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  • : Géopolis
  • : Géopolis est consacré à la géopolitique et à la géostratégie : comprendre la politique internationale et en prévoir les évolutions, les conflits présents et à venir, tel est le propos, rien moins !
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Géopolis

Par ces temps troublés, l'actualité géopolitique inquiète et déconcerte. Les clefs nous manquent souvent pour en appréhender les facteurs d'évolution décisifs. Et en cette matière, les médias communs informent à peu près aussi mal qu'ils sont mal informés. On nous parle beaucoup de "mondialisation", mais la compréhension des désordres mondiaux n'en paraît pas tellement meilleure et les désordres eux-mêmes persistent, redoublent même... Bien sûr, Géopolis n'a pas la prétention de tout savoir et de tout expliquer. Nous tenterons simplement ici avec ceux qui voudront bien nous rejoindre de contribuer à la réflexion, d'éclairer certaines questions d'actualité en apportant des informations passées inaperçues ou des témoignages de première main, et aussi de prendre un peu de distance pour ne pas trop nous laisser impressionner par l'impact immédiat des événements. A qui s'adresse Géopolis ? A nous tous, simples citoyens, parce qu'en nos pays réputés démocratiques, nous sommes à l'origine de choix cruciaux : par le vote, c'est nous qui portons au pouvoir des hommes dont les décisions (ou les indécisions) feront le monde de demain, les guerres, la vie et la mort des pays et des peuples... C'est bien sérieux tout ça ! - Oui, le sujet est sérieux, mais les manières de l'aborder peuvent ne pas l'être toujours. Il sera donc aussi question de traités d'art militaire, de la formation des chefs d'Etat, de romans d'espionnage ou de cinéma...

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22 février 2006 3 22 /02 /février /2006 22:22

L'affaire Ratko Mladic semble entendue. Voici un individu, général de l'armée serbe durant la guerre de Bosnie, qui est accusé, non sans preuves, de crimes de guerre, et même - quoique l'accusation soit plus problématique dans le contexte général que fut la guerre yougoslave - de génocide.

A la veille d'une arrestation annoncée (mais déjà plusieurs fois différée), les déclarations satisfaites de certains hommes politiques occidentaux sonnent pourtant curieusement. Certes, on sait très bien que l'armée et le gouvernement serbe ont protégé jusqu'à maintenant Mladic au nez et à la barbe des commissaires du Tribunal Pénal International. Bernard Kouchner se félicitait donc aujourd'hui de l'effet des pressions politiques et économiques exercées sur la Serbie-Monténégro sans lesquelles l'arrestation du prévenu n'aurait pas été possible aussi rapidement (à l'heure où j'écris ces lignes cependant, il court toujours). Rapidement ? Cela fait pourtant bien 10 ans que Mladic est inculpé...

Alors deux questions : 1. ces pressions sont-elles efficaces ? et 2. sont-elles justifiées ?

Sur l'efficacité immédiate, on peut émettre quelques doutes. A tort ou à raison, Mladic passe dans son pays pour un héros de la guerre de Bosnie. Le soutien dont il bénéficie semble encore très large. L'arrêter et le livrer au TPI dans ces conditions risque de paraître une trahison aux yeux de la population encore éprouvée par le dernier conflit du Kosovo et l'exode de ses habitants serbes qu'il a entraîné. On comprend que le gouvernement n'ait guère fait diligence, en dehors de toute question de nationalisme exacerbé dont on taxe généralement les Serbes.

En outre, le parti-pris de conditionner la normalisation de la situation de la Serbie-Monténégro à l'arrestation de Mladic est perçu comme une injustice de plus et ne fait que renforcer la solidarité nationale dont il a bénéficié jusqu'ici.

Plutôt contre-productives donc, ces pressions internationales sont-elles justes du point de vue du droit et de la morale ? La déclaration de M. Kouchner, qui reflète d'ailleurs la position officielle de l'Union européenne, peut paraître à première vue irréprochable. Ne cherche-t-on pas après tout à arrêter un criminel ? La Serbie-Monténégro a de ce fait vu son rétablissement économique assez largement entravé voire compromis depuis la fin du dernier conflit par diverses sanctions économiques et autres mesures de rétorsion, ce qui, on en conviendra, n'est pas vraiment de nature à apaiser les tensions. L'isolement politique et diplomatique n'est pas davantage un facteur de paix.

Déjà, après la première guerre de Bosnie, la désignation abusive des Serbes comme seuls ou principaux coupables et leur mise au ban de la communauté internationale ne fut pas pour rien dans le déclenchement des conflits suivants. Quelques soient les torts des uns et des autres, la punition collective irréfléchie, quand elle ne dissimule pas tout simplement un esprit de revanche ou de vengeance, est à courte vue (cf. les conséquences du traité de Versailles de 1919). Punir les Serbes de la sorte, c'était immanquablement provoquer un repli identitaire, alors que les liens tissés dans un cadre plus large (la Communauté européenne par exemple) et des perspectives économiques plus favorables auraient pu désarmocer bien des tensions...

Enfin, est-il vraiment juste de faire retomber la culpabilité de Mladic sur l'ensemble de la population serbe ? Est-ce bien à elle de payer pour son inculpation et sa non-arrestation ? Ou même de payer pour l'opinion qu'elle se fait de l'inculpé ? Conditionner le bien-être de tout un pays à l'arrestation d'un seul de ses ressortissants : il n'est pas dit que la morale s'y retrouve.

On trouvera une version française de l'acte d'accusation du TPI à l'encontre de Ratko Mladic à l'adresse suivante : www.un.org/icty/indictment/french/mla-ai021010f.htm

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Published by Inès V. - dans Europe
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