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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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10 juin 2007 7 10 /06 /juin /2007 18:48
Troisième et dernière partie du texte du géopolitologue Edward Luttwak.
I : http://geopolis.over-blog.net/article-6750608.html
II : http://geopolis.over-blog.net/article-6755462.html

La troisième et la plus grande erreur parmi toutes les idées reçues que colportent les spécialistes du Proche-Orient, qu'ils soient arabophiles ou arabophobes, spécialistes du monde turc ou de l'Iran, est aussi la plus simple à décrire. C'est l'étrange croyance en une grande malléabilité de ces vieilles nations. Les jusqu'au-boutiste insinuent toujours qu'avec un peu de violence appliquée où besoin est ("Les Arabes ne comprennent que la force"), on obtiendrait leur soumission. Mais ce qui arrive chaque fois c'est un surcroît d'hostilité. La défaite n'est pas suivie de collaboration, mais par une mauvaise volonté manifeste à coopérer, voire par une résistance active. Ce n'est pas difficile de vaincre les pays arabes, mais c'est presque entièrement inopérant. La violence peut marcher pour détruire des armements dangereux, mais non pour induire les changements désirés dans les comportements.

Les modérés font exactement la même erreur à rebours. Ils prétendent toujours que si seulement telle ou telle concession était faite, si seulement leur politique à eux était suivie jusqu'au bout, si on leur montrait du respect ou au moins on faisait semblant, les hostilités cesseraient et feraient place à une parfaite entente méditerranéenne. Pourtant même les moins compétents des spécialistes du Proche-Orient devraient savoir que l'Islam, comme n'importe quelle autre civilisation, est un tout et que, contrairement à d'autres, celle-ci promet à ses fidèles une supériorité en toutes choses, de sorte que le retard scientifique, technologique et culturel des pays d'Islam crée un sentiment constamment renouvelé d'humiliation et de frustration civilisationnelle. Cela explique largement l'omniprésence de la violence musulmane et montre le caractère futile des palliatifs prônés par les modérés.

L'erreur opérationnelle que les spécialistes du Proche-Orient persistent à faire est leur incapacité à reconnaître que les sociétés arriérées doivent être laissées à elles-mêmes, comme le font maintenant sagement les Français avec la Corse, comme les Italiens ont appris à le faire avec la Sicile, une fois qu'ils se sont rendu compte que les grands procès revenaient ni plus ni moins à livrer le pouvoir à une nouvelle mafia de diplômés et d'avocats. Sans invasions ni gages d'amitié, les peuples du Proche-Orient devraient enfin pouvoir avoir leur propre Histoire, ce que précisément les spécialistes de tous poils du Proche-Orient semblent déterminés à leur refuser.

Ceci nous amène à l'erreur que nous commettons tous. Nous accordons beaucoup trop d'attention au Proche-Orient, une région assez stagnante où presque rien ne se crée dans le domaine des sciences ou des arts (exception faite d'Israël, le nombre des brevets déposés par les pays du Proche-Orient rapporté à celui de la population est le 1/5e de celui de l'Afrique sub-saharienne). Les peuples du Proche-Orient (environ 5% seulement de la population mondiale) sont remarquablement improductifs, une grande proportion d'entre eux ne faisant d'ailleurs pas partie du tout de la population active. Bien peu d'entre nous se soucieraient de travailler si nous étions citoyens d'Abou Dhabi, avec tant d'argent du pétrole pour si peu de citoyens. Mais les 27 millions d'habitants de l'Arabie Saoudite vivent aussi largement des revenus du pétrole qui coulent jusqu'à eux, laissant l'essentiel du travail à des techniciens et des ouvriers étrangers. Même avec des cours du pétrole élevés, les 14.000$ de revenu annuel par habitant en Arabie Saoudite ne sont que la moitié du revenu par habitant en Israël, pourtant dépourvu de pétrole.

L'Arabie Saoudite a une bonne excuse car c'était un pays de petits cultivateurs d'oasis et de pasteurs bédouins dont on ne pouvait pas attendre qu'ils devinssent des capitaines d'industrie en juste 50 ans. Bien plus surprenant est le parasitisme pétrolier d'un pays comme l'Iran, autrefois plus accompli. Bien qu'il n'exporte que 2,5 millions de barils par jour, comparés au 8 millions de l'Arabie Saoudite, le pétrole représente encore 80% des exportations de l'Iran tant son agriculture et son industrie sont devenues improductives.

Le Proche-Orient fut il y a longtemps la région la plus avancée du monde, mais de nos jours ses productions principales sont la consommation effrénée et le ressentiment. Selon le rapport de l'ONU de 2004 sur le développement arabe, la région peut se vanter (!) d'avoir le taux le plus bas au monde d'alphabétisation après l'Afrique sub-saharienne avec seulement 63% des adultes. Du fait de sa dépendance au pétrole les biens manufacturés ne représentent que 17% de ses exportations pour un niveau moyen général de 78%. En outre, malgré la richesse pétrolière, la totalité du Proche-Orient a produit moins de 4% du produit intérieur brut global en 2006, moins que l'Allemagne.

A moins d'y être contraint par un danger immédiat, nous devrions donc nous concentrer sur les vieux et les nouveaux foyers de création en Europe et en Amérique, en Inde et dans l'Extrême Orient, des pays où des peuples travailleurs vont de l'avant au lieu de rêver du passé.
E. Luttwak
Cf. http://www.prospect-magazine.co.uk/article_details.php?id=9302

*
Bien sûr, il y aurait pas mal de choses à dire là-dessus, mais... pas ce soir !

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Published by Mélusine - dans Amérique du Nord
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commentaires

Dominique 12/06/2007 09:35

Chère Mélusine,
Dimanche 10 c'était la finale de Roland-Garros, mais est-ce vraiment une raison suffisante pour que les cours (élevés) du pétrole soient devenus des courts (de tennis) ?
Il est probable que tu meurs d'envie de renvoyer la balle à E. Luttwak, alors ne t'en prive pas.

Mélusine 28/07/2007 12:35

Voilà, c'est fait.