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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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20 janvier 2007 6 20 /01 /janvier /2007 23:47
Voici l'oiseau :

Président depuis déjà huit ans, le colonel Hugo Chavez a été réélu en décembre 2006 à la tête du Vénézuela avec 61% des voix. Ce nouveau mandat de 6 ans commence en fanfare : Chavez vient d'obtenir les pleins pouvoirs pour les 18 prochains mois au nom de la "nécessité historique"... Curieux personnage que cet autocrate du Vénézuela que l'extrême-gauche adule et que la droite déteste.

Reprenons. Sans prétendre donner le fin mot sur le personnage, certains traits méritent d'être soulignés. Né en 1954, formé à l'Académie militaire de Caracas et diplômé en sciences politiques de l'Université Simon Bolivar, Hugo Chavez est d'abord un officier sud-américain, ce qui implique plusieurs choses. Dans sa variante côte est - à ne pas confondre avec le style côte ouest tendance Pinochet, beaucoup moins souriant ! - le militaire sud-américain est idéalement nationaliste, putschiste et animé d'idées sociales. Et chez Chavez, précisément, ces trois aspects sont réunis sous le nom de "bolivarisme". La référence à Simon Bolivar (1783-1830), "el Libertador", héros des guerres d'indépendance contre l'Espagne au Vénézuela, son pays natal, mais aussi en Colombie, en Bolivie (pays qui lui doit son nom), à Panama et au Pérou, est un leitmotiv du discours chavezien. Dès 1983, à l'occasion du 200e anniversaire de la naissance de son héros, il avait fondé une organisation militaire, le "Movimiento bolivariano revolucionario 200"... nationaliste, socialiste et putschiste comme il se doit ! La propension irrésistible de l'officier sud-américain à fomenter des putschs s'est révélée en février 1992 lors d'une tentative de coup d'Etat contre le président Perez alors en exercice qui sera plus tard destitué pour corruption. L'échec de cette intéressante initiative conduit le trublion à la case prison pour deux ans. Mais rien de tel qu'un coup d'Etat, même raté, pour se faire connaître de la population. En novembre 1992, du fond de sa prison, Chavez remet ça - quand je vous dis que c'est irrésistible ! - et tente un nouveau putsch par personnes interposées. Le coup d'Etat par vidéocassette manque de peu, mais le colonel une fois libéré se convertit à la voie démocratique. Son mouvement, le MVR (Movimiento Quinta Republica), coalisé avec les partis de gauche, obtient plus de 30% aux élections législatives de 1998 et dans la foulée, Chavez remporte les présidentielles haut la main avec 56% des voix. Simple, non ?!

Hugo Chavez est donc président depuis 1998 - plus besoin de putsch, donc !  - et le Vénézuela, depuis la nouvelle constitution de 1999, se nomme officiellement "République bolivarienne du Vénézuela". Tout un programme ! Il s'agit maintenant de résister aux tentatives de coup d'Etat adverses (celui de Pedro Carmona, président de la Chambre de commerce, en avril 2002, et le référendum sur la révocation du président en 2004 seront les plus marquants, mais il y en a eu d'autres). Je renvoie à la fiche de Wikipédia pour le détail de la politique de Chavez et ce qu'il faut entendre par "démocratie participative"... (http://fr.wikipedia.org/wiki/Hugo_Ch%C3%A1vez) Toujours est-il qu'à voir les foules qu'il déplace le président vénézuelien est très populaire dans son pays.
Caracas, 6 décembre 2003 : manifestation de partisans d'Hugo Chavez
(Sarkozy va encore faire sa crise !)

Volontariste et volontiers autoritaire, le bolivarisme à la Chavez est multiforme : social, il favorise le développement de coopératives, le microcrédit et les grands programmes qui mettent en avant le rôle de l'armée dans la société, un brin écologiste, il interdit la culture des OGM, nationaliste (cf. le rôle de l'armée), il a renvoyé les conseillers militaires américains (et les prédicateurs protestants de même) et étatise les sources d'énergie... On retrouve les composantes déjà citées plus haut, auxquelles il faut ajouter quelques autres facettes du personnage Chavez. Il est populiste, cela va de soi. Il est grosso modo catholique, mais tendance "théologie de la libération", ce mélange improbable de catholicisme et de marxisme qui a contaminé une partie de l'Amérique latine avant que le pape Jean-Paul II y mette le holà. Il est aussi indigéniste, ayant visiblement du sang indien, et a même apporté son soutien à des tribus amérindiennes des USA ; ceci étant, l'indigénisme ou exaltation des racines indiennes, dont on voit aujourd'hui le réveil en Amérique latine, est de longue date une composante du nationalisme dans certains pays de la région (au Brésil, par exemple). Enfin, après Simon Bolivar, il s'est trouvé un nouveau modèle et se pense maintenant en héritier de Fidel Castro, non pas tant pour imiter la dictature communiste de Cuba, que pour remplacer le moribond dans le rôle de l'emm... n° 1 des USA. Un excellent rôle, ma foi, et très valorisé en Amérique latine. Pour cela, Chavez s'y connaît ! ...tout en continuant à fournir les Etats-Unis en pétrole vénézuélien comme si de rien n'était.

A l'occasion du 60e anniversaire de l'ONU en septembre 2005, la président du Vénézuela est ainsi allé déclarer devant l'Assemblée générale de l'organisation à New York : "Nous proposons que le siège des Nations Unies quitte un pays qui ne respecte pas les décisions de l'Assemblée générale"... Ça a tout de même plus de gueule que les platitudes des dirigeants français et ça a dû en défriser plus d'un du côté de Washington ! Dans la même veine, il prône la disparition pure et simple du FMI, et au vu du bilan de plusieurs de ces organimes supranationaux (FMI, Banque mondiale), il n'a peut-être pas tort... Moyennant quoi, pour asticoter un peu plus les USA et surtout se ménager un réseau d'alliances indépendant, Chavez s'affiche avec des personnages plus ou moins douteux (Khadafi, Ahmadinejab, Loukachenko : une belle brochette), mais moyennant quoi aussi, il a propulsé son pays à un niveau de notoriété et d'influence sur la scène internationale encore jamais atteint depuis Simon Bolivar. Et, en dehors de la Colombie voisine, le Vénézuela reste en bons termes avec les autres pays d'Amérique du Sud qui se sont ingéniés à faire échouer les projets de zone de libre-échange des USA...

Voir aussi : "Chavez contre Israël ou inversement"
(http://geopolis.over-blog.net/article-3496727.html)

Ah, j'allais oublier : Pour compléter le portrait et en revenir à la première photo, il y a aussi un côté "Captain Flame" chez Chavez. Combinaison rouge (forcément), petite cape... ça fait un peu super-héros de Comics. Kitch à souhait ! Le perroquet vert c'est sans doute pour le côté écolo-sympathique et la touche d'exotisme indigène. Drôle d'oiseau, ce Chavez ! Et curieux, tout de même, l'amour de l'extrême-gauche française pour un colonel nationaliste...

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Published by Mélusine - dans Amérique latine
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commentaires

msr 25/01/2007 21:04

D'autant qu'il orne généralement le chef des parachutistes...Un volatile parachutiste, quoi de plus normal ?(Chavez était colonel dans les paras ?)(pendant que j'y suis, ça n'a aucun rapport, mais si j'ai bien compris, c'est l'avion de Poutine : http://neoncobra.blogspot.com/2007/01/putins-plane.html )

Mélusine 25/01/2007 21:20

Oui, un perroquet à parachute. Tout à fait normal.L'avion de Poutine... C'est d'un kitsch aussi ! Ça à l'air bien confortable tout de même, mais il faut absolument que je lui présente ma tante architecte. Tiens, puisqu'on y est, la grande salle du Palais Constantin n'est pas mal du tout, sauf... les colonnes en marbre bleu ! Les colonnes bleues ne vont pas. Il faut des colonnes noires.

msr 25/01/2007 11:44

C'est amusant : on dirait qu'Il porte un béret aussi le perroquet...

Mélusine 25/01/2007 20:54

Mais oui, parfaitement ! Pourquoi le perroquet n'aurait-il pas droit à un béret rouge ?