Le journaliste d'investigation Guillaume Dasquié, par aileurs directeur de recherches à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), a été inculpé hier 6 décembre 2007 pour détention et divulgation de renseignements classés "secret défense". Au-delà du secret nécessaire au travail des services de renseignement et à la préservation des intérêts vitaux de l'Etat, on peut souvent s'interroger sur la tentation des dirigeants ou des services d'étendre la chape de secret à la défense d'intérêts particuliers, voire de pratiques délictueuses qui, loin de garantir la sécurité de la France et des Français, risquent plutôt de la compromettre ; quand il n'est pas tout simplement question de rendre service à des personnalités un tantinet corrompues. J'ai moi-même souvenir d'avoir assisté il y a quelques années du côté de Toulon à une réunion "secret défense" assez surréaliste : cette classification, comme la cautèle et les mines de comploteurs qui allaient avec, étaient pourtant ridicules et déplacées. Mais avec les vacances des Chirac...
On sait que le "secret défense" a jusqu'ici empêché l'élucidation de l'assassinat du juge Bernard Borrel, tué à Djibouti le 19 octobre 1995, ainsi qu'une autre affaire qui lui est liée, l'attentat commis le 27 septembre 1990 contre un café de Djibouti fréquenté par des ressortissants français, attentat qui avait coûté la vie à un enfant de 6 ans et blessé 17 personnes. Les autorités politiques et militaires ont tout fait pour éloigner les soupçons qui pèsent sur le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh. Et les autorités judiciaires n'ont pas brillé davantage dans la recherche de la vérité, cf.
http://geopolis.over-blog.net/article-13866315.html. Or, c'est précisément pour avoir mis au jour des notes du parquet de Paris relatives à cet attentat que M. Dasquié a été interrogé ces derniers jours par ses amis de la DST (40 heures de garde à vue tout de même).
Dilemme : Les affaires de Djibouti relèvent-elles du secret défense à juste titre, ou non ? Eh bien, malheureusement pour les familles endeuillées, la réponse est plutôt oui. L'ancienne Côte française des Somalis, indépendante depuis 1977, occupe une position stratégique au débouché de la mer Rouge sur l'océan Indien. Elle permet de contrôler tout le trafic maritime qui descend ou remonte vers le canal de Suez, et passe nécessairement par le détroit de Bab el Mandeb, où la côte de Djibouti n'est plus qu'à une 30aine de km de celle du Yémen. Les USA y ont donc pris position et la France y conserve plusieurs bases militaires (Légion étrangère, commandos de marine, Régiment inter-armes d'outre-mer, escadron de chasse et base de Mirages 2000). Mais faut-il pour autant fermer les yeux sur les turpitudes du président Guelleh et faire passer la vie de Français par pertes et profits ?
On reproche aussi à M. Dasquié d'avoir publié le 18 avril 2007 une note de la DGSE du 5 janvier 2001 intitulée "Projet de détournement d'avion par des islamistes radicaux", alors transmise au chef de poste de la CIA à Paris, Bill Murray. La note révélait que des membres de l'organisation d'Oussama Ben Laden, associés aux talibans et à des groupes tchétchènes avaient depuis le début de l'année 2000 un projet de détournement d'avion qui s'est finalement réalisé sous une forme un peu différente le 11 septembre (2001). Il est toujours désagréable de retrouver ses notes confidentielles sur la place publique et le Ministère de la Défense a donc porté plainte. Cependant, on ne peut pas dire qu'en soi cette révélation constitue une franche nouveauté, pas même un scoop, puisque le fait que les services français aient informé leurs homologues américains d'un projet terroriste de détournement d'avion
avant l'attentat du World Trade Center a été connu peu après, dès la fin 2001 si je me souviens bien. Il me semble même que les autorités françaises s'en étaient vantées, à l'heure où les services US étaient taxés d'incompétence pour n'avoir pas vu venir le coup... Bref, tout ceci me semble un peu abusif. En revanche, mentionner que les renseignements provenaient des services ouzbeks n'était sans doute pas très judicieux. Tiens, tiens, je me demande ce qu'en pense le général Dostom...
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