Je ne vais pas annoncer les résultats de la prochaine coupe du monde de football, mais proposer un parallèle entre deux pays fort différents de prime abord : d'une part en Amérique du Sud, le Brésil (8,5 millions de km
2, 186 millions d'habitants), de l'autre en Europe, la France (0,5 million de km
2, 65 millions d'habitants).
Il fut un temps - très bref (1555-1560) - où le Brésil s'appela "France antarctique". C'était l'époque où l'amiral de Villegagnon tentait d'implanter une colonie française (et protestante) dans la baie de Guanabara (Rio de Janeiro). Le Brésil est resté portugais (et catholique), mais l'influence française ne s'est jamais démentie depuis lors, pour le meilleur... et pour le pire. Dans le meilleur, on peut compter la francophilie des Brésiliens, les voyages de savants, la tradition des ouvrages d'art à la française, etc. ; dans le pire, l'abolition de la monarchie en 1889 à la suite d'un coup d'Etat fomenté par des officiers saint-simoniens et de grands propriétaires terriens mécontents de l'abolition de l'esclavage... Ah, le modèle de la République française ! Ces Messieurs reprochaient à l'empereur Dom Pedro II la Loi d'Or de 1888 par laquelle il avait mis fin à l'esclavage. Mais puisqu'il s'agit quand même d'un pays civilisé, on ne lui coupa pas la tête et on l'envoya finir ses jours en exil... en France. La République fut donc proclamée à titre provisoire le 15 novembre 1889 dans l'attente d'un référendum : république ou monarchie ? Bien entendu, le référendum, on se garda bien de l'organiser ! Et ce n'est qu'en 1993, soit un siècle plus tard, qu'il a eu lieu et que les Brésiliens ont enfin été consultés sur le choix du régime. La monarchie y a quand même recueilli 10% des voix... Entre temps, comme la république française avait eu sa Vendée, celle du Brésil a eu la révolte de Canudos (1893-1897), écrasée dans le sang...
Côté français, le début du XX
e siècle montre un grand engouement pour "la petite sœur latine de la France" (sic) et ses représentants de passage : l'aviateur Santos-Dumont, le compositeur Villa-Lobos, etc. Villa-Lobos, par exemple, c'était un peu la latinité aimable opposée à la germanité wagnérienne. Mais alors que la France avait toujours fait figure de modèle, les Brésiliens étant prompts à adopter les modes venues de Paris, il semble que le rapport se soit ajourd'hui inversé, en tout cas dans l'esprit des Français. Voilà-t-y pas que nous voulons à toutes forces nous transformer en Brésiliens ! Cela a commencé avec le football, et maintenant certains voudraient appliquer un prétendu modèle brésilien à l'ensemble de la société française qui n'en peut mais. Le métissage, ils appellent ça. Mais c'est bien mal connaître le Brésil, un pays où le sentiment de l'unité nationale est très fort et dont la population n'a pas changé de composition depuis plus de 50 ans...
Voir aussi :
http://geopolis.over-blog.net/article-5577749.html