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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 17:36

La Somalie n'existe plus. Il y a bien une ancienne côte des Somali, et Dieu sait si elle est longue cette côte : 3.300 km, un territoire nommé Somalie sur les cartes, mais d'Etat point. Pas d'Etat, pas de gouvernement, pas d'impôts, pas de lois, et vingt ans que ça dure... un vrai bonheur d'anarchiste. Bref, la loi "de la jungle", ou plutôt celle des frères de la côte et des seigneurs de guerre. La loi du plus fort. L'Enfer.

somalia_mogadiscio_1993.jpeg

Mogadiscio, comme un air de Far-West...

L'Enfer pour les Somaliens d'abord, et pour les équipages des navires attaqués, parmi lesquels quelques plaisanciers français égarés. Quelle réponse à cela ? Une loi. 25 novembre 2010 : La France met en place un arsenal législatif approprié pour juger les pirates de l'Océan Indien. Approprié, vraiment ? Moi, je ne crois pas que cela fasse grand sens de faire venir ici ces pauvres hères et de leur parler "dans une langue qu'ils comprennent".

Mais à la recrudescence de la piraterie, il y a des causes. Et les causes ont des effets. Que disent les pirates ? "Ces ex-pêcheurs rappellent que jusqu'à la chute de Siad Barré, les eaux somaliennes comptaient parmi les plus poissonneuses de la planète. A partir de 1991, des navires du monde entier sont venus piller leurs eaux territoriales. D'autre part, des sociétés occidentales ont pris l'habitude de jeter leurs déchets - souvent les plus dangereux et radioactifs - au large des côtes somaliennes. Ceci, parfois avec la complicité des chefs de guerre locaux. Au départ, les pêcheurs s'étaient armés pour repousser les navires pillant les eaux territoriales. Avant de développer un business de plus en plus lucratif. Beaucoup plus que la pêche en tout cas, dès lors que l'océan se vide." (Pierre Malet, "En Somalie, les pirates ont la cote", 15 avril 2009 sur SlateAfrique)

Vrai ou faux ? "« De plus en plus de pêcheurs du Pount viennent nous voir pour se plaindre des navires étrangers qui détruisent leurs filets et leur refusent l’accès aux zones de pêche », assure Mohamed Farah Aden, le ministre des Pêches du Pount [région autonome du Nord-Est de la Somalie, la seule à avoir encore un semblant de gouvernement]. Selon lui, ces navires détruisent des moyens de subsistance. « On rapporte régulièrement des meurtres de pêcheurs somaliens. Ces gens-là ne se contentent pas de détruire leur gagne-pain, ils vont jusqu’à les tuer. »" (www.infosud.org)

« C’est la pêche illégale qui a provoqué la situation actuelle et les actes de piraterie », affirme encore Mohamed Farah Aden. Et pour cause : ni flotte nationale, ni gardes-côtes. Les prédateurs de tous horizons maritimes ont le champ libre.

"L’interprétation de Mohamed Abshir Waldo, analyste indépendant et expert de la Somalie, va encore plus loin. Il estime que la piraterie est le résultat de « la pêche illégale massive qui se pratique depuis 19 ans... C’est la pêche illégale pratiquée par les navires étrangers qui a entraîné le premier conflit avec les pêcheurs somaliens, quand les étrangers sont venus braconner à l’interieur des 12 miles marins des eaux territoriales ». M. Waldo raconte qu’il connaît des pêcheurs qui ont été renversés par un de ces bateaux : « Les sept membres de l’équipage ont été tués. On rapporte de nombreux incidents comme celui-là... »

Je cite encore : "Jama Isse, membre d’une coopérative de pêche dans la ville portuaire de Bosasso a indiqué que de nombreux membres de la coopérative étaient désœuvrés à cause des attaques des navires étrangers : « Les gens ont peur d’aller à la pêche. Parfois, on nous prend pour des pirates, ou alors les gros navires de pêche foncent sur nos bateaux ou coupent nos filets... Si la situation ne s’améliore pas, plusieurs d’entre nous seront forcés de rejoindre les pirates, indique Jama Isse, nous n’avons pas d’autre moyen de subsistance. »"

"D’après Ahmed Ali Abdalla, propriétaire de plusieurs bateaux de pêche, les navires étrangers se servent des forces navales comme protection et refusent aux locaux le droit de pêcher. « Ils prennent même nos filets avec tout ce qu’il y a dedans. Cela revient à nous enlever le pain de la bouche. ». Des pêcheurs locaux se sont vu coincés entre les pirates et les flottes étrangères, « mais les pires, ce sont ceux qui pratiquent la pêche illégale », ajoute-t-il. « Certains sont armés et ont même ouvert le feu sur nous ou saisi nos bateaux. »"

Toutes ces informations sont fournies par l'IRIN (Integrated Regional Information Networks), dépendant du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies. Il s'agit d'un service d'analyses humanitaires, basé à Nairobi (Kenya) qui couvre des régions du monde souvent négligées par les médias, mal comprises ou ignorées.

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Thon, maquereau, sardine, homard... et requins !

Photos : Ces lieux qui n'existent pas, et Feisal Omar, lauréat du World Press Photo 2011.

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Published by Mélusine - dans Afrique noire
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