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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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27 juin 2006 2 27 /06 /juin /2006 19:38

Le 10 mai 2006 a été célébrée pour la première fois en France une "Journée commémorative du souvenir de l'esclavage et de son abolition".

Dans un discours au Sénat prononcé en cette occasion, le président de la République souhaitait que mémoire et justice fussent rendues aux victimes de l'esclavage, cette infamie, et annonçait la création d'un "Centre national consacré à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions" et la commande d'une "œuvre originale commémorant la Traite négrière" destinée au Jardin du Luxembourg (cf. www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais/interventions/discours_et_declarations/discours_et_declarations_de_m_jacques_chirac.14396.html).

Quelques mois plus tôt (janvier 2006), devant un Comité pour la mémoire de l'esclavage, Jacques Chirac avait évoqué le sort de ces êtres humains assimilés à des marchandises, vendus comme du bétail et exploités dans des conditions inhumaines dont il invitait à honorer la mémoire. Malgré un bref rappel des 20 millions de personnes soumises aujourd'hui encore au travail forcé de par le monde d'après l'estimation des Nations Unies, l'insistance du propos sur la "mémoire" laisse entendre qu'il ne s'applique qu'à des époques anciennes.

Déjà, en 2001, lorsque l'Assemblée nationale avait déclaré la traite et l'esclavage crimes contre l'humanité, c'était semble-t-il en référence au passé.

Mais comment peut-on célébrer l'abolition d'une pratique qui perdure ?

Et je ne pense pas seulement à l'Afrique noire et à la péninsule arabique où l'esclavage n'a nullement disparu. Je pense à l'Europe et à la France même. J'en veux pour preuve un rapport sur les formes de l'esclavage moderne remis à l'Assemblée le 12 décembre 2001 par Madame Christine Lazerges (cf. www.assemblee-nationale.fr/rap-info/i3459.asp).

Le rapport s'appuie sur la convention internationale de 1926 pour définir son sujet : l'esclavage, état ou condition d'un individu sur lequel s'exercent les attributs du droit de propriété ou certains d'entre eux. Au-delà de la sécheresse toute juridique de cette définition, elle montre bien que le phénomène ne se limite pas à la "traite des noirs". Et il ne s'agit plus tant d'un statut juridique que de situations de fait.

Cette Mission d'information sur l'esclavage moderne a donc "cherché à cerner ces différentes formes d'exploitation extrêmes - celles où des êtres humains se trouvent réduits par un ou plusieurs de leurs semblables à l'état d'objet - exploitation que la communauté internationale tend désormais à désigner sous les termes génériques de "traite des êtres humains".

La Mission a choisi de se concentrer sur les faits constatés en France. En effet, bien que nombre de pays soient concernés, il lui a semblé que la gravité de la situation sur notre territoire justifiait une étude particulière..." L'enquête a été étendue à l'Ukraine et à la Moldavie d'où proviennent beaucoup de nos esclaves d'aujourd'hui.

L'immigration clandestine, qui est souvent un nom déguisé de la traite, alimente diverses formes d'esclavage que ce soit la prostitution, l'esclavage domestique, l'exploitation par le travail et la servitude pour dettes, mais toutes se caractérisent par la violence faite aux personnes. Pour ce qui est de la prostitution, celles-ci proviennent le plus souvent d'Europe de l'Est et d'Afrique noire.

En Europe, le trafic est surtout aux mains de la mafia albanaise, de sinistre mémoire. "De véritables marchés aux femmes existent, au vu et au su de tous, dans l'Europe balkanique, comme le trop fameux "Arizona Market" en Bosnie - où l'on vend de tout, y compris des femmes." "...une fois par semaine, on vend des femmes. Les prix dépendent de l'âge, de la virginité, de la condition physique de la femme... Les trafiquants y viennent regarder la marchandise et lancent les enchères..." "Les femmes sont sélectionnées, regroupées et distribuées en fonction des acheteurs."

Le sort des jeunes filles de l'Est est particulièrement dramatique car elles sont ensuite menées dans des camps en Albanie où elles sont systématiquement soumises à des viols répétés, tortures et autres actes de barbarie pour briser toute résistance, avant d'être distribuées en Allemagne, en Belgique, dans les vitrines du quartier rouge d'Amsterdam et en France (à Paris, Strasbourg et Nice notamment).

Des marchés aux esclaves... en Europe... aujourd'hui... Alors plutôt que de se repentir pour des actes commis il y a des siècles dont les victimes sont mortes depuis longtemps, ne devrait-on pas s'occuper de ce qui se passe sous nos yeux et des victimes du présent ? Plutôt que de célébrer l'abolition de ce qui n'est pas aboli, tenter de remédier aux crimes contre l'humanité d'aujourd'hui ? Et l'argent du futur "Centre national consacré à la traite" ne serait-il pas mieux employé à arrêter la traite ?

Mais peut-être que demain, n'ayant rien fait pour elles, par esprit de repentance et sous l'effet d'une mauvaise conscience tardive, nous consacrerons au jardin du Luxembourg une "œuvre originale" à la mémoire des Bulgares, des Ukrainiennes, des Moldaves assimilées à des marchandises, vendues comme du bétail et exploitées dans des conditions inhumaines... et nous honorerons bien leur mémoire !

- Au fait, la Bosnie n'est-elle pas sous mandat de l'ONU ? Alors qu'est-ce qu'on attend pour fermer les marchés aux esclaves d'Europe ?

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Published by Mélusine - dans Europe
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