Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
  • Contact

Profil

  • Mélusine

Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

Recherche

6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 21:10
Seconde partie du texte d'E. Luttwak paru dans Prospect en mai 2007 : "Pourquoi le Proche-Orient n'a aucune importance". Pour la première partie, voir ci-dessous :
http://geopolis.over-blog.net/article-6750608.html
*
La deuxième erreur souvent répétée est le syndrome Mussolini. Les archives d'époque montrent sans l'ombre d'un doute ce qui est aujourd'hui difficile à croire : des gens sérieux, y compris des chefs militaires français et britanniques, admettaient les revendications de Mussolini au statut de grande puissance parce qu'ils étaient convaincus qu'il avait des forces armées importantes sous son commandement. Ses divisions, ses vaisseaux de guerre et ses escadres volantes étaient dûment comptés pour estimer la puissance militaire italienne, déduction faite de leur manque en armes dernier cri, mais non de leurs réticences plus fondamentales à se battre jusqu'au bout. N'ayant admis que l'Ethiopie l'emporte sur Mussolini que pour le perdre aussitôt au profit d'Hitler dès le début des hostilités, les Britanniques découvrirent que les forces italiennes se délitaient rapidement dans le combat. Il ne pouvait en être autrement, parce que la plupart des soldats italiens étaient des conscrits malgré eux issus de la paysannerie muletière du Sud ou des villages agraires du Nord, tout aussi misérables.

C'est exactement la même erreur que la confrérie des spécialistes ès Proche-Orient continue de commettre. Ils persistent à attribuer une réelle force militaire à des sociétés arriérées dont les populations peuvent très bien alimenter des insurrections mais non une armée moderne.

Dans les années 1960, c'est l'Egypte de Nasser qui passait pour une véritable puissance militaire, simplement parce qu'elle avait reçu beaucoup d'avions, de chars et de fusils de la part de l'Union soviétique, et avait beaucoup de divisions blindées et d'escadres aériennes. En mai 1967, à la veille de la guerre, beaucoup étaient d'accord avec la prédiction faite par le maréchal Montgomery à l'occasion d'un retour sur les lieux de la bataille d'El Alamein : selon lui les Egyptiens allaient immédiatement écraser les Israéliens. Même les plus circonspects n'avaient pas prévu que les premiers seraient complètement défaits par les seconds en quelques jours seulement. En 1973, avec davantage de pathos, il ne fallut toujours que trois semaines pour atteindre le même résultat.

En 1990, ce fut le tour de l'Irak d'être largement surestimé comme puissance militaire. Saddam Hussein avait plus de matériel que Nasser n'en avait jamais accumulé et pouvait se vanter d'avoir vaincu un Iran beaucoup plus peuplé au terme de huit ans de guerre. Dans les mois qui précédèrent la Guerre du Golfe, il y eut maintes spéculations angoissées à propos de la taille de l'armée irakienne - à nouveau les divisions et les régiments furent dûment comptés comme s'il s'agissait de divisions blindées allemandes à la veille du Blitzkrieg, avec un décompte séparé pour "l'élite" : les Gardes républicains, sans parler de la "super-élite" : les Gardes républicains spéciaux. Et on craignait que les abris anti-aériens à l'épreuve des bombes et les bunkers profonds de l'Irak survivraient à n'importe quelle attaque aérienne.

Que cela reflète dans l'ensemble des avis au plus au haut niveau, on peut le déduire de l'ampleur de la coalition militaire qui fut laborieusement réunie, comprenant 575.000 hommes côté US, 43.000 côté britannique, 14.663 côté français et 4.500 côté canadien, et qui forma incidemment cette présence sacrilège d'infidèles sur le sol arabe qui allait pousser Oussama ben Laden à vouloir en tirer vengeance. Dans la pratique, deux semaines de bombardements de précision furent suffisantes pour paralyser toute la machine de guerre de Saddam Hussein qui chercha à peine à résister à l'offensive terrestre massive lorsqu'elle vint. A aucun moment l'aviation irakienne ne chercha à se battre, et tous ces chars qu'on avait minutieusement dénombrés servirent pour l'essentiel à l'entraînement au tir. Une véritable armée aurait continué de résister des semaines ou des mois dans les positions enterrées du Koweit, même en l'absence de couverture aérienne, mais l'armée de Saddam était l'habituel écran de fumée proche-oriental dépourvu de réalité militaire.

Maintenant le syndrome Mussolini est à nouveau à l'œuvre à propos de l'Iran. Tous les symptômes y sont y compris le catalogue des navires de guerre iraniens, en dépit du fait que la plupart ont plus de 30 ans d'âge ; le catalogue des avions de combat, dont beaucoup (F-4, Mirages, F-5, F-14) n'ont pas volé depuis des années faute de pièces de rechange ; et celui de divisions et de brigades qui n'existent que sur le papier. On vous fait des descriptions effrayées des gardiens de la révolution Pasdaran, invariablement décrits comme "l'élite", qui se pavanent en effet comme s'ils avaient gagné de nombreuses guerres, mais qui en réalité n'en ont fait qu'une seule - contre l'Irak - qu'ils ont perdue. Quant à la prétention de l'Iran d'avoir vaincu Israël par l'intermédiaire du Hezbollah dans l'épisode de l'année dernière, le coup publicitaire a été remarquable mais la réalité est tout autre avec environ 25% de pertes parmi les hommes les mieux entraînés, ce qui explique le silence de mort et l'immobilité depuis le cessez-le-feu d'un Hezbollah autrefois exubérant.

Et quand tout le reste ne parvient pas à nous effrayer, on invoque la nouvelle cavalerie légère du terrorisme iranien. Les habituels spécialistes du Proche-Orient nous expliquent maintenant que si l'on embête les ayatollahs, ils lâcheront des terroristes qui dévasteront nos vies, bien que 30 ans d'imprécations "Mort aux USA" et les sommes considérables dépensées pour maintenir un département spécial du terrorisme international n'aient produit qu'un seul attentat à la bombe majeur en Arabie Saoudite, en 1996, et deux dans l'environnement plus permissif de Buenos Aires en 1992 et 1994, ainsi que quelques assassinats d'exilés en Europe.

Il est vrai que si les installations nucléaires iraniennes viennent à être bombardées au cours de quelque raid nocturne, des représailles seront probables, mais nous vivont une époque heureuse où nous avons seulement à nous préoccuper de cette agaçante question du terrorisme au lieu de guerres mondiales - et une nouvelle contribution de l'Iran n'est pas de nature à faire beaucoup d'effet. Il peut y avoir de bonnes raisons de ne pas attaquer les sites nucléaires iraniens - notamment les progrès particulièrement lents et douteux de ses efforts d'enrichissement de l'uranium - mais sa capacité de riposte n'en fait pas partie. Même le trafic des tankers dans le Golfe et à travers le détroit d'Ormuz, fragile en apparence, n'est pas aussi vulnérable qu'il y paraît - l'Iran et l'Irak ont tous deux cherché à l'atteindre à plusieurs reprises sans grand succès, - et cette fois si la marine US est prête à détruire toute piste de décollage ou toute jetée d'où les attaques seraient lancées.

Et pour ce qui est de l'idée selon laquelle "les Iraniens" seraient unis dans le soutien patriotique au programme nucléaire, cette nationalité n'a jamais existé. Sur les quelque 70 millions de la population iranienne, 51% sont des Perses ethniquement parlant, 24% sont des Turcs (des "Azéris" dans la terminologie du régime), le quart restant étant constitué d'autres minorités. Nombreux sont ceux parmi les 16 ou 17 millions de Turcs d'Iran qui sont en révolte contre l'impérialisme culturel perse ; les 5 ou 6 millions de Kurdes ont déclenché une grave insurrection ; la minorité arabe fait exploser des bombes à Ahvaz ; et la tribu Baloutche attaque gendarmes et gardiens de la révolution. Si près de 40% de la population britannique était engagée dans des luttes séparatistes d'intensités diverses, personne n'oserait affirmer son unité autour du gouvernement de Londres. Et qui plus est, une partie importante de la majorité perse s'oppose au régime théocratique, soit parce qu'ils considèrent l'Islamisme comme dépassé en réaction à ses nombreux interdits, soit parce qu'ils sont soufis et que le régime les persécute maintenant presque autant que la petite minorité Baha'ie. Alors cessons de faire des rapports depuis Téhéran mettant l'accent sur l'unité nationale du pays. Le nationalisme perse est une position minoritaire dans un pays où la moitié de la population n'est même pas perse. De nos jours, les Etats multinationaux ou décentralisent ou se disloquent plus ou moins violemment. L'Iran n'est pas en cours de décentralisation, aussi son avenir semble-t-il facilement prédictible. Pour l'heure, il ne faut pas en attendre beaucoup de cohésion en cas d'attaque.

A suivre...

Partager cet article

Repost 0
Published by Mélusine - dans Amérique du Nord
commenter cet article

commentaires

Filomeno 26/06/2007 09:30

Le guepier libanais

Mélusine 28/07/2007 12:34

Peut-être...