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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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  • Mélusine

Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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28 mai 2007 1 28 /05 /mai /2007 18:26
Si j'évoquais récemment le cas de l'Angola (http://geopolis.over-blog.net/article-6619972.html) et celui de la Birmanie (http://geopolis.over-blog.net/article-6685641.html), il faut replacer ces exemples dans le contexte d'une prolifération du nucléaire à l'échelle planétaire. On est alors rapidement conduit à se demander si les bons sentiments et les intentions vertueuses ("favoriser le développement") ne cachent pas autre chose. Ces pays, comme beaucoup d'autres, devraient être à court terme dotés de la technologie nucléaire civile et des installations afférentes. Tout ceci serait très bien s'il n'était de notoriété publique dans les milieux bien informés que les technologies en question, une fois maîtrisées, peuvent servir indifféremment à des usages civils ou militaires. C'est justement tout le problème soulevé par le cas de l'Iran.

Le livre de la journaliste d'investigation Dominique Lorentz, Affaires atomiques, publié en 2001 aux éditions Les Arènes, éclaire crûment la question et montre le rôle joué depuis 60 ans par les USA dans la diffusion d'un armement terrifiant dont ils sont les seuls à ce jour à avoir fait usage (contre les populations civiles d'Hiroshima et de Nagasaki) et dont ils envisagent ouvertement d'user à nouveau en Irak... L'auteur sonde aussi les liens entre le programme nucléaire iranien du temps du Shah et le consortium français Eurodif, puis l'arrêt de cette coopération et ses conséquences, notamment les attentats à Paris, dont je ne suis pas sûre au demeurant qu'il faille les mettre sur le dos des ayatollahs iraniens.

Mais l'Iran n'est jamais que l'un des quelque 50 pays disposant aujourd'hui des capacités techniques permettant de développer un armement atomique. Pour mieux comprendre comment nous en sommes arrivés là et quel fut le rôle des uns et des autres dans une dissémination que tous feignent de réprouver, quelques extraits d'une présentation de l'ouvrage de D. Lorentz trouvée sur www.confidentiel.net.
*
  • Officiellement, les Etats-Unis sont opposés à la dissémination de "la bombe". Mais au sortir de la deuxième Guerre Mondiale, ils considéraient que l’Europe était vulnérable à une invasion soviétique. En cas d’attaque soviétique il ne pouvaient rien faire sinon déclencher une guerre atomique. La "meilleure" solution consista donc à armer les pays exposés pour leur permettre de se protéger eux-mêmes. En cas d’attaque, les Soviétiques s’exposaient à une riposte nucléaire, sans que les Etats-Unis soient en première ligne. Les Américains ont ainsi, armé leurs alliés, avançant leurs pions sur l’échiquier géopolitique mondial, pour endiguer toute avancée communiste.
  • Plus tard, le transfert des technologies atomiques fut un élément clés de la politique extérieure américaine pour retourner des pays alliés de l’Union soviétique (comme l’Egypte) et les attirer vers le camp occidental ou pour consolider les alliances existantes. C’est ainsi que l’Inde et le Pakistan, pourtant ennemis mortels ont été équipés l’un et l’autre par les occidentaux, sous contrôle discret de la Maison Blanche.
  • Les Etats-Unis ont donc eu intérêt à organiser la dissémination. Toutefois la législation américaine interdisait l’exportation du savoir-faire nucléaire. Et la révélation publique de ces transferts n’etait pas envisageable. Pour contourner ce problème et éviter de débattre leur stratégie au Congrès et en public, les différents présidents américains ont donc adopté une méthode de dissémination indirecte et transitant par d’autres acteurs. [...]
  • De façon constante, les accords de coopération sont présentés comme des projets d’"applications civiles" de l’énergie nucléaire. Peu importe que les contrats soient aberrants au regard des richesses énergétiques des pays acheteurs. Un petit mensonge vaut mieux qu’un grand débat. Les pays pétroliers tels l’Irak, l’Egypte, l’Arabie Saoudite ou l’Iran ont ainsi été dotés d’installations nucléaires qu’aucun projet de production d’électricité ne peut justifier. Peu importe aussi que l’énergie nucléaire soit une option très onéreuse pour les pays en développement, tous ceux qui ont pu se sont jetés dessus.
  • Officiellement, les matériels livrés aux pays acheteurs appartiennent à la catégorie des équipements à vocation civile. Mais les dirigeants des pays exportateurs oublient de préciser que ces installations pourraient aussi bien rentrer dans le classement des fournitures à usage militaire. Toute l’astuce est là. La quasi totalité des technologies utilisées dans l’industrie nucléaire est "duale". Les experts entendent par là qu’elles peuvent servir indifféremment à des applications civiles ou militaires, cette réalité étant connu depuis les origines de la bombe atomique.
  • A partir de 1955, le Canada signa un accord avec les Etats-Unis : il renonçait à détenir la bombe atomique, mais il lui était possible, sous réserve d’un agrément de la Maison Blanche, d’exporter des technologies américaines. Les Etats-unis eurent donc recours à lui dès les premiers temps de la prolifération. Ils durent cesser d’utiliser ce pays, suite à la révélation de son implication dans la nucléarisation de l’Inde, après que celle-ci eut réalisé son premier essai atomique.
  • Dans les années 70, le commerce nucléaire passa brutalement de la petite industrie à l’industrie lourde. Les réacteurs de recherche laissèrent place à de véritables centrales nucléaires, tandis que le traitement des combustibles devint une activité organisée à l’échelle planétaire. Les Américains, inventeurs et propriétaires de ces technologies, en déléguèrent la commercialisation à trois partenaires : le Canada, la France et l’Allemagne fédérale. On apprend ainsi que toutes les centrales nucléaires construites en France ou vendues par les Français sous la marque Framatome furent des équipements Westinghouse (compagnie US). De même, tous les réacteurs implantés par les sociétés allemandes AEG, KWU et Siemens étaient estampillés General Electric (US) ou Westinghouse. Les accords de licence garantissaient aux Américains un contrôle absolu sur ces matériels. Aucune vente à l’étranger ne pouvaient se décider sans leur consentement. Ainsi les compétitions qui donnaient l’impression d’opposer les sociétés Westinghouse, Siemens et Framatome ne furent que de faux combats, illusion brouillant les pistes. Dans tous les cas, les contrats furent passés sous l’autorité des Etats-Unis, ceux-ci ayant toujours conservé le monopole du commerce nucléaire, mais de façon moins voyante. [...]
  • Le traité de non-prolifération signé en 1968, s’il interdisait la possession d’armes nucléaires, n’empêchait pas de parcourir le chemin qui y parvenait, jusqu’aux 5 dernières minutes. En encourageant la coopération entre ses membres, il s’agissait plutôt d’un traité organisant la prolifération. Quant à l’Agence internationale de l’énergie Atomique (AIEA) chargée de contrôler les installations nucléaires de ses 118 adhérents et de garantir la nature pacifique des travaux, elle effectue des inspections annoncées à l’avance, dans les installations déclarées par les Etats membres et n’a pas le droit de s’assurer par elle-même qu’un Etat ne dispose pas d’installations clandestines. L’agence ne dispose de toute façon d’aucun pouvoir de sanction contre les pays contrevenants. Enfin les pays inspectés ont le droit de choisir la nationalité des experts qui viennent les visiter. Or, lors des contrôles, les experts peuvent apprendre des rudiments de la fabrication d’armes. L’agence fonctionne alors à rebours comme un centre d’apprentissage de la prolifération.
Et à propos de l'Iran :
  • Pour prendre la relève de l’Allemagne, trop exposée dans le développement du programme iranien, la Maison Blanche organisa dans l’ombre une coopération nucléaire du duo Iran-Pakistan avec différents fournisseurs : Allemagne, Chine, Japon, Argentine. Au printemps 1985, l’Allemagne fédérale, qui construisait la centrale iranienne de Busher, avait signé un accord de coopération avec la Chine. La Chine qui vendait déjà des armes à Téhéran, venait de parapher un accord de cooperation nucléaire avec les Etats-Unis. Elle en avait signé un autre avec le Japon, l’un des plus proches alliés de l’Amérique, mais aussi l’un des principaux partenaires économiques de l’Iran. Le président Reagan confia donc à la Chine la poursuite de la coopération nucléaire de l’Iran, en liaison avec le Japon et parallèlement aux travaux de l’Allemagne sur le site de Busher. Le Washington Post révéla plus tard que la Chine transférait des technologies nucléaires à l’Iran et au Pakistan. A partir de 1987, quand elle fut trop exposée par ses ventes d’armes et de technologies nucléaires, Ronald Reagan fit intervenir d’autres acteurs. L’exportation d’équipement et de savoir-faire américain en Iran se fit via une société argentine dont l’Allemagne détenait 25% du capital. Ainsi les Etats-Unis s’abritaient derrière leur licencié allemand, lequel se cachait derrière l’Argentine. Une plus large coopération nucléaire fut ensuite signée entre l’Argentine et l’Iran au printemps 1987. L’Argentine etait liée par une coopération nucléaire avec la Chine. Le Pakistan, dont le programme nucléaire était développé par la Chine, signa un accord de coopération avec l’Iran. Dans le même temps, la France signa elle aussi un accord de coopération avec le Pakistan, en liaison avec la Chine... Vous avez du mal à suivre ? C’est normal, c’est le but.
  • Ronald Reagan avait donc mis en place un double dispositif en direction de la république islamique d’Iran. Il lui vendait des armes et lui faisait transférer des technologies nucléaires par alliés interposés...
Le texte complet ici :
http://www.confidentiel.net/article.php3?id_article=196&var_recherche=lorentz
Cf. D. Lorentz, Affaires atomiques, 2001 (Les Arènes), 604 p. Et merci à Dominique pour la référence.

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Published by Mélusine - dans International
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commentaires

Rénald Riveara 23/09/2008 17:59

http://tunisie-harakati.mylivepage.com Un site à voir en famille pour traiter les problèmes de moralité et des valeurs universels. Des clips vidéos, des commentaires, des articles, une histoire choc qui va remuer les esprits. La Tunisie sous un autre angle avec la vision de Sameh Harakati.

Mélusine 23/09/2008 19:06


Certes, mais aucun rapport avec le nucléaire. Ceci étant, ça a l'air d'un abus de pouvoir de la justice tunisienne, votre affaire.