Les Libanais sont souvent de bons truchements dans la géopolitique complexe du Proche-Orient. Ils savent mieux que quiconque les embrouillaminis d'une situation dont ils ont à pâtir directement et dans le même temps ont assez de recul et de lucidité pour l'analyser aussi d'une manière qui s'apparente assez à notre façon de voir. De ceci, un article de René Naba publié sur son blog le 19 septembre 2007 me semble une illustration :
http://renenaba.blog.fr/2007/09/19/iran_nucleaire_la_plus_importante_concen~3007123 René Naba, journaliste formé en droit, d'abord correspondant au bureau régional de l'Agence France Presse à Beyrouth (1969-1979), a été responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP de 1980 à 1990, et conseiller du Directeur général de RMC - Moyen-Orient entre 1989 et 1994. La guerre civile jordano-palestinienne, la nationalisation des installations pétrolières d'Irak et de Libye, l'assassinat de Sadate, la guerre entre l'Irak et l'Iran, celle entre le Tchad et la Libye et la guerre du Liban sont quelques-uns des sujets qu'il a couverts, sans compter moult coups d'Etat, sommets arabes et autres sommets des non alignés. Fort de cette expérience, il est notamment l'auteur de
Guerre des ondes - guerre des religions, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen (L'Harmattan, 1998), qui traite de géostratégie de la communication, et de
Aux origines de la tragédie arabe (Bachari, 2006).
Sous le titre
"Iran nucléaire : La plus importante concentration navale de l'histoire contemporaine au large du Golfe arabo-persique", l'article, que je recommande, dresse un tableau fort clair de la situation, que je résumerai ci-après en quelques points :
1. Les forces en présence
Les USA déployent en ce moment même dans le golfe persique une armada sans précédent, avec pas moins de trois porte-avions, des destroyers lance-missiles, croiseurs et sous-marin d'attaque. Démonstration de force ou préparatifs de guerre ? Nous verrons bien. Mais la confrontation annoncée est désormais de l'ordre du possible immédiat. L'Iran cependant n'est pas dépourvu en moyens de riposte, puisque les ayatollahs se sont fort judicieusement dotés ces dernières années d'une flotte dernier cri de sous-marins furtifs, aéroglisseurs, torpilleurs et patrouilleurs lance-missiles (et l'article ne parle pas des dauphins...), de quoi faire des trous et des bosses à l'Invincible armada et aux puits de pétrole alentours...
2. Les buts de guerre
Derrière les proclamations des va-t-en-guerre démocratiques, l'objectif visé n'est certes pas la paix dans le monde ! La neutralisation de l’Iran qu'on cherche à justifier aux yeux du public par des peurs fallacieuses - "axe du mal", "menace pour la paix" (
sic) - et de vagues raisons juridiques - le respect d'une supposée légalité internationale, que les Etats occidentaux qui le réclament n'hésitent pas à bafouer plus souvent qu'à leur tour, - relève en fait d’impératifs militaires et géopolitiques d'un tout autre ordre, à savoir, je cite : "le maintien d’une supériorité stratégique d’Israël sur l‘ensemble des pays du Moyen-Orient réunis, et, au-delà, la persistance de la mainmise occidentale [comprendre : des USA] sur les réserves énergétiques de l’Asie occidentale et le contrôle des nouveaux oléoducs stratégiques en construction depuis l’Asie centrale, une des motivations latentes de l’intervention américaine en Afghanistan et en Irak".
3. L'inénarrable Kouchner
Cf.
http://geopolis.over-blog.net/article-6651057.html Bombardier sans frontière a encore frappé ! L'inventeur du meurtre humanitaire et autres largages de bombes au nom de la morale - c'est tout de même très suspect un médecin qui aime autant les corps déchiquetés..., - j'ai nommé Bernard Kouchner, notre nouveau ministre des affaires étrangères, se soucie manifestement comme d'une guigne de l'intérêt de la France. Les adjoints qu'il s'est choisis au Quai d'Orsay en disent long sur l'orientation future de sa politique : Gérard Araud, ancien ambassadeur de France à Tel-Aviv, au poste de directeur des affaires politiques, et Michel Miraillet, ancien deuxième conseiller à Tel-Aviv, au poste de directeur des affaires internationales et stratégiques au Secrétariat général de la défense nationale, cela fait pour un ministère français beaucoup de tel-aviviens qui ont donné des gages de leur compréhension pour les soucis d'Israël, sans compter Thérèse Delpech, directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l’énergie atomique depuis 1997, autoproclamée spécialiste de l'Iran (cf.
http://www.iran-resist.org/article3313) et signataire dans le journal
Le Monde en septembre 2006 d'un
Appel aux dirigeants européens* pour les exhorter à "faire face au danger que font peser sur le monde les dirigeants iraniens, leur volonté de se doter de l'arme nucléaire et de rayer Israël de la carte".
4. Que font les Arabes ?
"Les pays arabes ont dépensé 1.500 milliards de dollars dans le domaine de l'armement au cours du dernier quart du vingtième siècle sans se doter ni de la capacité nucléaire, ni de la capacité spatiale, ni d'une capacité de projection de force"... Sans commentaire.
5. Petit rappel
Beyrouth, février 1984...
En guise de conclusion, René Naba souligne qu'au-delà de ce qu'il appelle pudiquement "l'infléchissement géostratégique de la nouvelle diplomatie française", autrement dit une étape supplémentaire dans la perte de son autonomie politique, la France se trouve réduite à un rôle déclamatoire qui vaut déjà pour les Arabes aveu de faiblesse.
* Les signataires de l'appel du 29 septembre 2006 : Henri Atlan, biologiste - Monique Atlan, journaliste - Paul Audi, philosophe - Marc Augé, anthropologue - Henri Berestycki, mathématicien (EHESS) - Fabrice Chiche, responsable associatif - Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de physique - Christian Delacampagne, philosophe - Thérèse Delpech, chercheur - Roger-Pol Droit, philosophe, chercheur CNRS - Sophie Dulac, chef d'entreprise - Ehrard Friedberg, sociologue (CNRS, Sciences Po) - Gérard Garrouste, peintre - André Glucksmann, philosophe - André Green, psychanalyste - Litza Guttierres-Green, psychanalyste - Bernard-Henri Lévy, écrivain, philosophe - François Rachline, écrivain, économiste (Sciences Po) - Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à Princeton - Elie Wiesel, écrivain, Prix Nobel de la Paix.