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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 23:05
Profitant de l'insouciance estivale des Occidentaux et de la toute fictive "trêve olympique", les appétits de l'USI ( Israël + USA = USI ) sont des plus aiguisés ce mois d'août. La multiplication des casus belli en est le signe : l'Ossétie vient d'en faire les frais, mais l'Iran reste dans la ligne de mire. Il semblerait même qu'on prépare aux Perses un traitement de faveur...

Le New York Times a ouvert complaisamment ses colonnes le 18 juillet dernier à l'historien Benny Morris, représentant de la gauche israélienne et consultant auprès de son armée considéré particulièrement fanatique. Il s'est spécialisé dans l'histoire des relations israélo-palestiniennes et la question de l'expulsion des Palestiniens en 1948, mais ses positions aujourd'hui violemment anti-palestiniennes - Benny Morris envisage un nettoyage ethnique... - invitent rétrospectivement à considérer avec circonspection des publications qui passent cependant pour assez fouillées et plus équilibrées que d'autres (The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, 1989 ; Israel's Secret Wars : A History of Israel's Intelligence Service, 1991 ; 1948 and after : Israël and the Palestinians, 1994, ou encore Righteous Victims : A History of the Zionist-Arab Conflict, 1881-1999, 1999, le seul qui semble disponible en français sous le titre Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, éd. Complexe, 2003).

Mais ce n'est pas pour parler de Palestine que Benny Morris vient de reprendre la plume dans cet article au titre particulièrement cynique : « Using Bombs to Stave Off War » (Bombarder pour éviter la guerre !), mais pour nous entretenir de l'Iran, dont le bombardement, nous dit l'auteur, serait imminent : "Israël attaquera certainement les sites nucléaires iraniens dans un délai de quatre à sept mois...". Nous voilà prévenus. Si cette première attaque au moyen d'armes conventionnelles (sic) ne donnait pas pleine satisfaction à ses partisans, alors, eh bien nous aurons droit à une guerre nucléaire ! Faisant fi de toute solution négociée et du fait que pour l'heure il n'est toujours question, côté iranien, que de centrales à usage civil, le bonhomme ne voit pas d'autre option pour empêcher que l'Iran accède au nucléaire que sa vitrification... C'est tout de même 70 millions d'habitants, l'Iran, mais ça n'a pas l'air de l'interpeller plus que ça.

On est loin des principes de la dissuasion nucléaire qui veut que deux pays possédant l'arme atomique évitent de s'en servir l'un contre l'autre. Benny Morris semble même incapable d'en saisir le sens, pourtant évident si on tient à la vie, puisqu'il n'a que cette alternative : ou la destruction de l'Iran, ou la destruction croisée de l'Iran et d'Israël, qui bien sûr est exclue du point de vue de ses lecteurs, donc... Dans sa paranoïa, l'intelligentsia israélienne accuse en fait l'Iran de ruminer pour Israël le sort qu'elle-même réserve aux Iraniens. Car, insinue tout de go Benny Morris, puisque les premières frappes ont peu de chances de venir à bout de la volonté des Iraniens, il faudra y venir au feu nucléaire. Reste à savoir qui s'y collera, des USA ou d'Israël. Le fait que les USA soient déjà engagés ailleurs n'est qu'un piètre prétexte pour passer la main à Tsahal et permettre à Israël de faire étalage de sa puissance à la face du monde. Ici, l'auteur lève un secret de polichinelle : l'arsenal nucléaire israélien.

Car si l'Iran n'est pas autorisé par les instances internationales à développer l'arme atomique, Israël n'y est pas autorisé non plus, et dispose pourtant depuis belle lurette de 200 ogives nucléaires (la France en a 348 et l'Iran 0). La bombe atomique israélienne a été obtenue dans la plus totale illégalité et sans que l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) ait jamais été admise à aucun contrôle.

Bref, selon Benny Morris, des frappes nucléaires israéliennes sur l'Iran sont de l'ordre du probable et il faut tout bonnement se faire à l'idée d'un holocauste nucléaire ("a Middle Eastern nuclear holocaust"), une expression déjà employée par George W. Bush. Cette univocité montre assez que l’USI est une seule et même entité. Et Benny Morris d'en rajouter sur la prétendue "irrationnalité des mollahs"... Les plus fous ne sont pas ceux qu'on croît !

Cf. http://www.nytimes.com/2008/07/18/opinion/18morris.html

En attendant le moment où ces Messieurs cèderont à l'enivrant vertige d'appuyer sur le bouton du feu nucléaire, il semble qu'on s'achemine vers un blocus naval dont une répétition générale a eu lieu dans l'Atlantique en juillet sous le nom d'Opération Brimstone. L'exercice a réuni des bâtiments de guerre des marines US, britannique, française, italienne et, pour la première fois, une frégate brésilienne, avec pour objectif affiché de s'entraîner à un éventuel blocus dans les eaux peu profondes du golfe persique et du détroit d'Ormuz... Le terrain a aussi été préparé du côté de la Chambre des représentants US, démocrates et républicains de conserve, qui, en mai 2008, ont pratiquement voté un blanc-seing au président George Bush pour ce genre d'opération. Or une armada sans précédent a convergé à l'heure qu'il est vers les côtes iraniennes, de quoi bloquer le ravitaillement et les exportations du pays, de quoi aussi l'arroser de bombes le moment venu...

Cf.  Sus à l'Iran ! et http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9817

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Published by Mélusine - dans Golfe persique
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commentaires

Paul-Emic 29/08/2008 21:15

le problème avec les guerres, c'est que ça tourne rarement comme c'était prévu au départ

Mélusine 29/08/2008 21:49


Sûr. Mais pour mieux prévoir, encore faut-il être assez lucide, et non emporté par sa propre rhétorique belliqueuse comme un vulgaire Saakachvili.