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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 20:04
L’association Fraternité franco-serbe (FFS) existe depuis 2007. Dans l’entretien qu’il nous a accordé le 31 mai 2008, son président nous en dit plus sur le sens de son engagement et sur la mission humanitaire qu’il a menée récemment au Kosovo.

Comment vous est venue l’idée de fonder une association France-Serbie ?


Charles-Alban Schepens : C’est en 1999, lors des bombardements de l’OTAN sur la Serbie [guerre du Kosovo, mars-juin 1999], que j’ai commencé à me sentir concerné par le sort de ce pays. Nous étions quelques jeunes Français a nous montrer particulièrement dynamiques dans les manifestations contre les bombardements et c’est ainsi que se sont noués mes premiers contacts avec la communauté serbe en France.
    Il existait déjà diverses associations franco-serbes. Mais en voyant s’aggraver la situation des Serbes restés au Kosovo et constatant la désinformation des Français sur la question, j’ai voulu faire quelque chose et j’ai monté FFS, avec trois objectifs :
-    rappeler les liens historiques entre la France et la Serbie en organisant des festivités culturelles,
-    faire connaître la situation du Kosovo et de la Serbie en général,
-    aider moralement et financièrement les enclaves serbes du Kosovo.

Malgré des moyens encore très modestes, vous avez réussi le tour de force de mener une première mission humanitaire au Kosovo quelques mois à peine après la fondation de FFS. Quelle a été cette mission ?

Ch.-A. Schepens : Nous souhaitions faire coïncider notre première action au Kosovo avec la Pâques orthodoxe [27 avril 2008] et c’est ce que nous avons fait puisque notre convoi, parti de Paris fin avril, était sur place le 27. Tout un symbole pour nos amis serbes.
    La destination de cette première mission était une enclave serbe totalement isolée, au Nord de Kosovska Mitroviça [étant donné le risque de représailles, nous avons ici jugé préférable de ne pas citer le nom du village et de rester évasifs sur sa localisation exacte]. Il s’agissait de venir en aide à 40 familles, dont 108 enfants. Nous leur avons remis les vêtements, médicaments, nourriture et jouets qui constituaient notre chargement, ainsi qu’un secours financier dont l’église serbe de Paris nous avait confié la distribution, proportionnée au nombre d’enfants par famille.

Comment se présentent ces enclaves serbes ? Leur situation vous paraît-elle viable en l’état ?

Ch.-A. Schepens : Dans le Nord du Kosovo où ils sont largement majoritaires, les Serbes peuvent encore mener une vie décente. Mais ailleurs, dans les enclaves isolées qu’on rencontre sur tout le territoire, quelques villages regroupés, parfois seulement quelques maisons serbes au milieu d’un territoire devenu hostile, ils sont prisonniers chez eux et ne peuvent sortir, travailler ou se rendre dans ce qui leur reste de champs que sous escorte armée de la KFOR. Tout est géré par l’OTAN. Il y a des barrages et des militaires partout. Rien de viable. Les Serbes qui le pouvaient sont partis. Seuls les plus pauvres sont restés. Mais ils ne reçoivent aucune assistance des ONG. Juste un peu d’aide par le biais de la KFOR qui assure leur sécurité.

Quelles sont vos impressions du Kosovo ? Qu’est-ce qui vous a marqué ?

Ch.-A. Schepens : D’abord les cimetières profanés aux pierres brisées et les églises détruites qu’on aperçoit depuis la route, et le contraste entre, d’un côté les maisons abandonnées des Serbes, et juste en face les maisons cossues flambant neuves que se font construire les Albanais, avec de gros moyens.
    Et aussi l’affirmation symbolique de l’occupation albanaise dans le paysage : partout, on voit des mosquées en construction, jusqu’en plein milieu des champs, loin de toute habitation. Même les pierres tombales sont en forme de mosquée.
    Ce qui étonne aussi, côté albanophone, ce sont les trois drapeaux systématiquement associés : Albanie – UE – USA. Ce pseudo-Etat, qui ne tient que par la présence militaire de l’OTAN, n’a ni drapeau, ni monnaie. Sans compter les panneaux publicitaires géants placés au bord des routes pour vanter les financements européens. [Là, je me demande si l’Union européenne finance aussi les mosquées...]

Comment les Serbes du Kosovo voient-ils les choses ? Qu’espèrent-ils ?

Ch.-A. Schepens : Les Serbes du Kosovo subissent cette invasion depuis les années Tito, avec tout ce que cela comporte d’humiliations quotidiennes. La situation n’a cessé de s’envenimer. Aujourd’hui, l’arrivée au pouvoir en Serbie du Parti Radical serbe reste leur seul espoir de ne pas être abandonnés par Belgrade. Et ils comptent sur les Russes.
    C’est très important d’aider ces villages pour permettre à la population serbe, les jeunes en particulier, de se maintenir dans ce berceau historique de l’orthodoxie serbe qu’est le Kosovo. Les villageois que nous avons rencontrés souhaitent reconstruire leur église brûlée. Une façon d’espérer.

Pour les aider : http://fraternitefs.free.fr/

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Published by Mélusine - dans Europe
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commentaires

Dominique 07/06/2008 12:31

Mélusine en journaliste ? C'est nouveau mais c'est très bien. Les Serbes du Kosovo sont certainement parmi les plus claires victimes (en tout cas en Europe) d'une évolution historique hâtée par les recombinaisons géopolitiques de l'après Guerre-Froide. Ils méritent naturellement d'être aidés et soutenus. La seule solution viable serait de sanctuariser la zone du nord où ils sont majoritaires et où devraient être regroupés à termes les Serbes des autres enclaves.Le statut pourrait être alors discuté : région autonome affiliée à la Serbie (leur souhait évident) où région (très) autonome au sein de l'Albanie (plus réaliste compte-tenu du rapport des forces) avec des garanties internationales y compris militaires (et là les Russes pourraient jouer un rôle utile, valorisant pour eux et rééquilibrant).Le manque de vision des dirigeants internationaux est cependant tel que je crains qu'une telle solution ne soit jamais appliquée.

Mélusine 08/06/2008 21:52


Journaliste, certainement pas : c'est limite grossier. Et puis pas besoin d'être journaliste pour rencontrer les gens intéressants et leur poser des questions.

Seule solution viable ? Manquerait plus que ça ! Après tout ce qu'on leur a fait subir, et on aurait encore l'impudence de leur dire qu'ils n'ont plus qu'à abandonner leurs terres et leurs églises
?!!!

Je ne crois pas aux situations qui n'ont qu'une seule solution. Il y a toutes sortes de solutions, reste à savoir lesquelles on veut appliquer. En attendant, pour les aider, ce qu'on peut faire de
mieux c'est de soutenir l'association FFS, la financer et la faire connaître.

Quant aux Russes, ce n'est pas à nous de leur dire ce qu'ils ont à faire.