Depuis une dizaine d'années, nous sommes, paraît-il, devenus les plus grands consommateurs au monde de drogues psychotropes : selon les statistiques, un quart des Français serait sous antidépresseurs (10%) ou sous calmants (17%) et abuserait des somnifères. Un quart, c'est énorme. A se demander si nous ne faisons pas une dépression collective.
Mais ne voilà-t-il pas que nos pouvoirs publics viennent de lancer, à renfort d'affiches et de messages radiodiffusés (télé aussi, sans doute, mais je n'ai pas c'te chose) une grande campagne promotionnelle en faveur de la dépression ! Vous manquez d'énergie ? Vous êtes mélancolique ? Soucieux ? La dépression, on vous dit ! Manque d'appétit ? Troubles digestifs ? Dépression, bien sûr ! La vie n'est pas rose ? Mais c'est que vous êtes un dépressif qui s'ignore ! Il est urgent de consulter !!! De quoi réveiller le malade imaginaire qui dort en chacun de nous. Je n'invente pas, c'est ici :
http://www.info-depression.fr/ En l'an 2000, les Français engloutissaient déjà 150 millions de boîtes de ces petites pilules. Cela n'a cessé d'augmenter depuis, et on voudrait nous en faire avaler davantage encore ?! Sûr que les multinationales pharmaceutiques y trouvent leur compte. Il faut dire que tout ça est remboursé par la Sécu, alors... 932 millions d'euros de remboursements en antidépresseurs, anxiolytiques, hypnotiques et autres neuroleptiques (chiffres de 2002). Un déficit, dites-vous ? Non, pas possible ! Dans les pays nordiques, l'hiver venu, quand il fait froid et sombre, quand le vent mauvais souffle et l'ennui guette, on se contente de noyer ses états d'âmes dans un verre de gnôle. Au moins, ne se raconte-t-on pas d'histoires sur la qualité de la médecine.
Mais les gélules, les pilules, les cachets, ce sont des médicaments, ça. Des vrais. Pas de la camelote, de la gnognote, pas pour rire, hein ? Jugez un peu de leurs effets collatéraux : somnolence, perte d'appétit, troubles digestifs, vertiges, agressivité, attaques de panique, hallucinations, j'en passe et des meilleures. Alors, bien sûr, il y a de vrais dépressifs parmi les consommateurs (moins de la moitié, nous dit-on, et cela semble encore généreux), mais les autres ? Sauf cas de dépression avérée, mieux vaudrait s'abstenir, ne croyez-vous pas ? Avant de vous mettre au Prozac®, Deroxat® (antidépresseurs), Xanax® ou Temesta® (anxiolytiques), avant de vous faire prescrire de l'Imovane®, du Lexomil® ou du Stilnox® (somnifères), et tutti quanti, bref avant de vous assommer de médicaments violents qui causent autant de troubles qu'ils en soignent, dérèglent le fonctionnement cérébral et créent une addiction dont vous serez bien en peine de vous défaire, commencez donc par combler vos carences en vitamines C, B6, B9 et B12 et en magnésium. Ajoutez du ginseng et une bonne bière au houblon. Ça ne peut pas faire de mal, et ça peut même faire du bien !
Il faut que la France d'aujourd'hui soit bien malade, que la démocratie tant vantée récèle de sourdes violences, que la société de consommation festiviste soit décidément une triste farce, pour que tant d'entre nous n'y puissent survivre sans béquilles chimiques. Alors quand les autorités donnent dans la surenchère, on peut se poser quelques questions. Voyons un peu : vous êtes payé des clopinettes, votre entreprise délocalise en Chine, vous risquez le chômage, vous subissez des violences au travail ou dans la rue, la police vous a mis à l'amende pour rien, le gouvernement vous em... ? Vous choisissez le Prozac ou la révolte ?
Au fond, la grande erreur de Louis XVI en 1789, c'est de ne pas avoir fait distribuer des antidépresseurs à la population. Vous reprendrez bien une petite pilule ?
Et avec ça, adieu Verlaine, adieu le Spleen et la Mélancolie, fini les poètes !
(Dans la même veine :
http://geopolis.over-blog.net/article-6687584.html)