Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
  • Contact

Profil

  • Mélusine

Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

Recherche

11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 11:36

Depuis deux mois, grande mobilisation médiatique internationale en faveur d'un groupe d'agit prop russe nommé "Emeute des chattes" (à comprendre au sens argotique) dont trois représentantes ont été condamnées le 17 août 2012 pour leurs derniers agissements. Je lis encore dans un journal gratuit du 4 septembre que "La France s'engage pour les Pussy Riot". Les chanteuses "ont écopé de deux ans de camp... pour avoir demandé à la Sainte Vierge de 'chasser Poutine' du pouvoir lors d'un concert dans une cathédrale de Moscou". Qu'en termes choisis ces choses-là sont dites !

Un concert dans une église, bah voyons ! Cela s'appelle plutôt profanation d'un lieu de culte et dans la plupart des pays, démocratiques ou pas, c'est puni de bien plus que 2 ans de prison. Mais les réactions en Europe de l'Ouest sont assez caractéristiques de l'anti-cléricalisme latent qui considère toujours comme anodines les atteintes au sacré pourvu qu'il soit chrétien. Alors transposons. Si une église n'est plus sacrée pour vous, qu'est-ce qui l'est ? Certains bravaches répondront peut-être: rien, dans le genre "Ni Dieu, ni maître". Mais je n'en crois pas un traître mot ! Il suffit de voir quand les autorités réagissent, en général pour tout ce qui touche aux lieux de pouvoir. Imaginez une séance d'agit prop un peu trash au Sénat... Il suffit de voir surtout ce pour quoi on s'indigne aujourd'hui. Là est le nouveau sacré. Prenons un exemple : "Des éleves du Lycée Jean Jaures de Montreuil (93) profanent par leurs comportements et leur propos le lieu de mémoire du Camp de concentration Birkenau Auschwitz lors d’un voyage organisé le 24 novembre [2004]". Le comportement des lycéens inapproprié au lieu sacré est ainsi qualifié : "En ricanant, en tenant des propos antisémites, en se photographiant avec des positions et des gestes obcènes, en tournant en dérision ce site chargé de l’histoire pesante de l’inhumanité antijuive, nous considérons que ces élèves, choisis pour représenter leur Lycée et le Departement, ont profané ce lieu de mémoire hautement symbolique...". Je souligne le mot et, de fait, dans un lieu sacré, certaines paroles, certaines attitudes sont perçue comme sacrilèges et profanatoires (sacer en latin implique le tabou), portant atteinte à la sacralité du lieu qui doit inspirer le respect, et appelant par conséquent les sanctions les plus sévères. Dans l'affaire des lycéens sacrilèges, les sanctions disciplinaires furent d'ailleurs jugées par certains insuffisantes : "Nous demandons au Procureur de la République d’engager des poursuites pénales à l’encontre de ces mineurs et leurs parents civilement responsables"... 

Même lorsque la profanation ne s'accompagne pas de dégradations matérielles, même lorsqu'elle reste dans l'ordre du symbolique, elle appelle donc condamnation. Seulement voilà, ce qui est sacré pour les uns ne l'est plus pour les autres dans nos sociétés relativistes. Cependant, et comme chacun est maître chez soi et tributaire des lois du pays, peut-on vraiment reprocher aux autorités russes de sévir ? Car si les paroles et les positions obscènes des donzelles en la cathédrale du Christ Sauveur de Moscou n'émeuvent pas à Paris ou New York, elles sont bel et bien sacrilèges aux yeux de beaucoup de croyants. Et comme dirait le "méchant" Poutine : allez donc faire ça dans une mosquée du Caucase, pour voir !

Les provocations anarcho-punk des groupes Pussy et Vaïna ("La Guerre") sont un petit jeu avec le pouvoir. Elles n'ont vraiment d'écho que parce qu'elles choquent les bonnes mœurs, comme l'orgie organisée par Vaïna au Musée Timiryazev à Moscou, avec la participation active de l'une des Pussy aujourd'hui condamnées, ou la séance de masturbation dans un supermarché avec des poulets congelés, ce qui relève à tout le moins du trouble à l'ordre public et de l'exhibitionisme. Le but de la provocation est précisément de susciter une réaction des autorités. Mais en quoi est-ce politique ? Guère plus que les slogans de "hooligans" lors d'un match de foot. Et quel serait le message ? Que Poutine est méchant ? Ce n'est pas vraiment nouveau et ça lui fait une belle jambe ! Tout cela participe du confusionnisme ambiant : la presse donne plus de retentissement aux "performances" de provocateurs qu'à l'action et au discours politique sensé. Je n'ai rien contre l'agit prop. C'est parfois un outil politique efficace, mais encore faut-il avoir les idées claires. A cet égard, Occupy Wall Street mériterait bien plus d'attention médiatique et de sympathie internationale...

Quant à la musique des Pussy Riot, puisqu'il paraît qu'il s'agit d'un groupe de rock, personne à vrai dire n'en a rien à battre. Elle ne vaut même pas "Rebel Girl" du groupe de punk féministe américain des années 1990 Bikini Kill, qui serait leur modèle.

Voir aussi : www.sfaqonline.com/2012/08/14/viona-pussy-riot-and-the-russian-winter/

et : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/616209-pussy-riot-le-syndrome-dommageable-d-une-indignation-selective.html

Partager cet article

Repost 0
Published by Mélusine - dans Europe
commenter cet article

commentaires