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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 21:10

Que l'armée française délivre Tombouctou, ville savante et trésor du soufisme, des fous d'AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) et de leurs alliés d'Ansar Dine, ce sera une excellente chose. Les questions délicates vont se poser après. Elles ne seront pas tant militaires que politiques. Quelle est vraiment et quelle sera la position du gouvernement français ? Sera-t-elle juste ? L'ancien Soudan français va-t-il redevenir par force un seul pays, le Mali, au détriment des Touaregs ?

Au printemps 2012, le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) avait pris le contrôle de tout le Nord du Mali et proclamé le 6 avril 2012 l'indépendance du pays touareg, espérée depuis des décennies par ces populations semi-nomades victimes des exactions de l'armée malienne et abandonnées à leur sort. Las, ce nouveau pays n'a été reconnu ni par la France, ni par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) que l'ONU souhaite voir intervenir au Mali, ni par la prétendue "communauté internationale". Il n'est reconnu que par Géopolis !

Il suffit pourtant d'examiner la géographie historique et humaine pour saisir le problème.

En novembre 2012, Bilal Ag Acherif, président du Conseil transitoire de l'État Azawad (www.mnlamov.net), demandait le soutien de la France pour lutter contre les infiltrations d'AQMI et de ses suppôts en territoire touareg. Pourtant, ce n'est pas aux côtés des Touaregs, mais de l'armée malienne que la France intervient aujourd'hui. Est-ce pour lui livrer à nouveau ces territoires, alors même que l'on signale déjà des exactions et exécutions sommaires contre les Touaregs ? Je cite la lettre de Human Rights Watch au président François Hollande :

"En ce qui concerne le soutien apporté à l’armée malienne pour regagner le contrôle de son territoire nationale, nous vous exhortons également à assurer et à déclarer publiquement que la France ne soutiendra pas les éléments de l’armée malienne responsables d’abus, dont en particulier le leader du coup d’Etat, devenu chef de la réforme du secteur de la sécurité, le capitaine Sanogo. Les troupes sous son autorité ont été impliquées dans des exécutions extrajudiciaires, des cas de torture et des disparitions forcées, et ne devraient pas être autorisées à commettre de nouveaux abus.

[...] Plus spécifiquement, les obligations de la France en matière de droits humains interdiraient à ses forces armées de remettre des détenus aux autorités maliennes ou à d’autres Etats en cas de risque réel de soumission à la torture, à la peine de mort ou à des traitements inhumains et dégradants. Les accords de la France avec le Mali concernant les opérations de ses forces armées doivent refléter ces obligations en matière de droits humains.

Nous nous sentons également dans le devoir de vous prévenir que lorsque l’armée malienne regagnera le contrôle du territoire au nord, si tel est le cas, des représailles et des assassinats généralisés à l’encontre des civils perçus comme étant opposés au gouvernement risquent d’avoir lieu. Les tensions ethniques sont très fortes et les milices pro-gouvernementales, ainsi que des groupes de jeunes, ont rassemblé des listes de personnes qu’elles soupçonnent d’avoir soutenu les groupes islamistes et le MNLA et dont elles cherchent à se venger. Plusieurs de ces miliciens et leurs chefs nous ont confié que ces listes avaient été remises à l’armée malienne." (Lettre de HRW au président de la République française, le 21 janvier 2013)

Mais quel poids ont les Touaregs face aux intérêts d'AREVA dans le Niger voisin ? cf.  Les ordures d'AREVA Nos intentions sont-elles si pures ? Et question subsidiaire : Qui dirige le Mali aujourd'hui, un gouvernement fantoche ou une junte militaire ?

Pour mieux comprendre, un très intéressant reportage d'Olivier Joulie et Laurent Hamida, diffusé sur la chaîne ARTE le 29 juin 2012 :

La décolonisation, c'est aussi savoir enfin s'affranchir des frontières arbitraires décidées par le colonisateur.

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Published by Mélusine - dans Afrique du Nord
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commentaires

katia zhuk 12/03/2013 11:16


Sur ce thème : Conférence « Des hommes bleus dans une zone grise : les Touaregs du Mali » par Patrice Gourdin le 5 avril dans le cadre du 5ième Festival
de Géopolitique à Grenoble :


http://www.centregeopolitique.com/index.php?option=com_events_booking&view=event&id=45&Itemid=258&lang=fr


 


Synopsis : Le développement des zones grises compte parmi les effets les plus indésirables de la mondialisation. La communauté
internationale se préoccupe de sécuriser le nord du Mali, devenu depuis longtemps une zone grise. Composante importante mais pas unique de la population de cette région, les Touaregs se trouvent
à la fois au cœur du problème et au centre de la solution. Sans réponse satisfaisante à la question touarègue, l'insécurité risque fort de persister. Déstabilisée à partir de la fin du XIXe
siècle, cette population de nomades berbères tente de survivre. Elle subit trois chocs successifs. À la veille de la Grande Guerre, la colonisation, qui accompagna la première mondialisation.
Ensuite, la décolonisation, qui s'accomplit largement sans elle et renforça la précarité de son existence. Enfin, depuis 1991, l'accélération et l'amplification de la mondialisation, qui la place
au cœur de flux transnationaux illégaux (migrants clandestins, armes, drogue, terrorisme, notamment).

Mélusine 07/04/2013 15:26



Merci pour l'info.