les troupes russes ont chassé les militaires géorgiens, mais la guerre n'est pas encore finie. Des civils sont toujours dans la ville. La capitale sud-ossète est encore sous l'emprise ferme des mains sales et tenaces de la guerre. Cette sale guerre déclenchée par surprise, sous couvert de la nuit. La guerre qui continue à faire des victimes parmi les civils. La guerre qui s'empare de l'âme humaine et l'écrase entre ses mains couvertes de sang, comme l'emballage plastique d'un paquet de cigarettes.
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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 19:22
Jeudi 7 août en fin de journée, l'effondrement d'une partie du plafond du Parlement européen de Strasbourg a été suivi d'un silence médiatique assourdissant. Le bâtiment voulu par Catherine Trautmann, alors mairesse socialiste de la ville, inauguré en décembre 1999, a pourtant coûté 2 milliards de francs (environ 305 millions d'euros)... Ce n'est que mardi dernier que le site d'informations local www.strastv.com a révélé l'affaire et diffusé quelques clichés des dégâts. Voilà en effet qui tombe mal, alors que l'existence du siège strasbourgeois est contestée depuis plusieurs années par divers pays européens. Il faut dire que les 4 jours par mois où Messieurs les parlementaires se transportent de Bruxelles à Strasbourg entraînent un surcoût de plus de 200.000 € sur le budget déjà faramineux de l'Union Européenne. Rien que la réfection des fauteuils cuir devrait se chiffrer aux alentours de 1.000 € / pièce. De quoi faire réfléchir sur la nécessité, peut-être pas si impérieuse que cela, de maintenir tous ces sièges parlementaires parallèles, Bruxelles, Strasbourg et même Paris, puisque le parlement français n'est plus guère qu'une chambre d'enregistrement automatique des décisions prises par l'UE. Manquerait plus que le plafond du luxueux hémicycle de Bruxelles (1998) s'effondre aussi !



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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 23:49
Pour faire oublier le totalitarisme et la corruption de son régime, cf. Les poubelles de Tbilissi et  Géorgie : La révolution des roses a-t'elle accouché d'une dictature ?, le président géorgien a trouvé un excellent dérivatif : la guerre ! Il semble en cela vivement encouragé par ses amis de l'OTAN qui, après avoir forcé l'indépendance du Kosovo, sont beaucoup moins soucieux du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" dès lors qu'il s'agit de l'Ossétie du Sud. Ce petit pays du Caucase, ancien royaume peuplé de descendants des Alains, avait été intégré comme région autonome à la République socialiste soviétique de Géorgie dans les années 20 - encore un cadeau de Staline ! La suppression de ce statut particulier par les autorités géorgiennes en 1991, provoquant un exode de population vers l'Ossétie russe, suscita en retour un mouvement indépendantiste qui aboutit, après un premier conflit meurtrier, à une indépendance effective en 1994. Celle-ci a été confirmée par deux référendum, le dernier en 2006. Mais du côté de la "Communauté internationale" si prompte à référender au Kosovo, depuis on fait le mort et on affecte de ne pas, surtout pas, reconnaître ce nouvel Etat qui a pourtant davantage de fondements historiques que le susdit Kosovo indépendant.

Mikhaïl Saakachvili vient donc ce jeudi soir de rompre le cessez-le-feu tout juste instauré entre les deux pays après les incidents frontaliers des derniers jours, au prétexte de restaurer l'ordre constitutionnel sur le territoire géorgien... La capitale de l'Ossétie du Sud, Tskhinvali, essuie des bombardements et fait évacuer femmes et enfants vers la Russie voisine et notamment vers la ville de Beslan (Ossétie du Nord - Russie). Côté russe justement, la réponse ne devrait pas se faire attendre : les Cosaques du Don mobilisent sous la direction de l'ataman Viktor Vodolatski, adjoint du gouverneur de la région de Rostov. Et ralliant les Atamans dans leurs campagnes épiques...

Source : http://fr.rian.ru/russia/20080805/115772865.html
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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 22:05
Etrange monde que le nôtre, peuplé de géants et de microbes. Etrange monde où les microbes, les petits cancrelats punaiseux étalent leurs avis microbiques sur Stentor, quand il est mort. Alexandre Soljenitsyne est mort dimanche 3 août. Un certain Mélenchon, sénateur PS, voit en lui un homme "de droite". Vous frémissez ? Non ? Si, si, il faut frémir d'horreur ! De droite, comprendre "limite antisémite" selon les propres termes du microbe, comprendre nazi, quoi. L'horreur !

Et non seulement "de droite", mais "gavé d'honneurs" !, nous dit Môsieur le Sénateur, qui lui n'est pas gavé comme porc. Pensez-vous, la guerre, les années de travaux forcés au goulag (1945-1953), puis l'exil, trop cool la vie de Soljenitsyne ! Forcément, ce n'est pas le microscopique Mélenchon qui obtiendra jamais le prix Nobel de littérature. Citons l'éructation de ce plumitif : «L’apologie de Soljenitsyne, “grand penseur de la démocratie contre le stalinisme”, me fait mal au cœur parce que je pense à tous ces malheureux [il parle des communistes] qui, eux, dès la première heure, ont mené leur lutte sans être gavés d’honneurs, de colifichets dorés, de résidences, de protections de toutes sortes comme l’était Soljenitsyne au seul motif qu’il était de droite». C'est ça, juste parce qu'il était "de droite" ! C'est bien connu, de par chez nous, c'est tous les jours qu'on fait l'apologie des nazis. Et si je comprends bien, les cocos ont, dès la première heure, mené la lutte contre le communisme... On y avait pas encore pensé à celle-là ! Mais le microbe en a "mal au cœur". A-t-on jamais vu une raclure de microbe avoir mal au cœur ?! Les barbouilleurs ne cherchent pas la lumière, aurait dit le grand Alexandre.

Ces propos de punaises ne sont pas nouveaux non plus chez nos prétendus "intellectuels". En témoigne ce court extrait du mémoire de maîtrise de Véronique Hallereau, qui mériterait d'être enfin publié (Soljenitsyne et les médias, Paris I-Panthéon-Sorbonne, 1999) :
"Le jour de la sortie de l’Archipel du Goulag [en France], le journal [Le Monde] prépare une double page, " L’URSS en question ". A gauche, trois livres, un " violent réquisitoire " (l’Archipel), une " satire " (En quarantaine de Vladimir Maximov), un " témoignage " (souvenirs de Joseph Berger, ancien du Komintern, émigré en Israël après avoir connu la disgrâce et la prison) " lancent l’anathème contre le totalitarisme ". A droite : plusieurs autres livres d’économistes, de diplomates, de géographes, " engagés ou non " qui, " à l’inverse ", " examinent les réalités présentes du pays et en tirent des enseignements positifs ". Le totalitarisme relève du passé, du temps de Staline ; car, rassurez-vous bonnes gens, les dernières nouvelles du pays des Soviets sont particulièrement encourageantes ! Et ce sont des experts qui le disent. On se félicite d’ailleurs de " l’étonnante liberté " avec laquelle Jean Elleinstein, membre du PCF, poursuit son Histoire de l’URSS..." (cf. http://vhallereau.free.fr/)

Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Mais ce qui pousse nos Messieurs à enterrer au plus vite Soljenitsyne, c'est moins sa dénonciation des monstruosités du communisme, que le fait qu'il ne se soit jamais rallié à son double-inverse idéologique, j'ai nommé le consumérisme effréné sauce US, aujourd'hui dit mondialisme. Au contraire de beaucoup de résistants anti-communistes qui, par anti-communisme, se sont faits les instruments dociles de cet autre matérialisme, moins ouvertement meurtrier, mais non moins pernicieux, Soljenitsyne n'était pas de ceux qu'on manipule. Il était de la race des starets. Sa voix s'était élevée pour dénoncer les camps soviétiques, elle allait retentir contre notre Occident désincarné, vautré dans sa fange, sans honneur, ni courage. Ni le goulag, ni Las Vegas !

Je me souviens encore, enfant, écoutant religieusement avec mes parents l'entretien accordé par Soljenitsyne depuis son refuge du Vermont à la télévision française en décembre 1983. Il aimait la France et les Français, les vrais, aiment les grands hommes.
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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 23:43
Puisque nous parlons cinéma, voici un autre film à voir, un dessin-animé plus précisément, remarquablement bien fait d'un point de vue formel et excellent film... de propagande !? "Valse avec Bachir" (2008) est le récit entrecoupé de cauchemars et de souvenirs de guerre de l'enquête menée par le réalisateur israélien Ari Folman pour tenter de retrouver sa propre mémoire des événements de la guerre du Liban de 1982 (une opération cyniquement baptisée "Paix en Galilée" par l'armée israélienne). Folman, et c'est l'élément déclencheur de son enquête, réalise un jour qu'il n'a pas le moindre souvenir des événements terribles auxquels il a participé ou dont il a été témoin en tant que soldat de Tsahal et qui sont comme effacés de sa conscience. Les trous de mémoire des adeptes du devoir de mémoire...

Bande-annonce

Le propos, remarquablement servi par l'esthétique sombre du dessin d'animation, est plus universel que le "retour du refoulé" cher aux psychanalistes : la guerre, ses horreurs et ses traumatismes, et comment la mémoire/conscience s'en accommode, ou s'égare. En filigrane se dessine une critique de la politique israélienne au Liban qui culmine avec les images du massacre des camps de réfugiés de Sabra et Chatila (16-17 septembre 1982). Cependant, il reste toujours un point aveugle dans le champ de la conscience du réalisateur, aussi honnête soit-il et quelque efforts qu'il fasse. Le titre du film en témoigne qui met en avant la figure de Bachir Gemayel.

Bachir Gemayel, d'une famille de maronites chrétiens, chef charismatique des Forces libanaises et allié circonstanciel d'Israël, élu président du Liban, fut assassiné peu après, le 14 septembre 1982. Le massacre qui suivit est généralement attribué à ses troupes de phalangistes, comme une vengeance fanatique perpétrée sous le regard de l'armée israélienne qui laissa faire. Cette présentation des événements correspond grosso modo aux conclusions de la commission d'enquête israélienne, nécessairement partielles sinon partiales (rapport Kahane, 1983), mais elle fait fi du contexte et d'une responsabilité plus générale d'Israël dans la déstabilisation du Liban. Si la responsabilité immédiate des exécutions semble imputable à un groupe de FL manipulés, désorientés par la mort de leur chef et avides de vengeance, elle revient a fortiori aux manipulateurs qui les invitèrent à entrer dans le camp... parmi lesquels Ariel Sharon et un certain Elie Hobeika, soupçonné plus tard d'être un agent syrien infiltré, qui commandait le détachement FL à Sabra et Chatila.

Et puisqu'il est question de mémoire, il faut rappeler tous ces massacres commis à partir d'avril 1975 par les Palestiniens de l'OLP et leurs alliés syriens, dont furent victimes des milliers de villageois chrétiens (Damour, 20 janvier 1976, environ 750 morts, Chekka, 5 juillet 1976, 120 morts, etc.), des massacres pourtant bien documentés dont les noms ont disparu de la conscience occidentale...

Pour revenir au film, il échappe en fait au reproche de propagande, inévitable s'agissant d'événements controversés, en préférant au documentaire pseudo-objectif une vision onirique et particulière mais qui finalement sonne assez juste et donne à penser, même si le héros-réalisateur ne recouvre pas complètement la mémoire.


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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 22:07
Le film-choc du réalisateur brésilien José Padilha (Troupe d'élite, octobre 2007), Ours d'or à Berlin en février 2008, annoncé en France pour le début de l'année, devrait enfin paraître sur les écrans français en septembre prochain. Sujet de polémique, le critique Jay Weissberg dans Variety s'étant empressé de le taxer de "recruitment film for fascist thugs" (film de recrutement pour voyous fascistes), il est aussi précédé d'un piratage jamais vu puisque 30.000 copies vidéo en avaient déjà été écoulées avant même sa sortie au Brésil - ce qui ne l'a pas empêché de faire 700.000 entrées dès les premiers jours. On le trouve donc déjà sur Dailymotion, quoique dans une version écourtée et avec un sous-titrage anglais de piètre qualité.

La bande-annonce

Que montre le film ? L'action d'un capitaine du Batalhão de Operações Policiais Especiais (BOPE, ou Bataillon des forces spéciales de la Police nationale brésilienne) et de ses troupes, face aux narco-trafiquants d'une favela de Rio de Janeiro à la veille de l'arrivée du pape Jean-Paul II en 1997. Fondée sur le témoignage de deux anciens capitaines du BOPE et sur le livre qu'ils ont co-écrit avec le professeur Luiz Eduardo Soares, ancien secrétaire à la Sécurité Publique, l'histoire se caractérise par son vérisme - on a parlé de semi-fiction. Corruption, violence, tortures, montrées cruement, correspondent trait pour trait à une réalité urbaine gangrénée par le trafic de drogue, où la police ordinaire est trop mal payée pour ne pas fermer les yeux, où les jeunes bobos des beaux quartiers fumeurs de joints sont la clientèle des pires trafiquants, où les pauvres gens subissent et où seuls surnagent, ce qui choque les bien-pensants, les troupes d'élite aguerries. Pas une apologie de la violence, comme d'aucuns ont pu dire, mais un aperçu de ce que deviennent les "quartiers" et autres banlieues que les hommes politiques, eux-mêmes corrompus, abandonnent complaisamment aux petits et grands trafics.
Sur le sujet, voir aussi : Eradiquer la violence dans les banlieues : une solution simple et efficace !

Wagner Moura, dans le rôle du capitaine

Aperçus du film ici (mais ça ne vaut pas la version officielle sur grand écran) - 1 :
http://www.dailymotion.com/relevance/search/tropas%2Bde%2Belite/video/x4ovvo_tropadeelite1-vo-soustitree_shortfilms
2 : http://www.dailymotion.com/related/x4ovvo/video/x4p033_tropadeelite2-vo-soustitree_shortfilms
3 : http://www.dailymotion.com/related/x4p033/video/x4pbzi_tropadeelite3-vo-soustitree_shortfilms
4 : http://www.dailymotion.com/related/x4p033/video/x4pdlx_tropadeelite4-vo-soustitree_shortfilms
5 : http://www.dailymotion.com/related/x4p033/video/x4pk7r_tropadeelite5-vo-soustitree_shortfilms
6 : http://www.dailymotion.com/related/x4p033/video/x4pqwf_tropadeelite6-vo-soustitree_shortfilms
7 : http://www.dailymotion.com/related/x4p033/video/x4qnne_tropadeelite7-vo-soustitree_shortfilms
8 : http://www.dailymotion.com/related/x4p033/video/x4qq28_tropadeelite8-vo-soustitree_shortfilms
9 :
http://www.dailymotion.com/relevance/search/tropa.de.elite-9/video/x4r31y_tropadeelite9-vo-soustitree_shortfilms
10 :
http://www.dailymotion.com/related/x4p033/video/x4r45i_tropadeelite10-vo-soustitree_shortfilms

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 00:13
A tous les coins de rue...
Ici Calle larga 22 Marzo, non loin de la place Saint-Marc :
Vous avez dit contrefaçons ?
(80€ le sac, tout de même)

Pour les amateurs, un petit rappel : l'achat d'un faux Chanel, Dior, Lacoste, Cartier ou Vuitton au choix (les marques françaises les plus copiées) constitue un délit douanier, et la simple détention d'un de ces épouvantables sacs siglés peut faire encourir jusqu'à 300.000 euros d'amende et 3 ans de prison. Mais surtout, comme dit le site des douanes, la contrefaçon est désormais le fait de réseaux très organisés qui utilisent les revenus ainsi générés pour financer d'autres activités criminelles (trafics de drogue, d'armes, terrorisme). En acheter, c'est financer la criminalité organisée et contribuer à l'exploitation d'une main d'œuvre d'enfants et d'immigrés. On se demande d'ailleurs ce qu'attend la police de Venise pour intervenir. De même à Strasbourg, Versailles...
http://www.douane.gouv.fr/page.asp?id=40
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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 19:55
Il semble bien que le 24 juin dernier, alors qu'il achevait un voyage de 48h en Israël et s'apprêtait à reprendre son avion sur le tarmac de l'aéroport Ben Gourion de Tel Aviv, Nicolas Sarkozy ait échappé de justesse à une tentative d'assassinat. Ce sont du moins les conclusions des Services secrets russes, comme vient de le révéler le journal nationaliste Zavtra (mais je n'arrive pas à mettre la main dessus). Et ils ont certainement raison tant la version officielle reprise par les médias - un suicide - comporte d'invraisemblances et de contradictions. Le suicide d'un garde druze de l'IDF (Israel Defense Forces), Raed Asaad Ghanan, 32 ans, qui se serait jeté d'un toit de l'aéroport tout en se tirant dans la tête une balle de fusil d'assaut M-16 au moment même où, à 100m de là et dans sa ligne de mire, Sarko et sa Carla prenaient congé du président israëlien Shimon Pérès et du premier ministre Ehud Olmert... ça me rappelle cet employé de l'ambassade de Roumanie au temps de Ceaucescu, suicidé en se jetant par la fenêtre, un poignard planté dans le dos ! Vous y croyez, vous ?

Les coups de feu, couverts par la fanfare (c'est minuté comme du Hitchcock, cf. le final de L'homme qui en savait trop), auraient fait deux morts, l'un dont on ne parle pas, un officier de sécurité français qui devait donc se trouver à proximité de Sarkozy, l'autre qu'on a présenté comme le suicidé et qui apparaît plutôt comme l'homme qui en savait trop ! Bah, ce n'était qu'un Druze ! Il est à noter que deux autres témoins gênants, deux femmes soldates israéliennes, se sont opportunément évanouies après l'incident - Quelle émotion !, - au point de nécessiter une hospitalisation prolongée loin des curieux... Et le lendemain de l'attentat, l'aéroport Ben Gourion a été bouclé au prétexte d'un vaste exercice de simulation de sauvetage décidé subitement. Quant au garde qui était de faction avec le malheureux Ghanan, personne ne semble vouloir s'interroger de trop près sur son cas. Toujours est-il que la responsabilité du Mossad est directement engagée dans cette affaire, d'abord parce qu'il a failli, et surtout parce que le tueur pourrait bien sortir de ses rangs.

Pourquoi, me direz-vous, le Mossad aurait-il voulu éliminer un inconditionnel d'Israël ? Eh bien, hypothèse pour hypothèse, peut-être tout simplement parce que les enragés du sionisme qui constituent le gros des troupes des Services secrets israëliens, à commencer par leur chef, le général Meir Dagan, n'ont pas, mais alors pas du tout apprécié le discours de Sarkozy devant la Knesset. Comme à son habitude, Sarko a dit tout et le contraire de tout. Nous, Français, commençons à être habitués, mais les Juifs ne s'attendaient peut-être pas qu'il leur mente ; ou peut-être ont-ils pris pour argent comptant ses déclarations en faveur de la création d'un Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale. Pourtant ça ne mange pas de pain les déclarations. Mais sûr que pour des types qui se proposent ouvertement d'exterminer les Palestiniens, ça passe mal ! Sarközy, ou la figure du traître...

En tous cas, la seule vidéo disponible de l'attentat est bidouillée (les images du moment crucial ont été retirées et il n'y a pas le son). Un détail curieux, cependant : au lieu de planquer Sarko, ses gardes du corps l'invitent à monter sur la passerelle à découvert... Il sera intéressant de suivre dans les prochains mois la carrière du colérique Dagan, né Huberman, 63 ans, qui, en principe, vient d'être reconduit à la tête du Mossad jusque fin 2009. En principe...

Sources :
http://web.israelinsider.com/Articles/Security/12942.htm
http://fr.altermedia.info/general/tentative-dassassinat-ou-suicide_14638.html
http://mecanopolis.wordpress.com/2008/06/25/etrange-depart-disrael-pour-nicolas-sarkozy
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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 00:20
Où l'on reparle des Ijaws (cf. La révolte des Ijaws ).
Une fois n'est pas coutume, voici une dépêche AFP intéressante.
*

LAGOS (Nigéria) - Le Mouvement d'émancipation du Delta du Niger (MEND) a revendiqué l'attaque qui a visé jeudi un important puits offshore de Shell, obligeant la compagnie à interrompre la production et confirmant sa détermination à perturber l'industrie pétrolière du Nigeria.

On n'y voit rien ! Bonga, c'est la concentration de points noirs dans le quart supérieur gauche,
un peu au-dessus de "Golfe de Guinée" (merci à Joeren van der Veer, PDG de Shell, pour la carte !)

"Ce matin à 00H45 nos combattants ont investi la prétendue forteresse de Bonga. La salle informatique de contrôle de la production était notre principale cible que nous voulions faire sauter, mais nous n'avons pas pu y accéder", a affirmé le MEND dans un courriel. Shell a dû interrompre sa production. "Nous avons arrêté la production sur le champ pétrolier de Bonga après l'attaque ce matin par des militants inconnus," a déclaré le porte-parole de Shell, Precious Okolobo.

Les assaillants ont pris pour cible le champ FPSO Bonga (Floating, Production, Storage and Offloading), situé à 120 km au large de Lagos, un monstre haut comme un immeuble de douze étages, 305 mètres de long, 58 de large et 32 de haut. Bonga a une capacité pouvant aller jusqu'à 250.000 barils par jour et 150 millions de pieds cubes de gaz, qui partent vers le terminal de Bonny par des gazoducs sous-marins.

L'attaque inquiète les milieux pétroliers, compte tenu de la situation du site visé, jusqu'alors considéré comme inaccessible par les groupes armés. "C'est très très préoccupant. On touche à la zone la plus garantie de production. Cela veut dire qu'il n'y a désormais pas de limite pour les attaques", a dit un responsable d'une multinationale. Dans cette même région, un navire du groupe français Bourbon transportant du matériel et des personnels pour le compte de compagnies pétrolières a été attaqué jeudi également par des hommes armés. Deux Nigérians ont été blessés, le capitaine et un ingénieur, ont précisé des sources diplomatiques et pétrolières

"Notre prochaine visite sera différente, et l'installation ne sera pas épargnée", a averti le MEND affirmant aussi avoir enlevé un Américain, Jack Stone, travaillant pour une autre société para-pétrolière. Celui-ci a été libéré dans la journée. Le ministre nigérian de l'Information a déploré une attaque "très malheureuse" qui "légitimise la criminalité". "La cible d'aujourd'hui a été délibérément choisie pour prouver une fois pour toute que l'exploration offshore n'est pas hors d'atteinte", a commenté le MEND qui demande à toutes les multinationales de faire partir leurs employés du Nigeria "jusqu'à ce que la question du Delta du Niger soit résolue".

"Les navires pétroliers et gaziers sont également avertis d'éviter les eaux nigérianes sous peine d'attaques", conclut le MEND. Affirmant se battre pour les populations de la région afin qu'elles obtiennent une plus grande part de la manne pétrolière, le mouvement a répété que ses attaques faisaient partie d'une "Opération Cyclone" visant à "ruiner l'industrie d'exportation pétrolière du Nigeria".

Le baril de pétrole a atteint les 137 dollars, après cette attaque. Le site de Bonga, ouvert en novembre 2005, a permis à Shell d'exporter 100 millions de barils à la date de mai 2007 et est détenu à 55% par Shell, 20% par le géant américain Exxon Mobil, 12,5% par l'Italien Agip, et 12,5% par le groupe français Total, via Elf Petroleum Nigeria. Cette attaque est la dernière d'une séries visant les intérêts de Shell. Les violences dans le Delta du Niger ont privé le Nigeria d'un quart de sa production de pétrole depuis janvier 2006. Le pays a perdu en avril sa place de premier producteur africain au profit de l'Angola selon l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (0PEP). L'Angola a produit 1,873 million de baril par jour en avril, contre 1,818 million de b/j pour le Nigeria.
*
Soleil couchant sur une plateforme du Golfe de Guinée

Le pétrole à 200 dollars le baril, comme l'annonce la couverture du Courrier international du 19 juin, semble effectivement pour très bientôt. Mais n'allez pas croire que cela gène outre mesure les compagnies pétrolières : leurs bénéfices sont décuplés (cela se compte en centaines de milliards de dollars...). Chapeau bas tout de même à ces sympathiques Ijaws qui attaquent les plateformes off-shore à la pirogue.
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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 20:04
L’association Fraternité franco-serbe (FFS) existe depuis 2007. Dans l’entretien qu’il nous a accordé le 31 mai 2008, son président nous en dit plus sur le sens de son engagement et sur la mission humanitaire qu’il a menée récemment au Kosovo.

Comment vous est venue l’idée de fonder une association France-Serbie ?


Charles-Alban Schepens : C’est en 1999, lors des bombardements de l’OTAN sur la Serbie [guerre du Kosovo, mars-juin 1999], que j’ai commencé à me sentir concerné par le sort de ce pays. Nous étions quelques jeunes Français a nous montrer particulièrement dynamiques dans les manifestations contre les bombardements et c’est ainsi que se sont noués mes premiers contacts avec la communauté serbe en France.
    Il existait déjà diverses associations franco-serbes. Mais en voyant s’aggraver la situation des Serbes restés au Kosovo et constatant la désinformation des Français sur la question, j’ai voulu faire quelque chose et j’ai monté FFS, avec trois objectifs :
-    rappeler les liens historiques entre la France et la Serbie en organisant des festivités culturelles,
-    faire connaître la situation du Kosovo et de la Serbie en général,
-    aider moralement et financièrement les enclaves serbes du Kosovo.

Malgré des moyens encore très modestes, vous avez réussi le tour de force de mener une première mission humanitaire au Kosovo quelques mois à peine après la fondation de FFS. Quelle a été cette mission ?

Ch.-A. Schepens : Nous souhaitions faire coïncider notre première action au Kosovo avec la Pâques orthodoxe [27 avril 2008] et c’est ce que nous avons fait puisque notre convoi, parti de Paris fin avril, était sur place le 27. Tout un symbole pour nos amis serbes.
    La destination de cette première mission était une enclave serbe totalement isolée, au Nord de Kosovska Mitroviça [étant donné le risque de représailles, nous avons ici jugé préférable de ne pas citer le nom du village et de rester évasifs sur sa localisation exacte]. Il s’agissait de venir en aide à 40 familles, dont 108 enfants. Nous leur avons remis les vêtements, médicaments, nourriture et jouets qui constituaient notre chargement, ainsi qu’un secours financier dont l’église serbe de Paris nous avait confié la distribution, proportionnée au nombre d’enfants par famille.

Comment se présentent ces enclaves serbes ? Leur situation vous paraît-elle viable en l’état ?

Ch.-A. Schepens : Dans le Nord du Kosovo où ils sont largement majoritaires, les Serbes peuvent encore mener une vie décente. Mais ailleurs, dans les enclaves isolées qu’on rencontre sur tout le territoire, quelques villages regroupés, parfois seulement quelques maisons serbes au milieu d’un territoire devenu hostile, ils sont prisonniers chez eux et ne peuvent sortir, travailler ou se rendre dans ce qui leur reste de champs que sous escorte armée de la KFOR. Tout est géré par l’OTAN. Il y a des barrages et des militaires partout. Rien de viable. Les Serbes qui le pouvaient sont partis. Seuls les plus pauvres sont restés. Mais ils ne reçoivent aucune assistance des ONG. Juste un peu d’aide par le biais de la KFOR qui assure leur sécurité.

Quelles sont vos impressions du Kosovo ? Qu’est-ce qui vous a marqué ?

Ch.-A. Schepens : D’abord les cimetières profanés aux pierres brisées et les églises détruites qu’on aperçoit depuis la route, et le contraste entre, d’un côté les maisons abandonnées des Serbes, et juste en face les maisons cossues flambant neuves que se font construire les Albanais, avec de gros moyens.
    Et aussi l’affirmation symbolique de l’occupation albanaise dans le paysage : partout, on voit des mosquées en construction, jusqu’en plein milieu des champs, loin de toute habitation. Même les pierres tombales sont en forme de mosquée.
    Ce qui étonne aussi, côté albanophone, ce sont les trois drapeaux systématiquement associés : Albanie – UE – USA. Ce pseudo-Etat, qui ne tient que par la présence militaire de l’OTAN, n’a ni drapeau, ni monnaie. Sans compter les panneaux publicitaires géants placés au bord des routes pour vanter les financements européens. [Là, je me demande si l’Union européenne finance aussi les mosquées...]

Comment les Serbes du Kosovo voient-ils les choses ? Qu’espèrent-ils ?

Ch.-A. Schepens : Les Serbes du Kosovo subissent cette invasion depuis les années Tito, avec tout ce que cela comporte d’humiliations quotidiennes. La situation n’a cessé de s’envenimer. Aujourd’hui, l’arrivée au pouvoir en Serbie du Parti Radical serbe reste leur seul espoir de ne pas être abandonnés par Belgrade. Et ils comptent sur les Russes.
    C’est très important d’aider ces villages pour permettre à la population serbe, les jeunes en particulier, de se maintenir dans ce berceau historique de l’orthodoxie serbe qu’est le Kosovo. Les villageois que nous avons rencontrés souhaitent reconstruire leur église brûlée. Une façon d’espérer.

Pour les aider : http://fraternitefs.free.fr/

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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 14:26
Les étiquettes politiques sont parfois trompeuses. De nos jours, il semble que les idées des mouvements d'extrême-gauche sud-américains montrent plus d'affinités avec celles de l'extrême-droite française qu'avec le prêt-à-penser des bobos gauchos de Saint-Germain-des-Prés. Alors que ces derniers jouent chez nous les idiots utiles du système en appuyant les régularisations massives de migrants décidées par les négriers des temps modernes, alors qu'ils soutiennent de prétendus anti-fascistes russes contre le gouvernement du méchant Poutine (vous comprenez, Poutine a mis au pas une poignée de milliardaires corrompus, bouh que c'est pas bien !), bref alors qu'ils jouent le mondialisme contre les nations, les gauches d'Amérique du Sud, eux, sont nationalistes !

A front renversé

Prenons le cas de la Bolivie. En janvier 2006, Evo Morales, dirigeant du MAS (Movimiento al socialismo / Mouvement vers le socialisme), élu président du pays un mois plus tôt, entre en fonctions. Le socialisme annoncé est au programme, cela va sans dire. Mais tous les Boliviens ne s'y reconnaissent pas, loin s'en faut. De là à fomenter la partition du pays, il y avait un (grand) pas, que certains n'ont pas hésité à franchir sur le conseil d'un certain Philip S. Goldberg...

Pour ceux qui ont suivi les derniers événements du Kosovo, Monsieur Goldberg n'est pas un inconnu. Après avoir été assistant spécial pour la Bosnie de l'ambassadeur américain Richard Holbrooke (1994-1996) et artisan des accords de Dayton qui ont enteriné la désintégration de la Yougoslavie, Goldberg a à nouveau sévi dans la région en tant que chef de la mission US à Pristina, Kosovo (2004-2006). On vient de voir le résultat ! L'atomisation de l'Europe des Balkans n'est d'ailleurs pas finie, puisque le même Goldberg manifeste aussi un intérêt tout particulier pour le Monténégro... En attendant, voilà qu'il fait un petit tour en Bolivie où il a été nommé ambassadeur US en août 2006.

Cependant, en Amérique latine, les Gringos en rangers et leurs séides, on les voit venir de loin ! (Pour ceux qui croient, à la suite d'une publicité pour un mauvais café, que "gringo" est une expression sympa, précisons que c'est un terme injurieux pour désigner le Ricain). Jorge Mansilla, l'ambassadeur bolivien à Mexico (Mexique), ne s'y est pas trompé. Dans une déclaration du 29 avril 2008, il n'hésite pas à dire publiquement que Philip Goldberg n'a été nommé à son poste en Bolivie que pour y provoquer des divisions du même ordre que dans les Balkans.

La comparaison n'est pas aussi incongrue qu'il peut paraître quand on sait que l'un des principaux acteurs du mouvement autonomiste qui touche maintenant les provinces boliviennes de Santa-Cruz, Beni, Pando et Tarija, n'est autre qu'un industriel croate, Branko Marinkovic !

Le moyen de la partition ? Le référendum, bien sûr !, et des sommes colossales mises au service des factieux par le NED américain (National Endowment for Democracy), sommes qui se chiffrent en centaines de millions de dollar$. Mais contrairement au Kosovo, la "Communauté internationale" a pour une fois refusé de donner du crédit à cette mauvaise farce (le référendum des quatre provinces qui a eu lieu le 4 mai 2008 n'est pour l'instant qu'un coup d'épée dans l'eau). Il faut dire que les Etats voisins se savent aussi menacés : la Bolivie n'est qu'un maillon faible du continent sud-américain. Partant, c'est un terrain d'expérimentation pour une stratégie US de morcellement des nations rivales qui, à moyen terme, vise tout aussi bien le Brésil, dont la forêt amazonienne attise bien des convoitises. On comprend que le pays, pas fou, ait refusé de reconnaître l'indépendance du Kosovo.

Jouxtant le Brésil, Santa-Cruz et les provinces adjacentes couvrent plus de la moitié du territoire bolivien. C'est là que se trouvent ses plus riches réserves de gaz naturel... La population locale, rebaptisée "Nacion Camba" par Mr Goldberg, du nom que l'on donne en Bolivie aux habitants métissés des plaines, par opposition aux Indiens des Andes, forme 30% du total des Boliviens. Mais, en dehors d'une minorité rassemblant des représentants de la bourgeoisie et les expatriés croates, elle ne semble pas pour l'heure acquise à l'idée d'une partition et à cet étrange concept de "nation" à la sauce Goldberg. En réponse au référendum, des manifestations de grande ampleur en faveur de l'unité nationale ont eu lieu le même jour. Les Boliviens y demandaient l'expulsion de l'ambassadeur des USA, "instigateur du séparatisme". Reste à savoir si le timide Morales saura faire preuve d'assez de poigne pour débarrasser son pays de cette crapule.

Après la Bosnie, la Bolivie.
Après le Kosovo, la Seine-Saint-Denis ?
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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 20:07
L'aigle chauve, oiseau sacré des Indiens d'Amérique

Le 21 décembre 2007, les Sioux Lakota ont repris leur indépendance et dénoncé les traités qui les liaient aux Etats-Unis d'Amérique depuis 1851. Il s'avère en effet que depuis 150 ans les Américains n'ont respecté aucun des quelque 33 traités "de paix et d'amitié" signés avec les Sioux qui garantissaient à ceux-ci l'intégrité de leurs territoires ancestraux, y compris le traité de 1868 ratifié à Fort Laramie après l'écrasante défaite subie par l'armée américaine lors de la guerre de Nuage Rouge. De facto, ces traités sont caducs.

En conséquence, les Sioux ne se reconnaissent plus citoyens américains et leur territoire, qui couvre en partie cinq états des USA (Nébraska, Dakota du Sud, Dakota du Nord, Montana et Wyoming), ne fait plus partie du territoire US. Le nouvel Etat qui a nom Lakotah émettra ses propres passeports. Les résidents non-amérindiens du pays sont invités à rester pour peu qu'ils renoncent à la citoyenneté américaine. Le tout net d'impôts.

Pour la population Sioux, l'indépendance est une question de survie : 97 % d'entre eux vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté et ils ont le plus fort taux de mortalité des USA, leur espérance de vie moyenne n'étant que de 44 ans ! Les ressources locales en minerais et en eau potable n'ont cessé d'être pillées. La population amérindienne, parquée dans des réserves, a subi plusieurs déportations jusque dans les années 1960. Enfin, l'alcool et la télévision font des ravages. L'indépendance énergétique et la défense de la culture Sioux seront donc les priorités du gouvernement du Lakotah. Cf. http://www.republicoflakotah.com/

Bienvenue à la république du Lakotah dans le concert des nations.

Et si les Serbes veulent être les premiers à reconnaître le nouvel Etat, ils ont ma bénédiction !


A signaler aussi un blog fait par un jeune Navajo qui donne des informations intéressantes, par exemple sur la protection des aigles chauves, ou sur la tentative par un certain John McCain, actuel candidat à la présidence des USA, à travers un amendement déposé en 2005, de faire déporter 3.000 familles Navajos...
Cf. http://tribalemployee.blogspot.com/

Et pour les amateurs, un groupe de punk-rock Navajo, Blackfire : http://www.blackfire.net
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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 19:25
Il y a un an, la justice lituanienne ouvrait une enquête contre Itzhak Rudnicki, un juif né en Lituanie soupçonné de crimes de guerre et génocide dans les années 1940. Connu aujourd'hui sous le nom de Yitzhak Arad, Rudnicki n'est pas n'importe qui puisqu'il a dirigé et développé pendant plus de vingt ans (1972-1993) l'Institut de Yad Vashem en Israël et a publié de nombreux livres sur le sujet de l'Holocauste juif. La procédure intentée contre lui se fonde pourtant sur une de ses propres publications ou plus précisément sur le commentaire extensif qu'il a fait des mémoires d'un journaliste polonais de la Seconde Guerre mondiale pour l'édition anglaise (Kazimierz Sakowicz, Ponary Diary, 1941-1943 : A Bystander's Account of a Mass Murder, Yale University Press, 2005). Arad y relate complaisamment les exécutions de résistants, de prisonniers de guerre et de simples civils lituaniens qu'il a perpétrées alors pour le compte du NKVD, dont il fut membre à partir de février 1943. Ses déclarations sont d'ailleurs corroborées par les archives rassemblées par le Centre de recherches sur la résistance et le génocide de la population de Lituanie à Vilnius, comme a tenu à le préciser le procureur général lituanien Valentukevicius : "Nous avons de nombreux documents qui nous permettent de soupçonner Arad d'actes criminels".

Le Bureau du procureur n'a pour l'instant formulé qu'une simple requête auprès du ministère israélien de la Justice pour pouvoir interroger Yitzhak Arad sur ses responsabilités dans le meurtre de civils lituaniens en 1943 et 1944. Cependant, Israël vient d'y opposer une fin de non recevoir, l'actuel directeur de l'Institut Yad Vashem, Avner Shalev, allant jusqu'à exiger que la Lituanie présente officiellement des excuses au Dr Arad ! Bien entendu, celui-ci évoque ses anciennes activités sous un tout autre jour puisqu'il n'aurait fait qu'exécuter des "collaborateurs" de l'occupant nazi. Et de même, Avner Shalev, qui nomme résistants les membres des escadrons de la mort du NKVD, ne voit aucun reproche à leur faire : "Toute tentative d’assimiler ces actes de résistances [les exécutions de prisonniers] à des actions illégales, et ses acteurs [en l'occurence Itzhak Rudnicki-Arad] à des criminels, est une dangereuse perversion des évènements qui se sont déroulés en Lituanie durant la guerre (sic)".

Avoir été membre du NKVD sous le sinistre Béria n'a pourtant rien d'anodin. Le NKVD ou Commissariat du peuple aux affaires intérieures, la police politique de Staline, était spécialement chargé d'éliminer les "traîtres à la patrie" et autres "ennemis du peuple", titres généreusement accordés dans l'URSS de l'époque et les territoires sous sa domination à tout ce qui pouvait ressembler à un religieux, un intellectuel, un bourgeois, un paysan... (la liste est loin d'être exhaustive). Dans les Etats baltes annexés à l'URSS en 1940 (Estonie, Lettonie et Lituanie), c'est aussi au NKVD qu'incomba la responsabilité de la lutte contre les résistances nationales et la déportation massive de populations. La méthode fut expéditive. Ainsi rien qu'en une nuit (11-12 juillet 1940), plus de 2.000 Lituaniens, pour la plupart hommes politiques, hommes de lettres, éditeurs ou journalistes, furent massacrés à Panevezys, ce qui revenait à décapiter le pays.

De même, l'arrêté secret n° 1299-526 du comité central du Parti communiste de l'URSS sur "la déportation des éléments socialement étrangers des Républiques baltes, de l'Ukraine occidentale, de la Biélorussie occidentale et de la Moldavie", pris le 14 mai 1941 sous l'impulsion de Béria, ordonnait de déporter dans des camps de Sibérie des centaines de milliers de personnes de tous âges et de toutes classes sociales :
1) les membres des organisations contre-révolutionnaires et leurs familles,
2) les anciens gendarmes, les gradés de la police et des gardiens de prisons, ainsi que les simples policiers ou gardiens de prison en cas de documents compromettants [c'est-à-dire révélant des actions anti-soviétiques],
3) les anciens grands propriétaires et commerçants, les anciens industriels et les principaux fonctionnaires des gouvernements bourgeois,
4) les anciens officiers dont les dossiers sont compromettants (y compris ceux qui avaient servi dans les troupes territoriales de l'armée rouge),
5) les membres de famille des condamnés à mort ou des membres d'organisations contre-révolutionnaires qui ont pris le maquis,
6) les personnes qui ont été rapatriées depuis ou vers l'Allemagne et dont les dossiers sont compromettants,
7) les réfugiés polonais s'ils ont refusé d'adopter la citoyenneté soviétique,
8) les éléments criminels qui poursuivent leurs activités,
9) les prostituées enregistrées auprès de la police si elles continuent leurs activités.

Un régime de terreur fut alors imposé aux Baltes (80.000 exécutions en Lituanie entre juin 1940 et juin 1941). Dans ses conditions dramatiques, on peut comprendre qu'ils ne firent pas trop mauvais accueil à l'armée allemande en juin 1941. Mais si les Israéliens insistent beaucoup aujourd'hui sur l'antisémitisme violent dont firent alors preuve les Lituaniens avant même l'arrivée des troupes du Reich, ils omettent un détail gênant : les Juifs constituaient plus de 16% des dirigeants du NKVD opérant dans le pays, ce qui montre une surreprésentation notable par rapport à la composition de la population, et ils représentaient entre le tiers et la moitié des membres du parti communiste clandestin de Lituanie, partisan et complice de l'invasion soviétique qui recommença à partir de 1944-1945. Béria lui-même en était. Les Lituaniens firent surtout montre d'une résistance farouche, puisqu'on estime que de 1944 à 1952 près de 10% de la population avait rejoint les Frères de la forêt.

Si l'on se souvient que la plupart des exécutions de civils lituaniens par le NKVD le furent sous les prétextes les plus futiles ("ennemi de la révolution", "possède de la littérature non autorisée", "possède un drapeau lituanien", ou encore Boy Scout), que la qualification de "collaboration" était généralisée et s'appliquait tout aussi bien à des enfants de 8 ans, et qu'enfin le mode d'exécution ordinaire fut la torture à mort, le passé de Yitzhak Arad prend un relief singulier. On peut le rapprocher d'un de ses collègues de la police politique, Petras Raslanas, condamné par contumace le 5 avril 2001 à la prison à vie pour génocide pour le massacre de la forêt de Rainiai. Dans la nuit du 24 au 25 juin 1941, plus de 70 Lituaniens, parmi lesquels de jeunes étudiants, furent atrocement torturés. Lorsqu'on découvrit les corps trois jours plus tard, seuls 27 purent être identifiés tant ils avaient été mutilés... Bien entendu Raslanas affirma dans son rapport au Secrétaire du Comité central du parti communiste de Lituanie que pas une seule des victimes n’était innocente... Mais doit-on tenir pour paroles d'évangile les accusations de Béria et de sa police justifiant l'exécution de simples civils sans procès et les tortures sans nom qui leur furent infligées ? Selon Israël, il semblerait que ce soit oui !

Toujours est-il que Yitzhak Arad, en tant que militant et homme de main du NKVD, a assurément pris une part active dans l'exécution de ces crimes de masse qui furent l'essentiel de l'action de cette police politique. Il gagna ensuite clandestinement la Palestine en 1945 et semble alors s'être distingué dans le terrorisme contre les Anglais avant d'être fait général de Tsahal... Etrange carrière pour un pourfendeur de nazis et une "autorité morale". Quand un historien du génocide juif se révèle lui-même auteur de génocide en Lituanie, est-ce de la morale ou un ricanement du diable ?
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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 00:32
Il ne s'agit pas ici du fier corsaire de Dunkerque, ni de la frégate du même nom, qui soit dit en passant semble avoir aussi connu un incendie il y a quelques années, mais d'un modeste et sympathique bar-tabac dans le centre de Paris qui a brûlé il y a quelques semaines (bizarre, bizarre...). Les pompiers, intervenus très vite, ont limité les dégâts, les gérants ne demandent pas mieux que de reprendre leur travail, l'assurance est prête à couvrir les frais de remise en état, du moins si on le lui demande..., et tout aurait donc pu rentrer dans l'ordre bien vite, mais, mais, mais le propriétaire-bailleur-fond de pension refuse les sous de l'assurance ! Bizarre, bizarre... Il semblerait qu'il veuille récupérer les lieux pour y installer, voyons, un marchand de téléphonie mobile, indispensable dans une rue où il y en a déjà trois ou quatre ! Mais c'est jugé beaucoup plus rentable par nos amis les pensionnés d'Outre-Atlantique, moyennant bien sûr une forte augmentation du loyer. Et c'est comme ça qu'une famille française se trouve littéralement à la rue, campant devant le bar avec matelas et couvertures de survie.

N'hésitez pas à vous arrêter au restaurant attenant et à venir signer la pétition. Quelques commentaires élogieux trouvés sur Internet mettront le visiteur en bouche : "A Paris on trouve parfois ces perles, des restaurants assez bons de cuisine traditionnelle et super bon marché... Voici ma meilleure adresse de ce genre de trouvailles : Le Jean Bart à Saint Paul, ou plutôt, son « antenne », un petit restaurant collé à lui et dont le service est assuré par les employés du Jean Bart. Outre les plats typiques, bavette à l’échalote, steak-frites, omelettes… vous y trouverez également d’excellentes crêpes et galettes au sarrasin. Les prix « bretons » dépassent rarement les 5€ ! Si vous êtes convaincus, commandez du cidre et mangez à l’intérieur parce que, l’ambiance y est : une dizaine de tableaux de bateaux bravant la mer… en plus, c’est encore moins cher qu’en terrasse." Ou encore : "La carte est labyrinthique et propose des plats allant du steak frites aux moules marinières, spécialité de la maison. La soupe de poisson est délicieuse, les salades copieuses...".

JeanBart1.jpgLe Jean Bart
86, rue Saint Antoine 75004 Paris
Photo avant l'incendie par Jessica (c'est marqué dessus), trouvée sur un site... chinois !
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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 21:45
Tout ça me fatigue ! La "Constitution européenne", autrement dite "Traité de Lisbonne", tout ça. Aucun intérêt. De toutes façons, ce texte est caduc, nul et non avenu. Il a été rejeté par le peuple. Les politiques, simples élus, prétendent passer outre... A la lanterne, les élus ! Et sans rire.

Connaissez-vous le capitalo-communisme ? Non ? Eh bien pourtant il va falloir vous y faire, car c'est l'idéologie de l'Europe de demain, c'est-à-dire de l'Europe d'aujourd'hui. Je tombe sur un article du professeur Alain Supiot dans le Monde du 25 janvier qui explicite assez bien la chose. En voici de (très) larges extraits.
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VOILÀ L'ÉCONOMIE COMMUNISTE DE MARCHÉ
Prenez le pire du capitalisme et le pire du communisme, vous comprendrez quel cours est en train de prendre la globalisation.

La Cour de justice européenne détient une part essentielle du pouvoir législatif dans l'Union. [...] Par deux arrêts, capitaux pour le devenir de "l'Europe sociale", elle vient de trancher la question de savoir si les syndicats ont le droit d'agir contre des entreprises qui utilisent les libertés économiques garanties par le traité de Rome pour abaisser les salaires ou les conditions de travail.

Dans l'affaire Viking, une compagnie finlandaise de navigation souhaitait faire passer l'un de ses ferrys sous pavillon de complaisance estonien afin de le soustraire à la convention collective finlandaise. L'affaire Laval concernait une société de construction lettonne qui employait en Suède des salariés lettons et refusait d'adhérer à la convention collective suédoise. Dans les deux cas, les syndicats avaient recouru à la grève pour obtenir le respect de ces conventions, et la Cour était interrogée sur la licéité de ces grèves.

Le droit de grève étant explicitement exclu du champ des compétences sociales communautaires, un juge européen respectueux de la lettre des traités se serait déclaré incompétent. Mais la Cour juge depuis longtemps que rien en droit interne ne doit échapper à l'empire des libertés économiques dont elle est la gardienne. Elle s'est donc reconnue compétente ! L'arrêt Laval interdit aux syndicats d'agir contre les entreprises qui refusent d'appliquer à leurs salariés détachés dans un autre pays les conventions collectives applicables dans ce pays. Au motif qu'une directive de 1996 accorde à ces salariés une protection sociale minimale, la Cour décide qu'une action collective visant à obtenir non pas seulement le respect de ce minimum, mais l'égalité de traitement avec les travailleurs de cet Etat, constitue une entrave injustifiée à la libre prestation de services.

L'arrêt Viking affirme que le droit de recourir à des pavillons de complaisance procède de la liberté d'établissement garantie par le droit communautaire. Il en déduit que la lutte des syndicats contre ces pavillons est de nature à porter atteinte à cette liberté fondamentale. La Cour reconnaît certes que le droit de grève fait "partie intégrante des principes généraux du droit communautaire". Mais elle interdit de s'en servir pour obliger les entreprises d'un pays A qui opèrent dans un pays B à respecter l'intégralité des lois et conventions collectives de ce pays B. Sauf "raison impérieuse d'intérêt général" dont la Cour se déclare seule juge (!), les syndicats ne doivent rien faire qui serait "susceptible de rendre moins attrayant, voire plus difficile" le recours aux délocalisations ou aux pavillons de complaisance.

Cette jurisprudence jette une lumière crue sur le cours pris par le droit communautaire. Il échappait déjà à peu près complètement aux citoyens, tant en raison de l'absence de véritable scrutin à l'échelle européenne que de la capacité des Etats à contourner les résistances électorales lorsqu'elles s'expriment dans des référendums nationaux. L'apport des arrêts Laval et Viking est de le mettre également à l'abri de l'action syndicale. A cette fin, les règles du commerce sont déclarées applicables aux syndicats, au mépris du principe de "libre exercice du droit syndical", tel que garanti par la convention 87 de l'Organisation internationale du travail (OIT).

Le droit de grève et la liberté syndicale sont le propre des vraies démocraties [là, je ne sais pas très bien ce que c'est qu'une "vraie démocratie" vu que la démocratie ça a toujours été ça], dans lesquelles l'évolution du droit n'est pas seulement imposée d'en haut, mais vient aussi d'en bas, de la confrontation des intérêts des employeurs et des salariés. Le blocage progressif de tous les mécanismes politiques et sociaux susceptibles de métaboliser les ressources de la violence sociale [un peu jargonnant] ne pourra bien sûr engendrer à terme que de la violence, mais ce sont les Etats membres et non les institutions communautaires qui devront y faire face.

L'Europe est ainsi en passe de réaliser les projets constitutionnels de l'un des pères du fondamentalisme économique contemporain : Friedrich Hayek. Hayek a développé dans son œuvre le projet d'une "démocratie limitée" dans laquelle la répartition du travail et des richesses, de même que la monnaie, seraient soustraites à la décision politique et aux aléas électoraux. Il vouait une véritable haine au syndicalisme et plus généralement à toutes les institutions fondées sur la solidarité, car il y voyait la résurgence de "l'idée atavique de justice distributive", qui ne peut conduire qu'à la ruine de "l'ordre spontané du marché" fondé sur la vérité des prix et la recherche du gain individuel. Ne croyant pas à "l'acteur rationnel" en économie, il se fiait à la sélection naturelle des règles et des pratiques, par la mise en concurrence des droits et des cultures à l'échelle internationale. Cette faveur pour le darwinisme normatif et cette défiance pour les solidarités syndicales se retrouvent dans les arrêts Laval et Viking.

Le succès des idées de "démocratie limitée" et de "marché des produits législatifs" doit moins toutefois aux théories économiques qu'à la conversion de l'Europe de l'Est et de la Chine à l'économie de marché. Avec leur arrogance habituelle, les Occidentaux ont vu dans ces événements, et l'élargissement de l'Union qui en a résulté, la victoire finale de leur modèle de société, alors qu'ils ont donné le jour à ce que les dirigeants chinois appellent aujourd'hui "l'économie communiste de marché".

On aurait tort de ne pas prendre au sérieux cette notion d'allure baroque, car elle éclaire le cours pris par la globalisation. Edifié sur la base de ce que le capitalisme et le communisme avaient en commun (l'économisme et l'universalisme abstrait), ce système hybride emprunte au marché la compétition de tous contre tous, le libre-échange et la maximisation des utilités individuelles, et au communisme la "démocratie limitée", l'instrumentalisation du droit, l'obsession de la quantification et la déconnection totale du sort des dirigeants et des dirigés. Il offre aux classes dirigeantes la possibilité de s'enrichir de façon colossale (ce que ne permettait pas le communisme) tout en se désolidarisant du sort des classes moyennes et populaires (ce que ne permettait pas la démocratie politique ou sociale des Etats-providence). Une nouvelle nomenklatura, qui doit une bonne part de sa fortune soudaine à la privatisation des biens publics, use ainsi de la libéralisation des marchés pour s'exonérer du financement des systèmes de solidarité nationaux.

Cette "sécession des élites" [élites, élites, voire ! des incultes en général] est conduite par un nouveau type de dirigeants (hauts fonctionnaires, anciens responsables communistes, militants maoïstes reconvertis dans les affaires) qui n'ont plus grand chose à voir avec l'entrepreneur capitaliste traditionnel. Leur ligne de conduite a été exprimée il y a peu avec beaucoup de franchise et de clarté par l'un d'entre eux : il faut "défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance" [D. Kessler, dans la revue Challenge, 4 octobre 2007*]. En tête de ce programme figuraient "[...] la liberté de la presse et son indépendance à l'égard des puissances d'argent, (...) l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale impliquant l'éviction des gandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie, (...) la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant". Rien de tout cela n'est en effet compatible avec l'économie communiste de marché.
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Sur l'auteur, A. Supiot, juriste, ancien chercheur à Berkeley et directeur de l'Institut d'études avancées de Nantes, voir ici : http://www.droit.univ-nantes.fr/labos/dcs/supiott.htm

* Le nommé Denis Kessler, maoïste, vice-président du MEDEF de 1998 à 2002, proche de Dominique Strauss-Kahn, est à la fois membre du Conseil économique et social, et administrateur de BNP Paribas, Dexia, Bolloré, Dassault Aviation et Invesco... Tout va bien pour lui. Pour les autres, il veut ceci : "Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. [...] Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !"
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Published by Mélusine - dans Europe
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