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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 00:22
Fin octobre 1956, après plusieurs mois d'espoir, commençait l'écrasement par l'armée rouge du soulèvement de Budapest contre le totalitarisme soviétique. La répression fera des milliers de morts et environ 200.000 Hongrois seront contraints de fuir leur pays.

Budapest, 1956 : De jeunes Hongrois s'emparent d'un char soviétique

Budapest, 1956

Hiver 1956-1957 : réfugiés hongrois passant la frontière autrichienne

En cette année 2006 de cinquantenaire, plusieurs commémorations ont eu lieu, notamment le 22 juin dans la capitale hongroise en présence du président des USA. Mais il semble que le rappel de ces événements tragiques, qui révélèrent à beaucoup la sombre réalité du communisme, ne soit pas du goût de tout le monde en France. Le Ministère de l'Intérieur a en effet interdit hier 28 octobre à la dernière minute et sans raison sérieuse ("risques de trouble à l'ordre public" !) une petite manifestation qui devait se tenir à Paris en leur mémoire... La chose est d'autant plus curieuse que M. Sarközy en tant que Hongrois lui-même ne peut quand même pas ignorer ce qui s'est passé à Budapest en 1956. Ses compatriotes apprécieront. Pour rafraîchir la mémoire de nos hommes politiques, voici ce qu'écrivait Albert Camus en 1957 :


LE SANG DES HONGROIS

Je ne suis pas de ceux qui souhaitent que le peuple hongrois prenne à nouveau les armes dans une insurrection vouée à l’écrasement, sous les yeux d’une société internationale qui ne lui ménagera ni applaudissements, ni larmes vertueuses, mais qui retournera ensuite à ses pantoufles comme font les sportifs de gradins, le dimanche soir, après un match de coupe.

Il y a déjà trop de morts dans le stade et nous ne pouvons être généreux que de notre propre sang. Le sang hongrois s’est révélé trop précieux à l’Europe et à la liberté pour que nous n’en soyons pas avares jusqu’à la moindre goutte.

Mais je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il peut y avoir un accommodement, même résigné, même provisoire, avec un régime de terreur qui a autant de droit à s’appeler socialiste que les bourreaux de l’Inquisition en avaient à s’appeler chrétiens.

Et, dans ce jour anniversaire de la liberté, je souhaite de toutes mes forces que la résistance muette du peuple hongrois se maintienne, se renforce, et répercutée par toutes les voix que nous pourrons lui donner, obtienne de l’opinion internationale unanime le boycott de ses oppresseurs.

Et si cette opinion est trop veule ou égoiste pour rendre justice à un peuple martyr, si nos voix aussi sont trop faibles, je souhaite que la résistance hongroise se maintienne encore jusqu’à ce que l’Etat contre-révolutionnaire s’ècroule partout à l’est sous le poids de ses mensonges et de ses contradictions.

La Hongrie vaincue et enchaînée a plus fait pour la liberté et la justice qu’aucun peuple depuis vingt ans. Mais, pour que cette leçon atteigne et persuade en Occident ceux qui se bouchaient les oreilles et les yeux, il a fallu et nous ne pourrons nous en consoler, que le peuple hongrois versât à flots un sang qui sèche déjà dans les mémoires.

Dans la solitude où se trouve aujourd’hui l’Europe, nous n’avons qu’un moyen (d'être fidèles à la Hongrie), et qui est de ne jamais trahir, chez nous et ailleurs, ce pour quoi les combattants hongrois sont morts, de ne jamais justifier, chez nous et ailleurs, fût-ce indirectement, ce qui les a tués.

Nous aurons bien du mal à être dignes de tant de sacrifices. Mais nous devons nous y essayer, dans une Europe enfin unie, en oubliant nos querelles, en faisant justice de nos propres fautes, en multipliant nos créations et notre solidarité.

Notre foi est qu’il y a en marche dans le monde, parallèlement à la force de contrainte et de mort qui obscurcit l’histoire, une force de persuasion et de vie, un immense mouvement d’émancipation qui s’appelle la culture et qui se fait en même temps par la création libre et le travail libre.

Ces ouvriers et ces intellectuels hongrois, auprès desquels nous nous tenons aujourd’hui avec tant de chagrin impuissant, ont compris cela et nous l’ont fait mieux comprendre. C’est pourquoi si leur malheur est le nôtre, leur espoir nous appartient aussi. Malgré leur misère, leurs chaines, leur exil, ils nous ont laissé un royal héritage que nous avons à mériter : la liberté, qu’ils n’ont pas seulement choisie, mais qu’en un seul jour ils nous ont rendue !

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Published by Mélusine - dans Europe
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commentaires

SOYONS TOLERANT 15/01/2009 18:41

ON NE JUGE PAS UN HOMME SUR SON ZIZI NI SUR LE PRETENDU PASSE NAZI DE SA FAMILLE  MAIS SUR SES ACTES ATTENDEZ DONC LA SUITE

Mélusine 16/01/2009 00:38


Je ne sais pas très bien de quoi vous parlez. Si c'est de Sarko, il n'y a rien à attendre : c'est vu. Pour le reste, je n'ai rien contre le passé nazi de qui que ce soit, vu que je m'en moque. Puis
la tolérance, il y a des maisons pour ça ! Non, mais sans blague ! On juge sur tout ce qu'on peut, autant dire sur tout. Après ça dépend de chacun. Et vous, vous jugez sur quoi ?


MSR 29/10/2006 19:24

"très très très RARE rescapée" bien sûr...Du soucis ? A cause de Madeleine ?Pas quand notre Sarközy préféré sera président...

MSR 29/10/2006 13:19

Elle aussi ? décidemment... Moi qui croyais que c'était l'une des très très très rescapée...Encore un mythe qui s'effondre...

Mélusine 29/10/2006 19:18

Hum... pas tout à fait ça, mais j'écrirai là-dessus un jour prochain. La France a du souci à se faire...

MSR 29/10/2006 09:52

Définitivement... quel étrange personnage que ce Camus... mais c'est un beau texte...Et Sakrözy est non seulement hongrois mais son père a fui à l'annonce de l'arrivée de l'armée rouge... [étrange d'ailleurs, il n'a pas fui à l'arrivée des SS...]

Mélusine 29/10/2006 12:52

Syndrome Madeleine Allbright...